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 Rescapée

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Emilie 1101



Messages : 6
Date d'inscription : 08/08/2017

MessageSujet: Rescapée   Mar 8 Aoû - 21:24

Bonjour à tous !

Voici un texte que j'écris depuis plusieurs semaines déjà. Je ne sais pas trop quoi en penser c'et pour cela que je fais appel à vous !

Merci d'avance de votre lecture !

Cordialement Emilie


Prologue



Différente. Ce mot résonnait en Erin comme s'il s'agissait d'un écho ou d'une mélodie incessante. Ce mot retentissait en elle chaque fois qu'elle le prononçait du bout des lèvres. Plusieurs fois dans sa vie, elle s'était sentie exclue de toute communauté qui s'étendait autour d'elle sans pourtant savoir pourquoi. Quoi qu'elle fasse, quels que soient ses choix, tout devenait original et donnait un semblant de divergence à son existence. Elle aimait être singulière, ne pas ressembler aux autres. Cependant, parfois cela devenait son plus lourd fardeau. Personne ne la comprenait, elle était seule. Toujours. Elle contre le reste du monde. Dès qu'une personne entrait dans sa vie et lui proposait son aide, il démissionna de son poste quelques jours plus tard. De ce fait, elle s'était renfermée sur elle-même et stipulée que tout allait bien. Un sourire bien maîtrisé peut convaincre la majorité des personnes de ce monde. Un corps invisible avec une âme tiraillée dans une foule de gens insouciants. Mais rien n'allait. Ses nuits étaient baignées de chaudes larmes, son corps immaculé de mutilations, son cœur détruit en mille morceaux. Mais un homme avait tenu bon. Il avait franchi les épreuves qu'elle lui avait envoyé. Il était toujours là, hissait face à elle, droit et fort. Il était entré dans sa vie comme une rafale de vent. Brutalement. Contrairement aux autres individus, il ne la dévisageait pas. Il voyait en elle ce qui était bon et ne s'attardait pas sur les problèmes et énigmes de son être tourmenté. Oui, elle était différente, mais ce n'est pas cela qu'il regardait. Il observait la moindre parcelle de sourire vrai qu'elle lui offrait quelques fois, la moindre étincelle dans ses yeux, la moindre flamme qui réchauffait son corps glacé par les années de souffrance. Il la perçait à jour et voyait qui elle était vraiment. Pas seulement l'image grotesque qu'elle donnait aux autres. Il se contenta de la voir elle, ce qu'elle était réellement et au plus profond de son être. Il percevait en elle une force et une passion indescriptible.


L'homme s'approcha d'elle, délicatement. A chacun de ses pas, la vitesse et la puissance des battements cardiaques d’Erin s’amplifiaient. L’électricité se propagea dans leurs corps conducteurs et il lui fut difficile de résister à la lenteur de ses mouvements. Elle voulait à tout moment courir vers lui pour coller son corps au sien et partager leur chaleur mutuelle. Il n'était plus qu'à quelques centimètres de son corps brûlant de chaleur et s'arrêta brusquement, laissant le désir s'intensifier. Erin crut devenir folle mais résista au désir de le prendre dans ses bras. Il rapprocha doucement sa main de son poignet qu'il déposa sur sa nuque et colla son corps au sien. La jeune fille se laissa faire faire, hypnotisée par la délicatesse de ses actes. Il la souleva comme si elle ne pesait rien et la colla au mur pour renforcer leur étreinte. Ils n'étaient plus qu'un corps. Erin entendait les battements de son cœur à travers sa cage thoracique et sentait son sang traverser la moindre de ses veines, de ses vaisseaux sanguins. Il positionna un à un ses bras de part et d'autre de son corps. Elle l'observa de ses yeux sombres et profonds et se mordit la lèvre pour le provoquer tout en haussant un sourcil. Son excitation monta en gamme et il déposa quelques baisers ici et là en frôlant sa mâchoire de ses lèvres. Elle lui offrit son cou en offrande et ferma les yeux pour mieux ressentir les effets de ces baisers. Il déposa ses mains sur les reins de la jeune fille et rapprocha son bassin du sien. Elle l'encercla de ses bras et rapprocha son visage de sien jusqu'à ressentir son souffle chaud sur sa figure. L'électricité devint insoutenable et l’excitation, incontrôlable. Elle se mit sur la pointe de pieds et posa ses lèvres sur les siennes. Il lui rendit langoureusement son baiser et la souleva pour enrouler ses jambes autour de ses hanches. Il esquissa un sourire contre ses lèvres lorsqu'elle émit un petit son aigu d'étonnement. L'homme, d'un mouvement brusque du bras droit, tout en la tenant du gauche, dégagea tous les objets présents sur son bureau. Une lampe trouva pied sur le sol entouré de verre brisé de son ampoule. Il installa Erin sur le meuble en métal gris froid et vint de se positionner entre ses jambes. Ses lèvres étaient délicieuses et il adorait les rencontrer encore et encore à en avoir le souffle coupé. Son cœur battait de plus en plus fort marquant l'amplification de son excitation. Il ôta chaque bouton de sa chemise avoir un érotisme qu’Erin lui ignorait. Il la retira laissant apparaître sa peau nue. Sa musculature était parfaitement dessinée sur son torse et quelques poils le rendaient d'autant plus viril. Il reprit sa position antérieure et déposa de nouveau ses lèvres sur celles d’Erin. Il y introduisit sa langue et enchaîna les rondes avec celle de sa partenaire simultanément. Il dépouilla Erin de son pull en laine et vit sur sa peau pâle une multitude de cicatrices blanches, preuves d'un passé douloureux. Il la fit balancer en arrière afin d'allonger son buste contre la surface du bureau. Il accompagna sa chut d'une ligne de baisers de son menton à son nombril ce qui eu pour conséquence de faibles gémissements de la part de la jeune fille. Lorsqu'elle fut en position allongée, il empoigna ses hanches de ses mains fermes pour se rapprocher d'avantage de son corps et être au plus près d'elle. Au contact de sa peau, des frissons apparurent. Elle resserra ses jambes autour de sa taille pour lui témoigner de son envie et de son excitation envahissante. Il la redressa, et lui adressa cette simple question qu'il lui chuchota dans l'oreille. « Es-tu bien sûre ? ». Le souffle chaud de cet homme acheva toute forme d'hésitation. Elle oublia tout ce qui se trouvait autour d'elle, tout ce qui s'était passé auparavant, tout ce l'avait conduit à cet homme. Elle n'était plus que désir et excitation. Elle fut trop chamboulée pour pouvoir parler mais elle effectua un mouvement vertical de la tête pour attester son affirmation. Il lui mordilla la lèvre tout en dégrafant son soutient-gorge. Il la pencha de nouveau sur le meuble argenté mais cette fois-ci, il se baissa avec elle. Il sentait son cœur battre sous son corps et se félicita d'avoir tant d'effet sur une femme. Elle n'avait jamais autant désiré un homme et elle ne l'aurait voulu avec personne d'autre. Elle ne voulait que lui.
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Emilie 1101



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MessageSujet: Re: Rescapée   Mar 8 Aoû - 21:24

Chapitre 1



Respire, respire. Le souffle coupé, Erin se regarda dans le miroir qui ornait le mur de la pièce orangée. Ses yeux sombres se décelaient à travers quelques mèches brunes qui lui retombaient sur le visage. La tête penchée en avant, ses cheveux ne pouvaient que recouvrir sa figure humide. Elle ne voulait plus faire face à ses yeux inquisiteurs et ses cheveux étaient une bonne manière de s'en cacher. Que s'était-il passé ? Qu'avait-elle fait ? Le sang coulait le long de ses jambes, de ses poignets et de ses doigts. Tout son corps était devenu uniformément rouge. La pièce miteuse tournait autour d'elle mais elle refusait de se laisser aller et de tomber à la renverse comme le ferait une lâche. Elle se regardait dans les yeux avec un dégoût et un mépris qu'elle se réservait à elle seule. La rage se lisait à travers ses orbites et elle fut incapable de l'apaiser. Elle n'avait jamais autant haït une personne qu'elle-même et s'infligeait une peine capitale en maltraitant son corps. Elle l'amochait, le tenaillait, le brutalisait du mieux qu'elle le pouvait. Elle voulait souffrir, ressentir quelque chose, n'importe quoi pour dire de ressentir autre chose que de la douleur psychologique. La douleur physique était sa seule issue de secours. Toute la haine envers elle était restée au plus profond de son corps. Toute la tristesse qui ne demandait qu'à sortir était emprisonnée à l'intérieur de son être. Elle était prisonnière de son chagrin et se punissait jour après jour.


Ses cheveux de jais lui retombaient le long de la nuque lui donnant un air négligé. Chaque parcelle de son organisme présentait une trace de coupure plus ou moins récentes et le sang dégoulinait des plaies ouvertes. Son corps, dénué de tout vêtements devenait de la couleur du liquide qui l'imprégnait. Le sang lui réchauffait sa chair glacée. Il permettait de cacher. Cacher toutes les cicatrices existantes sur son corps et celles non visibles à l’œil nu. Les mutilations donnaient à ses membres des aspects de sacrifices. Elle n'avait pas mal. Elle ne ressentait rien, pas même la brûlure que lui provoquait ce genre de coupures. Elle s'était tellement de fois mutilée que les blessures ne lui provoquait plus aucune douleur. Cependant, elle était bien présente, elle l'avait toujours été. Elle ne la quittait jamais et faisait d'elle un être tourmenté et désemparé. Cette jeune fille avait perdu le courage de se battre et les nombreuses cicatrices sur son corps en témoignaient. Psychologiquement, elle dépérissait. Elle se força à garder les yeux ouverts et de continuer à respirer, le plus longtemps possible. Des larmes glissaient le long de ses joues et imbibèrent son visage qui devint écarlate. Elles se mêlaient au sang qui recouvrait le sol. Ses pieds baignaient dans cette marre rougeâtre qu'elle avait provoqué. Elle lâcha le bout de verre responsable de ses blessures qui se brisa au contact du sol. Les morceaux s'éparpillèrent sur le parquet couvert de la flaque de sang. Les hématomes sur ses frêles épaules ressortaient par leurs couleurs vives. Son corps maigre en était recouvert. Ses os apparents la dégoûtaient d'avantage d'elle-même. Sa maigreur avancée s'expliquait par un manque de nutrition qu'elle affligeait à son corps depuis plusieurs mois. Si elle continuait comme cela, elle se trouverait en anorexie dans les semaines qui suivaient. Son corps était devenu d'un maigreur repoussante et ses muscles chétifs avaient du mal à la soutenir. Le sol se mit à bouger, plus rien ne fut fixe. La chambre d'hôtel misérable qu'elle avait choisi tourner autour d'elle comme si elle se trouvait dans un manège pour enfants. Les murs crasseux devinrent des tâches noires. La parquet qui recouvrait le sol se souleva sous ses pieds nus et elle trébucha, s'écrasant dans la marre de son sang. La lumière de l'abat-jour jaune s'intensifia et l'aveugla. Elle ferma les yeux et sombra dans ses plus sombres ténèbres.


