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 [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]

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Jahus
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 4 Aoû - 22:20

Je suis curieux de voir tout ça. Zou ! Vers ma liste de lectures.

Je vais le prendre en EPUB :)

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Notsil
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 4 Aoû - 22:59

Ayé lu.

Moi j'ai surtout vu dans ton chapitre 9 cette petite coquille " En signe de rémission Isil, le cœur battant, étendit les bras en croix" -> donc pour moi c'est une confusion rémission / soumission.

J'ai bien aimé la scène où elle se fait vraiment "adopter" par la meute, et hâte comment elles vont retrouver leur foyer.

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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 4 Aoû - 23:23

Jahus a écrit:
Je suis curieux de voir tout ça. Zou ! Vers ma liste de lectures.

Je vais le prendre en EPUB :)

EDIT (P.-s.) : Le téléchargement de ce document sur Calaméo est désactivé par le propriétaire.

Tu peux télécharger EPUB et PDF sur mon site Wink
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 4 Aoû - 23:26

Notsil a écrit:

Moi j'ai surtout vu dans ton chapitre 9 cette petite coquille " En signe de rémission Isil, le cœur battant, étendit les bras en croix" -> donc pour moi c'est une confusion rémission / soumission.

Enooorme coquille !  Elle est belle celle-là ! Vite que je corrige ! Embarassed 
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 5 Aoû - 9:35

C'est lundi... et le lundi c'est... la suite des aventures de la petite archère ! cheers 

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11 - Hiivsha

« Encore un chapardage, s’écria la grosse Bertanna en agitant son couteau à dépecer. Ah, si je tenais le lascar qui nous a fait cela, je lui trancherais les deux oreilles ! »

Observant avec méfiance les larges cercles désordonnés que la pointe de l’instrument tranchant décrivait dans les airs, Hiivsha se recula instinctivement pour éviter de se faire éborgner par les gestes plus qu’inconséquents et dangereux de la cuisinière.
« Du calme, vous allez finir par tuer quelqu’un, Bertanna ! Et je vous signale que je ne suis nullement votre ennemi… Inutile donc d’essayer de m’embrocher ! »

La grosse femme rougit un peu.
« Pardonnez, monsieur Hiivsha… mais avouer que se faire voler un beau poulet bien rôti alors que j’étais juste sortie chercher de l’eau, y’a de quoi vous mettre en pétard !!! Et c’est pas la première fois ces temps-ci ! Qu’est-ce que je vais vous faire à manger moi, maintenant ?
– Quelques œufs vous suffiront pour préparer une merveilleuse omelette comme vous en avez le secret… si toutefois, le voleur a daigné vous laisser quelques œufs !
– Ah, ne plaisantez pas avec ça, monsieur Hiivsha, ne plaisantez pas ! Si je le tenais celui-là… répéta-t-elle en retournant dans sa cuisine. »

L’homme éclata de rire puis sortit sur le pas de la porte pour regarder vers la lisière de la forêt distante d’environ deux cents mètres. Quel pouvait donc être ce drôle d’oiseau qui depuis une semaine venait chaparder dans le jardin potager ou même la maison, dès qu’il avait le dos tourné ?

Jusqu’alors, il avait connu les brigands qui hésitaient désormais à venir se frotter à sa puissante magie, quelques renards chapardeurs de poules, deux ou trois chiens errants… mais personne qui prenait le risque de se faire prendre pour un bout de viande, trois ou quatre légumes ou même une couverture miteuse qui séchait dans la remise… Il avait de plus la réputation de ne jamais refuser un repas voire un lit au voyageur en mal de gîte ou une pièce d’or à un mendiant… du coup, il était perplexe. Oui, quel drôle d’oiseau était-ce donc ?

Il en avait parlé au village, distant d’un bon kilomètre de sa ferme, mais personne d’autre ne pouvait se plaindre de pareil désagrément… à croire que le voleur avait élu domicile dans la forêt non loin de chez lui ! Car, vu les traces de pas qu’il avait relevées, il s’agissait bien d’un animal à deux jambes, bien humain… peut-être un enfant compte tenu de la taille des empreintes.

Bertanna continuait à grommeler en cassant des œufs dans une poêle en fonte.
« J’espère bien que vous allez faire quelque chose pour attraper ce voleur, tonitruait-elle en levant les yeux au ciel comme pour appeler toutes les foudres de l’enfer sur la tête du criminel.
– N’y comptez pas trop, madame Bertanna, lui cria Hiivsha depuis l’extérieur du chalet de bois… et ne vous inquiétez pas de trop, je suis certain qu’il n’est pas dangereux et que votre vie n’est pas menacée ! Laissez faire, nous ne sommes pas à un poulet prêt ! Et je suis bien sûr qu’un jour ou l’autre nous saurons à qui nous avons à faire sans même courir ! »

La cuisinière grommela de plus belle.
« Pas à un poulet prêt ? On voit bien que ce n’est pas vous qui les préparez, avec une bonne farce aux herbes du jardin et aux champignons… Ah, ça vous fait rire ? Eh bien, la farce ce n’est pas vous qui vous en régalerez ! »
L’homme sourit en sortant une longue pipe de sa veste de cuir retourné et l’alluma en tirant de délicieuses bouffées parfumées. Ce n’est pas l’envie qu’il avait d’aller à la pêche au voleur de la forêt, mais quelque chose lui disait qu’il fallait attendre et laisser le temps faire son œuvre.

……………………………………..

Cela faisait une dizaine de jours qu’elles avaient dû s’arrêter dans la forêt parce que la patte de Louve ne guérissait pas et que son état général se détériorait sans qu’Isil ne sache quoi faire. Le gibier ne se laissait pas attraper et hormis quelques racines, cela faisait un bout de temps qu’elle n’avait rien mangé de solide.

La forêt était immense et paraissait ne jamais devoir finir. Pourtant après quatre pénibles jours de marche depuis leur chute dans le torrent, elles arrivèrent au sommet d’une petite colline du haut de laquelle on pouvait apercevoir au loin un village. En bas de ce promontoire, les arbres s’espaçaient pour laisser la place à de vastes prairies puis à des champs cultivés. À deux cents mètres environ de l’orée, il y avait un grand chalet en bois, isolé, dont la cheminée fumait, gage de présence humaine. Le tour de maison très bien entretenu arborait plantes délicates et fleurs multicolores, et à l’arrière, une écurie laissait entrevoir quelques chevaux. Sur la droite se trouvaient un beau jardin potager bien alléchant pour qui avait le ventre creux et un poulailler dans lequel caquetaient quelques poules. Enfin, un enclos enfermait un peu plus loin quelques brebis, une douzaine de vaches et quatre ou cinq cochons. La petite ferme dégageait une réelle impression de paix et de tranquillité.

