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 Loin de ce que nous fûmes à l'origine

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Den
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MessageSujet: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Mer 5 Déc - 17:25

A mon tour d’apporter ma petite contribution à Galéir ! Une histoire sur un Ehdelims qui – je l’espère – vous plaira^^

Au passage, je remercie Notsil pour ses conseils avisés !

Loin de ce que nous fûmes à l’origine

« Nous sommes tous loin de ce que nous fûmes à l’origine».
Mon père me répétait souvent cette phrase… Mais je ne l’avais jamais totalement comprise jusqu’à aujourd’hui. C’est étrange. Après toutes ces années, j’ai toujours l’impression d’entendre sa voix résonner dans ma tête, de sentir sa main sur mon épaule… Je pense encore à son regard lorsque j’ai quitté Namis’Rah, notre cité flottante. Ce que je ressentais à cette époque est toujours très présent dans mon esprit et dans mon cœur…
Je m’appelle Onad Forn et voici mon histoire :

Je suis né il y a vingt-huit ans sur Namis’Rah. Ma mère Kacha et mon père Heathoug étaient tous deux des membres important de note communauté si bien que ma venue au monde fut fêtée plus qu’elle n’aurait du l’être. Mon père était un des meilleurs guerriers du clan et il en allait ainsi pour tous enfants de « héros ». Bien qu’aujourd’hui, ce terme ne me semble pas si bien choisi pour désigner les Guerriers Ehdelims. Car, oui, je suis un Ehdelim. Ces êtres ayant été chassé de leurs terres par l’envahisseur Manducar. Nous sommes les maîtres des océans d’après les dires de certains, mais en réalité, nous sommes un peuple fier qui ne rêve que de retrouver sa vie passée !
Dès mon plus jeune âge, j’ai été bercé par ces récits de légende sur notre glorieux passé dans les plaines verdoyantes d’Arthwen, par ceux de l’attaque Manducar et de comment ils nous ont repoussé jusqu’aux rives de la mer d’Ethanon, nous forçant à vive en parias sur nos villes flottantes. Tant d’histoires forgeant les enfants Ehdelims à croire en la vie, à espérer un jour reprendre ce qui nous a été volé. Ces mêmes histoires qui ont forgées en moi un inénarrable désir de vengeance, de combat et d’aventure. C’est étrange, mais à l’époque, je ne savais pas ce qu’était le monde réel. Je ne pouvais qu’imaginer la plaine verdoyante ! Je n’en avais jamais vues !
Comme tous les membres de notre communauté, on m’apprenait l’art du combat. Que ce soit sur le sol, sur scooter des mers ou encore dans les profondeur, j’étais un des meilleurs de ma génération. Mon seul rêve à l’époque était d’obtenir ma première brislame. Cette arme si noble que tout Ehdelims adulte se doit de posséder. Mi-pistolet, mi-machette de combat. Mais on ne l’obtenait qu’à nos dix-huit ans, le jour de notre épreuve du Qeleth Suberak.
Chaque jeune homme ayant atteint cet âge se devait de passer l’épreuve qui nous permettait d’être reconnu comme un adulte par tout un chacun. Elle consistait en un combat contre un dangereux prédateur des fonds marin et permettait de prouver notre courage, notre adresse et surtout notre force d’esprit. A l’époque, je ne savais pas que l’on pouvait en mourir. Oh bien sûr, je connaissais les risques et je savais que certains échouaient et étaient chassés de notre monde. Mais pour moi, tout le monde y survivait, mais j’ai vite déchanté…