***



Des ombres noires se déplaçaient en masse dans la rue dénuée de lumière. Peu de clarté éclairait le trottoir et l'étendue sombre. Du noir. Partout. Rien n'était distinguable du reste, pas même les hommes. Leur silhouette se confondait avec leur ombre. Tout se fondait dans le noir de la nuit. La peur, la souffrance, la mort. Erin suffoquait. L'oxygène lui manqua très rapidement. Elle se trouvait dans une boite transparente à la vue de tous, mais aucune ombre ne vint à son aide. La lune éclairait le ciel noir d'un éclat éblouissant. Les passants continuèrent leurs chemins sans s'attarder sur la prisonnière. Personne n'osait croiser ses yeux humides de larmes. Rien ne sortait ou n'entrait dans la cage, pas même l'air. Ses jambes sous oxygénées ne la maintenaient plus debout et elle s'écrasa, genoux à terre. Sa tête atterrie sur la paroi de verre et le sang commença à couler de son nez. Un goût métallique s'installa dans sa bouche et lui brûla la gorge. Le liquide rouge coula le long de ses lèvres puis de son cou. Des ombres s'approchèrent et l'observèrent. C'étaient des êtres humains parfaitement normaux. Des sourires sadiques imprégnaient leurs visages. Des rides dessinaient leurs traits froids et raides. Ils l'observaient comme on observe un animal de foire en cage. Cependant, eux s'amusaient de sa souffrance et s'en nourrissaient. Un d'entre eux, le plus hideux, sortit une clé de sa poche et ouvrit la boite de verre. Il avait une cicatrice qui séparait son visage en deux traversant la ligne de son nez. Les deux parties de son visage étaient différentes. La première montrait son plus beau jour. Il avait les traits tirés mais paraissait simple. L'autre partie était brûlée et de nombreux fils recouvraient les plaies. Sa mâchoire était à nue, laissant voir ses dents abîmées noirs ou en or rendant son sourire terrifiant. Ses yeux étaient blancs mais il semblait voir tout de même. Ses mains n'étaient plus recouvertes de peau.


L'homme déposa la clé dans la serrure en amplifiant son sourire. Il la tourna une fois et tira brusquement sur la poignée extérieure de la boite. Plus aucune force ne maintenait Erin droite, et lorsque la paroi ne fut plus là pour soutenir son buste, elle s'écroula. Le sol se rapprocha de plus en plus de son visage et elle le percuta sans pouvoir tourner la tête ou se protéger de ses mains. Tous les individus rièrent de cet horrible spectacle. Par protection, elle ferma les yeux mais dès qu'elle les ouvrit de nouveau, sa tête se trouvait dans une cuve remplie d'eau. Une force supérieure à elle immobilisait son crâne et elle fut contrainte de rester sous l'eau. Elle entendit la voix d'une homme lui reprocher tous les actes de son existence pour lesquels elle avait honte. Sa voix, au fil de ses reproches devint plus aiguë et à la fin de son discours, l'être qu'elle aimait le plus au monde – sa mère - avait pris sa place. Elle récita une éloge funèbre en son honneur et se tut laissant l'auditoire boire ses paroles. L'eau s'infiltra dans ses poumons et la douleur devint insupportable. Elle s'étouffa encore et encore mais la force était trop redoutable pour qu'elle puisse la combattre. Elle était vaincue avant même d'avoir commencer le combat. Erin avait beau se débattre de toutes ses forces, sa tête restait submergée d'eau et celle-ci continuait à pénétrer dans son organisme lui affligeant des douleurs extrêmes. Elle sentit sa mort approcher et ne put s'empêcher de prononcer le mot « adieu ». Quelques bulles d'air sortirent de sa bouche lorsqu'elle articula ce mot. Elle ferma les yeux lorsque sa mère déclara « Elle aimait tout le monde, mais en retour, personne ne l'aimait ».


***



Erin ouvrit les yeux soudainement en se redressant. Elle ne put s'empêcher de tousser comme si de l'eau se trouvait toujours enfermée dans se poumons. La lumière qui émanait de la fenêtre l'aveugla. Tout était noir et uniforme pour son champ de vision paralysé. Elle n'y voyait plus et sentit son cœur battre à travers sa cage thoracique. Elle ouvrit son buste en gonflant sa poitrine et rempli ses poumons d'air frai. Chaque inspiration la martelait de la l'intérieur mais il fallait qu'elle tienne le coup. C'était la seule chose qui importait pour elle. La pièce devint de plus en plus visible. Ses yeux détectaient à nouveau les formes puis la couleur des objets qui l'entouraient et elle reconnut les murs orangés de la chambre d'hôtel qu'elle avait loué plusieurs heures auparavant. Son corps baignait dans le sang et collait sur le sol. Elle se redressa avec une grande difficulté et croisa son regard qui se refléta dans le miroir face à elle. Ses yeux sombres étaient soutenus par des cernes noires, ses joues rouges contrastaient avec pâleur du reste de son visage, ses cheveux gras lui retombaient dessus et se collaient les uns aux autres à cause du sang qui coagulait, sa mâchoire ressortait de sa figure par son extrême maigreur et elle revis les ombres de son cauchemar. Une panique la submergea et elle frappa de toute ses forces dans le miroir qui explosa sous son coup. Sa peau se lacéra sous les morceaux coupants, et le sang coula à nouveau. Elle ressentit enfin la douleur physique qu'elle attendait tant. Ses esprits vagabondèrent et la laissèrent en paix quelques instants. Elle cria jusqu'à s'en casser la voix pour exprimer son soulagement soudain. Elle observa les plaies ouvertes et sanguinolentes qui recouvraient sa main droite. Aucun doigt n'avait été épargné. Elle prit une douche pour nettoyer son corps des croûtes de sang qui lui recouvrait le corps. L'eau incolore devint rouge au contact de sa peau écarlate. Le jet massa délicatement son visage pâle et l'eau chaude tapissa son corps en douceur. Un calme s'imposa à elle qui venait de se faire subir de nombreux traumatismes tel le retour du soleil après la tempête. Lorsqu'elle sortit de la douche, son image se refléta de nouveau dans un des miroirs de la salle-de-bains. Tout avait changé et avait laissé place à la Erin de tous les jours. Celle que tout le monde connaissait. Tout était rentré dans l'ordre comme si rien ne venait de se produire. Ne pas en garder de souvenir. Jamais, pensa-t-elle.


Après s'être séchée et habillée, Erin retourna dans la chambre attenante. La laideur de la chambre la frappa en plein visage quand elle y entra. Les meubles bruns foncés assombrissaient la pièce et les murs orangés n'arrangeait pas cet aspect mais l'amplifiaient. La simple fenêtre ne laissait passer qu'une simple lueur de lumière car la plupart de sa surface était tachée de moisissure ou d'excréments d'oiseaux. Les lattes du parquet était déformées et laissaient entrevoir l'ancien sol au dessous, une moquette bleue couverte d'insectes morts. Plusieurs ampoules étaient cassées et des traces noires recouvraient le plafond. Rien de cette chambre ne donnait envie de passer plusieurs jours consécutifs et les conséquences du passage d’Erin n'amélioraient en rien la décoration du lieu. Du sang imbibait le sol. Des morceaux du miroir fracturé ajouté de la brillance à cette marre rouge. Des empreintes de mains ensanglantées étaient dessinaient sur les murs orangés. Tout faisait croire qu'il venait de se produire un crime horrible dans cette chambre. Cependant, il n'en était rien. Personne n'était venue la tuer ou la martyrisait. Elle savait très bien le faire seule. Elle ne voulait impliquait aucun individu dans sa folie et savait ce qui allait arriver si quelqu'un l'apprenait. Elle serait envoyée dans un hôpital psychiatrique pour une durée indéterminée, voire n'en sortirait jamais.