Dans la journée, deux ou trois hommes s’occupaient des bêtes et du potager ainsi que deux femmes qui s’affairaient à traire les vaches et à soigner les fleurs. Mais lorsque le soir tombait, toutes ces personnes rentraient au village et seul un homme restait, souvent vêtu d’une longue tunique bleu sombre. Il s’asseyait souvent dans un grand fauteuil à bascule en fumant la pipe et en buvant de grandes chopes de ce qui devait être de la bière. L’une des deux femmes partait plus tard que les autres… elle était grande et forte et on pouvait entendre sa grosse voix tonitruer fréquemment après les autres employés de la maison.

Isil avait faim et sans doute Louve également, bien qu’elle ne manifesta aucunement son désir de manger, ce qui n’était pas bon signe. Faim et froid car les nuits étaient fraîches et la chaleur de l’animal ne suffisait pas à la réchauffer.

Aussi décida-t-elle de tenter sa chance à la tombée de la nuit et, furtivement, elle sortit de la forêt, la dague à la main, en courant à demi courbée, prête à se jeter à terre à la moindre alerte. Il n’y avait aucun bruit hormis celui des grillons qui chantaient et Isil eût tôt fait d’arriver à la maison dont une pièce était illuminée. Elle monta les deux marches qui donnaient sur le perron et passa sa tête dans l’encadrement d’une fenêtre pour observer l’homme, tout occupé à transvaser des liquides colorés dans des fioles dont certaines étaient placées sur des petites flammes qui s’échappaient de récipients en cuivre. Il était habillé d’une longue robe sombre nouée à la taille par une ceinture de cuir noir, aux manches larges et tombantes. Qui était donc cet homme et que préparait-il dans cette solitude ?

Sur le côté de la maison, une autre fenêtre était entrouverte et l’odeur qui en émanait, indiquait que c’était celle de la cuisine. Isil se hissa sur la pointe des pieds et regarda à l’intérieur. Sur une table, pas très loin, il y avait un morceau de pain et un bout de viande séchée. Elle se hissa sur le rebord de la fenêtre et du bout de sa dague attrapa la nourriture puis sauta sans attendre en direction d’une remise dans laquelle se trouvait une couverture étendue sur un fil, en train de sécher. Quelques secondes plus tard, elle filait à toutes jambes en direction de la forêt. Cette nuit, elle n’aurait pas froid et Louve aurait de la viande à avaler… le pain serait pour elle.

……………………………………..

Ce soir-là, l’air était doux et Hiivsha se prélassait en lisant un traité sur l’art d’animer les créatures mortes. Les mages qui orientaient leurs pouvoirs dans la nécromancie le mettaient mal à l’aise, mais lorsqu’on veut comprendre, il faut apprendre pour connaître. Il méditait les difficiles passages du livre réservé aux initiés de la magie lorsqu’il lui sembla entendre un bruit provenant du potager. La nuit était profonde et la lune cachée par des nuages qui couraient dans le ciel. Posant son ouvrage, il fit le tour de la maison par derrière, invisible dans l’obscurité et s’approcha du jardin suffisamment pour voir la frêle silhouette qui déterrait quelques légumes, accroupie, en lui tournant le dos. Il lui aurait été facile de rejoindre le manant pour le rosser ou le livrer aux autorités du village, qui lui auraient infligé un sévère châtiment, mais il n’en fit rien. La lune perça quelques secondes entre les nuages et le magicien discerna très nettement avec surprise, une longue et blonde chevelure qui ne pouvait appartenir qu’à une femme. La silhouette se releva. Il nota combien ses vêtements semblaient déchirés, en haillon, ne cachant pratiquement plus rien d’un corps visiblement svelte et élancé, et laissaient entrevoir des formes et des courbures qui trahissaient une troublante et juvénile beauté. Il resta sidéré qu’une telle jeune fille vive dans la forêt en se demandant bien quel secret elle pouvait cacher, et si elle était seule.

La silhouette repartit en sautant la clôture avec la grâce et l’agilité d’une panthère pour disparaître dans le noir. L’homme n’en était toujours pas revenu d’une pareille apparition et il resta un long moment en se demandant ce qu’il se devait de faire.

Le lendemain, à la nuit tombée, il déposa à quelques mètres de l’endroit de la forêt où il l’avait vue disparaître, une grosse miche de pain, un rôti encore fumant, et quelques pommes de terres cuites ainsi qu’un morceau de bon fromage de brebis puis s’en retourna. Il s’installa dans son fauteuil pour fumer la pipe sur le perron de sa maison sans se cacher, une pinte de bière sur une petite table. Les yeux mi-clos, il observait la forêt et, comme il s’y attendait, au bout d’une heure, la jeune fille apparut, telle une nymphe sortant du bois pour se saisir des offrandes déposées sur un linge blanc. Elle se tenait droite devant la nourriture et le dévisageait de loin, immobile. L’homme lui fit un petit geste amical de la main sans bouger de son fauteuil, comme pour ne pas l’effrayer. Puis, la silhouette se saisit du drap et de tout ce qui était posé dessus avant de disparaître dans le bois, comme un animal craintif. Hiivsha soupira et exhala une longue bouffée de fumée en saisissant sa bière.

Le manège se répéta plusieurs jours d’affilés, et le magicien rapprochait chaque fois un peu plus, la nourriture de la maison. La jeune sauvage suivait le mouvement toujours sur ses gardes, sans rien dire, une dague scintillante sous la lune dans la main droite, ce qu’il ne considéra pas comme un geste menaçant mais plutôt comme des griffes sorties en prévision d’un acte de défense. Lorsqu’elle fut à portée de voix, il se décida à lui parler, tout doucement, comme on parle à un animal qu’on tente d’apprivoiser.
« Bonjour, dit-il. Je m’appelle Hiivsha et vous ? Vous avez un nom ? »

Seul le silence lui répondit. La jeune fille leva ses grands yeux bleus vers lui et entrouvrit la bouche comme pour articuler quelque chose qui ne parvint pas à dépasser la barrière de ses lèvres tremblantes. Elle ramassa la nourriture. Hiivsha continua.
« La forêt n’est pas vraiment la place idéale pour une jeune fille, même si je ne doute pas que vous avez d’excellentes raisons d’y demeurer… Pourquoi n’accepteriez-vous pas mon hospitalité, vous seriez libre d’y aller quand bon vous semblerait et dans des conditions bien plus confortables… vous n’avez rien à craindre de moi, je vous le garantis et… »

Il montra du doigt la lame qu’elle serrait dans son poing.
« … vous pourrez garder votre arme si cela vous rassure. »

Il crut voir poindre une larme au coin de son œil. Elle était vraiment très jeune et fort jolie malgré son visage noirci par la poussière… Il soupira en songeant qu’il devait avoir presque deux fois son âge et que depuis la mort de sa femme, il y avait de cela déjà cinq ans, aucune frimousse aussi adorable n’avait plus jamais enchanté les murs tristes de la maison.

