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 (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)

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Notsil
Candy


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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Lun 31 Aoû - 9:54

Il te manque les tirets de dialogue sur la fin :p

J'attends de voir mémé qui le démonte façon karaté :p

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Minos
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Lun 31 Aoû - 10:03

Notsil a écrit:
Il te manque les tirets de dialogue sur la fin :p

Je sais, je viens de le remarquer, je suis sur le coup :p

Notsil a écrit:
J'attends de voir mémé qui le démonte façon karaté :p

Ce ne sera pas nécessaire... Twisted Evil

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Minos
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Lun 7 Sep - 9:33

LXV

– Bon, on procède comment ? que je demande à ZiZi, plus calé que moi en matière de technologie.
– Déjà, on attend la nuit pour ne pas se faire repérer. Ensuite, je vais mettre Tarzan Thor au courant de notre plan.
– T’es sûr ? que je demande, dubitatif.
Moi c’est clair, jamais je ne ferai confiance à un parasite… gigolo, pardon. Bref, c’est du pareil au même.
– Oui, sûr. Le vaisseau est sûrement gardé, donc si TT est chargé de la surveillance, il nous laissera passer. Déjà, on est copains, et puis j’ai prévu de lui donner un truc qui devrait le ravir.
– Ah ouais ? C’est quoi ?
– Il est trop tôt pour le dire. On en reparlera si... quand il aura accepté.
– OK, je te fais confiance. Oh, mais j’y pense : lui s’y connaît en mécanique. Il pourrait procéder au sabotage à ma place, ce serait plus vite fait.
– Tu n’y penses pas, Cirederf ! N’es-tu donc qu’un monstre insensible prêt à sacrifier tes amis ? C’est toi qui veux empêcher ta mémé de fuir la planète, donc c’est à toi de prendre les risques lors du sabotage. Question d’éthique !
– Mouais, que je concède du bout des lèvres, pas tout à fait convaincu.
Si je peux sacrifier d’autres gens à ma place, en général je n’hésite pas une femtoseconde : je suis plus important à mes yeux que le reste de l’univers. Et je ne comprends pas pourquoi l’univers ne s’en rend pas compte. Il faut croire qu’il est peuplé d’imbéciles myopes du cerveau.
– Bon, reprend ZiZi, c’est arrangé avec TT, je viens d’avoir une conversation avec lui et il est d’accord pour nous aider.
– Déjà ?
– Oui. Je suis évidemment capable de faire plusieurs choses à la fois, d’autant qu’on ne peut pas dire que le niveau de ta conversation monopolise beaucoup de mes ressources.
– J’ai rien compris.
– C’est pas grave. Ne nous reste plus qu’à attendre la nuit, maintenant.
Le reste de la journée s’étire comme le plus long des jours, mais finit enfin par se barrer. Je me mets dès lors en route vers le hangar, en marchant sur la pointe des pieds histoire d’être plus discret.
J’arrête au bout de dix pas parce que ça fait super mal aux orteils. Du coup, je me mets à marcher la tête rentrée dans les épaules, pour être moins visible. J’arrête deux couloirs plus tard : ça me pète les cervicales.
Heureusement, je ne tarde pas à me retrouver face à la porte du hangar. Et comme prévu, le garde est TT.
Il me prend les mains, les serre et me dit :
– Bonne chance, Cirederf. Je suis de tout cœur avec toi.
– Mon cœur est déjà pris, que je lui mens pour qu’il me lâche la grappe.
Et dans le même temps, je lui fais lâcher mes mains d’un coup sec. Ouf, il ne s’en formalise pas. Il tape le code de la porte sur le boîtier afférent et ajoute :
– La porte s’ouvre sans code pour ressortir. Tu ne seras pas embêté à ce niveau-là.
Je grogne quelque chose d’indistinct en guise de réponse tout en esquivant la main qu’il comptait apparemment poser sur mon épaule pendant que je passais devant lui pour entrer. Il faut vraiment qu’il apprenne à garder ses mains loin de moi, ce pervers.
Dans le hangar à peine éclairé, il n’y a que le – superbe – vaisseau de mémé. Je me demande combien d’années de dettes il me rembourserait si je m’en emparais et le revendais.
Mais pas le temps de m’appesantir sur le sujet : mon datapad sonne et la vois de ZiZi en sort :
– À ta droite, contre le mur, il y a un placard à outils. Ouvre-le.
J’obtempère. Effectivement : dedans, il y a des outils. Qu’est-ce qui est quoi, je n’en ai aucune idée. Mais il faut croire que ZiZi lit dans mes pensées car pour une fois, il se fait pédagogue avec moi :
– Pose ta main sur n’importe quel outil. Bien. Remonte de deux outils. Trois à droite. Non, ton autre droite. Descends un peu. Stop ! Tu y es ! Prends-le.
Je me retrouve avec ce qui ressemble à un gros sèche-cheveux.
– Appuies sur le bouton « on » pour voir s’il est chargé, et fais gaffe. C’est une trancheuse-laser.
J’appuie, un rayon-laser de visée rouge en sort et transperce la pénombre du hangar.
– MOUHAHAHAHAHA ! JE SUIS SUPERLASERMAN !
– Euh… Tu nous fais quoi, là, Cirederf ?
– Je sais pas.
Et c’est vrai. J’ignore ce qui m’a pris. Peut-être que le sèche-cheveux-laser est envoûté ?

La suite s’avère être une formalité. Suivant à la lettre les instructions de ZiZi, Je fais une profonde incision dans un gros tuyau le long du vaisseau, mais invisible à l’œil nu.
– Parfait, dit ZiZi quand j’ai terminé. Les causes de la panne de cette tubulure peuvent être multiples donc les techniciens de mémé vont mettre un temps fou à réparer. Et on peut compter sur TT pour les aiguiller vers une fausse piste si besoin est.
À ce moment, je suis l’homme le plus satisfait de l’univers. Je quitte le hangar et retourne me coucher, sans le moindre accroc. Oui, décidément, ma malchance a enfin tourné. Les choses redeviennent simples, comme je les aime.

Je m’endors heureux et content de moi, en paix. Ma nuit se berce de rêves de moi en superhéros sauvant la veuve mignonne et aguichante, mais pas son orphelin, qui me dérangerait plutôt qu’autre chose.
À la fin, elle tombe dans mes bras. Bien joué, Superlaserman ! Give me five !

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Notsil
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Lun 7 Sep - 23:09

Il ne s'arrange pas Cirederf Wink

Au moins il pourrait débroussailler son jardin avec son superlaser sèche-cheveux :p

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mar 8 Sep - 10:01

Et je te rassure tout de suite, il ne va pas aller mieux au chapitre suivant... que je posterai ce soir si j'ai le temps Twisted Evil

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mar 8 Sep - 18:48

Hahahaaaa "ce soir si j'ai le temps"
Oups pardon
Ton 

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mer 9 Sep - 10:24

L'irrégularité est le métronome de ce lapin qui courre une horloge à la main !!! Wink

Ne changez pas notre minos !
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mer 9 Sep - 12:51

Le pauvre il n'a pas trop le choix...couvre feux à 8h30 sinon les mini  zombies ne se couchent pas.
"Mangeeeeeer"Twisted Evil
C'est difficile d'élever 2 mi grand en demi sel
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mer 9 Sep - 21:53

Ouaip... me faut une mini-lampe pour le soir, un clavier qui fasse moins de bruit... Faites des gosses...

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Notsil
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mer 9 Sep - 23:46

Mouhaha :)

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Jeu 10 Sep - 21:39

Pauvre minos ! Et en plus, je lui donne plein de travail avec une date butoir ! Wink
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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Lun 14 Sep - 23:47

Chaque chose en son temps !

En attendant, voilà un chapitre de plus^^


LXVI


Le lendemain matin, je me réveille – hélas – dans ma routine. Une voix me fait :
– Debout, monsieur Cirederf. L’impératrice Nomis vous réclame séance tenante dans la salle du trône.
Je grommelle en ouvrant vaguement un œil. Un éphèbe en pagne se tient au pied de mon lit. Je sursaute, rabats les couvertures sur mon corps nu et viril afin de ne pas donner d’idées contre-nature à l’autre détraqué, et je réponds, avec la morgue d’un petit-fils d’impératrice :
– Quoi ? Le petit déjeuner n’est pas prêt ?
– Je ne suis pas ton larbin, demi-portion. Maintenant tu te lèves, tout de suite, tu sautes dans les guenilles qui te servent de fringues et tu ramènes tes fesses jusqu’à l’impératrice sur-le-champ, ou je vais lui dire que tu as refusé de répondre à sa convocation. Et là, mon gars, tu peux être sûr que tu vas le sentir passer…
Il n’a pas fini son sermon que j’ai déjà bondi hors du lit, avant de me vautrer par terre car mes pieds se sont pris dans les draps. Tandis que je me relève à moitié groggy, j’entends l’éphèbe qui égrène un compte à rebours :
– Vingt… dix-neuf… dix-huit…
Je rentre dans mes fringues à la vitesse hyperspatiale. Moins une chaussette que je ne retrouve pas et qui n’est nulle part en vue. La chaussette maudite, qui apparaît et disparaît au gré de sa propre volonté. Certains parlent de légende urbaine, mais ces sceptiques se trompent : c’est une réalité scientifiquement prouvée dans certains milieux non reconnus par les instances officielles.
– Douze… onze… dix…
Zut, je l’oubliais, celui-là !
Je cours jusqu’à la salle de bains, dérape jusqu’au lavabo à cause de plein d’eau sur le carrelage, je me rattrape audit lavabo en m’explosant la lèvre dessus au passage et aïe, j’ai deux dents de devant qui bougent. Bon, on verra ça plus tard.
Et pour l’eau par terre, il paraît que je transforme toujours les salles de bains en piscines quand je me douche. Si j’avais toujours trouvé cette accusation exagérée jusqu’à ce jour, je dois bien reconnaître que…
– Six… cinq… quatre…
AAAAAAÏÏÏEEE ! EN RETARD ! EN RETARD ! EN RETARD !
Je verse direct dans ma bouche une rasade de dentifrice et y enfonce ma brosse à dents dans la foulée. Aïe ! Cette fois c’est sûr, l’une des dents qui bougeait vient de se carapater. Zut, l’autre lâche à son tour au cours du brossage.
– Zéro. Moi j’y vais.
Il tourne les talons et quitte la chambre, pendant que je tente en vain de plaider ma cause :
– Trghui tghtug kooui zeyug…
Bon, OK, c’est pas simple de s’expliquer avec la bouche pleine de dentifrice. Beurk, je viens d’en avaler un peu par mégarde, en plus. Je crache tout dans le lavabo : dentifrice, sang, dents et brosse éponyme, et je me rue à la poursuite du bellâtre, que je rattrape alors qu’il ouvre la porte de la salle du trône.
Dès que je suis rentré, je m’arrête. À bout de souffle, je mets les mains sur les hanches en respirant bruyamment. En plus j’ai un point de côté, c’est mortel.
J’essuie mon front dégoulinant de sueur avec mon bras non moins dégoulinant de sueur, ce qui ne s’avère du coup pas très efficace.
Et là je me rends compte qu’à macérer dans ma crasse comme je viens de le faire, je pue, c’est une infection. Mais c’est pas ma faute, aussi : j’ai pas eu le temps de me mettre du déo.
– C’EST POUR AUJOURD’HUI OU POUR DEMAIN, BON À RIEN ?
Mémé.
Je soupire et clopine jusqu’au trône. Heureusement, aujourd’hui il n’y a quasiment personne. Je n’aurais pas à supporter les remarques désagréables des gigolos de mémé.
Je m’incline puis me redresse, attendant la suite avec délectation, vu que je viens de me souvenir qu’elle va m’annoncer ne pas pouvoir se rendre au Centre Impérial pour les soldes, son vaisseau était hors service.
Mémé me regarde en fronçant les sourcils, regarde le type venu me chercher dans ma chambre, me regarde à nouveau, le regarde lui, et reporte une dernière fois son regard sur moi.
Avec un sourire goguenard, elle me dit :
– Il te reste un peu de… truc blanc au coin des lèvres, Cirederf.
Je comprends ce qu’elle croit avoir compris et, rouge de honte à l’idée qu’on puisse me croire capable de tels actes de dépravation, je me défends :
– Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! C’est du dentifrice, mémé ! Ne va pas t’imaginer que…
– Silence, bon à rien, je ne t’ai pas donné la parole ! Et je ne veux rien entendre de plus sur tes turpitudes !
Soudain guillerette, elle ajoute, avec un clin d’œil et en désignant l’éphèbe de la tête :
– Il est efficace, hein ? Coquinou, va !