La jeune fille s'empara de sa veste en jean bon marché qu'elle enfila sur le pas de la porte. Elle regarda une dernière fois le massacre qu'elle venait de causer et ferma la porte à clé. La femme de ménage viendrait le jour même ou le lendemain et se liquéfiera devant la charge de travail qui s'annoncera à elle. Elle constatera tout le sang perdu mais se lamentera plus sur l'allure de la pièce que sur l'état de la personne qui avait perdu tout ce liquide. Elle pensera probablement au canular, ou alors se fera des films et croira qu'il y a eu un meurtre dans cette chambre. Cependant, elle voudra garder son poste et se contentera de faire son travail le mieux qu'elle pourra et de ne pas poser de questions indiscrètes. Tout ce qu’Erin espérait c'était qu'ils ne remontent pas jusqu'à elle. Mais pour cela elle avait tout prévu. Elle avait donné un faux nom, de même pour le numéro de téléphone et le mail. De plus, elle avait payé en liquide pour laisser le moins d'indications possibles à propos de sa vraie identité. Personne ne savait qu'elle était là, comme si elle ne l'avait jamais réellement été. Elle longea rapidement un long couloir qui la mena au gardien de l'immeuble. L'homme lui sourit à son approche. Il avait une forte corpulence et des bourrelets sortaient de son haut. De la sueur maculait son front et des auréoles se dessinaient sous ses aisselles. Il était hideux mais Erin ne s'attarda pas sur son aspect physique. Toujours sous sa fausse identité, elle lui rendit les clefs en main-propre. Elle montra toutes ses dents par un sourire enthousiaste et remercia l'homme de l'accueil qu'il lui avait proposé. Il hocha la tête et se venta de ses quelques années de travail. Cependant, il n'avait rien fait pour elle. La chambre était miteuse et insignifiante. Elle n'avait eu le droit à aucun extra et devait se satisfaire du strict minimum. Mais c'était le seul hôtel assez loin de chez elle qui n'obligeait pas à présenter une carte d'identité à la demande d'une chambre. Elle sortit de ce cachot le plus rapidement possible et respira une fois à l'extérieur. Personne ne remarqua sa présence. Les individus autour d'elle courait de toute part. Chacun était pressé et ne s'attardait pas sur les choses futiles telle qu'elle. Elle les évita les uns après les autres et profita de ce moment de douceur. Elle n'avait aucune obligation en ce jour. Elle respirait encore et avait toujours son cœur qui battait pour répandre son sang dans tout son organisme. La douleur psychologique était partie de son être en se tailladant les veines. Elle avait éprouvé autre chose en elle. Une douleur supportable et surmontable. Elle offrit de ce fait du repos à son mental éprouvé. Elle enfila la capuche de son sweat-shirt le long du chemin pour ne pas être reconnue des passants. Personne ne devait se souvenir de sa présence en ce lieu. Personne ne devait soupçonner ce qui venait de se produire. Le silence était pour une fois de rigueur et elle apprécia subitement son invisibilité face aux autres. Elle rentra chez elle sans que personne croise son chemin ou ne la reconnaisse.
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Emilie 1101



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MessageSujet: Re: Rescapée   Mar 8 Aoû - 21:25

Chapitre 2



Mathieu Danster se prélassa quelques instants supplémentaires dans son lit. Son réveil venait de sonner mais il se refusa à l'écouter. Pas encore, pesta-t-il intérieurement. Il se positionna sur le dos et observa le plafond blanc de sa chambre. La lumière du soleil traversa les rideaux crèmes laissant apparaître une étendue calme et agréable. Un corps respirait à la gauche de l'homme et remuait les draps qui l'enveloppaient. Il s'agissait d'une femme d'âge mûre qu'il avait rencontré la veille chez un de leurs amis communs. Un fin drap blanc recouvrait partiellement ses formes envoûteuses et sa respiration calme et détendue donnait une mouvance flegmatique au linge fin. Sa crinière or parsemait son dos de reflets féeriques. Les deux individus avaient fait plusieurs fois l'amour durant la nuit pour ensuite succomber à un sommeil profond et divin. Mathieu n'aimait pas avoir de relations sérieuses et cette femme l'avait parfaitement compris. Elle avait su cerner ses attentes et les avait réaliser tout au long de la soirée. Ils étaient parfaitement consentants l'un comme l'autre et avaient expérimenté les limites sexuelles de l'autre. Cependant, comme toutes les femmes qu'il avait connu, elle allait sûrement en demander plus et il ne pouvait pas lui procurer ce « plus ». L'amour était un sentiment qu'il ne comprenait et ne maîtrisait pas. Il le détestait et faisait de lui un homme vulnérable et faible. Il était fort et impassible. Rien ne pouvait l'atteindre. L'amour était l'une de ses seules faiblesses et il s’interdisait de le ressentir ou même de l'éprouver. Les femmes étaient des êtres trop sensibles qui voulaient toujours plus de lui. Mais son cœur de pierre ne percevait rien. Il voulait seulement ressentir le désir et le plaisir du sexe sans réfléchir aux sentiments. Juste le plaisir. Juste l'acte. Juste le sexe. Rien de plus.




Mathieu se redressa lentement pour ne pas réveiller sa partenaire et se leva en s'assurant de n'avoir pas interrompu son sommeil. Il se rendit dans sa salle de bain, adjacente à la chambre, et prit une douche brûlante qui lui coupa la circulation du sang dans les membres inférieurs. Il enroula une serviette propre autour de ses hanches et se lava les dents frénétiquement. En se regardant dans le miroir, il se demanda comment annoncer à la femme qui se trouvait dans son lit qu'il vaudrait mieux qu'ils ne se voient plus. Il inventa des discours plus ignobles les uns que les autres et se résolut à lui dire tout simplement ce qu'il désirait. Il ne voulait rien laissait au hasard mais en même temps il ne voulait pas avoir à gérer une femme en pleurs. Il retarda l'échéance au maximum et prit finalement son courage à deux mains pour se rendre dans sa chambre et faire face à la réalité si cruelle qu'elle soit. La femme était toujours comateuse. Il s'installa à côté de son corps qui lui tournait le dos et la caressa de ses reins jusqu'à remonter à sa nuque. Elle geint de plaisir, se courba et se retourna face à lui, nue. Elle lui adressa un sourire enjôleur en ouvrant les yeux et s'aperçut que l'homme qu'elle avait rencontré la veille avait laissé place à un être froid et distant. Ses traits attirants n'avaient plus place sur son visage. Tous les petits détails qui l'avaient fait succomber avaient disparus au fil d'une nuit. Il n'avait plus son petit sourire en coin, ni ses pommettes rouges provoquées par l'alcool, ni de fines rides de joie à la commissure de ses lèvres, ni même la brillance dans ses yeux verts. Elle se redressa, plaça le drap sur ses seins et comprit que leur relation n'irait pas aussi loin qu'elle aurait pu l'imaginer. Elle se ferma comme une huître et ne lui adressa plus un regard, plus un mot. Elle regarda désormais le vide, plongée dans ses pensées les plus sombres. D'un petit coup d’œil derrière elle, Mathieu regarda l'heure affichée sur son radio-réveil portable. Il s'aperçut qu'il avait pris dix minutes de retard par rapport à son organisation habituelle et qu'il allait probablement être en retard à son lieu de travail. Pas terrible pour un professeur le jour de la rentrée scolaire. Il se leva du lit et déclara d'un ton ferme :

- Je dois y aller. Le boulot m'attend. Tu trouveras tout ce qu'il te faut pour petit-déjeuner dans le frigo et dans les placards avoisinants. Je rentrerai tard donc tu seras probablement déjà partie. Pas la peine de m'attendre, je n'aurai pas de temps à t'accorder à mon retour.

- Je n'était qu'un divertissement ?

- En quelque sorte, oui, mais pas exactement. Tu as été une très bonne partenaire de sexe et je t'en remercie mais je ne veux rien d'autre que ça. Franchement, tu devrais laisser ton numéro au cas où. Tu es vraiment douée et peut-être qu'un jour je voudrai remettre ça.

- Tu ne vas jamais m'appeler avoue.

- Je veux juste être gentil. Je n'aime pas les relations avec les autres personnes. Je suis quelqu'un de solitaire qui aime avoir son indépendance et sa liberté. J'aime contrôler mes pulsions et donner à mon corps ce qu'il veut. Les relations ne sont pas faites pour moi. Ce n'est pas mon truc. J'aime le sexe mais dès que les sentiments s'en mêlent, je deviens un pauvre type qui ne comprend plus rien aux femmes. Je me dis que si on commence à se voir plus souvent, on risque de commencer à s'apprécier et je n'ai pas envie que ça arrive. Je n'ai pas envie de te faire souffrir. Crois-moi, je ne suis pas fait pour toi et un jour tu me remercieras.




Mathieu enfila un caleçon propre et retira la serviette. Il chercha sa chemise de la veille et s’aperçut que sa très chère partenaire avait laissé des traces de rouge à lèvres sur le col bleu de cette dernière. Il souffla et pesta certains jurons suffisamment fort pour attester de son mécontentement mais elle fit la fine oreille et ne répondit rien à son agacement. Il jeta son habit dans le panier à linge et en prit une nouvelle dans son dressing. La femme le regarda démunie. Elle lui adressa des petits sourires déprimés et tourmentés.

- Tu es sûr de vouloir partir ? demanda la femme. Tu ne veux pas qu'on profite encore un peu de nos corps bouillants de désirs ? J'ai encore envie de toi et je suis sûre que c'est pareil de ton côté. Ne me laisse pas, je ne veux pas être seule. Laisse-moi te laisser un dernier souvenir. Tu ne vas pas le regretter et peut-être même que tu ne voudras plus me laisser partir.

- Ce n'est pas contre toi mais je dois vraiment y aller. Je dois donner un cours.

- Tu es prof ?

- Oui, répond-il sèchement.

- Donc en plus d'être beau, incroyablement sexy, tu es intelligent ?

- Il y paraît mais je suis loin d'être d'accord …




Mathieu sombra dans ses pensées et plus rien, même pas cette divine femme devant lui le fit revenir à la réalité. Il pensa à ses années d'étude et un petit sourire discret s'afficha sur son visage. La femme, troublée, épia attentivement tous ses faits et gestes. Elle comprit qu'elle avait touché un point qui pouvait lui faire gagner la partie. Elle continua à lui poser des questions tout en le félicitant chaudement et en découvrant petit à petit sa poitrine généreuse. Cependant, l'homme ne remarquait rien à ses avances. Mais lorsqu'il revint à la vérité, il mit un terme à ses tentatives et s'exclama plus sur de lui que jamais :

- Je dois vraiment y aller. J'espère avoir le plaisir de te revoir un jour. Cette nuit fut merveilleuse et je suis désolé si je t'ai fait croire des choses. Sache que je ne ressens rien pour toi et que même si je t'ai dit des choses ambiguës, elles ne représentent rien pour moi. Je ne suis décidément pas un homme pour toi et j'espère que tu trouveras celui qui comblera ton cœur et toutes tes attentes. Cet homme aura de la chance d'avoir une femme aussi douée que toi. Mais cet homme n'est pas et ne sera jamais moi.