Puis, comme chaque soir, elle lui tourna le dos et s’enfuit en courant tandis qu’Hiivsha attrapait sa bière.

Mais ce soir-là, comme il se préparait à éteindre ses réchauds et à ranger ses éprouvettes sur les rayonnages de son laboratoire, il entendit un long hurlement de loup rompre le silence de la nuit. Une plainte douloureuse empreinte d’une infinie tristesse qui s’éteignit tout doucement comme une chandelle qui a fini de brûler tandis qu’un autre cri déchirait l’espace. C’était un grand cri de désespoir qui s’élevait d’une âme blessée à mort, pas vraiment un hurlement de loup bien que lui ressemblant, mais celui d’un être humain atteint au plus profond de lui-même, qui lançait sa souffrance à la face du monde. Hiivsha ne put s’empêcher de retenir un frisson en pensant qu’il n’y avait aux alentours qu’une seule personne qui pouvait l’avoir lancé.

Alors il attrapa une longue cape noire qui était suspendue à une tête de rhinocéros et la noua autour de son cou, puis il se saisit d’un grand bâton noueux couvert de hiéroglyphes et surmonté d’une étrange pierre bleutée et sortit en direction de la forêt. Il traversa le champ à grands pas et parvint à la lisière des grands arbres. La nuit était très sombre et les nuages noirs couraient très bas dans le ciel à une vitesse prodigieuse. Il marmonna quelques mots et, de la pierre bleue jaillit une douce lumière qui trancha les ténèbres.

Il marcha un long moment, guidé par son instinct, dans les sous-bois encombrés de branches mortes et de buissons touffus, tendant l’oreille pour repérer quelques instants plus tard, des échos de plaintes étouffées et de sanglots, qui semblaient provenir du haut d’une petite colline entourée d’épaisses fougères et de ronces infranchissables. Ne pouvant se permettre de chercher longuement un passage, il leva son bâton en marmonnant une phrase dans un langage incompréhensible et devant lui, les ronces se racornirent et se desséchèrent en libérant un étroit chemin de passage dans lequel il s’engagea. Les pleurs devenaient plus audibles, et il sut qu’il touchait au but. Sans se cacher, il arriva au sommet de la colline sur laquelle reposaient de grosses pierres qui formaient un drôle de cercle, au centre duquel il découvrit l’étonnant spectacle d’une jeune fille à genoux, serrant fortement dans ses bras la tête d’un grand loup gris, qui semblait dormir contre sa poitrine. Le magicien comprit de suite que le loup était mort et que de cette tragédie, était né ce cri de désespoir qui lui avait glacé le sang, ce qui tendait à prouver une surprenante intimité entre l’inconnue et l’animal. Sans dire un mot, Hiivsha se rapprocha un peu puis s’accroupit sous le regard hostile de la fille qui se saisit de sa dague.

Levant une main en signe d’apaisement, il lui dit tout doucement.
« Je ne te veux pas de mal, je t’en prie, laisse-moi t’aider. »

Les yeux bleus s’adoucirent tandis que d’une voix tremblante et hésitante elle lui répondait.
« Je… je m… m’appelle Isil. »

Le magicien sourit gentiment.
« Bien, voici que je peux t’appeler à présent par ton nom, Isil… Un bien joli nom qui ne vient pas d’Aquilonie. »

Elle secoua la tête.
« Je… viens du pays… des… Quatre Vallées. »

Hiivsha fronça les sourcils. Ce nom lui disait vaguement quelque chose, une rumeur colportée par des marchands sur une peuplade qui vivait dans un endroit reculé des monts frontaliers renfermés sur eux-mêmes depuis des générations. Il n’avait jamais été certain de la véracité de ces dires et voilà que cette jeune fille prétendait être de ce peuple… C’était fort intéressant ! Il n’en eut que plus envie de faire sa connaissance. Il désigna l’animal mort de la main.
« C’est ton loup ? »

Isil baissa les yeux vers la tête immobile en murmurant.
« C’était mon… amie… elle s’appelait… Louve. Je lui dois la vie, à elle et à sa meute…
– Il y a d’autres loups avec toi ?
– Non… ils sont restés dans les Quatre Vallées… »

Hiivsha hocha la tête.
« D’accord… je suis sûr que tu as plein de choses intéressantes à me raconter… Cela fait bien longtemps que je n’ai pas eu d’invitée aussi intéressante que toi. Tu accepterais mon hospitalité ? »

La jeune fille le regarda froidement en levant da dague dans sa direction d’un geste menaçant.
« Non, dit-elle durement. Allez-vous en ! Je n’ai pas besoin de vous ! »

Puis plus bas.
« Je n’ai pas besoin d’un homme. »

Il pensa que le moment n’était pas encore venu. Sous son aspect vulnérable, il sentait en elle une réelle crainte de lui parce qu’il était un homme, sans toutefois comprendre pourquoi. Pourtant, la jeune fille avait besoin d’une aide qu’il ne renonçait pas à lui prodiguer ne serait-ce que pour en apprendre plus sur le pays d’où elle disait venir. Il se releva et recula avec un geste d’apaisement.
« D’accord… d’accord… Il n’y a pas de problème. Je vais te laisser. Mais sache que tu peux venir me voir quand tu voudras, le jour ou la nuit… Pour parler ou pour partager le repas avec moi, tu seras la bienvenue et je te promets que jamais, tu m’entends, jamais je ne te ferai du mal… sur ma vie, je te le promets. »

Avant de lui tourner le dos il ajouta.
« Avec ta permission, je reviendrai au petit matin pour t’apporter de quoi creuser un trou pour Louve… ça évitera qu’elle serve de proie aux autres animaux de la forêt… d’accord ? »

La jeune fille fit oui imperceptiblement de la tête.
« Bon, je te laisse tranquille avec ton amie. Je pleure avec toi sa mort. »

Il se retourna et disparut dans la nuit.