A 13 ans, mon cousin Gab et moi avions l’âge de regarder le Qeleth Suberak de Loomis Telz, notre idole. Je la considérais comme une amie, mais aussi comme un exemple et un mentor. Souvent, elle m’avait aidé lorsque que j’éprouvais des difficultés ou que je perdais le cap. Elle était d’une beauté à couper le souffle avec ses cheveux auburn et ses yeux bleus, mais elle avait surtout des qualités indéniables pour le combat. Je me souviens très clairement de l’expression que j’avais pu lire sur son visage, ce jour-là. De la fierté ! Oui… Une indéfectible fierté et une volonté à toute épreuve ! Ce qui ne m’étonna guère, bien entendu : C’était une Ehdelim !
Une lance attachée à son dos et sa brislame enfoncée dans son holster à sa hanche droite et ses tatouages en spirales sur ses épaules et son ventre lui donnait une allure de déesse des temps antiques. Celles de ces statues que nous remontions des ruines que nous explorions. Et quand elle sauta dans l’eau, son corps était resté aussi raide que la lance qu’elle portait. Droite et fière.
Mon cousin m’avait pris par le bras et s’était approché du bord de notre embarcation. Nous avions pu regarder la belle Ehdelim s’éloigner, se rapprochant du pic d’Ikhram, un endroit très dangereux, repère de prédateurs qui l’étaient tout autant. Mon cœur battait la chamade, j’avais l’impression qu’il allait sortir de ma poitrine. Etais-je le seul à ressentir cet étrange sentiment de frayeur ? Mon père était le seul à l’avoir remarqué en tout cas. Avec une douceur qui lui était propre, il me pausa la main sur l’épaule afin de me rassurer. J’avais toujours aimé ce contact à la fois rude et doux qu’il me prodiguait lorsque j’avais besoin d’être rassuré. Mais ce jour-là, sa présence ne m’apporta aucun réconfort… l’impression qu’un malheur allait arriver était ancrée dans mon être.

A mesure que Loomis s’éloignait, des gouttes de sueurs commençaient à perler de mon front. Après quelques secondes d’attentes, je vis un aileron transpercer les vagues et se diriger à toute vitesse sur la jeune femme. Il était impossible pour moi de reconnaître ce monstre marin à cette distance, j’étais trop inexpérimenté. Mon père, par contre, avait tout de suite identifié un Guhagin : une étrange créature possédant une tête semblable à celle d’un lézard surplombée d’une crête en forme d’aileron et dix tentacules se trouvant de part et d’autres du tronc de son corps. Et à partir de son bassin, on pouvait distinguer de nombreux filaments surplombés d’une ombrelle l’aidant pour sa propulsion.
Le monstre s’approchait de plus en plus vite, en sortant quelque peu la tête de l’eau. Nous pûmes alors remarquer les longs tentacules grisâtres fouettant les vagues du sombre pic d’Ikhram. Loomis, de son côté, s’état saisie de sa lance et se tenait prête au combat. Lorsque le Guhagin eut atteint une distance raisonnable, elle tenta de lui planter sa lance dans le corps, mais manqua sa cible et fut propulsée hors de l’eau par un puissant coup de tentacule. Apparemment, la jeune femme avait mal évalué la distance qui la séparait de son adversaire.

A peine avait-elle eu le temps de reprendre ses esprits accrochée à l’un des rochers du pic qui sortait de l’eau que la créature marine lui avait saisi les poignets et les jambes avec une rapidité effarante. C’était une vision impressionnante, même à la distance à laquelle je me trouvais. Cette bestiole faisait deux fois la taille de Loomis. Et lorsque le monstre s’enfonça avec elle dans les profondeurs, je compris que tout était fini. Les Guhagins était très venimeux et lorsqu’elles se saisissaient de leurs proies, elles lâchaient de nombreuses toxines à l’intérieur du corps de leurs victimes. On pouvait survivre au poison d’un ou de deux tentacules, mais pas à plus.
Un silence respectueux régnait sur le bateau. Personne n’osait dire quoi que ce soit. Quant à moi, j’étais pétrifié, serrant la main de mon père comme si ma vie en dépendait. Ce monstre était si fort et les livres m’avait appris qu’il y en avait bien d’autres tout aussi dangereux… Comment se faisait-il qu’un membre de notre peuple puisse survivre à ce test cruel. Et personne ne semblait trouver ça anormal. Bien au contraire, c’était à peine si je ressentais de la tristesse autour de moi. J’avais même entendu un homme dire qu’il était fier que Loomis soit morte en combattant. C’était trop pour moi ! Je ne comprenais pas ! Me sentant vraiment perdu, je préférai m’isoler un peu dans ma cabine.
Je ne la quittai pas durant tout le voyage de retour, préférant réfléchir à ce qui venait d’arriver et surtout remettant en question toutes mes certitudes.
Ce jour-là, j’avais pris conscience de la mort.