La femme ne répondit pas. Sa colère bouillait en elle et l'empêchait de répondre sans hausser le ton. Elle ne voulait pas crier ni se disputer avec lui car elle se trouvait après tout chez lui et qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait d'elle. Elle était plus fine que lui et était beaucoup moins forte. Elle n'avait aucune chance de gagner ce combat. Elle devait se faire une raison et arrêtait de fantasmer sur des hommes qui la brisaient mentalement. Elle avait imaginé une grande histoire d'amour mais n'avait profité que d'un coup d'un soir. Il ramassa quelques affaires qu'il rangea soigneusement dans un sac en bandoulière fait de cuir marron foncé. Il enfila le reste de ses habits à toute vitesse et s'élança vers la porte. Il la claqua en sortant sans jeter le moindre regard vers sa partenaire qui poussa un soupir démesuré de plainte lorsque ce dernier franchit la porte. Mathieu se rendit au lycée où il enseignait sans remord face à la scène qui venait de se produire. Il en avait l'habitude.




***




Un homme sans visage se tenait debout, droit, face à Erin. Une capuche noire recouvrait son crâne et lui arrivait au dessus de l'arrête de son nez. Erin observa son corps en lambeaux de haut en bas pour en apprendre davantage sur son identité. Mais rien n'attira d'intérêt à ses yeux. L'air frai qu'elle inspirait lui brûlait l’œsophage et lui paralysait les membres. Et lorsqu'elle expirait de la buée s'échappait de sa bouche. L'homme tenait ses poignets d'une main ferme et froide qui embrasait sa chair. Aucun son ne sortait de sa bouche. C'était le silence complet. Le brouillard les encerclait et l'empêcha de voir les alentours. Elle pouvait seulement distinguer l'homme sans visage qui lui gelait le sang. Il plaça ses mains sur son visage et l'embrassa sur le front comme un signe d'adieu. Il s'éloigna de la jeune fille d'un pas lent et emblématique et se perdit rapidement dans l'étendue floue. Erin voulut le suivre pour savoir qui était cette personne, mais des chaînes reliées au sol l’empêchèrent de se déplacer. Elle comprit alors ce qu'il venait de faire. Il venait de l'attacher fermement au niveau des poignets. Le fer lui rentrait dans la peau et le sang commençait à couler le long de ses doigts. Ce liquide chaud réchauffa son corps tout entier. Elle tira encore et encore sur ses liens, de toutes ses forces, mais rien n'y faisait. Elle était prisonnière pour une raison inconnue d'une personne étrangère. Un son de klaxon accentua l'effet traumatisant de la scène. Des phares arrivèrent sur elle à très grande vitesse. L’adrénaline se répandit dans l'entièreté de son être et une force supérieur la submergea. Elle sut s'extirper de son piège avec des blessures profondes et ouvertes. Elle courra le plus vite possible, malgré la douleur, pour échapper à la voiture qui lui fonçait dessus. Le véhicule dévia de sa trajectoire et vint s'écraser sur un arbre. Le choc fut redoutable. Un bruit effroyable retentit et la secousse pénétra dans les entrailles de la terre. Erin accourut au plus vite sur les lieux de l'accident. L'odeur du sang était omniprésent et écœura la jeune fille. Une comptine que sa mère lui chantait lorsqu'elle était petite et qu'elle avait peur vint sonoriser la scène.

« Ma petite chérie, je suis avec toi pour la vie … »

Erin savait qui se trouvait dans cette voiture. Le chant devint de plus en plus assourdissant et résonna dans sa tête.

« Ma grande fille aimé, tu es mon éternité … »

Des larmes imprégnaient ses yeux et ses joues. Elle ouvrit la portière du côté conducteur et trouva sa mère couverte de sang. Elle le secoua de toutes ses forces la suppliant d'ouvrir les yeux, de respirer. Mais elle ne fit rien de cela.

« Mon enfant adoré, je serai toujours à tes côtés ... »

Erin sentit une présence derrière elle et se retourna d'instinct. L'homme sans visage se trouvait face à elle. Une bouche rouge lui était apparue et le sang dégoulinait de son sourire. D'un geste bref de la main, il trancha la gorge de la jeune fille à main nu. Il s'éloigna en chantant la comptine infantile et finit par dire sur le même rythme que la chanson « Mais aujourd'hui tu m'as tué, et je ne saurai te le pardonner ».




Erin ouvrit les yeux abruptement. Des gouttes de sueur perlaient sur son front et une odeur de transpiration embaumait sa chambre. Elle se redressa et s'installa sur son lit. Ses pieds ne touchaient pas le sol et elle en profita pour faire craquer ses chevilles. La maison était d'un calme angoissant mais elle en avait l'habitude. Elle y vivait seule depuis l'accident. Elle posa ses pieds sur le sol et du s'armer d'un courage monstre pour réussir à se lever. Elle choisit soigneusement ses vêtements – un tee-shirt à manches longues pour cacher les cicatrices et les coupures fraîche de la veille et un jean gris taille haute – et emporta avec elle sa trousse de toilette. Elle se précipita dans la salle de bain en essayant de ne pas croiser son propre reflet dans un miroir. Elle savait que sa nuit avait était fastueuse et dans quel état elle se trouvait. Ses cheveux de jais étaient gras les rendant d'autant plus foncés. Des cernes noires devaient colorer ses yeux. Ceux-ci, quant à eux, devaient être maculés de sang et gonflés. Lorsqu'elle sortit de la douche. Tous ses désespoirs étaient réalité à l'exception de ses cheveux qu'elle venait de laver. Elle se munit de toute la patience qu'elle possédait, bien qu'elle soit atrophiée, et se maquilla du mieux qu'elle pouvait si bien que les cernes qu'elle avait n'était plus qu'un souvenir sous son anti-cerne. Elle enfila de vitesse ses habits posaient sur le radiateur et s'enivra de la chaleur qu'ils rejetaient. Elle s'observa une dernière fois dans le miroir satisfaite du résultat. Tout va bien se passer, se rassura-t-elle. Tout va bien se passer. Elle essuya la légère larme qui brillait au coin de son œil et se força à sourire. Sa mère l'avait toujours préférée heureuse et souriante et malgré son décès, elle voulait respecter ses volontés. Jamais elle n'aurait voulu lui montrer qu'elle était malheureuse. Si malheureuse. Elle prit son sac et sortit de cette maison remplie de souvenir. Elle s'enfuit aussi rapidement que ses frêles jambes le pouvaient.
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MessageSujet: Re: Rescapée   Mar 8 Aoû - 21:26

Chapitre 3


Erin rejoignit un groupe de personnes plus insouciantes les unes que les autres qui la dévisagèrent dès son arrivé. Elle détourna le regard dès qu'elle en croisait une qui l'examinait de haut en bas et elle se résonna à marcher les yeux baissés. Le bus scolaire arriva dans un vacarme monstre. Ces dernières temps, les chauffeurs avaient l'habitude de se klaxonner dessus pour se saluer ce qui réveillait la plupart des habitants de la rue. Mais les chauffeurs n'en avaient que faire. Ils étaient fiers de leur nouvelle salutation et en faisait profiter le reste du monde, à leur plus grand mécontentement. Le chauffeur arrêta son car devant la foule de personnes qui s'était réunie de part et d'autre d’Erin. Elle monta dans les premiers sans adresser un mot au chauffeur et choisit une place éloignée de tous. Ni trop devant ni trop derrière pour se faire le moins remarquer possible. Elle enfila ses écouteurs et mis le fond aussi fort qu'elle le pouvait pour se déconnecter de toute la réalité qui l'entourait. Personne ne vint s’asseoir sur le siège d'à côté et elle en profita pour y déposer ses pieds. Elle observa par la fenêtre les paysages qui s'enfuyaient au fur et à mesure de l'avancée du bus et elle n'attacha pas son regard sur ces horizons futiles.



Le bus scolaire déposa Erin ainsi que de nombreux élèves qui s'étaient rajoutés le long du trajet devant l'entrée du lycée. En ce jour de rentrée, les jeunes lycéens se scindaient en deux catégories totalement distinctes. Il y avait ceux qui étaient contents de retrouver leurs amis, souriant de toutes leurs dents comme pour dire « soyez jaloux de moi et de mon humeur ». Ils avaient tendance à sauter dans les bras des autres avec une air hypocrite et à crier trop fort pour que tout le monde les entende. Leur attitude témoignait de leur insouciance. Erin entendait partout autour d'elle « Tu m'as manquée ! C'est dommage qu'on est pas pu se voir durant ces vacances. Tu sais que j'aurais été ravie de faire quelque chose avec toi, tu es l'une de mes plus grandes amies ». Erin avait un sourire moqueur rien qu'en entendant leur ton angélique dans leur voix. Elle émit même un petit ricanement à l'écoute d'une lycéenne un peu trop mielleuse. Celle-ci lui jeta un regard noir tout en serrant sa soi-disant amie dans les bras. Elle savait ce que cela signifiait et elle s'en servait de distraction durant cette longue journée qui l'attendait. Cependant, cette catégorie d'hypocrites n'était pas celle qu’Erin aimait le moins. Il y avait aussi les autres. Ceux qui font une tête de déterré. Comme s'ils venait de se réveiller d'un sommeil profond de deux mois. Ceux qui voulaient juste que les autres les plaignent parce que « leur vie est trop exténuante et qu'ils n'ont tellement pas de chance de ne pas pouvoir faire ce que bon leur semble ». Erin les détestaient. Ceux là étaient les pires de tous et ceux qu'elle aimait le moins. Elle les méprisait en un seul regard et savait les reconnaître d'un simple coup d’œil. Elle les fuyait comme la peste.