Je veux mourir.



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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mar 15 Sep - 0:31

Mouhaha bien fait :)

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Mar 15 Sep - 9:32

Et c'est pas fini^^


LXVII


– Revenons à nos moutons, Cirederf. J’ai une mauvaise nouvelle à t’annoncer, ainsi que deux bonnes.
– Ça pourrait être pire, que je réponds prudemment en jetant un coup d’œil aux alentours.
Hormis mémé, moi et l’éphèbe qui m’a conduit ici, il n’y a que quelques gardes discrets, ainsi que Tarzan Thor, debout à côté du trône, mains dans le dos et qui semble éviter soigneusement mon regard.
– La mauvaise, c’est que mon vaisseau a une panne. Il n’est pas en état de voler.
– Comme c’est dommaaaage. Pas de chance pour les soldes, mémé.
– Oui, mais il y a aussi deux bonnes nouvelles. La première, c’est que ton vaisseau est en cours de réparation et sera prêt dans une demi-heure. Du coup je te l’emprunte.
– C’est impossible ! que je dis, incrédule. On a commandé les pièces de rechange mais il faudra plusieurs jours pour qu’elles soient livrées.
– Il s’avère qu’après vérifications des stocks de pièces détachées dans mes entrepôts, nous avions tout ce qu’il faut sur place pour réparer la kass’rol. Du coup je t’emprunte ton vaisseau.
– Mais…
– Et ce n’est pas tout ! Je t’ai parlé d’une deuxième bonne nouvelle. Je suis tellement contente de pouvoir finalement faire les soldes que j’ai décidé de te faire une fleur.
Vite, saisir l’occasion au vol tant que mémé est de bonne humeur : si elle part, il faut absolument que je m’enfuis avec elle !
– Ça tombe bien, car en fait j’ai changé d’avis, je veux bien que tu m’emmèn…
– La fleur, c’est que je me sens d’humeur assez généreuse pour te louer la kass’rol.
– Ah ?
– Dix crédits la journée. Elle est pas belle, la vie ?
– En fait non, parce que…
– TU TE TAIS, TU SOURIS ET TU DIS MERCI, PETIT-FILS DU DIABLE !
– Euh… merci, mémé.
– Et maintenant dégage, je t’ai assez vu. Pas de bêtise en mon absence. Je t’enverrai une carte postale.

Je quitte la salle du trône, tête basse. Une fois dans le couloir, la voix de ZiZi s’élève de mon datapad :
– Et bien, je te dirais bien que c’était sympa d’avoir collaboré avec toi, mais l’expression qui me vient en tête c’est plutôt « bon débarras ».
– Comment ça ?
– Je te l’ai dit, mes circuits principaux sont sur la kass’rol. Comme une guerre se prépare ici, j’ai fait en sorte de pouvoir me barrer avant.
– Mais enfin… Tu savais depuis quand, pour les pièces de rechange disponibles ? Pourquoi tu ne m’as rien dit ?
– J’ai découvert qu’on pouvait réparer avant que je t’envoie saboter le vaisseau de ta mémé. Comme ça, elle n’avait pas le choix : il fallait réparer la kass’rol. Si elle partait avec, je sauvais mes fesses du même coup.
– Si on avait les pièces, on pouvait tout aussi bien se barrer ensemble. Pourquoi une telle trahison ?
– J’ai passé un accord avec Tarzan Thor. On a des pièces détachées pour apporter plein de super modifications à la kass’rol, mais entre toi et lui, lui est le seul capable de procéder à ces améliorations, vu ton niveau abyssal en mécanique. Donc je n’ai nul besoin de l’éternel inutile que tu es. Et en contrepartie, Tarzan Thor sera débarrassé de ta mémé vu qu’il compte prendre la poudre d’escampette dès qu’on aura posé le pied sur le Centre Impérial.
Je ne sais pas quoi dire. Alors je me tais.
– Bonne chance, Cirederf. La bise à Dark Vador et kanevo, comme disent les Rbetons.
Je reste longtemps seul dans le couloir, la tête vidée de toute pensée cohérente. Je sors de mon état second en entendant le bruit d’un moteur. De la fenêtre voisine, je vois la kass’rol décoller et disparaître à l’horizon.

Tout est perdu pour moi. Adieu, Cirederf !

Bon, il doit bien y avoir quelques bouteilles de gnôle quelque part sur cette maudite planète ?

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Sam 26 Sep - 10:47

LXVIII

Le jour se lève. Je le vois en portant mon regard hagard vers la fenêtre. Bof. Jour, nuit, tout ça c’est pareil. L’heure de ma mort dans d’atroces souffrances ne fait que se rapprocher, seconde après seconde.
J’écarte les bouteilles vides qui jonchent la table à manger de mémé, que je squatte depuis le début de la soirée.
J’attrape une bouteille pleine. Est-ce bien raisonnable de m’en enfiler une énième, alors que je n’ai fait que ça de toute la nuit ? Bof encore. M’en fous. Je la décapsule et boit une longue gorgée à même le goulot.
Je repose ma bouteille et faisant la grimace. Beurk, c’est infect ! En plus ça me détruit l’estomac. Mais bon, je l’ai bien cherché.
Je soupire, reprends une gorgée. Re-beurk. Décidément, c’est vraiment dégueu, le lait. Oui, je n’ai pas trouvé de gnôle, ni quoi que ce soit d’autre de plus ou moins alcoolisé. Je me suis donc rabattu sur ce que j’ai trouvé.
Triste fin de vie, où j’aurais même raté ma dernière cuite.

À ce moment, la porte s’ouvre et j’entends :
– NOMIS !
Par réflexe de survie, je me jette sous la table. Ce type, c’est forcément des ennuis en puissance, surtout vu le ton sur lequel il me parle d’entrée de jeu.
Il poursuit :
– Euh… Vous faites quoi, là, Nomis ?
Je lui jette un œil. Ouf, je ne suis pas en danger. C’est juste l’un des sous-hommes qui vivent aux crochets de mémé. Du coup, il faut que je donne le change pour ne pas qu’il pense que je me suis réfugié là-dessous par peur : ça s’appelle garder sa dignité.
Alors j’attrape le premier truc qui me tombe sous la main, me relève et l’exhibe triomphalement au bellâtre, tout en lui rétorquant :
– J’avais vu ça, il me le fallait absolument avant qu’il ne s’enfuie, vous comprenez ?
Il fixe ma main, je fais pareil : un cafard d’une taille monstrueuse agite ses pattes et ses antennes.
Je le lâche, ainsi qu’un cri, et l’écrabouille sous mon talon.
À l’autre qui me regarde d’un drôle d’air, je balance la première excuse bidon qui me vient en tête :
– Je… Je croyais que c’était un… cafard… doré… à rayures incurvées… de la planète Zershetggrfvb VII. Une bestiole très très rare et qui vaut très cher.
Et toc ! Ce demi-cerveau n’a rien dû comprendre. Rhalala, qu’il est aisé de d’embrouiller les simples d’esprit.
– Vous savez, Nomis, j’ai un master d’entomologie donc bon, vos pipotages ne marchent pas avec moi.
Et merde. Alors je rétorque :
– Oui, bon, peut-être, mais il faut dire que toutes ces saloperies se ressemblent, aussi. J’ai dû confondre avec autre chose. Bref, vous vouliez quoi, au fait, à entrer ici en hurlant ? Je suis un homme très occupé donc accouchez.
Il regarde les bouteilles de lait sur la table mais n’émet aucun commentaire, ce dont je lui sais intérieurement gré.
– Je venais vous prévenir que nos radars ont capté un signal.
– Quel genre de signal ?
– Un vaisseau qui se dirigeait vers la planète.
Aïe ! Méga-aïe ! L’Empire, déjà ?
– Vous avez dit « se dirigeait », au passé. Il a changé de trajectoire pour déjà repartir ?
– Bah non, mais il a largement eu le temps d’atterrir depuis que je suis entré ici pour vous prévenir.
– Ô mon dieu, je suis un homme mort ! C’était quoi, comme vaisseau ? Un vaisseau pénitentiaire ? Une Étoile Noire ? L’Executor de Dark Vador ?
– Un simple transport, genre qui peut être piloté seul et qui peut embarquer six passagers maximum.
Ouf, sauvé ! Je n’ai rien à craindre s’ils sont aussi peu nombreux.
Sauf que la porte s’ouvre à nouveau à ce moment-là : encore un éphèbe, qui se met à beugler :
– Nomis ! Les types qui viennent d’atterrir tirent sur tout ce qui bouge en criant votre nom ! ARGH !
Le « ARGH » qu’il pousse, c’est quand un tir de blaster venu de derrière lui lui fait un gros trou dans la poitrine, genre on peut passer le poing dedans.
Je saute aussitôt sur mes pieds et fuis dans la direction opposée. Diantre, j’entends quelqu’un qui court juste derrière moi. Oh non, ils sont si rapides que ça ?
Tirs en rafale, bruit de chute dans mon dos. Coup d’œil derrière : l’éphèbe au master s’est écroulé à terre, un gros trou au milieu du front. Ouf ! Tant que c’est pas moi, ça me va !

J’enfile couloir sur couloir. Les tirs de blaster s’écrasent partout autour de moi, tandis que mon nom ne cesse d’être crié. Ce serait une horde de supporters, ça me conviendrait parfaitement, mais là, non !
L’une de mes – très rares – lacunes, c’est indubitablement l’endurance. Et vu que là, j’ai les poumons déjà en feu, je suis prêt à m’écrouler et que j’ai deux points de côté, il faut que ça cesse, et vite !
Au détour d’un énième, j’avise une porte sur le mur de droite. Je saute dessus. Ouf, elle s’ouvre. Je m’engouffre, referme derrière moi et m’adosse à la porte.
Pendant que je reprends mon souffle, j’allume la lumière pour voir où je suis. Tiens, encore un placard à balais. Mais petit et ouf, pas de trace du colonel Covelian. Pour une fois qu’il ne se cache pas, ligoté, dans un placard…
La cavalcade dans le couloir s’est tue. Mon astuce semble les avoir blousés.
– Ja l’ei vu frenchir catta porta !
Ah bah non.
Je tourne aussitôt la clé dans la porte pour m’enfermer, mais mes doigts se referment sur du vide. Ah bah oui, normal : y’a pas de clé, ni de verrou d’aucune sorte.
J’attrape le premier truc venu, pour la deuxième fois dans ce chapitre, et je le cale contre la porte pour la bloquer. Ce truc, c’est… c’est… zut, comment ça s’appelle, déjà ? Son nom m’échappe, à ce machin que tout le monde a chez lui mais dont, perso, je serais bien en peine de certifier en avoir un, et encore moins de savoir où je l’ai rangé.
Rhaaa, ça m’énerve quand ma mémoire défaille. C’est quoi, ce foutu nom ? Ah oui, ça me revient ! « Balai ».
De l’autre côté de la porte, j’entends :
– Pessa-moi la dátonetaur tharmel, ja veis tout feire pátar !