A notre retour sur Namis’Rah, mon père et moi avons beaucoup parlé. Il m’a raconté sa première expérience avec la mort, m’a fait comprendre que ma réaction n’était pas bizarre et que lui aussi avait ressenti un grand vide lorsqu’il y avait été confronté. Puis, il a tenté de me rassurer :
– Tu sais, fiston, même si ce combat t’a semblé rude au premier abord, il faut que tu saches que très peu des nôtres échouent. Loomis a fait une erreur fatale ! Elle était trop pressée, elle s’est laissée envahir par la peur et l’excitation. C’est pour ça qu’elle a manqué le Guhagin. Elle aurait du utiliser sa brislame dès le départ afin de ralentir la créature, mais elle était trop sûre d’elle. Quelle stupidité ! Tu comprends maintenant ? Dans un combat, chaque erreur peut te coûter la vie, surtout dans les océans ! Et si un jour, nous voulons reconquérir notre terre, il faudra se battre contre les Manducar avec la même hargne et la même concentration que contre les Guhagins ou les autres créatures des profondeurs. Tu comprends ?
Même si je savais pertinemment qu’il y avait une part de vérité dans ses dires, je ne comprenais pas pourquoi nous glorifions la mort. Ni même pourquoi nous l’acceptions comme faisant partie de notre héritage… Cependant, je n’ai pas confié mes impressions à mon père. Il n’aurait pas compris… Et puis, j’avais besoin de faire le point avec moi-même…

Cette nuit-là, j’eus un sommeil très agité. La vision de la mort de Loomis ne cessait de me tourmenter. Puis, je me voyais à sa place, mourrant comme elle. J’avais réellement l’impression que le poison coulait dans mes veines, me paralysait, l’eau pénétrait dans mes poumons et enfin, je sentais le terrible choc de la mort, qui me sortait hors de ce cauchemar.
Ce rêve me hanta de longs mois durant… Et aujourd’hui encore, il vient parfois me réveiller en plein milieu de la nuit…

Mais cette épreuve eut pour moi un effet bénéfique. La peur de me retrouver à la place de Loomis me poussa à m’entraîner plus dur que jamais et à repousser mes limites jusqu’à leur paroxysme voir à les dépasser, faisant de moi un guerrier redouté par mes pairs. Durant les années qui passèrent, j’eus l’occasion de voir de nombreux Qeleth Suberak. Beaucoup passaient l’épreuve sans problème, d’autres échouaient mais survivaient. Ces derniers étaient chassés de Namis’Rah à l’image de Atheros Xzy qui fut l’un des premiers Ehdelim à être chassé de Namis’Rah et qui parcourut tout Gaélir devenant une célébrité pour avoir écrit les Récits et Légendes, une référence encyclopédique incontournable de nos jours. C’était il y a plus de cent ans… Mais ce qui m’avait le plus surpris à cette époque, c’était que certains avaient créés une sorte d’organisation maritime qui assurait la liaison entre Namis’Rah et le monde extérieur. Ces exilés parcouraient les mers et commerçaient partout où ils allaient. Certains s’étaient même alliés à d’autres espèces et formaient un bataillon de pirate des mers perpétuant l’image de barbares que les habitants de notre monde avaient de nous.

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Dernière édition par le Mer 5 Déc - 17:26, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Mer 5 Déc - 17:26