Erin était différente d'eux et ne faisait partie d'aucune de ces deux catégories. Elle était là, c'était tout et ne s’enthousiasmait pas pour si peu. D'ailleurs, elle ne s'enthousiasmait jamais. Une fois devant son établissement, elle entra à grande enjambée, déterminée à conquérir ce monde si particulier et injuste. Elle frôla les élèves et ne s'arrêta pas devant les injures qui grouillaient autour d'elle. Les murs de cette enceinte étaient plus que dégradés. Les briques se décomposaient et il arrivait d'y avoir un trou dans la façade. Les fenêtres étaient percées, la peinture se fissurait, la rouille s'installait et la poussière proliférait depuis des décennies. Mais cela importait peu. Elle avait l'habitude de vivre dans des endroits infâmes, malfamés et amochés par les années. Mais c'était l'un des seuls endroits où elle se sentait en sécurité. Personne ne la voyait ou même la remarquait. C'était la fille invisible dans le fond de la salle qui ne participait jamais et qui ne parlait à personne, pas même aux professeurs. Elle se contentait d'écouter ce qu'ils avaient à transmettre et restait le plus longtemps qu'elle le pouvait entre les murs de cette prison. Personne ne l'attendait chez elle avec un bon repas chaud de toute manière. Elle se dirigea vers le panneau d'affichage des terminales et consulta les registres des élèves pour découvrir sa salle de classe. Elle parcourue plusieurs listes avant de trouver son nom, Pelmes, ainsi qu'un nombre et une lettre, 02S. Elle s'achemina vers le bâtiment des sciences et stoppa net sa marche lorsqu'elle se trouva devant sa salle de classe. Elle resta close devant elle et aucune détermination ne vint l'aider à taper pour signaler sa présence. Sa respiration s'accéléra et il fut dur de contrôler ses pulsions qui, dorénavant, la submergèrent. Son cerveau lui proposa de prendre ses jambes à son coup, de s'enfuir le plus loin possible de cet endroit. Personne ne remarquerait son absence. Alors pourquoi ne partait-elle pas ? Elle resta là, fixée devant cette porte bleue nuit à attendre un miracle où n'importe quel autre phénomène fabuleux qui allait lui faire pousser des ailles. Mais rien ne se produisit. La sonnerie n'avait pas encore retentit et aucun individu ne vint déranger son silence. Elle était seule comme elle aimait si bien l'être. Des bruits de pas s'avancèrent à elle et un homme dérangea son confort et se posa juste devant elle. Il pénétra dans son espace personnel sans la moindre gêne. Elle ressentit l'énergie qui se dégagea de lui et s'en imbiba pour mieux le cerner. Elle inspira si profondément que le couloir vacilla autour d'elle. L'homme avait une odeur de menthe poivrée et de citron vert. Une décharge électrique se propagea dans tout son corps et des frissons apparurent au niveau de ses reins. Cela ne préservait rien de bon.
- Bonjour. Tu dois être l'une de mes élèves. Tu voudrais bien te décaler pour me laisser ouvrir la porte s'il te plaît ?



Sa voix était particulièrement grave ce qui plaisait énormément à Erin. Elle avait lu dans un reportage que les sons graves permettent de détendre la personne qui l’écoute. Mais là, à entendre la voix si particulière de cet homme, Erin eu des frissons qui remontèrent de sa colonne vertébrale. Elle se déplaça d'un pas en arrière en gardant une distance proche de l'homme pour continuer à se gorger de son énergie et à humer son odeur. Il ouvrit la porte d'un simple tour de clé dans la serrure et laissa passer la jeune fille devant lui. Quand elle accéda à la pièce, elle crut faire un saut dans le temps de quarante ans. Le carrelage était marronâtre et couvert de tâches, du papier peint des années quatre-vingt recouvrait les murs, les chaises et les bureaux étaient également d'époque. Seul celui du professeur, en métal argenté, était récent. Il lui indiqua d'un geste de la main qu'elle pouvait s’asseoir là où elle le souhaitait et elle choisit le dernier rang à côté de la fenêtre. Elle posa sa tête entre ses bras, posés sur son bureau, et ferma les yeux.
- Comment t'appelles-tu ?



Elle releva la tête d'un geste brusque comme si on venait de la prendre en flagrant délit. Il plaça sur elle ses yeux verts et lui adressa un sourire qu'elle ne lui renvoya pas. Une mine crispée l'envahit à mesure de l'attente de sa réponse. Elle ouvrit la bouche mais aucun mot ne sortit. Elle se racla la gorge jusqu'à avoir le goût du sang dans la bouche et put prononcer enfin son identité.
- Erin Pelmes.
- Enchanté mademoiselle Pelmes. Je suis Mathieu Danster, ton professeur titulaire.
- Je peux sortir ?
- Oui pourquoi ? Quelque chose ne va pas ?



Erin inspira un grand bol d'air frai. Son professeur la scindait et l'observait de la même manière qu'elle le regardait. Il analysait chaque petite expression que son visage laissait transparaître. Malgré les heures d’entraînements acharnés, elle n'arrivait toujours pas à ne rien laissait paraître. Certes, ses expressions étaient beaucoup moins visibles que celles d'une personne normale mais si son enseignant était suffisamment fort, elle était finie. Elle savait quelles expressions se lisaient sur son visage au moment même où son professeur la fixait. La gêne, la tristesse, la colère, la peur, la peur et encore la peur. Tout son être se résumait en ce simple mot. Elle se leva sans un mot et se dirigea vers le couloir sous les yeux ahuris de son professeur. Le petit sourire au coins de ses lèvres s'accentua à chacun de ses pas. Apparemment, il appréciait son audace et percevait ce geste non pas comme un manque d'autorité mais comme une marque de courage. Erin se concentra à ne pas croiser ses yeux et à rester concentrer sur son objectif : quitter cette salle de classe au plus vite. Elle s'installa sur le sol à deux pas de la porte. Sa tête la martelait de l'intérieur et brûlait à tel point qu'elle n'arrivait plus à penser ou à réfléchir. Des aiguilles invisibles lui perforèrent la nuque. Si elle avait était seule, elle aurait crier de douleur mais là, elle ne pouvait pas.



Mathieu s'installa sur sa chaise et commença à installer ses affaires et à se mettre dans la peau du personnage. Il regarda la montre autour de son poignet et pesta en voyant qu'il n'allait bientôt plus avoir de silence et de tranquillité. Il déposa sur chaque bureau des papiers administratifs concernant l'infirmerie, le droit à l'image et d'autres documents pour la sécurité des élèves. Tous les tas étaient parfaitement droits. Aucune feuille ne dépasser de la pile qu'il avait soigneusement dressé. Il observa de toute part cette salle de classe qu'on lui avait attribué pour cette année scolaire. Il ne l'adorait pas mais ne la détestait pas non plus. Elle lui faisait penser aux salles de classe de son enfance et se plongea dans ses souvenirs épanouis. Une personne vint pénétrer dans son champ de vision mais il ne se concentra pas dessus. Ses souvenirs étaient bien plus intéressants qu'un ou une élève de sa nouvelle classe titulaire. La jeune personne prit place sans un mot ni un bruit à la place qu'elle venait de quitter. Erin le fixa, encore dans ses pensées, et vit une profonde mélancolie dans ses yeux. Il refusait de quitter son petit paradis de souvenirs et de monopoliser son attention sur elle. Cela ne la dérangeait pas, elle n'aimait pas qu'une personne la remarque. De ce fait, elle pouvait l'épier pour se rendre compte de quel type de personne il s'agissait. Beaucoup de choses la submergèrent. Elle vit un homme froid et terrifié. Un homme qui se voulait fort mais qui avait des peurs qui l'empêchaient de grandir. Elle voyait un homme triste, aussi triste qu'elle. Mais lui au moins arrivait à sourire à une inconnue et à lui parler sans le moindre blocage. Il était bien plus fort qu'elle. Elle plongea également dans sa bulle et remit sa personnalité en question. La sonnerie vint déranger leur silence et un brouhaha les fit revenir à la réalité. Ils croisèrent un regard et le professeur se dirigea vers la porte pour accueillir ses nouveaux élèves. Chacun prit une place et laissa seule Erin comme elle le désirait. Le titulaire la dévisagea mais elle lui offrit un simple sourire pour dire que c'était ce qu'elle voulait. Il hocha la tête et commença un long monologue.
- Bonjour à tous. Je m'appelle Mathieu Danster et je serai votre professeur titulaire tout au long de cette année de terminale ainsi que votre professeur de physique chimie comme en témoigne ma blouse blanche…



Erin déposa ses yeux sur ses vêtements et distingua la blouse étonnement blanche de son professeur. Jusque là, elle ne lavait pas encore remarqué et se demanda comment elle avait pu rater une telle information. Elle s'était concentrée sur son visage et non pas sur ce qu'il portait. Sa blouse témoignait de son perfectionnisme sûrement pathologique et Erin s'en voulu de ne pas l'avoir décelé plus tôt.
- Je vous accompagnerai le temps de cette période, continua son titulaire, afin de ne perdre personne en plein vol et que chacun d'entre vous ait son bac avec la mention qu'il ou elle désire …



Erin ne s'était jamais demandé si elle voulait une mention ou non. Ses parents auraient voulu qu'elle ait les meilleurs résultats pour favoriser son avenir mais maintenant, plus rien n'importait à ses yeux. Elle voulait juste décrocher son bac pour honorer leur mémoire avec ou sans mention.
- Nous partagerons cinq heures par semaine dont deux réservées aux travaux pratiques. Cela peut paraître long mais vous êtes en terminal scientifique et c'est votre choix donc je ne veux pas vous entendre vous plaindre. Ceux qui ne sont pas prêts à fournir un travail suffisant, je vous demanderai de vous diriger dans une autre filière afin de trouver votre place car elle n'est pas en S. Cependant, je suis prêt à répondre à n'importe quelles questions sauf si elle sont évidentes et que vous êtes capable d'y répondre seul. Par exemple, si la réponse se trouve au tableau, je ne vous répondrai pas. Mais ne vous en faites pas, je suis sympa et vous allez adorer mes cours donc il n'y a pas de soucis par rapport au nombre d'heures que vous aurez avec moi.…