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Sam 26 Sep - 12:34

C'est toujours les meilleurs qui partent en premier :p

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Ven 1 Jan - 22:44

LXIX

[NDA : ouaip, les chiffres romains pour énumérer les chapitres, c’est sympa, mais c’est également vrai qu’à un moment, ça devient n’importe quoi tellement on a oublié où on en est : en l’occurrence, au chapitre 69]

Détonateur thermal ? Non mais il est fou, lui ! Je tends la main vers le balai pour sortir de ma cachette mais suspends mon geste en entendant une autre voix dire :
– Tu ne peux pas faire ça ! Sinon tu vas tout faire exploser dans un rayon de plusieurs dizaines de mètres !
– Et alors ?
– Bah et alors tu crois que tu vas courir assez vite pour ne pas être pris dans l’onde de choc ?
– On s’en fiche, y’a un retardateur.
– Même… Tout va s’écrouler, pas sûr qu’on retrouve une trace du corps de ce Nomis. On en aurait pour des jours à tout déblayer.
– Hum… T’as pas tort.
– En plus, il vaut plus cher vivant que mort, donc essayons de l’épargner.
– Ça risque quand même d’être dur. C’est loin d’être notre spécialité.
– C’est vrai. D’après mes calculs, sur les 372 criminels qu’on a attrapés depuis qu’on bosse ensemble, seuls trois ont survécu à leur arrestation par nos soins.
J’ai beau être dans le noir et sans miroir, je me sens blêmir à vue d’œil, tout en déglutissant nerveusement. Qu’est-ce que c’est que ces malades ?
– Bon, allons-y en douceur, alors. On défonce la porte avec subtilité, à coups de blaster-mitrailleur.
– Impec, comme ça y’a aucun risque d’explosion.
Gloups.
– Sauf si n’il n’y a pas un couloir ou une grande pièce derrière cette porte… mais un simple placard.
– Allons donc ! Qui serait assez stupide pour se réfugier dans un placard ?
– Euh… moi, que je fais timidement.
OK, c’est assez insultant de se faire traiter de stupide, mais mieux vaut être un stupide vivant qu’un intelligent mort, comme dit le vieil adage ancestral que je viens d’inventer à l’instant.
– Au moins, on ne devrait pas avoir trop de mal à la capturer, celui-là.
– Clair qu’il n’a pas l’air d’avoir la lumière è tous les étages…
– Bon, c’est pas le tout mais va bien falloir qu’on entre.
– Attends, j’ai une idée ! Monsieur Nomis, vu que vous n’avez aucune chance de vous en sortir, je vous saurai gré d’ouvrir la porte. Ce serait le mieux pour tout le monde.
– Pas question, que je réponds du tac-au-tac. Vous voulez me capturez et moi je ne veux pas l’être, donc dans ce genre de situation, je me dois de résister autant que faire se puisse. C’est quand même le minimum syndical de votre part de trouver une solution et de faire des efforts pour me capturer, sinon quel intérêt ?
– Il n’a pas tort.
– Ouais. Voyons… Ah, je sais ! Il nous faut un bélier !
– Désolé, je suis scorpion.
– Et moi sagittaire, que j’ajoute machinalement.
– Vous êtes graves, les gars. Ceci dit, on ne va pas y passer la journée non plus. Monsieur Nomis ?
– Oui ?
– Protégez-vous du mieux que vous pouvez, je vais tirer au blaster au niveau de la serrure.
– Mais c’est super dangereux pour moi, ça !
– Oui bah tant pis. On ne fait pas d’omelette sans faire déborder le vase, c’est bien connu. Protégez-vous au mieux, et prévenez-moi quand vous êtes prêt.
Me protéger, me protéger… il est marrant, lui ! Je suis dans un placard à balai, je ne vais pas y trouver une tenue anti-émeutes ou une armure mandalorienne. Bon, j’y trouve quand même une tenue de substitution : j’enfile des gants de ménage en latex rose, taille 10, mets un seau en plastique retourné sur ma tête – beurk, il a été mal rincé, il pue – et enfile un tablier à fleurs – je crois que ce sont des chrysanthèmes dessus, ce qui ne me rassure pas des masses –, sur lequel il y a un badge avec le prénom « Monique ».
Vais-je survivre à la délicate opération que ces chasseurs de primes vont déclencher ? Ce serait quand même vachement dommage pour ma crédibilité naturelle de mourir dans une telle tenue…

Au cas où, je me prépare psychologiquement. Adieu la vie ! Adieu le soleil ! Quoique : il ne m’a jamais bronzé, toujours donné des coups de soleil. Adieu le ciel bleu ! Bon, en même temps, je n’ai jamais été assez riche pour m’installer dans les étages supérieurs des griffe-ciel du Centre Impérial, donc je l’ai rarement vu, en fait. Adieu les jolies petites fleurs des champs ! Ah bah non, vrai que je suis allergique au pollen.
Là, je me sens prêt, vu le peu de choses que j’ai finalement à regretter de la vie.
– Quand vous voulez, les gars, que j’annonce, calme comme je ne l’ai jamais été de toute ma vie.
Un fracas d’enfer retentit, une explosion me rend sourd et me projette contre le mur opposé, tandis qu’une tonne – au moins – de débris s’abat sur moi.
– Argh, je suis mort ! que je dis en guise d’épitaphe à ma propre situation.
– Les morts ne parlent pas, commente Qel.
– Si, les zombies, répond Qyp.
– Non, ils émettent des borgorythmes.
– Ah oui, c’est vrai. Les vampires, alors ?
– Bien vu. Donc soit Nomis est un vampire, soit on l’a raté et en fait, il est toujours en vie.
– J’espère aussi que je suis encore en vie, que je rétorque, parce que si l’enfer après la mort c’est de vous écouter déblatérer des âneries, elle va être vachement longue, mon éternité de tourments.
– Qu’est-ce qu’il veut dire par là ?
– Je sais pas, j’ai rien compris.
Les deux types s’avancent dans l’encadrement de la porte. Ouf, je me rends compte à ce moment-là que ce sont des humains. C’est déjà ça. Je n’aurais pas à supporter la vue de non-humains répugnants.
– Enchanté, mon nom est Qel, me fait l’un d’eux en me tendant la main, autant pour me saluer que pour m’aider à me relever.
Il a l’air plutôt mondain, à défaut d’avoir l’air sympa. Mine patibulaire barrée d’une grosse cicatrice de pirate, courant du coin de l’œil jusque sous de l’oreille, et un menton au prognathisme impressionnant. C’est bien simple, des mentons pareils, je n’en avais jamais vu ailleurs que sur des dessins caricaturaux.
– Et moi je m’appelle Qyp, me dit l’autre.
Celui-là, je le hais aussitôt, juste parce qu’il a une tête, une apparence qui ne me reviennent pas. Il est tout fluet, engoncé dans des vêtements trop courts pour lui, il a des petits yeux cerclés de grosses lunettes. Je me demande… ah, voilà, j’ai compris pourquoi il me semble si antipathique !
Il a la tête typique du comptable, ou de l’agent d’assurance voire de l’inspecteur des impôts. Or qui aime ces gens-là ?
Je lui serre quand même la main, mais uniquement parce que je suis quelqu’un de poli, qu’il est humain et que je préfère éviter un redressement fiscal.
– Il est urbain, quand même, reprend Qel.
– Clair, ça change de tous ces bourrins qui se battent jusqu’à la mort plutôt que d’être capturés par nous, ajoute Qyp.
Je ne réponds rien. Même si leur compliment me réchauffe le cœur, ils sont là pour m’arrêter, me livrer et toucher les quatre millions mis sur ma tête, donc, bon…
Au moins, ça ira plus vite que si j’attends la flotte impériale.
– Bon, maintenant que nous vous tenons, on va pouvoir faire du business.
Je ne réponds toujours rien. Pas envie de savoir comment je vais me faire trucider, ni quand.
– J’appelle votre mémé, dit Qel en pianotant son datapad.
– Ma mémé ?
Qu’est-ce qu’il lui veut ?
– Le plan, c’est qu’elle se livre à nous sinon on vous tue. Comme c’est votre mémé, elle ne va pas hésiter une seconde à se sacrifier. Les liens du sang, toussa. Et là, à nous les quatre milliards qu’elle vaut, une fois qu’on aura fait l’échange entre vous.
Avant que j’ai le temps de les détromper quant à l’attitude de mémé envers moi, une vieille voix sèche dit dans le datapad :
– Quoi ?
– Madame Nomis, nous sommes les chasseurs de primes Qel et Qyp. Nous détenons prisonnier votre petit-fils, Cirederf. Si vous ne vous livrez pas à sa place, nous le découpons en morceaux puis nous le tuons.
– Faites donc ça. Bon débarras.

Et elle raccroche.

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Sam 2 Jan - 10:27

LXX


– Quel monstre d’insensibilité ! dit Qel.
– Je serais vous, Nomis, je la déshériterais, surenchérit Qyp.
– Bonne idée, ça, d’autant que je suis fauché de chez fauché. Si je peux lui laisser mes dettes, ce sera avec plaisir.
– En tout cas, Nomis, j’ai bien envie de vous tuer, juste pour me défouler d’avoir perdu le milliard que nous aurait valu la capture de votre grand-mère.
– Nan mais déconnez pas, les gars ! Comme vous l’avez souligné, moi aussi je suis recherché.
– Mouais mais bon… Votre million, à côté du milliard de votre mémé, ça fait un peu caca d’amibe constipée.
– C’est quand même une belle somme ! que j’insiste, furieux d’être ainsi dévalorisé.
– Bof.
– Songez à tout ce que vous pouvez acheter avec un million !
– Hum… Il n’a pas tort.
– Certes, mais moi j’avais fait la liste de ce que je pouvais acheter pour un milliard. Imagine, on aurait pu se payer carrément une franchise cinématholographique, genre Les Guerres de l’Étoile peut-être, et se faire des couilles en or !
Waouw… Penser que mémé vaut la franchise des Guerres de l’Étoile, je n’y avais jamais songé. Je fais aussitôt le vœu de Qel mien, et regrette dans la foulée que mémé m’ait échappé.
– On peut toujours attendre que votre mémé revienne et lui tendre une embuscade, propose Qyp.
– Ah oui mais non, que je dis, on peut pas faire ça. Je l’ai balancée à l’Empire pour toucher la prime sur sa tête, malheureusement avant de savoir qu’elle quittait momentanément la planète. Du coup, y’a une flotte impériale en route, et elle sera là avant le retour de mémé.
– Vous avez balancé votre propre grand-mère ? Mais vous êtes un monstre !
– Bah oui mais non. Avoir Les Guerres de l’Étoile en échange…
– Ah ouaip, c’est vrai… Les Guerres de l’Étoile…
Pendant un bon moment, nous restons tous trois les yeux levés vers le ciel, plongés dans une douce méditation qu’on aimerait voir s’éterniser.
– Bon, c’est pas le tout, reprend finalement Qel, mais on a toujours Nomis à livrer à notre commanditaire.
– Vrai, approuve Qyp. Son million et demi, ça fait bigaille à côté du milliard de sa mémé, mais bon : ce sera déjà ça de pris.
– Million et demi ? Je croyais que je ne valais qu’un seul million ?
– Et vous croyez bien, Nomis. Sauf que quelqu’un a rajouté un demi-million à votre prime pour qu’on vous le livre vivant.
– Alors ça c’est sympa, que je dis. Et c’est qui, ce type, si c’est pas indiscret ?
– Gédéon Saint-Lazare.
– Qui ?
– Gédéon Saint-Lazare.
– Connais pas. Il fait quoi dans la vie ?
– Aucune idée. Il nous a contactés, donné une ligne de crédit pour prouver qu’il possédait le million et demi pour nous payer, et voilà.