Vint alors la veille des dix-huit ans de Gab. J’avais alors dix-sept ans. Il était très excité à l’idée de passer son épreuve. Nous en avions parlé toute la journée et une partie de la nuit. Malgré mes craintes, il se refusait à penser qu’il puisse échouer.
– Ce n’est pas parce que tu es meilleur que moi que je ne suis pas apte à vaincre un petit Guhagin ! m’avait-il dit.
Ce n’était pas ce que je voulais dire. Mais j’avais renoncé à lui expliquer. Il n’aurait pas compris. Je ne pouvais donc pas lui dire que j’avais peur qu’il lui arrive la même chose qu’à Loomis. Avant chaque Qeleth Suberak, j’avais toujours ce sentiment d’oppression qui me serrait le cœur. Et les rêves se faisaient de plus en plus fort, puis s’estompaient une fois l’épreuve passée. Après avoir quitté mon cousin, j’étais allé sur le pont afin de regarder les étoiles et la lune. C’est à cet instant que mon père était venu me rejoindre. Lui non plus n’arrivait pas à dormir. C’était normal, il avait presque élevé Gab. Ses parents avaient succombé à une attaque d’Effreij quand il n’avait que huit ans. Depuis lors, il avait été élevé avec moi, comme un frère. C’est d’ailleurs comme ça que je le considérai.
– Tu n’arrives pas à dormir, fils ? m’avait demandé mon père.
– Comme à chaque veille de Qeleth Suberak…
– Gab s’en sortira ! C’est un grand guerrier !
– Comme l’était Loomis…
– Elle hante toujours tes songes ?
– Oui, parfois…
– Tu sais, lorsque l’on n’accepte pas quelque chose, il est très fréquent qu’elle nous hante. Peut-être devrais-tu accepter la mort de Loomis comme nous l’avons tous fait et elle ne te hantera plus après.
– Peut-être…
Mon père m’avait alors posé la main sur mon épaule. Il ne l’avait plus fait depuis longtemps…
– Dans quelques jours, tu auras tes dix-huit ans et tu passeras toi aussi ton épreuve. Je sais que tu le feras avec succès. Tu es le meilleur combattant que j’ai eu le plaisir de voir ! Cent fois meilleur que moi.
– Merci, père…
Le vent soufflait dans mes cheveux, j’aimais cette douce brise qui me faisait l’effet d’une caresse. Si bien que je n’écoutais plus mon père. Comprenant que j’avais besoin d’être seul, il me laissa avec… le vide et sa douceur bienfaitrice.
C’est fou ce que l’on peut faire marcher notre cerveau lorsqu’on n’arrive pas à trouver le sommeil. On retourne tout ce que l’on sait dans tous les sens et on fini même par refaire notre histoire et le monde. A cet instant, j’étais déjà loin de celui que j’étais à l’origine : Je ne rêvais plus d’aventures ou de combats sanglants. Non, tout ce que je désirais à l’époque, c’était protéger les gens qui m’étaient chèrs. Etais-je encore un Ehdelim ? Etais-je autre chose ? Aujourd’hui, je me pose toujours la question…