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Dernière édition par Hiivsha le Lun 12 Aoû - 23:31, édité 2 fois
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Jahus
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 5 Aoû - 14:27

Eh bien moi, sur le site, j'ai découvert Les aventures d'une jeune Jedi et je veux les lire Wink

Merci !
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 5 Aoû - 17:29

Je tiens à signaler qu'en ce qui concerne "l'archère des Quatre Vallées", la version complète en ligne n'est corrigée qu'à la hauteur des posts sur ce forum-ci. Le fait de poster les chapitres m'oblige à tout relire et à les corriger minutieusement les uns après les autres au fil des posts Wink Il y a donc dans les chapitres non postés plus de coquilles qu'il n'y en aura après relecture et post ici. Wink
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Minos
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 5 Aoû - 21:40

Mon dieu, et moi je prends du retard, comme d'hab, fidèle à mon avatar ! Je me mets à jour demain^^

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Minos
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Ven 9 Aoû - 11:37

Chapitre 9

Citation :
La meute de loups était installée plus haut dans la forêt et pour les remercier, elle leur portait souvent de gros quartier de bonne viande fraîchement dépecée
C'est "quartiers".

Citation :
Debout elle les dominait ; à genoux, les plus grands la dominaient à elle.
Ce ne serait pas plutôt "dominaient, elle" ? Ce "à" est bizarre, je trouve.

Citation :
Ce fut à ce moment-là que la meute attaqua. Ils surgirent des sous-bois
Ce "ils" ne renvoie à rien^^

Sur le fond, j'aime bien ce chapitre, où il est bien montré comme Isil et les loups sont sur leur territoire, qu'ils en sont les maîtres.

Chapitre 10


Citation :
Pour cette raison, elle avait soigneusement caché les corps à un endroit difficile d’accès afin qu’on ne les retrouva pas
retrouvât

Citation :
Le dégel vint gonfler les torrents qui dévalaient des montagnes, raviver les couleurs des prairies de fleurs multicolores et se réveiller la faune.
La partie en italique a une faille logique dans le reste de la phrase.

Citation :
A gauche, au pied des puissantes falaises du pays des Quatre Vallées, son lit était profond et le courant rapide, mais vers la droite, l’eau était beaucoup plus calme. À bout de forces,
Accentuation du premier "À".

Sur le fond : toujours chouette. Ce que j'aime dans cette histoire, c'est sa logique, les choses sont posées, l'histoire évolue, tranquillement, scène après scène. Y'a un bon dosage dans la narration.

Chapitre 11

Déjà, j'adore le titre. Espèce de mégalo ! Comme si moi j'avais écrit un roman nommé "Minos" ! Razz 

Citation :
Laissez faire, nous ne sommes pas à un poulet prêt !
C'est "près", je pense.

Citation :
Il nota combien ses vêtements semblaient déchirés, en haillon
J'ai toujours vu ce terme employé au pluriel.

Citation :
Il traversa le champ à grands pas et parvint à la lisière des grands arbres
Répétition malheureuse.

Citation :
La nuit était très sombre et les nuages noirs couraient très bas
Idem.

Citation :
Ce nom lui disait vaguement quelque chose, une rumeur colportée par des marchands sur une peuplade qui vivait dans un endroit reculé des monts frontaliers renfermés sur eux-mêmes depuis des générations.
Souci de concordance.

Nouveau chapitre très intéressant, qui marque un tournant dans l'histoire. Toujours aussi plaisant à lire. Wink

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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 12 Aoû - 23:25

Bien vu toutes ces fautes résiduelles... décidément, dur, dur, de toutes les trouver !!!  
Merci infiniment !
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 12 Aoû - 23:26

C'est lundi... et j'ai failli manquer la suite !!! Sleep 

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12 - Le repas

Le lendemain matin, le magicien était retourné sur la colline pour déposer à quelques mètres de la jeune fille une pelle et une robe bleu pâle ainsi qu’une cape fourrée et une paire de solides chaussures qui appartenaient à son épouse.
« J’ai conservé les affaires de ma femme Aloïse, dit-il comme pour s’excuser. Elle était sensiblement de la même taille que toi… j’en ai plein d’autres à la maison et tout ce qui était à elle sera pour toi si tu le désires, tu n’as qu’à venir choisir. »

Disant cela, il observait Isil qui était toujours prostrée, comme si elle n’avait pas bougée de toute la nuit. Il se devait de respecter sa douleur et ne tenta pas de s’approcher plus, espérant qu’elle réagirait au plus vite.
« Je t’attendrai ce soir, demain… chaque jour s’il le faut, mais je t’en prie, ne reste pas seule dans cette forêt. »

Lorsqu’il fut repartit, Isil reposa doucement la tête de Louve sur le sol, comme émergeant d’un mauvais rêve. Puis elle prit la pelle et creusa un grand trou bien profond dans lequel elle ensevelit son amie en déposant au dessus de grandes pierres pour empêcher les animaux de creuser le sol à cet endroit-là.

C’était une belle journée et le soleil brillait très fort. Elle marcha jusqu’à la rivière qui courait calmement dans la plaine puis se dévêtit et entra dans l’eau claire pour se laver.

………………………………………………

« Mais pourquoi mettez-vous toutes ces fleurs dans cette maison ? Vous voulez la transformer en jardin ? Ça ne vous suffit donc pas toutes celles qui sont dehors ? »

Hiivsha tira sur sa pipe un sourire mystérieux sur ses lèvres.
« Bertanna, il se pourrait que sous peu, nous ayons une invitée dont je vous demanderai de prendre le plus grand soin. »

La cuisinière ouvrit de grands yeux remplis de la plus vive curiosité.
« Ah ? Et puis-je savoir qui ?
– Un pauvre petit animal blessé et craintif, qui a peur des hommes. »

Bertanna s’exclama.
« Un animal ? Vous n’allez pas installer un animal dans cette maison ? Il y en a bien assez dehors à s’occuper. Oh je vois, monsieur a sans doute trouvé une de ces chiennes errantes qui parcourent les routes en semant leur progéniture à tout va ! Et c’est une chienne que vous voulez recueillir ? »

Le magicien la regarda sévèrement puis se mit à rire.
« Une chienne ? Non pas vraiment, Bertanna, et je vous déconseille de l’appeler ainsi… ce serait éminemment impoli à son égard. Je dirais plutôt une sirène, une nymphe des bois, une apparition féerique…
– Une femme ? tonitrua la cuisinière.
– Une jeune fille, rectifia Hiivsha, une merveilleuse et adorable créature perdue dans la forêt et accompagnée d’une louve…
– Une louve ? Ah non, pas de ça ici !
– … qui vient malheureusement de la quitter…
– Elle est partie ? Dieu soit loué !
– Elle est morte, Bertanna, pour une raison que j’ignore encore… cette fille semblait vraiment très liée à ce loup… et maintenant elle est toute seule…
– Alors vous voulez la recueillir ? Une mendiante passe par là et parce qu’elle a de jolis yeux… parce que je suppose qu’elle a de beaux yeux, naturellement ?
– Naturellement, murmura le magicien pensif, les plus jolis yeux bleus que je n’avais encore jamais croisés… avec un visage d’ange… »