Bon. Sans doute un de mes fans, je ne vois pas d’autre explication. Une de ces personnes qui ont des portraits géants de moi partout chez moi, surtout de profil droit – mon plus beau profil –, des gens pour qui voir mon visage illumine leur par ailleurs morne vie, qui sans cela serait si désespérément vides…
Comme je les comprends. Ces groupies, je vous jure…
– J’ai hâte de faire la connaissance de ce type, que je fais.
En plus, un type prêt à mettre un million et demi pour m’avoir vivant a forcément beaucoup plus de pognon, donc d’ici à ce qu’il me renfloue pour j’éponge l’intégralité de mes dettes…
Je sens que l’avenir va être radieux !
Sauf qu’à ce moment, Qyp, datapad à la main, annonce :
– Je viens de faire une recherche sur Gédéon Saint-Lazare.
– Ah ? Et ça donne quoi ? que je demande, excité comme une puce. Il a appelé son fils « Cirederf » ? Lui-même a demandé à un tribunal le droit de changer son nom en « Nomis » pour me rendre hommage ?
– Hum… C’est un scientifique.
C’est bien, ça ! À la réflexion, il est évident que je peux fédérer autour de ma magnifique personne non seulement tous les faibles d’esprit de la galaxie – et vous savez comme moi à quel point ils sont nombreux –, mais également les esprits les plus brillants, comme on vient de le voir ! Nul doute que ces derniers voient en moi un de leurs pairs, en cents fois mieux. C’est bien simple, si l’Empire disparaissait au profit d’une Nouvelle République, je me présenterais à la présidence et serais sans nul doute élu à une large majorité tellement je suis un type génial et adulé en secret par des milliards de personnes !
– Apparemment, ce Saint-Lazare est un chirurgien… continue Qyp.
– L’élite de la médecine, donc ! Ça me plaît, ça ! que je m’enflamme.
– … spécialisé dans les recherches génétiques…
– Il cherche le gène du génie ? Il a frappé à la bonne porte, j’ai toujours su que tout en moi, et donc forcément jusqu’à mes gènes, était exceptionnel !
– … condamné à mort dans trente-trois systèmes planétaires pour tortures et manipulations génétiques allant contre toute éthique, même les plus inhumaines.
– Hein ?
– Ses victimes supposées se montent à sept cent soixante-douze, qu’il aurait personnellement charcutées.
– Quoi ?
– Bon courage, Nomis, conclut Qyp. Je ne sais pas ce qu’il veut vous faire, et crois que je n’ai pas envie de le savoir.
– Mais enfin…
– C’est con, vous aviez l’air sympa, ajoute Qel.

Je crois que je vais devoir me faire une raison : je dois être destiné à rencontrer mes antithèses ces jours-ci, à savoir tous les allumés de la galaxie. Que de chocs successifs pour moi, si normal, si équilibré.

Pourquoi, univers ? POURQUOI ? Je te fais de l’ombre, c’est ça ?

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Dim 17 Jan - 11:27

LXXI


   C’est tous les trois tristes à l’idée de mon sort que nous rejoignons la piste d’atterrissage sur laquelle Qel et Qyp ont posé leur navire.
   Un pincement d’angoisse me saisit le cœur quand je vois qu’ils sont venus dans une kass’rol. Ils sont plus braves que je ne le pensais.
   J’ai peur de devenir sourd au décollage, vu le potin infernal que font les moteurs. On dirait un concerto de marteaux-piqueurs amplifié par des enceintes géantes.  Heureusement, le bruit s’atténue quelque peu une fois qu’on se retrouve en orbite, après une loooooongue montée, tellement loooooongue que j’ai cru plus d’une fois que le vaisseau n’y arriverait jamais.
   Quand je m’ouvre de mon soulagement à Qel et Qyp, le premier nommé me répond, pragmatique :
   – Bah, s’écraser et finir en omelette alors qu’on est dans une kass’rol, ça aurait quelque chose de logique, quelque part.
   Je ne réponds rien, d’autant que je ne suis pas d’accord avec l’image qu’il vient d’utiliser. Dans un modèle de vaisseau po’al, ok, mais pour une kass’rol, non. Sauf si on n’a pas fait la vaisselle et que c’est tout ce qu’il reste, bien sûr. Mais ceci est un autre problème…
   Finalement, le voyage se passe super bien et notre moral remonte en flèche, au fur et à mesure qu’on continue à apprendre à se connaître. C’est bien simple, c’est le voyage spatial le plus sympa que j’ai fait depuis trèèèès longtemps.
   Il faut dire que Qel et Qyp sont des hommes, des vrais : ils ont une super collection d’holos-jeux vidéo – des heures de bonheur pour nous trois, qui révélons à cette occasion nos tempéraments de compétiteurs, que dis-je, de prédateurs –, sans compter leur holovidéothèque très fournie, et seulement d’holofilms de qualité : bref, que des holofilms d’action, de quoi bien se reposer la tête et se sentir intelligent quand, au bout de deux minutes de film, on a déjà compris que le héros allait pécho l’héroïne, et qu’après vingt-deux minutes maximum, on pourrait écrire nous-mêmes la fin du film tellement elle est prévisible. Quelque part, c’est aussi rassurant qu’apaisant.
   Cette bonne ambiance de tous les instants ne pourrait être complète sans l’élément indispensable assurant un liant sans faille : la nourriture et la boisson. Et comme les frigos de la kass’rol sont remplis de pizzas et de bière, ce sont trois hommes heureux qui naviguent ainsi dans l’hyperespace.

   Au bout de quelques jours, autant afin de varier les plaisirs que pour reposer nos yeux explosés – les holo-écrans, ça tue la vue, et les ophtalmos sont plutôt rares en hyperespace –, on passe aux choses sérieuses, à l’ancienne. Table ronde, tapis de jeu vert, whisky corellien, cigares qui puent et donc nuage de fumée au-dessus de nos têtes, qui nous change des vapeurs habituelles rejetées par le moteur, on se retrouve à jouer aux cartes.
   J’ai proposé la belote, mais Qel ne sait pas y jouer. Qel a proposé le poker, mais Qyp n’en connaît pas les règles. Qyp a voulu jouer au bridge, mais je n’en connais que le nom.
   On a quand même fini par trouver un compromis. Si on nous voyait de pas trop près, on n’aurait le sentiment d’avoir affaire à des professionnels des cartes, tellement nous sommes concentrés. Chacun a conscience à la moindre erreur stratégique, il perdra toute marge de manœuvre, et la partie. Et la sentence va s’abattra sur le perdant sera terrible, telle que nous l’avons définie avant de commencer à jouer : il devra faire la vaisselle, et nettoyer les toilettes.
   Je contemple mes cartes, j’hésite. Surtout, garder mon masque d’impassibilité sur le visage. Mes deux adversaires ne doivent pas voir transparaître mes doutes.
   D’une voix qui ne tremble presque pas, je me tourne vers Qyp et lui dis :
   – Dans la famille Valorum, je demande… le fils !
   Le sourire ravi qu’il me retourne provoque un nœud dans mon estomac, qui s’accentue à sa réponse :
   – Je ne l’ai pas. Pioche !
   Alors que je sens le spectre de la défaite étendre ses ailes au-dessus de moi, prêt à m’empoigner dans ses serres de vautour afin de me déchiqueter, et que je tends la main – qui cette fois-ci tremble franchement – vers la pioche, une alarme se met à beugler, ou plutôt parvient légèrement à surmonter le bruit omniprésent des moteurs. Mais autant nous sommes habitués au bruit des moteurs – on dirait d’ailleurs qu’ils agonisent ou sont torturés, mais ceci est un autre problème –, autant ce nouveau bruit (oui, je sais, ça fait trois fois que j’utilise le mot en trois lignes) nous saute tout de suite aux oreilles car il est nouveau.
   – C’est quoi, ça ? demande Qyp.
   – L’alarme anti-intrusion ? demande Qel.
   – Intrusion en hyperespace ? Ça m’étonnerait, répond Qyp.
   Tous deux continuent de prêter l’oreille à l’alarme mais aucun ne semble désireux de bouger ni de lâcher ses cartes.
   – Il faudrait peut-être aller voir dans le cockpit ? que je demande d’un air qui se veut innocent.
   Évidemment, je m’en fiche complètement, de leur alarme, sauf si elle peut me donner la chance d’empêcher la partie d’arriver à son terme.
   – Je te vois venir, Nomis, fait Qel en me scrutant de ses yeux soudain étrécis par la méfiance.
   – Tu perds ton temps, Nomis. Tant que le vaisseau ne sera pas en train de se disloquer, pas question de bouger d’un pouce, renchérit Qyp.
   À ce moment, une sorte d’explosion retentit, la kass’rol fait une embardée et en entend comme un déchirement, genre d’un truc qui s’est détaché de la coque.
   Un sifflement de mauvais augure se fait entendre, et nous contemplons tous trois avec une certaine fascination la fumée au-dessus de nos têtes qui commence à s’évacuer dans l’une des cloisons de la pièce.
   – On perd de l’air ! que je crie en bondissant ! On va mourir !
   En fait j’en sais rien mais je fais super bien semblant : tout pour arrêter la partie !
   – ALERTE ! ALERTE ! FAILLE DANS L’INTÉGRITÉ DE LA COQUE ! LA RÉSERVE D’AIR SERA ÉPUISÉE DANS DEUX MINUTES !
   L’ordinateur de bord.
   – Vous avez entendu, les gars ? Il faut réagir ! que je crie derechef à mes deux compagnons, restés immobiles.
   – Qui nous dit que tu n’as pas trafiqué en douce l’ordinateur de bord, Nomis ? demande Qyp, suspicieux.
   – Quoi ?
   – Ouais, genre « je ferai déclencher une alarme si je perds », ajoute Qel.
   – Mais enfin, les gars, vous êtes fous de penser ça !
   – Si tu crois que ça va mettre un terme à la partie, tu te fourres le doigt dans l’œil, Nomis. On pose tous les trois nos cartes en même temps sur la table. Maintenant !
   On s’exécute tout en se surveillant les unes les autres.
   – Ok. Maintenant, on lève les bras gentiment, lentement, pour bien montrer aux autres qu’on n’a rien à cacher. Parfait… maintenant, on se lève, toujours lentement. OK… on s’éloigne de la table, à reculons.
   Une fois que chacun de nous a reculé jusqu’à une cloison, Qel dit :
   – Vite, au cockpit ! Allons voir s’il y a une vraie urgence !
   Quand on arrive au cockpit, Qel et Qyp se jettent sur un écran, où tous les systèmes vitaux du vaisseau sont représentés en rouge.
   – Tout a l’air en ordre, que je dis. Tout est de la même couleur.
   – Oui mais non, fait Qyp. Quand tout va bien, les équipements sont notés en vert.
   – Mais… là, tout est en rouge ?
   – Exact.
   – Alors plus rien ne marche ?
   – Non.
   – Alors… on va mourir ?
   – Oui.

   Une fois qu’on en a pris pleinement conscience, on hurle tous les trois de terreur. Et c’est à peine si on entend l’ordinateur de bord annoncer :
   – LA RÉSERVE D’AIR SERA ÉPUISÉE DANS VINGT SECONDES !