Ce fut Gab qui vint me réveiller, le lendemain matin. Je venais juste de trouver le sommeil. Mon cousin était tout excité ! Il voulait absolument que je l’accompagne jusqu’au pic d’Ikhram. C’est bien entendu ce que je comptais faire. Il était comme un frère pour moi et rien n’aurait pu m’empêcher de participer à son épreuve. De le supporter de toute mes forces. Malgré tout, j’avais toujours ce pressentiment que quelque chose n’allait pas se dérouler comme prévu, que quelque chose de terrible allait arriver. Je m’efforçais de renier se sentiment. Après tout, j’avais tout le temps ce genre d’intuition et, en général, l’épreuve se passait bien.
Dans le bateau qui nous menait à destination se trouvaient mon père, Gab, quelques chefs de clan là afin de superviser l’épreuve et moi, bien entendu. La tension et l’excitation qui régnaient étaient palpables. Mais aucun d’entre eux ne ressentait les choses comme moi. Tandis que je m’efforçais à me calmer, mon père remit sa brislame à mon cousin.
– Je t’ai aimé comme mon propre fils, lui avait-il dit. Aujourd’hui, tu te battras avec la brislame de Gernon, ton père. Sois fort et fier de ton héritage ! Et sache que, quoi qu’il arrive, ils seront fiers de toi…tout comme moi.
Mon père était très doué pour sortir ce genre de phrases qui remontaient le moral, qui te donnaient envie de te battre et surtout, qui mettaient une pression supplémentaire sur tes épaules. C’était peut-être ce que ressentait Gab à ce moment-là, lorsqu’il se jeta à l’eau.
Une fois immergé, il me fit un signe de la main avec un regard qui disait « ne t’inquiète pas ! Je reviendrais ! ». Mais ça n’effaçait pas mon anxiété. Puis, il se mit à nager vers le pic et attendit l’arrivée d’un monstre. Les minutes semblaient durer une éternité. Pourtant, il ne fallut que dix minutes avant l’arrivée d’un Effreij. La créature de près de six mètres de long arrivait à toute vitesse vers Gab qui avait déjà pris sa brislame en main. Je ne sais pas ce qu’il ressentait à ce moment face à une des créatures qui avaient tué ses parents. Mais je ne doute pas que son désir de vengeance était grand. Avec patience, il attendit l’arrivée du démon des mers, sortant lentement sa lance. La mer était agitée et quand l’Effreij arriva à proximité de Gab, il se servit d’une vague pour l’esquiver et lui planta sa lance dans le flanc gauche. Mais ce genre d’attaque n’arrêtait pas un titan des mers comme ça. Cependant, mon cousin était très expérimenté : d’un geste vif, il sortit sa brislame de son holster et visa patiemment quand soudain, il vit la créature gesticuler tel un animal à l’agonie ayant un dernier sursaut de vie. Personne ne comprit tout de suite ce qui se passait.
Gab décida de s’approcher un peu du monstre, mais stoppa net sa progression quand il vit une dizaine de tentacules sortir de l’eau tout autour de l’Effreij et s’enrouler sur le pauvre animal. Je n’avais jamais vu de tentacules aussi long et impressionnant ! Et je pense que mon cousin non plus. Mon père, lui, restait de marbre, mais on pouvait aisément remarquer les gouttes de sueur sur son front. Quelque chose ne tournait pas rond. Alors que l’Effreij était attiré dans l’eau, mon père hurla à Gab de revenir sur le bateau. Mais ce dernier refusa de bouger. Il comptait bien éliminer le Guhagin qui venait de lui voler sa proie.
– L’épreuve est terminée, Gab ! Reviens ! S’écriait un chef de clan.
– Ne tente pas le diable bon sang ! Poursuivit un autre.
Mais mon cousin ne bougea pas. brislame en main, il plongea, descendant de plus en plus profondément sans se soucier qu’il était en terrain hostile ! Personne ne faisait rien pour l’arrêter. Je ne comprenais pas ! Pourquoi aucun de ces puissants chefs de clans ne bougeaient ? Avaient-ils peur ? C’en était trop pour moi ! Je ne pouvais pas laisser ce frère d’adoption avec qui j’avais passé toute ma vie, mourir sans aller l’aider. D’un geste vif, je m’emparai de la brislame de mon père et je sautai à l’eau, plongeant presque aussitôt. L’eau était chaude et chaleureuse, étrange contraste avec l’atmosphère qui régnait au pic d’Ikhram. Après être descendu à quelques mètres de profondeurs, je trouvai enfin mon cousin aux prises avec le monstre gigantesque. Ce Guahgin était bien plus grand que celui qui avait tué Loomis. Sans réfléchir, je me lançai à la poursuite du démon des mers, tirant avec ma brislame. De son côté, mon cousin tenait en respect les tentacules restants du titan. En effet, quelques-uns de ses appendices tenaient toujours l’Effeij.
Toutes les balles de mon arme transpercèrent la peau rugueuse du Guahgin et, lorsque mon chargeur fut vidé, je décidais de foncer sur lui à toute vitesse, lame en avant. C’est alors que tout a basculé : d’un coup, le monstre me saisit le bras. Je sentis le venin courir dans mes veines et une monstrueuse douleur me parcourir le corps. Je tentai de me débattre, de me libérer de son emprise, mais ce fut en vain. La dernière vision que j’eus avant de m’évanouir fut celle de mon cousin, venant vers moi.