Erin observa les élèves qui partageront sa classe durant une année. Aucun d'entre eux ne sortait de l'ordinaire. Ils avaient tous le même style vestimentaire propre à cet établissement. Un assortiment cher et une obsession de montrer la vie aisée de leurs parents en portant des habits de marque. Erin ne pouvait pas se permettre de porter ce genre d'habits chers. Ses parents lui avaient laissé un compte bancaire avec de l'argent pour lui permettre d'aller au lycée qu'elle désirait et de garder leur maison familiale. Ses parents furent de simples fonctionnaires dont leurs titres étaient ceux en bas de l'échelle d'une entreprise. Pour ainsi dire, Erin se sentait inférieure aux autres personnes qui partageaient sa classe. Ils avaient tout ce qui lui manquait, pour commencer des parents. Elle se concentra sur son professeur. Jamais elle n'avait eu affaire à un professeur si particulier dans sa manière d'agir et de parler. Il n'avait pas peur d'aller au delà de ses fonction et cela plaisait à Erin. Il avait une attitude assez peu ordinaire pour un professeur et restait très réservé. Il avait une voix rauque et suffisamment harmonieuse avec sa carrure. Il se tenait droit avec les épaules en arrière.
- Je suis le genre de personne peu patiente et qui aime qu'on la respecte. Donc je vous prierai de vous taire lorsque je vous parle. Je n'avais pas envie de passer trop de temps à vous faire copier votre emploi du temps donc je l'ai directement photocopié. Veuillez le copier soigneusement dans votre carnet de liaison. En tout cas j'espère que vos vacances se sont bien passées. Moi non plus je ne voulais pas revenir ici aujourd'hui mais voilà nous sommes obligés alors veuillez ne pas être trop bavards, comme l'est déjà une de vos camarades au fond de la salle. Ça va, je ne te dérange pas trop ? Tu veux que je me taise peut-être pour te laisser finir ce que tu racontes. Ou veux-tu nous en faire profiter à tous ? Je suis sur que c'est très intéressant.



Tous les élèves se tournèrent pour observer la personne qui avait commis ce crime si grave aux yeux du titulaire. Il s'agissait d'une fille blonde aux cheveux ondulés, habillée de manière sophistiquée. Elle ne semblait en rien intéressée par le monologue du trentenaire. Erin se mit à observer ce dernier plus précisément alors que tous les élèves fixaient la blonde devenue rouge de honte. Il avait les cheveux brun foncé avec des yeux verts profonds et hypnotiques. Il avait une mâchoire délimitée et un menton droit. Il avait une barbe structurée qui lui offrait du charisme et une élégance pure au point qu'elle se mordit la lèvre en regardant sa bouche s'agitait. Elle ne se rendit pas compte de ce geste jusqu’à ce que son professeur pose les yeux sur elle. Elle sentit ses joues rougir et baissa les yeux par habitude. Si elle avait été seule, elle se serait enfuie le plus vite qu’elle aurait pu pour éviter de rencontrer de nouveau les yeux verts de son titulaire. Elle ne contrôlait pas tout en elle et quelques fois, ses émotions en faisaient des siennes et elle ne pouvait plus contrôler le moindre de ses gestes. Il la regarda par moments et remarqua ses mordillons incessant et failli à de nombreuses reprises se tromper dans son dialogue. Il se détourna de son regard et poursuivit son récit. D'après ce qu'elle entendait de ses voisins de devant, beaucoup de personnes disaient de lui que c'était un homme froid, très autoritaire, et sarcastique. Supposé être le genre de professeur qui ne dit ni bonjour ni au revoir aux élèves de ses classes, une personne malpolie. Le genre que détestait Erin. Il n'était pourtant pas si terrible. Dans tous ses temps de parole, il essayait de faire rire ses élèves et il montrait un certain enthousiasme à enseigner. Il valait mieux un homme stricte qui fait bien son travail plutôt qu'un homme idolâtré par ses élèves mais qui ne sert à rien et qui fait de mauvais cours. Elle se rappela comment il était entrait dans son cercle de confort à son arrivé et elle se dit qu’en plus de tout ce que les autres disaient de lui, il était intrusif. Il avait prit un plaisir fou à la regarder et à détecter ses émotions et sentiments. Mais malgré tout, il y avait quelque chose qui l’attirait chez cet homme. Elle chassa vite cette idée de son esprit et se remit à l’écouter parler. Mathieu Danster continua son discours sur les thèmes qu'il allait aborder au cours de l'année scolaire en physique-chimie. Le professeur fixait la jeune fille quelques fois et arrêta son regard sur elle à de nombreuses reprises. Ils échangèrent des regards furtifs et vifs mais surprenants ce qui gêna Erin qui abaissa ses yeux sur ses cuisses.
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MessageSujet: Re: Rescapée   Mar 8 Aoû - 21:26

Chapitre 4



Erin sortit la dernière de la salle d'un pas lent et indéterminé. Elle avait regagné sa bulle et ne voyait plus le monde qui l'entourait. Mathieu Danster l'observa du coin de l’œil et remarqua la délicatesse de tous ses mouvements. Ses hanches fines ondulaient harmonieusement, sa chevelure noire recouvrait son visage et lui donnait un air de princesse inatteignable. Ses pieds effleuraient à peine le sol comme si elle le survolait. Elle se mordit la lèvre en passant devant lui sans contrôler son geste et un désir de la posséder le submergea. Il détourna le regard et refuse de la regarder quitter la salle pour ne pas la pourchasser et faire l'irréparable. Elle se précipita dans le couloir et s'assit sur le sol. Une bouffée de chaleur l'immobilisait et la dominait. La chaleur se répartit dans tout son corps et l'empêcha de tenir debout. Elle respira fort et profondément. La crise d'asthme s'empara d'elle et l'oxygène ne pénétra plus dans son organisme. Ses poumons se resserrèrent et la comprimèrent de l'intérieur. Elle tapa sur le sol de ses paumes de main pour prévenir mais personne ne l'entendit. Elle suffoqua petit à petit. Le noir s'installa dans son champ de vision et elle sentit le sol se rapprocher d'elle alors qu'elle ne respirait plus.


Une douleur au niveau de la joue la priva de l'épanouissement. Lorsqu'elle n'était plus consciente plus rien ne prenait possession de son corps. Les émotions étaient silencieuses et son cerveau ne contrôlait plus ses pulsions. Erin sentit sa joue chauffait et rougir. Un peu de sang coulait dans sa bouche. Elle ouvrit les yeux et découvrit des yeux verts totalement paniqués devant elle. Le souffle lui manquait toujours mais la crise s'était calmée. L'homme encore partiellement visible la prit dans ses bras et l'emmena à l'extérieur. Il l'installa sur le sol et se positionna de nouveau face à elle. Il lui enleva son écharpe et les accessoires qui encerclaient son cou. Le souffle chaud de l'homme caressa sa peau lorsqu'il détacha le fermoir de son collier positionné dans son dos. L'air frai rempli ses bronches et pénétra dans son organisme. L'homme lui tendit un sac en plastique et elle inspira et expira profondément. Se respiration redevint normale au bout de quelques instants. Les yeux terrifiés de son professeur s'adoucirent, sa respiration également. Il posa une main franche sur le cou de la jeune fille pour prélever son pou. Sa peau était glacée. Erin posa sa tête contre le mur, dos à elle, et ferma les yeux. Son titulaire posa un tissu sur elle bien chaud. Elle ouvrit les yeux et découvrit qu'il venait de déposer son pull sur ses épaules. Elle lui sourit relativement en remerciement de son geste. Cette crise lui avait ponctionné toute son énergie, et elle n'était pas capable de lui offrir plus. Il lui rendit un sourire stressé mais un sourire tout de même. Ses dents étaient parfaitement blanches et son sourire, bien qu'angoissé égayait son regard.
- Il faut qu'on aille à l'infirmerie, ordonna-t-il avec conviction.
Non c'est bon, répondit la jeune fille. Je vais beaucoup mieux. Je veux juste retourner en cours. Je ne veux pas me faire remarquer le premier jour.
- Trop tard, dit-il sur un ton sarcastique. Mais j'insiste. Je ne peux pas te laisser repartir comme ça après une si grosse crise d'asthme. Je suis obligé de t'y conduire rien que pour prévenir tes parents.
- Vous ne pourrez pas les avoir. Ils ne sont plus disponibles. Je ne pense pas qu'ils vont vous répondre. Cela serait de l'ordre du miracle.


Elle avait prit un ton ironique qui déplut à l’homme. Il fronça ses sourcils et la regarda intensément. Si elle avait su ce que sa remarque provoquerait, elle ne l’aurait jamais dite. Elle baissa les yeux, signe de soumission et il ajouta d’un air qui se voulait doux :
- On peut toujours essayer. Qui ne tente rien n'a rien.
- Vous ne comprenez rien …
Les mots étaient sortis de sa bouche sans qu’elle puisse les faire taire. Elle releva ses yeux et rencontra ceux de son professeur. Ils étaient plus foncés. Par rage ? Colère ? Mépris ? Erin ne comprenait plus ren et n’avait plus assez d’énergie pour réfléchir. Elle ajouta juste sur un ton direct :
- Pas la peine d'essayer de les joindre. Je vais retourner en cours comme si rien ne s'était produit. Cette discussion n'a jamais eu lieu et ma crise ne s'est jamais produite. C'est une rentrée totalement banale pour vous comme pour moi. Ce moment n'a jamais existé. Alors je vous souhaite bonne journée monsieur.
- Erin !…


L'élève avança à pas sinueux et n'arrivait pas à marcher parfaitement droit. Le professeur, d'un œil inquiet, l'observa un long instant. Il était prêt à bondir à son secours dès qu'il en aurait trouvé l'opportunité mais Erin restait debout et malgré la complexité qu'elle ressentait à marcher, elle ne tomba pas. Une fois à l'abri des yeux épieurs de son professeur, elle s'écroula sur le sol. Elle prit sa tête entre ses mains et respira fortement. Elle n'avait toujours pas récupéré sa respiration normale et chaque inspiration était plus douloureuse que la précédente.
- Est-ce que tout va bien ?
Cette voix aiguë trotta dans sa tête. Elle était persuadée que c'était une simple hallucination auditive en lien avec le manque d'oxygénation de son cerveau. Une chaleur au niveau du dos la fit frissonner et elle sursauta en ouvrant les yeux. Une jeune fille de son âge venait de poser la main sur son dos et surveilla ses réactions.
- Salut, je m'appelle Agnès. Je suis désolée si je t'ai fait peur mais je voulais m'assurer que tu allais bien.