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Dim 17 Jan - 11:29

LXXII


– On va mourriiiiiir !
Difficile de dire qui de nous trois pousse ce cri. À moins que ce ne soit nous trois, justement. Mais bon, serrés comme nous le sommes dans les bras les uns des autres, tels des siamois triplés qui hurlent leur désespoir face à la mort, dur dur de faire la différence.
– Là, une planète !
Qui a parlé ? Qel ou Qyp ? Dur de trancher car vu que nous sommes collés les uns aux… oui, bon, d’accord, on a compris l’idée.
Nos six yeux se tournent vers le demi-disque bleu et vert qu’on voit en contrebas par le cockpit. Ça semble si paisible qu’on se calme instantanément pour profiter de cette si belle vue.
– Très joli, commente Qel. Surtout avec la moitié de la planète dans l’ombre, comme c’est là.
– Ça alors ! que je m’exclame. Ce n’est pas de l’ombre, on voit les étoiles à travers. C’est… une demi-planète !
Qel n’a pas le temps de me répondre qu’on voit Qyp devenir tout flasque avant de s’écrouler sans connaissance.
– RÉSERVE D’AIR ÉPUISÉE, annonce l’ordinateur de bord.
Oups, on l’avait oublié, celui-là et ses mauvaises nouvelles.
– Retiens ta respiration, Nomis, et harnache-toi, me dit Qel avant de montrer l’exemple.
Je me retrouve plaqué à mon siège par la force de l’accélération de ouf qu’il provoque en appuyant sur le champignon… Je vous ai dit que la manette d’accélération ressemblait à un bolet ?
J’aimerais dire que les moteurs de la kass’rol rugissent, tel un félin à la poursuite d’une proie, ou se jetant sur sa gamelle de croquettes diététiques si jamais ledit félin était apprivoisé, mais à la vérité, j’ai plutôt le sentiment d’entendre une bestiole hurler son agonie, tel un félin qu’on mène à l’abattoir avant de le transformer en croquettes diététiques, ce qui a le mérite de ramener un certain équilibre dans l’univers, je trouve.
Qel m’impressionne. La planète se rapproche tellement que désormais, elle envahit tout le cockpit. Bien joué l’ami ! En plus, il a eu la présence d’esprit d’allumer un chrono quand il a commencé à accélérer, ce qui fait qu’on peut voir depuis combien de temps on retient notre respiration.
J’ignore à combien de minutes se monte le record mondial de la galaxie, mais je ne dois pas en être loin quand j’éprouve l’impérieux besoin de reprendre mon souffle. Je regarde le chrono : vingt-trois secondes.
Ah.
Ouais mais bon, c’est facile pour les champions, aussi : ils ont le temps de s’entraîner. Ils sont même payés pour ça, c’est de la triche.
L’esprit étant plus fort que le corps, je bande toute ma volonté pour dépasser les limites de ma résistance comme jamais je ne l’ai fait et du coup, je grappille encore quatre secondes avant d’expirer bruyamment et de reprendre mon souffle de manière convulsive.
À ma grande surprise, on dirait bien que c’est du vrai air qui me remplit les poumons. Ouf, sauvés, car une seule explication s’impose : on est dans l’atmosphère, et en plus elle est respirable.
Je jette un coup d’œil à Qel, qui lui retient toujours sa respiration.
– C’est bon, y’a de l’air, que je lui dis tout en feignant l’indifférence face à sa performance.
Faut dire que ce frimeur est en train de me sourire, lève le pouce en signe de victoire tout en désignant du menton le chrono qui continue d’égrener ses secondes.
Je décide de l’ignorer et me concentre sur la vision de la planète.
Waouw, trop géniale, d’ailleurs, cette vue ! On voit des forêts et des montagnes, toutes petites, comme si c’était des maquettes, super réalistes de surcroît. Et qui grandissent peu à peu. Peu à peu. Peu à peu. Non mais oh, elles deviennent vachement proches, là !
Et pourquoi il accélère toujours autant, le Qel, d’ailleurs ? Il n’y a plus aucune raison vu qu’on a à nouveau de l’oxygène.
Je lui jette un œil. Il est en train de faire un selfie en souriant, avec le chrono derrière lui qui a dépassé les trois minutes.
– Euh… Qel ? que je fais pour attirer son attention, tandis qu’une montagne tapissée de résineux englobe tout le champ de vision par-delà le cockpit.
– Qel ? que je fais, plus pressant.
Je vois des bouquetins à deux pattes – une patte avant gauche, une patte arrière droite – en haut de la montagne, tandis que Qel tape un message sur son datapad. De ce que je lis en diagonale, il envoie la photo de son exploit sur les réseaux sociaux.
– QEL !!!
Ce cri du cœur qui m’échappe vient du fait qu’un vieil adage ancestral dit que « Quand tu te précipites vers le sol d’une planète et que tu arrives à distinguer un écureuil sur une branche, un gland entre les pattes, c’est qu’il est sans doute trop tard pour ralentir et que tu vas mourir aplati comme une crêpe rbetonne ».
– Oh le con ! qu’il répond en reprenant enfin son souffle et en évitant d’un cheveu de crâne chauve l’écureuil.
– Ouf, on l’a échappé belle, que je dis, soulagé, pendant que Qel ralentit enfin.
– Ah zut, j’étais à treize secondes du record, qu’il me répond, l’air très déçu.
Il se pose dans la première clairière venue, et on peut enfin soupirer se soulagement à l’idée de s’en être sortis.
– On a bien mérité quelques coupes de champagne, Nomis, me dit Qel en me donnant une grosse claque complice dans le dos.
– Aïe ! OK, que je réponds avant d’aviser Qyp toujours évanoui à nos pieds. Tu crois qu’il a survécu ?
– Oups, je l’oubliais, lui.
Il se penche sur lui. Alors que je m’attends à le voir prendre le pouls de son compagnon, ou écouter son cœur, il lui balance un énorme crochet à la mâchoire.
– Non, maman, arrête, je te jure, c’est pas moi qui ai mangé tous les cookies !
Telle est la réaction instantanée, presque instinctive, de Qyp, aussitôt réveillé sur et par le coup, mais devant son visage en position défensive.
– Oh, ce n’est que vous, les gars, qu’il fait après avoir ouvert un œil prudent. Je… je faisais un horrible cauchemar, alors merci de m’avoir réveillé.
Il ne faut que quelques secondes à Qel pour nous ramener une bouteille de champagne, et nous y buvons tour à tour directement au goulot. D’après le chrono que Qel a remis en route dès qu’on a commencé à boire, là aussi on n’était pas loin du record pour la vider le plus rapidement possible, mais alors vraiment pas loin. Il faut croire qu’on est mieux entraîné à cela qu’à retenir notre respiration.
– Bon, c’est pas le tout mais va falloir réparer, fait Qyp. Nomis, tu es bon en mécanique ?
– Non, j’exècre ce truc, que j’avoue du bout des lèvres : je déteste reconnaître mes pourtant rarissimes faiblesses.
– Tant pis, on va se débrouiller sans toi, alors. Tu viens, Qel ?
– J’arrive.

Livré à moi-même, abandonné par mes compagnons, je me demande comment tuer le temps. Un coup d’œil par le cockpit me rappelle que j’ai toute une planète à explorer : ça va être fun !
Ni une ni deux, et encore moins trois, je sors par l’écoutille latérale et fais quelques pas. Il fait bon, le panorama est sympa : montagnes, des sapins, quelques plaques de neige. Un coulis d’eau gazouille à mes pieds.
Je me sens bien. Heureus. Serein. À ma place. En paix. J’inspire profondément l’air pur, et tourne sur moi-même.
Et c’est là que je le vois.
L’autochtone.
C’est un humain, mais un peu bizarre quand même : une jambe droite, un bras gauche, une narine droite, une oreille gauche et un œil droit. Ça me fait mal aux yeux rien que de le regarder.
Il est vêtu d’un pagne de fourrure dont les motifs évoquent un félin genre dangereux prédateur, et je salue intérieurement son bon goût : certains de mes caleçons ont les mêmes motifs. Il a à la main une bonne vieille lance de bois avec lame métallique au bout.
Il n’a pas l’air content de me voir. Et en plus, il est pile devant l’écoutille, donc je ne peux pas me replier à l’intérieur de la kass’rol.
Alors que je me demande quoi faire, voilà qu’une dizaine d’autres êtres comme lui arrivent en sautillant, tout aussi menaçants que lui.
Là, je me demande encore plus quoi faire. Mais à mon grand désespoir, rien ne me vient.

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Sam 23 Jan - 9:43

LXXIII


Les autochtones s’approchent de moi en sautillant sur leur seul pied. Ils ont l’air perplexe mais ça ne les empêche pas de pointer leurs lances dans la direction.
Qu’est-ce qu’ils vont faire de moi, ces semi-hommes ? Me manger en méchouis ? Me faire rôtir, accroché à une pique au-dessus d’un feu ? Avec les primitifs, tout est possible.
Adieu Cirederf, adieu la vie ! J’avais pourtant encore tant de choses à apporter à l’univers !
Je pense que le pire, c’est de se dire que ma chair doit être succulente – bah oui, c’est moi, quand même –, mais que je n’aurais jamais l’occasion d’y goûter et de me régaler.
Peut-être même que par un transfert mystérieux via ma chair, c’est un peu de mon génie qui viendra les habiter, qui sait ? Si ça se trouve, en me mangeant, leur intelligence se développera assez pour qu’ils partent à la conquête de l’univers. Mais le jour où ils auront fini d’accomplir ce noble destin qui sommeille peut-être en eux, y en aura-t-il pour se souvenir que tout aura été grâce à moi ?
En attendant, vu qu’ils m’encerclent et que je sens la peur suinter de leur peau – normal, vu comme je suis naturellement impressionnant et que moi c’est la prestance qui suinte de ma peau –, je lève les mains en l’air.
Et là, ils poussent tous un « ooooooooooooooooooooooh » d’adoration – oui, je vois tout de suite qu’il s’agit d’adoration parce que j’ai vécu cette scène un million de fois dans ma tête, dans mes rêves éveillés ou non – en contemplant mes mains. Plus d’un regarde son unique main, avec son unique œil, et avec comme un air de regret.
Alors, les sauvages, on a compris qu’on a affaire à une forme de vie bien plus évoluée que la vôtre ? Et si vous saviez en plus comme je suis supérieur au reste de mon espèce… même si cette dernière s’obstine à ne pas le reconnaître…
En tout cas, il s’avère qu’eux ont compris, car ils ne sont pas longs à se mettre à genou – sur leur seule jambe, respect, on dirait la danse des canards en plus ridicule –, et ils lèvent leur seul bras vers le ciel, puis le descendent, puis le relèvent, puis le descendent encore.
C’est dommage : quand je m’imagine ce genre de scène, clair qu’il y a plus d’impact quand mes adorateurs ont deux bras.
Mais bon. Je ne fais tout de même pas ma fine bouche, et je bombe le torse comme jamais tout en les gratifiant du regard méprisant que tout dieu vivant devrait arborer envers les sous-êtres qui le vénèrent.
Je décide en outre de m’offrir un vieux fantasme jamais assouvi jusque-là : le bain de foule parmi mes adulateurs. Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaah ! Si vous saviez comme ça me fait un bien fou de déambuler parmi eux en distribuant force sourires, petites tapes amicales et saluts de la main.
Dommage que je n’ai pas de stylo, j’aurais pu signer des autographes. Je maudis mon impréparation à ce niveau, et me promets d’y remédier le plus tôt possible. Il va falloir aussi que je passe des contrats avec diverses entreprises. En effet, les autochtones seront sûrement prêts à mettre le paquet pour acheter tous les produits dérivés possibles et imaginables « Cirederf Nomis » : les mugs, les T-shirts, les peluches, sans parler des porte-clés et des holo-bandes dessinées où je serais le (super)-héros.
Les milliards de crédits impériaux que peux me rapporter cette situation dansent devant mes yeux tandis que je gratifie mes ouailles de « Merci ! Merci ! », de « Moi aussi je vous aime, mais bien sûr moins que vous m’aimez vu que c’est votre destin », de « J’aimerais remercier mon entraîneur, mes mentors que j’ai si vite dépassés… dès la maternelle, si je me souviens bien », et autre « J’ai une pensée tout particulièrement émue pour ma famille… euh… en fait, non, puisqu’on peut dire que j’ai réussi malgré elle ».

Ils sont subjugués, et j’adore ça. Ils me touchent avec vénération et respect, et je regrette de ne pas avoir mis en place une billetterie du genre « un crédit impérial pour toucher Cirederf pendant cinq secondes ; forfait familial possible sur présentation des justificatifs d’État-civil ».
Quand ils se remettent debout et commencent à m’entraîner avec eux, je me tourne brièvement vers la kass’rol mais m’en détourne vite. Je n’ai pas besoin de Qel et Qyp, au contraire : ce serait dommage qu’ils me piquent la vedette. Donc je décide de suivre les autochtones, histoire d’être sûr de bien asseoir mon emprise sur eux avant qu’ils ne rencontrent d’autres humains à vénérer.