La grosse femme s’exclama en haussant les épaules.
« Ah ! Voilà bien les hommes, à tourner en bourrique pour une pouliche bien roulée… parce que j’imagine que le reste est également au dessus de tout soupçon ? ajouta-t-elle en faisant un geste significatif autour de sa forte poitrine.
– Oh, largement au-dessus ! se moqua le magicien.
– Comment cela ? Vous ne l’avez tout de même pas déshabillée pour le vérifier ?
– Nul besoin de cela, Bertanna… ses haillons ne cachent guère grand-chose de son corps… elle se promènerait nue dans la forêt que cela reviendrait quasiment au même… »

La cuisinière leva les mains au ciel tandis que l’homme reprenait.
« D’ailleurs, je lui ai offert des vêtements d’Aloïse pour qu’elle soit plus décente pour venir… si elle vient.
– Comment cela si elle vient ?
– Elle semble craindre la compagnie des hommes…
– Des hommes ?
– Oui Bertanna, vous savez cet animal prédateur qui se déplace sur ses deux jambes, qui tue sans raison et sème le mal et la désolation autour de lui… »

La femme devint un instant plus grave.
« Oh, moquez-vous de moi, monsieur… et puis d’abord, pourquoi voudriez-vous que cette… demoiselle ait peur de l’homme ?
– Je ne sais pas… peut-être qu’on lui a fait du mal… à dire vrai, j’en suis convaincu… cette jeune fille a certainement beaucoup souffert pour en arriver à préférer la compagnie des loups plutôt que celle des hommes. »

Il y eut un moment de silence et Bertanna en profita pour tourner la sauce qui mijotait dans une petite marmite en dégageant une odeur alléchante. Au fond d’elle-même, elle était bien contente que le magicien s’intéresse enfin à une personne de l’autre sexe, car depuis que son épouse l’avait quitté, elle ne se rappelait pas l’avoir vu ne serait-ce que regarder une autre femme, et en parler encore moins.

Un ouvrier frappa doucement à la porte.
« On a terminé monsieur, nous rentrons chez nous.
– Merci Fradan, bonne soirée à vous tous !
– Merci, m’sieur, répondit l’homme en saluant de la main. A demain ! »

Le soleil déclinait sur la grande plaine et Hiivsha se demandait à présent si la jeune fille viendrait. Il se tourna vers la cuisinière.
« Avant de partir, je vous demanderai de préparer une chambre pour elle… au cas où, on ne sait jamais…
– Vous voulez que je reste pour la nuit ? Si vous pensez que cette enfant a peur des hommes, elle sera peut-être plus rassurée par la présence d’une femme… et puis, un homme veuf, seul avec une jeune fille… ça ne se fait pas trop non ? »

Le magicien sourit avec indulgence.
« Celle-ci est de taille à se défendre, à mordre et à griffer, et bien d’avantage si j’en juge à la jolie dague dont elle ne se sépare jamais.
– Comme vous voulez… mais si demain on vous découvre égorgé, ne vous en étonnez pas… ce n’est pas pour elle que je crains, je sais bien que monsieur est un homme bon et respectable… en fait, c’est pour  vous ! »

Il rit de bon coeur.
« Vous êtes bien bonne, Bertanna… si, si… vous êtes une vraie mère poule pour moi ! »

La grosse femme haussa les épaules et monta à l’étage préparer la chambre d’amis un bouquet de fleurs à la main.

L’astre du jour avait glissé derrière les branches touffues des grands arbres, plongeant dans leur ombre épaisse la maison et son jardin, lorsque Hiivsha aperçu la silhouette d’Isil sortant lentement du bois. Il eut un pincement au cœur en la voyant s’approcher dans la robe bleue et la cape qui avaient appartenu à Aloïse, et un flot de souvenirs le submergea un instant. Il sortit sur le perron pour l’accueillir. Elle marchait très lentement, d’un pas hésitant, comme prête à se retourner et s’enfuir d’où elle venait. Elle faisait penser à une biche, longuement apprivoisée, qui s’approche de la main qui la nourrit mais qui, au moindre bruit, disparaît dans les taillis.

Hiivsha retint son souffle. Ainsi vêtue et visiblement lavée - la propreté de son visage et de ses bras en attestait - elle était émouvante de fraîcheur et de beauté… l’innocence à l’état pur. Comme si elle ressentait son trouble, Isil s’arrêta et hésita. L’homme lui fit signe de continuer.
« Pardonne-moi de te dévisager ainsi… tu m’as fait penser à mon épouse… Mais ne reste pas dehors, entre je t’en prie, ma maison est tienne, tu y es désormais chez toi aussi longtemps que tu le souhaiteras. »

Il s’écarta pour la laisser entrer et fit un geste pour la débarrasser de sa cape, ce qui provoqua un sursaut instinctif de la jeune fille. Aussitôt, il fit un pas en arrière.
« Excuse-moi, je ne voulais pas t’effrayer… »

Isil plongea son regard dans le sien.
« Je ne veux pas qu’on me touche ! dit-elle vivement en baissant les yeux.
– Non, non… je me proposais juste de te débarrasser de ta cape pour l’accrocher ici… pour que tu sois à l’aise pour… bavarder… manger ensemble… ce que tu voudras… »

La jeune fille regardait tout autour d’elle la pièce décorée avec soin d’étranges bibelots qui lui étaient inconnus et qui devaient provenir de contrées lointaines. Elle caressa les bouquets de fleurs en plongeant son nez dedans ce qui déclencha le premier sourire qu’il pouvait lire sur son visage.
« Isil… c’est ça ? Isil… tu as faim ? Veux-tu que nous passions à table ? »

Elle fit oui de la tête et le suivit tandis qu’il passait dans la pièce d’à côté où une table avait été dressée avec soin par Bertanna. Elle n’avait pas lésiné sur la nourriture, alternant légumes du potager et viandes séchées et rôties, qu’elle avait richement disposés avant de partir à regret.
« Vous ne voulez vraiment pas que je reste, avait-elle lancé une dernière fois avant de partir.
– Non merci, Bertanna… je pense que ce sera déjà très dur de lui redonner le goût de parler si je suis seul… votre présence risquerait de compliquer la situation.
– Bon, bon… alors je m’en vais… mais j’aurais bien voulu la voir, avait-elle fini par avouer.
– Je m’en doute, avait alors répliqué le magicien en riant, mais avec un peu de chance, vous la verrez demain. »