Aucun son ne sortit de la bouche d'Erin. Elle observa la jeune fille devant elle. Celle-ci avait les traits marqués par l'inquiétude. Les palpitations de son cœur se voyaient au niveau de sa gorge et sa respiration était rapide. Elle avait les cheveux courts, brun clair, qui arrivaient au niveau de son menton. Ses yeux étaient maquillés fortement par des couleurs chaudes qui appuyaient son regard. Elle était petite mais fine et portait de hauts talons pour amincir d’autant plus sa silhouette.
- Tu as besoin de quelque chose ? Je peux appeler quelqu'un si tu veux ?
Erin trouva enfin le courage de parler et cria « non » ce qui effraya son auditrice. Après avoir avalé sa salive et prit de nouveau le contrôle de ses cordes vocales, elle ajouta :
- N'appelle personne, s'il te plaît. Je n'ai pas envie de voir de professeur. J'ai envie d'être seule.
- Je ne te laisserai pas seule, sans personne pour te surveiller. C'est soit je reste soit j'appelle un professeur pour vérifier que tu vas bien. A toi de choisir.
- Je ne veux pas qu'un professeur vienne.


Erin avait dit cela sur un ton pratiquement sourd comme pour signifier à Agnès que parlait devenait trop compliqué pour elle. Mais la jeune fille ne l’avait pas comprit ainsi. Décidément, il fallait qu’elle fasse des signes plus évidents mais ses réflexions moururent dans sa tête et aucune idée ne vint l’aider à retrouver le silence.
- Alors je reste. Comment t'appelles-tu ?
- Erin.
- Alors Erin que se passe-t-il ?


***



Mathieu Danster retourna dans sa salle de classe abasourdit. Il s'installa sur sa chaise en cuir de mauvaise qualité et regarda les dossiers que les élèves venaient de remplir. Il s'agissait d'un papier demandant leur nom et prénoms, numéro de téléphone, date de naissance, de leur classe précédente, du nom du titulaire, de leur(s) loisir(s), du travail de leurs parents ainsi que la mention désirée pour le baccalauréat. Il feuilleta les écrits de ses élèves et s'arrêta à la vue d'un nom : Erin Pelmes. Son nom complet était Erin Victoire Sarah Pelmes. Elle était née le trois janvier quatre-vingt dix-neuf. Les cases concernant les parents étaient vides. A l'évidence, elle ne connaissait pas leurs professions. Étrange pour une fille de dix-sept ans. Il consulta sur le registre numérique les informations que l'établissement possédait sur ses parents. Les dernières informations dataient d'un an. La mère était secrétaire dans une grande société et le père était maçon. Des gens simples et sans grands revenus. Ils avaient dû souffrir du paiement de l'établissement privé mais voulaient probablement le meilleur pour leur fille. Alors pourquoi avait-elle rien écrit sur eux ? Leurs métiers étaient pourtant pas si compliqués à retenir et sa remarque « Ils ne sont plus disponibles … Cela serait de l'ordre du miracle ... » le troubla. Il comprit peu à peu ce qui se passait dans la vie de cette fille déboussolée. Il entreprit de faire des recherches sur internet concernant Sandrine et Grégory Pelmes et tomba sur ce qu'il craignait le plus. L'article de journal résumait les faits synthétiquement mais il les montrait au grand jour. « Aujourd'hui a eu lieu un accident sur une petite route de campagne. Une voiture a percuté un arbre à une vitesse avoisinant les cents kilomètres heures alors que les limitations étaient de cinquante kilomètres heure. Le conducteur, Grégory Pelmes, ainsi que la passagère, sa femme Sandrine, ont perdu la vie à la suite de leurs blessures. Aucune toxine, drogue ou alcool n'a été retrouvé dans le sang du conducteur. Les enquêteurs suggèrent que les individus étaient pressés et qu'un animal aurait surgit. En voulant l'éviter, le conducteur, Monsieur Pelmes, aurait foncé dans l'arbre. Leur fille, Erin Pelmes, également présente lors de l'accident est toujours plongée dans le comas mais selon les médecins, sa vie n'est plus en danger. Ce drame nous rappelle à tous d'être prudent sur la route même sur celles peu fréquentées ». Mathieu s'adossa au dossier de sa chaise et passa sa main dans les cheveux. Jamais il n'aurait pu croire ce qui s'était passé dans la vie de cette jeune fille et en aussi peu de temps. Perdre un parent était déjà assez dur et source de souffrances psychologiques mais les deux dans le même jour … L'homme se redressa et se leva. Ses jambes flagellait sous son poids mais tenaient bon. Il voulait revoir cette jeune fille et lui offrir le soutient mental selon lui nécessaire. Il n'avait rien vu de sa souffrance lors de son arrivée dans la classe et voulait s'en excuser. Il regarda son emploi du temps et se déplaça vers un bâtiment en briques rouges caractéristiques de la région, où se situait sa salle de classe. Il pénétra dans le hall et entreprit la marche vers la pièce. Devant la porte il se demanda que dire au professeur pour prendre l'élève à part. Aucun problème là-dessus, une simple formalité, mais également que dire à cette enfant qui venait de perdre ses deux parents. Il frappa sans grande conviction en lui et entra d'un pas peu assuré. Il regarda la salle d'un trait à la recherche de ses yeux noirs mais il ne les vit pas.
- Bonjour Monsieur Richmand, où es Erin Pelmes ?
- Je n'en sais rien, répondit l’homme surprit par l’entrée de son collègue. Elle ne s'est pas présentée à mon cours. Pourquoi ? Un problème concernant cette élève ?
- Oui et pas des moindres.


Mathieu quitta la pièce furieux et paniqué devant les yeux ahuris du professeur d’histoire. Il avait laissé une fille avec une crise d’asthme seule, sans surveillance. C'était de l'imprudence pure. S'il lui était arrivé quelque chose jamais il aurait su s'en remettre. Il traversa les couloirs pratiquement en courant et une fois dans le hall, il stoppa ses pas nets. Deux élèves étaient assis contre un mur à la vue de personne. Assis dans l'ombre et tous les deux habillés de noir, personne ne distinguait leur silhouette sauf avec une grande attention. L'un des individus avait la tête posait sur ses genoux, eux-même repliés sur son buste. L'autre, avait peur. La personne comprenait à moitié ce qui se passait. Elle était déboussolée et ne savait pas quoi faire dans cette situation. Mathieu comprit ses émotions et peurs. Il voyait tout en cette personne et vit qu'elle protégeait son camarade. Un blocage empêcha Mathieu de ressentir les émotions de l'autre jeune élève. Il savait même sans voir son visage qui elle était.


Des frissons parcoururent le corps d'Erin à l'approche de son professeur. Rien qu'avec cette sensation elle comprit ce qui allait se produire. Elle releva la tête et vit un homme encore plus alarmé que celui qu'elle avait laissé. Il savait. Il savait tout.
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Emilie 1101



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MessageSujet: Re: Rescapée   Mar 8 Aoû - 21:27

Chapitre 5



« Rien ne va maman. Tu crois que je suis heureuse parce que je souris mais tout est noir. J'aimerai te dire que tout va s'arranger mais quand et comment cela va arriver ? Quel est le miracle qui va me faire respirer, qui va me permettre de vivre alors que je suis morte avec vous ? Je ne le vois pas. Je suis désolée maman de tout ce qui se passe, de ne pas être la petite fille si heureuse que tu voulais que je sois. Tu me manques maman. Pour toujours et à jamais. »


Erin ferma le journal qu'elle tenait entre les mains. Une larme coulait le long de sa joue mais elle l'essuya rapidement du dos de sa main. Ce jour de rentrée avait été abominable et elle hésitait à retourner de nouveau en cours. Plus jamais elle réussirai à regarder son titulaire dans les yeux. Il avait comprit toute l'affaire qui la concernait et allait la considérer comme une pauvre petite fille. Or, elle était plus forte et elle ne voulait pas se rabaisser à un tel niveau du moins, c’est ce qu’elle montrait aux étrangers. Plus que tout, elle ne voulait pas que les autres professeurs où que les élèves de sa classe s'en aperçoivent. Elle s'assit sur son lit et prit l'écharpe de sa mère qui se trouvait sur son oreiller. Elle sentait encore le parfum de chèvrefeuille qu'Erin aimait particulièrement. Elle ferma les yeux et se rappela de ces moments que la famille se souvient après le décès d'un proche. Les moments d'une vie qui marquent sont majoritairement les meilleurs et la relations qu'avait Erin avec sa mère était plus que fusionnelle. Elle ne s'était jamais vraiment bien entendu avec son père mais avec sa génitrice, c'était l'harmonie parfaite. Sa tutrice avait le rôle de maman, de confidente, de meilleure amie, de conseillère. Elle était tout ce dont Erin avait besoin mais elle n'était plus. La jeune fille voyait une après-midi qu'elles avaient passé ensemble dans un parc à parler de tout et de rien, à débattre sur des sujets philosophiques, à se raconter les petits tracas du quotidien. Elles avaient acheté une glace ce jour là. « glace vanille fraise », pensa Erin. Sa mère faisait tout pour elle et réalisait ses moindres désirs. Elle était son âme-sœur et l'aimait plus que tout. Elle aurait été prête à donner sa vie contre celle de sa mère mais les médecins étaient contre, « ils ont préféré la laisser mourir ». Lors de son admission à l'hôpital, après l'accident, Sandrine Pelmes souffrait d'un écrasement des côtes. L'une d'entre elles était parvenu jusqu'au cœur et pour sa survie elle devait recevoir une greffe. Erin s'était portée volontaire. Elles étaient du même groupe sanguin et provenait de la même famille ce qui diminué les chances de rejets. Toutefois, les médecins avaient refusé. « On ne prend pas la vie de quelqu'un pour l'offrir à une autre personne. Les donneurs sont déjà morts. Nous sommes désolés » avaient-ils dit.