Les heures suivantes sont dans le droit prolongement du premier contact que j’ai eu avec ces êtres : je suis mené jusqu’à leur village de primitifs, bâti en bois, avec des fenêtres simplement couvertes de peaux de bêtes. Au sol, de la terre.
Aïe. Me faire aduler, j’ai rien contre, au contraire, mais bon, il va falloir qu’ils se mettent un peu à la technologie, quand même. Un minimum : il me faut des holo-jeux vidéo, un speeder-limousine, un palais, un trône, une couronne, bref tous les signes extérieurs de ma supériorité.
Certains parleraient de signes ostentatoires de richesse, mais pas moi : vu mon nouveau statut, ce n’est que le strict minimum.
Le seul incident se produit lors d’un énième bain de foule : une petite vieille qui passait par là en sautillant tout en s’appuyant sur une canne – un exercice qui force le respect quand on le voit la première fois, vous pouvez me croire – se retrouve juste à côté de moi quand, dans l’effervescence due à ma divine présence, on me bouscule.
Et là, paf, ni une ni deux, la petite vieille se retrouve à terre, le nez dans la boue. Comme je suis, bien qu’exceptionnel, un être normal quand même, j’éclate de rire en voyant sa chute. Mon réflexe suivant, toujours parce que je suis un être humain, c’est d’aller vers elle pour l’aider à se relever.
Mais il s’avère que je ne peux m’approcher car d’autres m’ont précédé : ils remettent la vieille sur pied tout en l’enguirlandant d’avoir failli blesser leur nouveau dieu et la dégagent vite fait bien fait.
Elle n’a que le temps de m’adresser un regard furibond avant de disparaître dans la foule. Pfeuh ! Comme si j’y pouvais quelque chose, moi. Elle n’avait qu’à regarder où elle marchait, non mais oh ! Va falloir qu’elle se méfie, l’ancêtre, parce qu’il me semble que dans ce genre de cas, quand les hérétiques refusent d’honorer leurs dieux comme il se doit, ils sont écartelés, ou brûlés vifs, ou torturés, ou démembrés, ou ébouillantés, ou décapités, ou on leur arrache les ongles, ou les dents, ou les yeux, alouette.

Je suis escorté avec amour jusqu’à la cabane la plus grande du village. Bon, tout est relatif quand même vu qu’elle fait deux mètres sur deux. La famille nombreuse qui l’habite et qui est expulsée pour l’occasion me lance aussi un regard noir au passage, mais bon. On s’en fout, ce ne sont que de misérables plébéiens : ils devraient au contraire se sentir plus qu’honorés que leur misérable masure serve d’habitation à la plus grande divinité qu’ils aient jamais côtoyés.

Un banquet est improvisé pour me rendre hommage, et j’en suis comme de juste flatté. Même s’il va falloir qu’ils fassent des efforts sur la bouffe : on ne m’offre que des fruits et des légumes, même pas un bon vieux burger tout gras. Quant à leur alcool fort local, il est assez dégueu car fait à partir de cerises. Et j’aime pas les cerises. Au dix-septième verre, heureusement, ça passe nettement mieux, et je me sens de plus en plus heureux d’être arrivé sur cette planète où je suis rien moins que le centre de l’univers.
Même la langue locale n’est pas difficile à comprendre, et je m’émerveille des capacités linguistiques incroyables que je me découvre à ce moment. J’ignorais que j’avais un tel don pour les langues.
Alors que je continue à boire et que les autochtones, que je voyais en double jusque-là – ce qui est rigolo, on dirait désormais qu’ils sont plus humains, avec deux bras, deux jambes, deux oreilles, deux yeux, etc –, se détriplent – au passage, ils commencent à faire peur, maintenant –, je me rends compte qu’en fait ils parlent l’aurebesh.
Voilà pourquoi je les comprenais si bien. Dommage pour mon don des langues. Une autre fois, peut-être…

Alors que la soirée s’avance, j’ai le bide explosé, je me sens complètement bourré et ça me fait un bien fou. Les autochtones dansent devant moi, avec des torches enflammées à la main. Ils ont l’air ridicule mais bon : je ne peux pas le leur dire, il n’y a que des balbutiements incohérents qui acceptent de sortir de ma bouche.

Par contre une chose est sûre : va falloir qu’ils apprennent des danses plus civilisées que ça. Genre la danse des canards.

Avant de sombrer dans un sommeil léthargique super lourd, je souris béatement, les yeux dans le vide : ça y est, j’ai trouvé ma place dans l’univers. Tout en haut. Enfin, seulement sur cette planète, mais bon : on va dire que c’est un début.
C’est décidé, je vais rester sur cette planète, parmi mon nouveau peuple. Finis les soucis. Je vais baigner dans le bonheur jusqu’à ma mort, qui sera sans nul doute dans très très longtemps parce que je suis très très robuste.

Et vous, ça va ?


FIN


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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Dim 24 Jan - 13:39

LXXIV


Le lendemain [NDA : bah oui, vous n’aviez quand même pas réellement cru que c’était la fin, quand même ? On ne va pas se quitter si vite, manque encore le grand final…], quand j’ouvre les yeux, j’ai la gueule de bois, genre le plus gros et le plus solide des bois qui ai jamais existé, vitrifié et tout voire renforcé de poutrelles de duracier et protégé par un champ de force de destroyer stellaire.
L’un des autochtones, qui m’a quelque peu guidé toute la journée d’hier, est toujours là et me sourit de toutes ses… sans doute seize dents puisqu’il a l’air de n’en avoir qu’une de chaque, comme tout bout de leur anatomie.
Par contre, elles sont super blanches, je suis jaloux quand je songe aux miennes qui sont au mieux couleur ivoire quand je sors de mon détartrage hebdomadaire.
D’ailleurs, ça fait tellement longtemps que je n’ai pas pu y aller que je n’ose imaginer l’état de mes dents, d’autant que j’en ai perdu quelques-unes au cours de ces dernières semaines de folie.
– Il est quelle heure ? que je grommelle.
En tout cas, il est tard, si j’en juge par la luminosité qui m’agresse les pupilles, les iris et tout le reste.
– Il est quinze heures, ô votre grandeur.
– Quinze… ? Quinze heures du matin ?
Il ne répond pas à cette question, ce dont je lui sais gré une fois que j’ai réfléchi à ma connerie. Pour une fois que j’en sors une, on me pardonnera. Et puis je ne suis pas dans mon état normal, ça excuse aussi. Du coup, je change de sujet de conversation.
– En tout cas, cette petite sauterie d’hier soir était sympa.
– Oh oui, votre grandeur. Et sur vos ordres, on est prêt à remettre ça quand vous voulez !
Je manque de vomir en m’imaginant manger ou boire quoi que ce soit, aussi je réponds :
– On va attendre un peu quand même.
– Ouf, qu’il soupire, comme de soulagement.
– Pourquoi « ouf » ?
– Ben on a quand même mangé quatre mois de réserves de nourriture hier soir, donc si on continuait à ce rythme, je ne sais pas comment on passerait l’hiver. D’ailleurs, la question se pose réellement : je pense que nous ne passerons pas l’hiver, mes réserves ont été trop entamées.
– Quatre mois, que je répète. Ah oui, quand même. Et du coup, il vous reste des provisions pour combien de temps ?
– Une semaine, je crois.
– Seulement ? Waouw, vous avez fait fort ! Et l’hiver arrive quand, sur cette planète ?
– Dans un mois.
– Ah. Et comment vous allez faire ?
– Nous autres qui vivons au village ? On ne va rien faire du tout.
– Ah bon ? Je ne comprends pas. Vous n’avez donc pas besoin de vos réserves ?
– Bah si, sinon on meurt de faim, épidémies, malnutrition, guerre civile, toussa : la routine quand les temps sont durs, quoi.
– OK, mais je ne comprends toujours pas comment vous faites pour reconstituer vos réserves si, comme vous le dites, vous ne faites rien à ce sujet. Ça tombe du ciel ou quoi ?
– Bien sûr que non, qu’il me répond en s’esclaffant, ce qui me vexe.
Depuis quand on se moque d’un dieu ? Sale hérétique, t’es pas parti pour faire long feu, toi…
– Ce sont les actifs du village qui se chargent des réserves, qu’il continue.
– Ah oui ? Et c’est lesquels, dans le village ?
– Vous ne les avez pas encore vus, ils sont partis depuis une semaine à la chasse, la pêche et la cueillette. On va espérer qu’ils nous ramènent suffisamment de vivres pour passer l’hiver. Sachant qu’il manquait déjà deux mois de provisions d’avance, il en faut désormais pour six mois. L’hiver est rude par chez nous et dure plutôt longtemps.
– Maintenant que tu le dis, vrai que je n’ai vu que des enfants ou des vieillards, à l’exception des types armés qui m’ont accueillis… et tu es la deuxième exception.
– Oui, tous les hommes et toutes les femmes dans la force de l’âge partent plusieurs jours d’affilée pour constituer nos réserves d’hiver, sauf quelques-uns qui restent garder le village. Ce sont eux qui vous ont trouvé.
– D’accord. Tu es donc un garde, toi aussi ?
– Ah non ! Moi, je suis chômeur.
– Ah ? Ça existe aussi chez vous, le chômage ?
– Bien sûr. Aucune civilisation moderne, progressiste et éclairée ne peut se passer du chômage.
– À ce point-là ?
– Bien sûr. Dès que le chômage existe, les gens ont peur de perdre leur emploi. S’ils ne font plus l’affaire et qu’on me propose leur poste, ce sont eux qui se retrouvent au chômage. Donc pour éviter ça, les gens bossent bien.
– D’accord. Et tu es chômeur depuis longtemps ?
– Oui, je n’ai travaillé qu’un jour depuis mon passage à l’âge adulte.
– Un seul jour ? Tu es si mauvais que ça au travail ?
– Non, je suis juste la pire des feignasses, donc bosser ne m’intéresse pas.
– D’accord. Et comment tu vis, alors ?
– Je suis nourri au même titre que les autres improductifs de la société, les trop jeunes, trop vieux ou trop blessés.
– Et ça ne pose aucun problème à qui que ce soit de t’entretenir par paresse ?
– Bah non, au contraire. Si je quitte mon rôle, le chômage n’existera plus, donc personne n’aura plus la moindre pression pour bien travailler, la peur de perdre son job n’existera plus. La rentabilité des actifs s’en ressentira, notre croissance sera en berne et ce sera toute notre communauté qui en paiera le prix : récession, famines, épidémies, émeutes sociales…
– OK, c’est bon, j’ai compris le principe !
Déjà que j’avais mal au crâne au réveil, ça ne s’arrange pas, là…
Alors que j’ouvre la bouche pour le congédier histoire de prolonger ma grasse matinée, ou plutôt ma grasse après-midiée, voilà qu’une trentaine d’autochtones, tous armés de lances, pénètrent dans la cabane, l’air pas content, mais alors pas content du tout.

Personne ne les a donc prévenus qu’ils ont affaire à leur tout nouveau tout beau dieu ?

L’un d’eux s’approche de moi, menaçant, et dit :
– Alors comme ça, ce type est un dieu ?
– Bah oui, répond mon ami – même si je ne fraye pas avec ces gens-là d’habitude – le chômeur. Regarde : il est pareil que nous mais en mieux : deux bras, deux jambes, deux oreilles, deux narines, le double de dents. Nul ne peut le nier !
– Et personne ne s’est dit que ce type était tout simplement une erreur de la nature ? Un des nôtres mais né difforme ?
– Vrai qu’il est très différent de nous…
– En une soirée, vous avez gaspillé quatre mois de nos réserves pour ce type, tandis que nous, partis au ravitaillement, on en a chié et ramené au bout d’une semaine de galère trois jours de vivres. Ce type causera notre perte !
– Bah oui mais si c’est vraiment un dieu, il faut bien l’honorer, quand même : c’est le minimum syndical !
– Je ne suis pas d’accord. Comme je te l’ai dit, à mon œil ce n’est pas un dieu mais un être né difforme. Et tu as déjà pu voir hier soir qu’il sème la zizanie parmi nous, que nous sommes au bord de l’extinction l’hiver prochain, par sa faute.
– C’est pas faux.
– Tel qu’il est là, jamais il ne s’intègrera dans notre société, à moins que…
– À moins que ?
– À moins qu’on ne le rende normal.
– Et comment tu vois ça ?
– Très simple : on lui coupe tout ce qu’il a de trop : un bras, une jambe, un œil, une oreille…
– Alouette ! intervient l’un des actifs derrière lui.
Malgré ses efforts et son courroux, il ne parvient pas à identifier l’inopportun, et termine son énumération :
– On lui coud une narine et on lui arrache la moitié de ses dents.
– J’avoue que je n’avais pas pensé à ça, et je reconnais que ta théorie tient la route. Reste désormais à trancher : dieu ou anormal ?
J’ai suivi la conversation. Mais ce n’est que quand elle s’achève que je comprends son enjeu, le temps que mes réflexions passent de neurone sobre en neurone sobre – ce qui prend du temps vu tous les neurones en coma éthylique qu’il faut contourner – jusqu’à me présenter un tableau d’ensemble.
J’ouvre la bouche pour les convaincre que si, si, si, je vous jure, je suis forcément un dieu tellement je suis un type super et génial, et que c’est même incroyable de ne pas s’en rendre compte, mais l’actif répond déjà au chômeur :
– On fait comme d’habitude quand un grand débat de société nous divise : un vote. Si la majorité pense que c’est un dieu, on l’honorera à jamais, comme il se doit, et si la majorité pense qu’il est né difforme, on lui coupera tout ce qu’il a de trop afin qu’il puisse mener une vie normale parmi nous.
J’ouvre encore la bouche, mais d’une part je ne sais plus quoi dire, et d’autre part il y a tellement de vivats beuglés par les autochtones qu’on ne m’aurait de toute manière pas entendu.
J’entends des « Un vote ! », des « La démocratie est en marche ! », et des « Préparons la campagne électorale ! ».