Durant mon « sommeil », je n’ai cessé d’être assailli par la douleur et par des visions infernales. Je voyais notre navire acculé par les monstres, je revis Loomis à leur tête. Elle avait dix tentacules à la place des bras et l’un d’eux portait la tête de mon père. Puis, tout se mélangea : des cascades de couleurs fusaient en tout sens jusqu’à ce que je sombre à nouveau dans les ténèbres de ma nuit intérieure.
A mon réveil, mon père se trouvait à côté de moi, me tenant la main. Il m’expliqua que j’avais lutté contre l’infection près d’une semaine et que nos meilleurs guérisseurs s’étaient attelés à me sauver durant des jours et des jours. Son ton était faussement rugueux. Une chose était certaine, il était fier de moi et de ce que j’avais fait. Cependant, une question m’était venue à l’esprit :
– Mais… comment se fait-il que vous m’ayez sauvé ! C’est Gab qui m’a ramené ?
– Les choses sont bien plus compliquées : avant que tu ne sautes à l’eau, nous n’avions pas l’intention d’interrompre le Qeleth Suberak de Gab. Mais lorsque tu as sauté, sauver ta vie était devenu une priorité. Tu étais trop jeune pour affronter un monstre. Alors, nous avons décidé d’interrompre le combat. Nous vous avons tous deux retrouvés mais le Guhagin était vraiment très puissant et dangereux. Toi, tu sombrais dans un coma agité et Gab tentait de te délivrer. Ce fut une chance qu’il ait été là ! Car alors que nous l’affrontions avec tous les chefs de clans, c’est lui qui t’a remonté jusqu’au bâteau.
– Alors, il m’a sauvé ! dis-je, un grand sourire sur les lèvres. Il faudra que j’aille le remercier quand je serai sur pied !
Le visage de mon père s’assombrit d’un coup comme si un ouragan venait de passer.
– Onad… Je…, balbutia-t-il.
– Quoi ? qu’est-ce qu’il se passe ?
– Je suis désolé, fils, mais Gab n’a pas survécu.
Cette révélation eut l’effet d’un électrochoc en moi ! Gab n’avais pas survécu ! La créature l’avait donc tué et son corps avait été dévoré ou était prisonnier des ténèbres d’Ikhram. Mais la réalité était bien pire encore…
– Lorsque Gab combattait pour te délivrer, il a été transpercé par les dards au bout des tentacules du Guhagin et le poison s’est déversé plus vite dans son corps. Il lui restait juste la force de te remonter hors de l’eau. Nous n’avons pas pu le sauver… Je suis désolé, fils.
– Tu… Tu veux dire qu’il est mort à cause de moi ?
– Non, fils. Il est mort en Ehdelim !
Je n’en croyais pas mes oreilles ! Mon cousin, non, mon frère était mort et personne ne semblait pleurer sa disparition. Personne ne comprenait que tout était de ma faute ! Et comme si ça ne suffisait pas, mon père vint enfoncer le couteau plus profondément dans la plaie.
– Et j’ai une merveilleuse nouvelle ! Le conseil des Sages s’est réuni et accepte de te donner le titre d’adulte. Tu as passé l’épreuve bien peu conventionnellement mais tu as réussi. Félicitation, fils ! dit-il en me tendant une brislame de toute beauté.
– Désolé, père. Mais je ne peux accepter ce cadeau… Je n’ai pas vaincu de monstre et puis…J’ai besoin d’être un peu seul, s’il te plait.
Mon père accepta ma requête et me promis de revenir me voir au soir.

Je me sentais minable ! Si je n’étais pas intervenu, peut-être que Gab aurait survécu. Il s’en sortait bien avant que je ne vienne l’aider, et moi, j’avais tout gâché. En voulant le sauver…j’avais signé son arrêt de mort. Ces pensées se ressassèrent jusqu’au moment où mon père vint à nouveau me voir.
Il était tard mais ma décision était prise.
– Comment vas-tu, fils ?
– Père, répondis-je. J’ai à te parler de quelque chose de très important. J’ai pris une décision que tu n’approuveras pas. Mais, je t’en prie, accepte là.
– De quoi parles-tu ?
– Par ma faute, Gab a trouvé la mort. Je ne puis rester parmi vous, faire partie de l’élite. Si je fais ça, je ne pourrai plus jamais me regarder dans une glace. Je vais donc quitter Namis’Rah dès demain. Je vais partir comme un exilé car c’est ce que je suis… C’est ce que je mérite…
Comme vous pouvez vous en douter, mon père ne comprit pas mes raisons et ne voulu rien entendre. Cependant, j’avais pris ma décision. C’était le prix à payer pour toutes mes erreurs. Elles avaient commencé à mes treize ans et se terminaient aujourd’hui. Jamais je n’aurai du remettre en cause l’enseignement Ehdelim. J’aurai du continuer ma vie comme tout bon membre de mon peuple sans me poser de questions, sans tout remettre en question. Et surtout, j’aurai du faire confiance à mon cousin… Comme mon père me l’avait fait comprendre, quelques années plus tôt : l’empressement n’était pas bon conseiller ! Dans un combat, il faut toujours réfléchir aux répercussions de ses actes. Si j’avais patienté ne serait-ce qu’un peu, mon cousin serait encore de ce monde.