***



Mathieu Danster se rendit à la salle de sport pour éliminer toute l’énergie en surplus qu’il possédait. Il s’installa sur une machine pour travailler ses pectoraux plus déterminé que toutes les fois précédentes. Les charges se cumulaient et il vint à soulever près de cent vingt kilos en développé-couché. Un coach sportif l’observa faire ses mouvements et ne pu s’empêcher de prononcer un « whah » d’étonnement. Mathieu reposa la barre sur son étui et se redressa en faisant appel à ses abdominaux. Une douleur léger dans sa poitrine l’avertit qu’il avait trop forcé mais il ne se concentra pas dessus et la douleur s’apaisa.
- Bah ça alors ! Tu t’améliores de jour en jour mon poto ! Comment fais tu pour réussir à tant t’améliorer ? Tu as forcément un secret et j’aimerai bien le partager avec mes clients. Tu sais, pour avoir plus de fric !


Mathieu posa ses yeux verts sur l’énergumène qui se trouvait droit devant lui et l’empêchait de se lever. Il prit son courage à deux mains pour se calmer et ne pas envoyer un coup de tête dans l’estomac du coach sportif.
- Je n’ai aucun secret. Pas de produit, rien. Nutrition normal. Pas de miracle.
En prononçant ce mot il repensa à la formule de la jeune fille « ce serait un miracle » et tout reprit forme dans son esprit. La discussion n’avait rien d’un échange. Il avait renvoyé la lycéenne assise avec Erin en la remerciant d’un ton sec. Puis, il avait parlé seul en attendant une réponse infime d’Erin en vain. Elle avait seulement baissé les yeux et hoché la tête comme un animal blessé. Il n’en avait pas dit plus et était resté assis avec elle jusqu’à la sonnerie. Il lui avait demandé alors comment elle allait, ce à quoi elle n’avait pas répondu.
- Allez mec ! Tu as bien un secret ?


La voix de l’homme le fit revenir de sa rêverie et une rage le rongea. Il s’en voulait de la tournure qu’avait prit les événements de la journée. Cet homme se hissa devant lui encore plus prêt, si prêt que leurs genoux étaient pratiquement collés.
- Mon seul secret est d’être un connard qui blesse les gens qui se hissent en travers de mon chemin. Alors maintenant tu dégages où tu vas comprendre de quoi je parle.
- Ohhh, c’est bon poto ! Tu me parles pas comme ça sinon tu vas avoir affaire à moi. Je pèse plus que toi, je suis plus musclé que toi alors ne me cherche. Je veux juste savoir ce qui te permet de soulever des charges aussi lourdes en si peu de t…


Avant qu’il ait pu finir, Mathieu se précipita sur lui. Il l’emmena dans sa chute et commença à lui balancer ses poings sur les cottes et au niveau de l’estomac. L’homme à terre geint et au lieu de se défendre protègea son visage de ses grosses mains et le supplia d’arrêter. Plus il hurla « pas le visage, s’te plaît mec, touche pas mon visage ». Mathieu s’arrêta, se redressa et sortit de la pièce sans un mot. Lorsqu’il fut dehors il déglutit et vomit tout ce qui se trouvait dans son estomac.


***



« Ma petite chérie,

je suis avec toi pour la vie

Ma grande fille aimé,

tu es mon éternité

Mon enfant adoré,

je serai toujours à tes côtés ... »




La musique volait autour d’Erin qui gardait les yeux fermés pour mieux entendre le chant de sa mère. Elle aimait l’entendre chanter et elle savait qu’ouvrir les yeux arrêterait le chant. Une voix prit le dessus sur le chant. La voix tournait autour d’elle comme si une personne se dirigeait d’une oreille à l’autre.

- Erin ouvre les yeux. Erin, regarde autour de toi. Tourne. Tourne. Tourne. Regarde autour de toi, ouvre tes yeux et regarde. Tout est en couleur. Tout est animé. Tout est vivant. Et toi, tu meurs jours après jours, minutes après minutes, secondes après secondes. Tu te rapproches de la mort et je suis terrifié. Terrifié le soir de ne pas te voir réveiller le lendemain. Terrifié le jour que ce soit ton dernier et je refuse que ce le soit. Je refuse que tu donnes ton dernier souffle. Je refuse que tu me quittes. Je donnerai tout pour que tu restes même si c’est au péril de ma vie. Alors ouvre tes yeux et regarde-moi. Promets-moi de rester en vie. Promets-moi de te battre pour moi.



Erin ouvrit ses yeux et la musique se tut. Ce n’était pas sa mère qu’elle voyait devant elle mais son professeur. Elle écarquilla les yeux et se rapprocha de lui. Il se recula à chacun de ses pas l’empêchant de le toucher. Plus il s’éloignait, plus il disparaissait pour finir en particules de verre qui se déposèrent sur le sol comme des flocons de neige. Erin regarda autour d’elle. Il avait raison. Tout autour d’elle était magnifique et respirait la vie. Une biche s’approcha d’elle et posa son museau sur sa main. Elle la caressa mais dès qu’elle positionna la main sur son dos, elle vit du sang perler de son corps. Elle retira la main aussitôt et celle-ci fut rouge maculée du liquide chaud. L’animal se redressa et la fit tomber en arrière. Elle se cogna la tête sur l’herbe et celle-ci se mit à l’encerclait. Des tiges agrippèrent ses bras et ses jambes et une vint grandir sur sa figure pour recouvrir sa bouche. D’autre montait le long de son ventre pour resserrer son étreinte avec le sol. Elle hurlait mais la tige dans sa bouche empêcha le son de sortir. Elle se débattit mais plus elle le faisait plus les liens la serraient. Une tige se dressa et la poignarda en plein cœur. Erin ferma les yeux, la musique se remit automatiquement.



« Ma petite chérie,

je suis avec toi pour la vie

Ma grande fille aimé,

tu es mon éternité

Mon enfant adoré,

je serai toujours à tes côtés
Et maintenant que tu m’as tué,
A moi de t’assassiner. »



Erin se releva avec douleur. Elle jeta un coup d’œil rapide sur son réveil et vit les chiffres éclairés en rouge. Il était deux heures du matin et la seule idée qui lui vint en tête était de sortir de cette maison. Sortir de cet enfer. Sortir de sa vie. Elle enfila un jean noir et un sweat-shirt de la même couleur. Elle prit ses clefs et ferma la porte en la claquant. L’air frai la fit revenir à la réalité et dissipa son cauchemar dans ses pensées. Elle se rappela qu’elle n’avait plus rien, plus de famille, plus d’amis, plus de proches … Plus rien. Des larmes vinrent obscurcir sa vision et la troubler. Elle les essuya de la manche de son pull et continua à avancer. La rue était calme et sombre. Elle s’installa contre un mur dans une petite ruelle silencieuse et se mit à pleurer à chaude larme. Elle pleura jusqu’à ce que sa tête tourne et que ses joues la brûlent. Puis elle s’arrêta net en entendant les bruits de pas d’un homme. Ils résonnèrent dans toute la ruelle et était profond et fort. Elle retint son souffle et regarda l’homme avancer devant elle sans qu’il ne l’ait vu. L’air la brûlait de l’intérieur mais elle refusa d’expirer même si l’homme était désormais loin d’elle. Un chat vint se coller à elle et miaula pour obtenir quelques caresses. Il était maigre et frêle tout comme elle. Sauf que lui voulait survivre. Le son du chat fit revenir l’homme en arrière. Il arrêta ses yeux sur elle et un sourire vint souligner sa laideur. Il était suffisamment maigre pour devenir repoussant. Son nez était tordu et imposant, ses yeux étaient injectés de sang, l’odeur qu’il rejetait était nauséabonde. Erin s’interdit de vomir devant cet homme bien que son estomac se souleva. De la bille parvint toutefois jusqu’à sa bouche et l’envie de cracher devint insupportable. L’homme la regarda avec beaucoup d’intérêt et des mots surgissent sa pensée « Il me veut. Il veut me violer ». Alors une vague de terreur la submergea et les larmes recommencèrent à couler. Elle recroquevilla ses genoux sur sa poitrine et enfouit sa tête dessus. Elle était à lui et elle ne se débattrai pas si il décider de la toucher mais elle ne voulait pas lui rendre la tache si facile. Elle ne pouvait plus se contrôler et des sanglots la submergèrent. L’homme souffla et continua sa route la laissant seule avec son chagrin. « Il ne m’a rien fait. Il ne m’a pas touché. Je suis en vie ». Et pour la première fois depuis des mois des larmes de joies se mêlèrent à celles de tristesse. Pour une fois, elle n’avait pas eu envie de mourir.
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MessageSujet: Re: Rescapée   Mer 9 Aoû - 21:50

Bonjour et bienvenue parmi nous !

Je lirai ça demain matin Wink

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MessageSujet: Re: Rescapée   Dim 13 Aoû - 23:31

Voilà, j'ai lu. En retard, comme de juste.

C'est un récit sombre, pesant, torturé, et on sent poindre une relation compliquée (vus les persos abîmés qu'ils sont) entre Erin et Mathieu. À titre personnel, je n'ai pas aimé : non pas que ce soit mal écrit, au contraire car tu arrives bien à nous entraîner dans une ambiance bien particulière, mais ce n'est tout bonnement pas le genre de lecture que j'affectionne.

Sinon, il y a quelques fautes et coquilles qui traînent, mais rien de bien méchant.

Wink

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MessageSujet: Re: Rescapée   

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