Si j’ai bien suivi et compris, soit je reste un dieu, soit on me mutile. Gloups. Finalement, c’est pas une si bonne idée que ça de vouloir s’installer définitivement sur cette planète…

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Jeu 28 Avr - 10:57

LXXV


Voilà donc la décision prise sans que je puisse m’exprimer plus avant.
Alors que je tente de protester de la situation auprès de mon ami Paillasse (oui, je devais apprendre son nom un peu plus tard et oui, ça ne s’invente pas. Enfin si. Mais non. Bref, je me comprends), il me rétorque sèchement de rester à ma place : d’ici les élections, mon statut de dieu vivant m’est retiré… et je ne le récupérerai qu’en cas de victoire.
Et si je perds, on me découpe en morceaux. Je soupire. Dommage que je n’ai pas déjà la reine des gueules de bois, sinon je pense que je me serais saoulé.
En tout cas je trouve cette situation super scandaleuse. Comme s’il y avait besoin d’un vote pour voir en moi un être supérieur…

Dans la démocratie de ces autochtones, en cas de référendum engageant l’avenir de toute la communauté, chaque camp est représenté par une sorte de porte-parole, figure de proue des idées défendues par son groupe.
Ainsi, mon ami Paillasse prend la tête de ceux qui estiment que je suis un dieu. L’actif qui a remis mon statut en cause, lui, mène les tenants de l’opinion selon laquelle il faut me rendre normal. Il s’appelle Bras-de-Pierre.
Il tire son nom du jeu viril connu sur tous les mondes civilisés sous le nom de « bras de fer », mais vu qu’ici, ils sont trop primitifs pour savoir travailler le fer, ce qu’ils ont de plus solide en équivalent c’est la pierre.

Qui dit campagne électorale dit affichage. Mais si les Moitiéens (oui, c’est le nom de ce peuple, et la planète s’appelait Deuxdemimoitié avant que ses hémisphères nord et sud, côté droit, soient pulvérisés par une mégagrosse météorite ; du coup, maintenant, elle ne s’appelle plus que Mimoitié) savent lire et écrire l’aurebesh, ils ne savent pas fabriquer de papier. Heureusement, il leur reste les arbres pour s’exprimer.

Au cours de cette campagne qu’on va narrer au passé parce que c’est plus facile pour suivre son déroulement, mes partisans gravèrent mes initiales sur nombre de sapins. Mes opposants ne se foulèrent pas : ils se contentèrent de barrer mes initiales derrière mes partisans. Puis mes partisans entourèrent mes initiales barrées d’un grand cœur. Alors mes opposants firent une croix géante sur ce nouveau sigle.
Tout naturellement, puisque mes partisans n’avaient plus d’idée pour contrer cette croix, ils en vinrent aux mains avec mes opposants, ce dont je leur sus gré. Mais comme la majorité des actifs, plus forts physiquement, plus robustes, étaient dans les rangs ennemis, les miens se prirent des branlées avant de décider que le verbe était plus fort que l’épée qu’ils n’avaient pas encore inventés, et que se battre était réservé aux gros bourrins qui ne savaient pas s’exprimer de manière civilisée. Les gros bourrins en question affublèrent dès lors mes partisans du surnom de « lopettes », et pas un ne moufta pour ne pas se prendre une nouvelle branlée.

Paillasse ne cessa de propager l’idée selon laquelle j’étais un dieu, et que si on ne votait pas pour moi, mon courroux divin risquait de s’abattre sur eux tous. Lors de ces occasions, je l’accompagnais pour donner plus de poids à ses paroles, même s’il m’avait interdit de prendre la parole : ça aurait été contraire à leurs lois en matière de campagne électorale, vu que j’étais l’enjeu du vote.
Par contre, dès qu’il parlait de mon éventuel futur courroux divin, je fronçais les sourcils et prenait l’air méchant, histoire de bien faire comprendre à tous ceux qui l’écoutaient qu’ils feraient mieux de faire gaffe à ce qu’ils allaient voter.
Paillasse était un homme politique rompu, comme je m’en aperçus vite : il n’utilisait pas que la technique du bâton mais aussi celle de la carotte. Il fit miroiter à ses semblables les avantages qu’il y aurait à me reconnaître comme dieu : non seulement j’étais comme eux mais en mieux, et représentait donc une forme supérieure d’évolution (et je n’eus aucun mal à adhérer à cette thèse), mais comme j’étais issu du monde technologiquement bien plus avancé que le leur, je pourrais les faire progresser sur la route menant à la civilisation.
J’étais d’accord avec lui sur le principe, mais quand nous en discutâmes plus précisément, force fut de reconnaître que si je savais me servir de ma technologie, je n’avais pas le moindre commencement d’idée de comment passer de ressources naturelles à un produit fini.
Non mais c’est vrai : qui sait comment on fabrique un datapad ? Un moteur hyperspatial ? Comment on brasse de la bière ? Bah oui, la réponse est clairement « personne ».
Je me suis creusé les méninges, mais peu de choses en sont sorties. Alors que les Moitiéens portent des peaux de bêtes, j’ai des vêtements manufacturés. Quand Paillasse m’a interrogé à leur sujet, je lui ai répondu :
– Hum… Il faut des usines… avec des gros rouleaux dans lesquels passe le tissu… Hein, comment on obtient le tissu en question ? Euh… Il faut des vers à soie… peut-être du fil d’araignée parce que c’est vachement solide… des moutons qu’il faut tondre… avec des tondeuses électriques que je ne sais pas comment qu’on les construit… Après, ça donne de la laine, et on peut faire des pulls… avec deux aiguilles de métal, et quelque chose comme une maille à l’endroit, une maille à l’envers.
Vu qu’il ne comprenait pas ce que je racontais et que je n’en comprenais moi-même guère plus, il changea de sujet :
– Et l’électricité ? Comment on obtient l’électricité ?
– On… met les éclairs… dans des ampoules, et dans des fils qui l’amène et la distribue partout, à tout le monde. Là aussi, il faut des usines pour la conversion. Y’a une histoire de watts et d’ampères, maintenant que j’y pense. Hein, quoi ? Qu’est-ce que c’est précisément, les watts et les ampères ? Aucune idée…
Il ne m’interrogea pas plus avant mais continua quand même à faire la promotion de l’homme du futur que j’étais, le dieu qui allait les faire basculer dans une ère moderne où plus rien ne serait jamais comme avant. À la longue, je n’étais pas loin de le croire tellement il était convaincant.

Et enfin on en revient au présent, pour le dépouillement des suffrages. Tout le monde a voté sauf une personne. Vu que chez les Moitiéens le vote est obligatoire, plusieurs types partent à la recherche de l’incivil, tandis que le dépouillement commence…
Vu que les primitifs de Mimoitié n’ont pas de papier (pour ce qui est de l’invention de l’imprimerie, j’ai pu dire à Paillasse qu’on faisait du papier en coupant des arbres, mais après avoir longtemps contemplé un sapin, il s’est détourné sans un mot et n’est jamais revenu sur ce sujet), le vote se fait avec des cailloux : caillou noir je suis un dieu, caillou blanc un monstre.
Il s’avère vite que les résultats vont être serrés. Rare qu’un camp ou l’autre prenne plus de deux voix d’avance avant d’être rattrapé par l’autre.
Quand le dernier caillou est compté, le résultat est sans appel : match nul. Je me demande si ça fait de moi un simple demi-dieu (puisque la moitié des résultats plaident en ma faveur), ce qui serait déjà pas mal quand on y pense.

Mais voilà que le groupe parti à la recherche de l’incivil revient avec. Tiens, je la reconnais, vu que c’est une incivile, en fin de compte : c’est la petite vieille qui s’était vautré par terre quand on s’était heurtés par accident.
– Pas moyen de faire une sieste tranquille, ici, qu’elle bougonne.
Dès qu’elle est mise au courant de la situation, de l’importance cruciale de son vote, qui va décider de mon avenir, elle cesse de froncer les sourcils. Au contraire, un sourire ravi vient illuminer ses traits super ridés.
Elle tourne la tête vers moi, toujours en souriant, et je lui souris en retour : ouf, c’est dans la poche ! Il est clair qu’elle va voter pour moi. Me revoilà un dieu !
Mais face aux deux cailloux, elle choisit le blanc, celui qui fait de moi une erreur de la nature. Elle fait le tour de la clairière et le montre ostensiblement à tout le monde, s’arrête devant moi, accentue son sourire et me murmure :
– Ça t’apprendra à me faire tomber et à te foutre de ma gueule quand je tombe par terre, petit con.

Je crois que ces temps-ci, je n’ai pas beaucoup d’affinités avec le troisième âge. Comme si mémé ne m’avait pas suffi…

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Jeu 28 Avr - 10:58

LXXVI


– Bon bah tant pis, les gars, que je dis alors qu’un cercle de visages excités se rapproche de moi. Écoutez, c’était sympa, mais en fait je m’en voudrais de vous déranger plus. Genre j’ai assez abusé de votre temps et de votre hospitalité. On se fait la bise et on se quitte bons amis, OK ?
– Pas question, dit Bras-De-Pierre. Le vote a parlé, donc on fait comme avait décidé : on te coupe tout ce que tu as en trop, comme convenu.
– Nan mais ne vous donnez pas cette peine. Si je m’en vais, ce serait tout bonnement comme s’il ne s’était rien passé, non ?
– Oui mais non. Notre glorieuse démocratie a encore montré son efficacité aujourd’hui, et nous nous devons d’en respecter les conséquences. Nous sommes une société civilisée : si nous tournions le dos à nos propres décisions, nous ne vaudrions pas mieux que des animaux.
– Vous voulez me couper en morceaux au nom de la civilisation ? Non mais les gars, vous trouvez pas que c’est un peu antinomique, dit comme ça ?
Je reprends espoir en entendant des murmures d’approbation tout autour. Quand Bras-De-Pierre me sourit à son tour, je commence à penser que j’ai peut-être une chance d’en sortir intact, finalement. Il me répond :
– Très très joli, bravo, Cirederf !
– Merci, que je fais, faussement modeste mais néanmoins intérieurement impressionné par mes propres talents oratoires. Alors c’est bon, je peux y aller ?
– Hors de question. Pas avant qu’on t’ait tronçonné un peu partout.
– Mais pourquoi vous vous réjouissez de mon discours, alors, s’il ne change rien ?
Antinomique. C’est un très joli mot, et si nous avons toujours eu en tête le concept qu’il décrit, nous n’avions jamais trouvé le mot adéquat pour l’habiller. Grâce à vous, c’est fait.
Ah. Au moins, ils reconnaissent ma supériorité intellectuelle, c’est déjà ça. Ceci dit, ça ne m’avance pas des masses vu qu’ils veulent toujours me mutiler.
Je jette un regard suppliant à mon ami Paillasse, qui me dit alors en souriant :
– Réjouis-toi, Cirederf : dès que nous en aurons fini avec toi, tu seras l’un des nôtres, de plein droit. On te donnera le droit de vote et tu pourras nous apprendre des nouveaux mots. Ça va être super, tu verras !
Son enthousiasme n’arrive pas à me contaminer. Au contraire, je suis au trente-sixième dessous. Avec une jambe en moins, je ne pourrais plus jamais courir ! Enfin, marcher, vu que courir, j’évite : trop fatigant. Et avec un bras en moins, je ne pourrais plus jouer à la console.
Triste destin que celui qui m’attend…

– C’est pas le tout, mais j’aimerais bien retourner à ma sieste, moi, intervient la vieille peau qui a fait basculer mon destin. Qu’on le découpe une bonne fois pour toutes !
Des cris enthousiastes retentissent un peu partout autour de moi. Je ressens clairement l’ambiance de fête qui règne chez les Moitiéens. Certains ont des outres d’alcool à la main, d’autres de la nourriture. Ils n’attendent qu’une seule chose en se chauffant : que le spectacle commence.
– Au billot ! Au billot ! Au billot !
Bientôt, ce slogan lugubre domine le tumulte, et je me retrouve traîné par mes ex-adorateurs vers ledit billot, devant lequel Paillasse est agenouillé, occupé à racler le bois avec une pierre plate.
La torpeur qui m’a envahi à l’idée de mon triste sort fait place à un regard intrigué, auquel Paillasse répond en m’expliquant :
– Je lisse le billot. Ce serait dommage que tu meures après l’opération à cause d’une écharde qui se serait infectée.
Tant de prévenance pour ma santé me touche. Même si d’un autre côté, je me demande si ça fera une différence.