Le lendemain, mes affaires étaient prêtes et ce fut en exilé que je quittai Namis’Rah… Seul, sans personne pour me dire au revoir… Du moins, c’est ce que j’espérais mais mon père m’attendait sur le pont. Le soleil n’était pas encore levé, et le vent soufflait fort dans la chevelure sombre de papa.
– Tu n’es pas obligé de partir, fils.
– Ma décision est prise. Je te l’ai dit : je ne suis pas l’Ehdelim que j’aurai dû être… Je ne suis pas digne de l’héritage de notre peuple. Mes rêves vont bien au-delà des vôtres…
– Nous sommes tous loin de ce que nous fûmes à l’origine, fils.
– Oui, tellement loin…, répondis-je en regardant les étoiles. Tu m’as dit, un jour, que si l’on n’accepte pas un malheur, il continue de nous hanter… Je ne pourrais pas accepter la mort de Gab si je reste ici, si je deviens un héros des Ehdelims… Par ma faute, la personne à qui je tenais le plus est morte ! Je dois partir ! Il faut que je trouve un moyen de me racheter, d’arriver à me pardonner…
Pour la première fois de ma vie, j’ai alors vu mon père pleurer. Ca m’avait fait un effet étrange… Cet homme si fort et si dur qui pleurait pour son fils exilé… Jamais je n’aurais cru voir ça un jour.
– Sache, dit-il avec la voix tremblante, que je n’ai jamais été aussi fier de toi ! Tu fais preuve d’une fierté digne des plus grands Ehdelims. Je te laisse partir, car telle est ta volonté. Mais sache que mon cœur t’accompagne. Pars mon fils, découvre ta voie. Deviens celui que tu dois être et surtout pardonne-toi. Et sache également que tu auras toujours une place près de nous…
Il me prit alors dans ses bras et me serra très fort. Je ressens encore le contact de sa peau contre la mienne, cette chaleur que seul un père peut donner à son fils. Cet amour qu’il avait pour moi, et surtout sa fierté !
Quand fut venu le temps de partir, il m’aida à monter sur mon embarcation.
– Adieu, mon fils, dit-il alors… Adieu.
Alors que mon bateau s’éloignait de Namis’Rah, je lui fis un simple sourire en signe d’adieu, juste avant de me retourner, posant mon regard sur l’horizon et mon futur.

Depuis lors, je vogue sur les mers à la recherche de ma vérité. Oui… Nous sommes tous différents de ce que nous fumes à l’origine. Je comprends mieux ce que cela veut dire…

FIN.

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Minos
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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Mer 5 Déc - 22:39

Jolie histoire, qui présente bien mieux les Ehdelims que la présentation d'origine.

Et je trouve que ce Onad Forn, au passé si lourd à porter, a un certain potentiel en tant que héros !

Avant que j'oublie, il reste quelques petites fautes et deux trois phrases un peu bancales. Evidemment, j'ai la flemme de les corriger ! Razz

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Den
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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Mer 5 Déc - 23:09

Merci beaucoup, Minos!
Peut-être que j'écrirai encore une petite historiette sur Onad^^

Des fautes! affraid Mon Dieu, aurai-je mal vérifié? Va falloir que je regarde de plus près alors^^

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Titi

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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Mer 5 Déc - 23:09

Pareil que Minos pour les coquilles, je suis flemmard ce soir Wink
Sinon, j'ai bien aimé cette histoire émouvante mais à la conclusion peut-être trop ouverte (une suite Den ? )
En tout cas, bravo pour les sentiments du héros à propos de la sensation d'échec !
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Den
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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Mer 5 Déc - 23:11

Merci Titi^^
Heu...pour la réponse à la suite, et bien... faut regarder au-dessus Razz

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Notsil
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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Jeu 6 Déc - 16:55

Vi, une suite à cette jolie histoire ^^

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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Jeu 6 Déc - 20:37

Je l'ai lu en diagonale mais ça plante très bien les Edelhim et ça permet à Galeir de gagner de nouveaux personnages et de découvrir petit à petit notre environnement. Bonne histoire, il faudra que je prenne le temps de la relire à tête reposée.
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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   Ven 7 Déc - 0:47

MErci beaucoup! Allez dès que je peux (disons que je trouve l'inspiration^^) je nous écris une suite^^

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MessageSujet: Re: Loin de ce que nous fûmes à l'origine   

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Loin de ce que nous fûmes à l'origine
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