Hiivsha donna l’exemple et s’assit en lui désignant une chaise en face de lui.
« Je t’en prie… sers-toi… tiens prend de ce bon vin… »

Il lui servit un liquide parfumé et joliment coloré dans une coupe sculptée dans de l’ivoire, finement décorée d’une fresque de scène de chasse à un étrange animal gigantesque qu’elle contempla longuement.
« C’est un oliphant, expliqua-t-il… un puissant animal qui vit dans les contrée de l’extrême sud d’Hyboria… c’est… impressionnant, même pour un guerrier ! »
Isil le regarda toujours sans dire un mot et porta la coupe à ses lèvres pour boire. Elle avait oublié le goût et la saveur du vin et elle ferma les yeux comme pour mieux se concentrer sur les sensations qui l’envahissaient.
« C’est bon ? Nous le faisons ici, au village… un peu plus loin dans la plaine… sers-toi, mange… »

Il la regardait avec bonheur goûter de chaque plat disposé devant elle et la resservit en vin. Il en oubliait presque de manger lui-même, complètement sous le charme du tendre spectacle que la mystérieuse jeune fille de la forêt lui offrait.

Tout doucement, Isil sentit ses joues se réchauffer au fur et à mesure qu’elles prenaient une légère coloration rosée qui rehaussait finement son teint de peau. Elle n’en pouvait plus de redécouvrir ces saveurs oubliées depuis tant de mois, ces goûts sucrés, ces sensations salées, ces odeurs de viandes cuites, alors qu’elle avait fini au contact des loups par la manger crue sans même s’en apercevoir. Le paradis ne lui aurait pas semblé plus doux ni plus accueillant et l’homme qui se tenait en face d’elle paraissait tellement ému en la regardant, qu’elle en était à son tour toute troublée et reconnaissante à la fois. Elle sentait en son for intérieur qu’elle n’avait rien à craindre de lui… il paraissait fort mais bon et aiguisait sa curiosité. Elle baissa les yeux et murmura.
« Merci. »

Hiivsha protesta gentiment.
« Merci ? De quoi par Mitra ? De partager avec toi un repas ? Mais c’est l’essence même de l’hospitalité aquilonienne que de le proposer au voyageur… Pourrais-je me regarder dans un miroir demain si je t’avais laissée errer seule et désemparée dans cette forêt ? Je te demande juste d’accepter de rester le temps que tu te remettes de ce que tu as vécu… que j’ignore, mais qui me semble t’avoir fait souffrir. Fais moi confiance.
– Pourquoi ? demanda-t-elle doucement les yeux toujours baissés.
– Que veux-tu dire ?
– Pourquoi devrais-je vous faire confiance, vous… un homme ?
– Ecoute, soupira-t-il, les hommes c’est comme les animaux… il y en a de bons, de doux, et il y a des fauves, des monstres… si tu as rencontré des humains de la seconde catégorie, je comprends ta méfiance… mais crois moi, on gagne beaucoup à faire confiance dans la vie. »

Elle releva ses grands yeux bleus vers lui.
« Qu’ai-je à y gagner ?
– En ce qui me concerne, je dépose ma vie à tes pieds s’il le faut… et je m’en veux de n’avoir pas obtenu ta confiance plus vite, car si j’avais su que ta louve était malade ou blessée, j’aurais pu la guérir. »

Il nota une petite larme qui perla du coin d’un œil pour glisser sur sa joue.
« La confiance, c’est tout dans la vie. Si tu n’apprends pas à la donner aux personnes qui en valent la peine, tu finiras par n’accepter aucune main tendue et tu resteras seule toute ta vie. »

Elle lui tendit sa coupe vide pour qu’il la remplisse et, la tenant au creux de ses deux mains, les coudes posés sur la table, elle la but très lentement. La chaleur de l’alcool lui faisait du bien et la détendait. Le magicien reprit.
« Il y a une chambre à l’étage… ma gouvernante t’a préparé un bon lit… il y a longtemps que tu n’as pas couché dans un lit ? »

Elle fit oui de la tête en soupirant.
« Cette chambre est pour toi. Tu y resteras autant de temps que tu le souhaiteras. Comme je te l’ai dit, ma femme est morte, il y a cinq ans, tuée par des brigands de passage un jour où je n’étais pas là… »

Ses yeux brillèrent d’un étrange éclat.
« La vengeance ne permet pas de vivre non plus, dit-il très doucement… »

Il continua d’une voix redevenue neutre.
« En tout cas je vis seul depuis bien longtemps… un peu de compagnie ne devrait pas me faire de mal, qu’en penses-tu ?
– Je n’ai nulle part où aller ; alors pourquoi pas rester ici, répondit-elle d’une toute petite voix.
– Parfait ! Il arbora un grand sourire. Considère-toi comme dans ta propre maison, à compter de cet instant, et ce, pour aussi longtemps que tu le souhaiteras ! »

La jeune fille commençait à battre des paupières. Hiivsha se leva.
« Je crois que ta fatigue cumulée à l’effet du vin ne font pas bon ménage. Il est temps pour toi d’aller te reposer et de dormir. Viens. »

Il tendit sa main vers son bras pour l’aider à se relever de sa chaise mais elle eut de nouveau un geste instinctif de recul. Il n’insista pas, monta l’escalier pour lui montrer le chemin et ouvrir une porte donnant sur une chambre que Bertanna avait pris soin de joliment décorer. Isil entra en regardant tout autour d’elle, comme une enfant qui s’émerveille d’un endroit féerique. Le magicien sourit de bonheur à cause de l’expression béate de son visage.
« Il y a des vêtements pour la nuit et pour demain dans l’armoire, de l’eau et des linges pour te laver dans la petite pièce à droite… je te souhaite de passer une bonne nuit. »

Isil ne répondit rien mais le regarda avec gratitude les yeux embués. Il sortit et referma doucement la porte pour aller fumer une pipe en faisant quelques pas dans la nuit. En passant sous la fenêtre entrouverte de la chambre d’ami, il perçut quelques sanglots qui lui remuèrent le cœur. La vie réservait décidément bien des surprises. Les destinées des êtres humains se croisaient et tissaient des fils dont il aurait bien voulu connaître le devenir. Mais le futur était toujours en mouvement et aucun de ses maîtres n’avait jamais réussi à en percer le secret.