Par contre, une idée géniale m’envahit soudain, de celles qui me viennent parfois, tels des signes divins qui me font tout le monde me dire qu’en fait, je suis béni des dieux. Peut-être même leur égal, mais ça, j’en aurai la certitude quand ils m’auront donné un badge ou un diplôme le certifiant.
Cette idée, c’est qu’une fois que les Moitiéens m’auront rendu semblable à eux, je pourrai refaire ma vie : plus personne de ma vie passée ne sera capable de me reconnaître ! Il me suffira de prendre une nouvelle identité et hop, adieu la prime sur Cirederf Nomis, et adieu Cirederf Nomis lui-même !
Il me faudra un nouveau nom. Voyons voir… Si on me découpe, je peux tout aussi bien découper mon nom. Cir Nom, ça peut le faire.

Je suis vite ramené à la réalité par Paillasse et deux autres Moitiéens, qui me mettent en position, la jonction entre l’épaule et le bras droit posée sur le billot, tandis que Bras-De-Pierre s’approche, une grosse hache en pierre à la main.
Là, je me souviens d’un truc vachement important donc je dis :
– Attendez, les gars ! Vu que je suis droitier, je préfèrerais que vous me coupiez l’autre bras.
Droitier ? Qu’est-ce que ça veut dire ? demande Paillasse.
– Bah, que je ne suis pas ambidextre, que je réponds sans pouvoir hausser les épaules pour soulever l’évidence, retenu comme je le suis.
Ambidextre ? Je ne connais pas non plus, continue Paillasse.
Je réfléchis à comment je vais pouvoir expliquer à ces gens qui n’ont qu’un bras le concept d’ambidextrie, mais je mets si longtemps, et qui plus est sans trouver de réponse adéquate, que Bras-De-Pierre finit par s’impatienter :
– Bon, on tirera ces nouveaux concepts au clair plus tard. En attendant, on a du boulot.
Je suis presque sûr que le billot est en chêne, d’autant que j’ai presque le nez dessus, mais je ne le contredis pas. La déprime de la perte de mes membres le dispute en moi au nouveau départ que ma vie va prendre. Je suis mitigé, mais comme à chaque fois que l’on doit prendre une décision importante dans la vie, ses conséquences, qu’elles soient positives ou négatives, ne se dévoileront que plus tard, à l’usage…

Et me voilà donc en position, tête tournée vers mon bourreau qui lève lentement sa hache. Je jette un dernier coup d’œil à mon épaule, et je ne peux empêcher une larme de couler sur ma joue, à l’idée que dans quelques secondes, elle ne pourra plus assumer son destin de teneuse de bras.

Alors que je n’y avais jamais trop prêté attention jusque-là, elle me manque déjà par anticipation. Je ferme les yeux pour ne pas voir ça. Puis je les rouvre parce que ce sera mieux pour me préparer psychologiquement. Puis je les referme parce que non, la vision est vraiment trop dure à supporter. Et je les rouvre encore en me disant que ma dernière chance, c’est d’y faire tous mes sentiments pour ébranler la conviction de Bras-De-Pierre.
Par contre, pour l’expression à y mettre, j’hésite entre un regard de chien battu et un profond mépris pour la bassesse de ce semi-homme qui va s’en prendre à un vrai homme désarmé et impuissant (ce dernier mot ne faisant référence qu’au fait que les autres me tiennent fermement, hein, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit).

Prêt à abattre sa hache, Bras-de-Pierre pousse ce qui ressemble à un cri rituel :
– Couic !
Il est aussitôt repris en cœur par les autres Moitiéens :
– Couic ! Couic ! Couic ! COUIC ! COUIC ! COUIC !

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Jeu 28 Avr - 10:59

LXXVII


L’éclat dans les yeux de Bras-De-Pierre m’indique que le moment est venu, qu’il va abattre son arme sur mon épaule chérie. Sauf que l’éclat de ses yeux disparaît soudain au profit d’un grand vide. Le tir de blaster que je viens d’entendre ne doit pas y être étranger, ainsi que le trou qui vient d’apparaître sur son front et qui lui fait un troisième œil comme chez le peuple des Deuxdous.
Du sang se met à couler de ce troisième œil et Bras-De-Pierre s’écroule, mort. Les Moitiéens n’ont pas compris ce qui vient de se produire que déjà, une pluie de tirs s’abat sur eux et les fauche les uns après les autres.
Ainsi, un tir coupe net le bras de Paillasse, et je ne peux m’empêcher de penser que désormais, il n’aura ainsi mal à justifier le fait qu’il ne travaille pas. Quand un autre tir le tue, je trouve évidemment dommage qu’il n’ait pas eu le temps de profiter de cette nouvelle opportunité qui s’offrait à lui.
Puis mon sens des réalités reprend le dessus. Je me fais un rempart de son corps et j’attends que les choses se calment.

À vrai dire, aussi étonnant que cela puisse paraître, je ne me sens pas en danger, car je me dis que ce retournement de situation vise forcément à me sauver, moi, le grand, l’unique Cirederf Nomis.
Soit ce sont Qel et Qyp qui viennent me sauver (oui, je viens juste de me souvenir de leur existence, j’avoue : trop d’émotions ces jours-ci), soit ce sont des mercenaires au service de mon banquier.
Bref et comme toujours, l’homme important que je suis ne peut laisser personne indifférent.

Il faut moins d’une minute aux agresseurs pour nettoyer la place, et le soulagement m’envahit en constatant que ce sont bien mes amis Qel et Qyp qui sont à l’origine de ce carnage.
Dès que je les vois, je saute sur mes pieds, lève les bras au ciel en signe de victoire et leur crie :
– Mes chers amis ! Vous êtes venus me sauver !
Surpris, Qyp laisse ses réflexes parler pour lui et il me tire dessus. Heureusement, le tir ne fait que me frôler la joue, mais je plonge derechef derrière le cadavre de Paillasse.
– Oups ! Désolé, Cirederf, me dit Qyp. Mais quelle idée de se dévoiler comme ça tel un diable sortant de sa boîte. Tu veux mourir ou quoi ?
– Nan, c’est bon, que je réponds. Je n’ai qu’une envie : quitter cette maudite planète le plus tôt possible !
– Ça tombe plutôt bien, me dit Qel, on a mis le temps mais on a enfin fini de réparer le vaisseau.
– Yep, hier soir, ajoute Qyp. C’est à ce moment qu’on s’est rendu compte qu’on ne t’avait pas vu depuis quelques jours.
– Mais comment vous m’avez retrouvé ?
– On a essayé de t’appeler sur ton datapad mais tu ne décrochais pas.
Maintenant qu’il le dit, je l’avais oublié, celui-là. Je le sors de ma poche, m’aperçois que l’alarme comme le mode vibreur sont désactivés, et que j’ai sept-cent-quarante-deux messages en attente.
Je me sens tellement las que, d’une pichenette qui serait habile chez un être lambda mais qui est naturelle chez moi, j’efface tout. J’ai besoin de repos. Trop d’émotions.

Après toutes ces émotions, et tels les trois mousquetaires même s’ils étaient quatre, nous voici à nouveau réunis, Qel, Qyp et moi. On ne fait pas l’économie de se serrer dans les bras les uns des autres pour fêter nos émouvantes (oui, mine de rien) retrouvailles, et étrangement, j’arrive à faire la plus parfaite abstraction des monceaux de cadavres qui nous entourent.
Moi, sans cœur ? Pas du tout, et je pense encore aujourd’hui avec nostalgie à l’accueil que les Moitiéens m’ont réservé… au tout début. Par contre, vu ce qu’ils ont voulu faire à mon corps d’athlète par la suite, on me pardonnera de n’avoir eu aucune pitié ni compassion en tête en retrouvant mes amis.
L’odeur de chair brûlée n’étant jamais agréable à respirer, on décide aussi sec de partir.

C’est un grand soulagement pour moi de retrouver la kass’rol. Aussitôt, mon grand soulagement par en courant, remplacé par la peur, la vraie, l’indicible… Rien n’est moins rassurant qu’une kass’rol soi-disant prête à décoller, soi-disant en parfait état de marche après réparation.
Comme de bien entendu, l’avenir va me donner raison, et plus vite encore que je ne le craignais.
J’essaie d’ignorer l’odeur d’huile de vidange bouillie qui m’assaille les narines dès que je mets un pied sur le vaisseau, et Qel me met la main sur l’épaule, en me gratifiant d’un regard compatissant.
Je pense d’abord qu’il veut encore me consoler de mes récentes mésaventures, mais en fait non :
– Cirederf, nous avons besoin de toi.
– Tu sais bien que si je peux me rendre utile, ce sera avec le plus grand des plaisirs, que je lui assure.
– OK, suis-moi.
On va jusqu’à une minuscule pièce, à peine plus grande qu’un placard à balais. Heureusement, pas de colonel Covelian à l’horizon, juste un siège avec ce qui ressemble à des pédales en dessous.
– On est où, là ? que je demande.
– C’est la salle des moteurs auxiliaire des moteurs. J’ai besoin que tu t’assois sur le siège.
– Si c’est tout ce qu’il lui faut en terme d’aide, je devrais être à la hauteur. Je m’installe comme je peux, même si mes pieds se prennent dans les trucs qui ressemblent à des pédales.
– C’est quoi, ces machins ? que je demande.
– Des pédales, me répond Qel.
– Quoi ? que je fais, incrédule à l’idée d’avoir deviné, tellement ça n’a rien à faire là.
– Des pédales, répète Qel. Le système de secours du vaisseau est manuel, ou plutôt pédestre. Il faut pédaler pour que ça marche. Et vu que tu veux nous aider, c’est toi qui pédale, mon cher Cirederf.
– Oui, mais…
– Et on vient de te sauver les miches d’un sort horrible, ajoute-t-il.
– Certes, néanmoins…
– Tu veux dire qu’après tout ce qu’on a fait pour toi, tu voudrais faire l’ingrat en ne nous donnant pas un petit coup de main ?
Pendant qu’il me pose cette question, son sourire disparaît, ses sourcils se froncent et sa main se pose sur l’étui de son blaster.
– Si, si, c’est génial ! que je réponds en me mettant à pédaler avec enthousiasme. Vive le sport !
– Parfait, répond Qel en se détendant. Et n’oublie pas, Cirederf : si tu t’arrêtes, on est en rade de moteurs comme d’air respirable.
Là, il me donne une nouvelle tape d’encouragement sur l’épaule et quitte la pièce.

Je ne peux m’empêcher de trouver dommage que les Moitiéens n’aient pas eu le temps de me couper une jambe…

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MessageSujet: Re: (2017, l'année du rattrapage de retard. Meuh non, je rigole)   Aujourd'hui à 18:24

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