En regagnant sa chambre, il marqua une courte pause devant la porte de la jeune fille mais il n’entendit plus aucun bruit et en conclut qu’elle s’était endormie. Il allait pouvoir en faire autant.


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Dernière édition par Hiivsha le Lun 7 Oct - 23:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 19 Aoû - 19:19

C'est lundi... voici donc la suite !!! :)

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13 - Le pari


Le lendemain matin, Isil se réveilla fort tard après une nuit extraordinairement douillette passée dans des draps de lin fin brodés. Cela faisait une éternité qu’elle n’avait pas ressenti cette sensation de bien-être. Le soleil inondait sa chambre d’une chaude lumière et la fenêtre ouverte laissait entrer les pépiements des oiseaux et le beuglement des vaches que l’on trayait.

Elle s’étira, se lava, revêtit une ample et courte tunique blanche croisée par devant et passa une ceinture qu’elle serra autour de sa taille. Tout en se coiffant à l’aide d’une brosse dorée en poils de sanglier, elle se contempla longuement dans un grand miroir fixé sur l’un des battants de l’armoire en souriant. Cela faisait fort longtemps qu’elle n’avait pas eu l’occasion de le faire. Il lui sembla renaître à la vie.

Sortant de la chambre, elle descendit d’un pas léger l’escalier. La grande pièce d’entrée était toujours aussi fleurie et toutes les boiseries savamment entretenues et vernies reluisaient dans la clarté du jour donnant à l’ensemble un aspect campagnard mais cossu. Dans la cuisine quelqu’un fredonnait. Elle risqua une tête.

Une grosse femme préparait le repas en s’affairant autour des casseroles en cuivre et d’une marmite posée sur le feu. Des légumes découpés trônaient sur une table tandis qu’un poulet attendait d’être placé dans le four.
« Bonjour, murmura Isil un peu intimidée. »

La cuisinière se retourna vivement.
« Oh, par exemple, Mademoiselle Isil, enfin, vous voilà ! Je me demandais si vous existiez autrement que dans l’imagination de monsieur. Venez, venez mon enfant, approchez que je vous vois mieux… Oh, par Mitra, ce que vous êtes jolie ! Et ces cheveux ! C’est de l’or que vous avez sur la tête, ma parole… regardez-moi comme ils sont longs, soyeux et bouclés… Par tous les dieux, vous êtes encore plus belle que tout ce que j’avais pu imaginer en écoutant monsieur me parler de vous ! »

Elle prit la jeune fille par les épaules en la faisant pivoter sur elle-même.
« Tournez vous que je vous vois mieux… Eh bien, eh bien ! Quelle magnifique taille fine que vous avez là ! J’en suis toute jalouse. »

Bertanna posa sans malice les mains sur sa poitrine.
«  Et ces beaux seins bien fermes… Je voudrais retrouver ma jeunesse pour les avoir comme ça moi aussi ! »

Elle éclata de rire en voyant que le visage de l’invitée s’empourprait.
« N’ayez pas honte de votre beauté mon enfant ! Soyez-en fière, montrez-là ! dit-elle en écartant un peu le décolleté de la tunique. Que tous ces hommes tombent à genoux devant votre grâce, c’est bien tout ce qu’ils méritent ! Ah, si j’étais comme vous, croyez-m’en bien que j’en profiterais… Aïe, aïe, aïe… vous allez faire un malheur au village, je vous assure… et j’en connais plus d’une qui vont vous envier ! Allez, venez que je vous présente à tout le monde ici, dit-elle en la prenant par la main et en la traînant derrière elle. »

Elles sortirent de la maison. Dans l’écurie il y avait deux hommes qui restèrent bouche bée en les voyant arriver… dès qu’ils aperçurent la jeune fille, ils ôtèrent leur chapeau et s’inclinèrent tandis que Bertanna faisait les présentations.
« Tragor, dit-elle en désignant un homme d’une cinquantaine d’année aux larges moustaches et au visage buriné, notre métayer et son aide, Gencar. »

Le second, un jeune homme de l’âge d’Isil s’inclina de nouveau sans pouvoir détacher son regard des yeux bleus de la jeune fille. Il avait le visage sympathique bien qu’un peu maigre, pensa-t-elle.

Elle n’eut pas le temps d’en penser plus que déjà la cuisinière l’entraînait vers l’étable où une femme procédait à la traite des vaches.
« Martha, regarde un peu la déesse que monsieur a trouvée dans la forêt ! Je te présente mademoiselle Isil ! »

La fermière se leva et fit une révérence maladroite en rajustant le foulard qu’elle avait sur sa tête.
« Enchantée, dit-elle.
– Moi aussi, répliqua timidement la jeune fille. »

Et hop, voilà Bertanna repartie avec elle ! Elle lui fit ainsi effectuer le tour de la propriété pour la présenter à un jardinier nommé Hor’Lorf et un homme occupé à redresser un fer à cheval sur un étau à coups de marteau, non loin de là.
« C’est le forgeron du village, s’écria la cuisinière, Adamar… admirez ses muscles d’acier ! »

L’homme grand et fort, d’une trentaine d’années, était torse nu et exposait son torse puissant ruisselant de sueur. Il se redressa fièrement et toisa la jeune fille avec un petit sourire de connaisseur.
« Vous êtes venu ravir la première place à la plus belle des femmes de notre modeste village, mademoiselle. Soyez la bienvenue à Orandia ! dit-il d’une belle voix masculine en la déshabillant du regard sans aucune retenue. »

Isil fit une révérence en souriant à son tour.
« Je vous remercie, répondit-elle simplement.
– J’espère que nous aurons l’immense plaisir de vous y voir bientôt… dès ce soir, ajouta-t-il en regardant Bertanna malicieusement, tout Orandia sera au courant de votre présence chez notre magicien, et je parie que plus d’un… et plus d’une, voudra faire votre connaissance ! »

Le forgeron émit un petit rire qu’Isil ne sut comment interpréter. Bertanna l’entraîna encore une fois.
« Bon, nous avons fait le tour… allons, retournons aux fourneaux, ma sauce va finir par cramer ! »

Le jardinier s’approcha d’Adamar et siffla doucement.
« Par Crom, en voilà une qui va faire plus d’un envieux ! Ma foi, je l’emmènerais bien faire un tour dans les bois cette mignonne et pas pour chercher des champignons !
– Sûr, répliqua le forgeron. Le magicien est trop vieux pour elle, il lui faut un homme en pleine forme qui puisse la faire décoller…
– Quelqu’un comme toi, je suppose, ricana Hor’Lorf.
– Parfaitement l’ami ! Je sens déjà sa peau douce contre la mienne… mon vieux, crois-moi, rien ne vaut une jeunette pour te redonner tes vingt ans ! Ça a les seins fermes comme des fruits mûrs à point et les fesses tendues comme des tambours… Quelle croupe ma parole ! Ah mon cher, quand tu enfonces ton braquemart là-dedans, je te promets que la grotte n’est point trop évasée par l’usage et les ans !
– Et tu parles en connaissance de cause, je suppose ?
– Absolument… quand j’ai fait campagne contre les Vanirs aux côtés du roi Conan, je peux te dire que les bordeaux ont reçu mes visites plus d’une fois ! Et j’ai toujours choisi des petites jeunes bien fraîches… c’est plus cher, mais crois-moi, ça vaut la dépense. Et cette fille-là, j’en suis sûr, c’est de l’or !
– Arrête-toi ! Tu vas me donner envie !
– Eh bien, saute sur ta femme ce soir en rentrant !
– Mouais… mais c’est pas pareil ! »

Ils éclatèrent de rire, grassement en se tapant sur les épaules.

Pendant ce temps-là, les deux femmes étaient retournées à la cuisine où elles retrouvèrent Hiivsha qui tournait la sauce.
« Désertion de poste, Bertanna, en quoi vais-je vous transformer pour vous punir ? Bonjour Isil, bien dormi ? Vous êtes resplendissante… mais j’ai comme l’impression que vous allez saturer à force de compliments. A ce que je vois, Bertanna vous a exhibée tout autour de la propriété ?
– Exhibée, monsieur Hiivsha ! Certes non, protesta la cuisinière… je l’ai juste présentée à tout le monde. Il fallait bien qu’ils fassent sa connaissance…
– Et ça ne pouvait effectivement pas attendre, gronda amicalement le magicien qui riait sous cape. Vous êtes une commère Bertanna...
– Oh, s’indigna la grosse femme, une commère ?
– … doublée d’une pipelette ! Eh oui, il faut bien vous le dire, vous ne vous en rendez même pas compte. Evitez de rendre sourde cette pauvre enfant et ne laissez plus attacher la sauce… ça lui donne un goût ! »

Il fit un clin d’œil à Isil qui lui rendit un sourire et sortit tout heureux de voir le changement de physionomie de son visage par rapport à la veille.

……………………………………………

Les semaines s’écoulèrent tranquillement. Orandia était un grand village de plusieurs centaines d’habitants et très vite, avec sa gentillesse toute naturelle et sa spontanéité, Isil devint la coqueluche de ces dames, l’inspiratrice des maris, l’amie des filles de son âge et… la convoitise des célibataires, jeunes ou vieux… ainsi d’ailleurs  que de quelques hommes mariés!

Pour toutes ces raisons, Hiivsha la retenait de son mieux dans la propriété sans qu’elle ne s’en plaigne aucunement. Elle ne donnait pas l’impression de rechercher la proximité des gens et se satisfaisait des nombreux livres dont disposait la bibliothèque du magicien ainsi que de sa compagnie lorsqu’il ne s’enfermait pas dans son laboratoire.

Hiivsha était un ancien guerrier, un templier noir, qui avait abandonné le métier des armes pour vivre auprès de son épouse Aloïse. Après la mort brutale de celle-ci, il avait sillonné les contrées les plus reculées d’Hyboria, approfondissant son art déjà consommé de la magie auprès des meilleurs maîtres en la matière, et ses pouvoirs s’étaient considérablement renforcés. Puis il était revenu vivre dans son chalet, vestige des souvenirs anciens, et s’était plongé dans l’art d’élaborer des potions.
« La magie, expliquait-il à Isil en tirant de longues bouffées de sa pipe, est présente toute autour de nous. Nous baignons en elle mais seuls ceux qui la sentent et parviennent à l’apprivoiser, peuvent l’utiliser. Elle permet de modeler la matière d’une façon différente et d’accélérer parfois le cours du temps sur les organismes vivants. Il faut entrer dans une symbiose parfaite avec elle pour l’invoquer. Seule une foi très profonde dans son existence permet cette symbiose. Cette foi se cultive et de développe dans le silence et l’isolement. La méditation est un exercice essentiel pour un magicien et la haine une entrave. »

Progressivement, la jeune fille avait ouvert sa confiance à cet homme qui lui paraissait si sage et qui n’élevait presque jamais la voix. Il émanait de lui une grande force de caractère doublée d’une sérénité à toute épreuve. Sa présence était tout à la fois reposante et rassurante.

Il avait réussi à lui faire raconter sa vie, les Quatre Vallées, son périple parmi les loups… elle avait même évoqué à demi-mots ce que les Vanirs de Ragnard lui avaient fait subir… et cela avait suffi au magicien pour comprendre l’abîme de souffrance qu’elle portait au plus profond d’elle-même. Il pouvait lire dans son âme comme dans un livre ouvert lorsqu’il la regardait au fond de ses grands yeux azur et ce qu’il y voyait ne lui plaisait pas. Mais comment combattre le volcan de haine qui grondait en elle et comment éteindre le feu de la vengeance qui dévorait cette âme partie si loin de ce cœur de chair et de sang ? Il pressentait la suite qui attendait celle qu’il affectionnait déjà beaucoup, et cela lui faisait peur, car il ne savait pas comment changer ce qu’il voyait.

Isil se chargeait de nombreuses tâches ménagères avec une humeur joyeuse toujours égale et son sourire illuminait les journées du chalet et de ses travailleurs et en tout premier lieu, celles de Bertanna qui l’avait définitivement adoptée.
Profitant de l’aide du menuisier et du forgeron du village, elle entreprit de se fabriquer un nouvel arc et de nouvelles flèches. Il y avait quelques hommes qui prétendaient tous mieux tirer à l’arc les uns que les autres et ils la regardaient avec curiosité et un certain sarcasme, façonner un arc qu’ils jugeaient bien trop grand pour elle. Ils s’étonnèrent de sa manière de tresser des boyaux d’animaux pour l’encorder et prétendirent que ce n’était pas ainsi qu’il fallait procéder. Le forgeron lui-même détenait le record de précision à cent mètres et avait parié avec ses amis qu’Isil ne pourrait jamais faire mieux que lui. De fil en aiguille, la bière aidant, il avait été incité un soir à la taverne, à lancer un défi à la jeune fille et le lendemain, sous le regard amusé de ses amis, il avait maladroitement amené la conversation sur le sujet tout en ranimant sa forge.
« Isil, avait-il dit, j’ai parié que tu ne vises pas mieux que moi avec cet arc… qu’en penses-tu ? »

La jeune fille avait souri en regardant les autres qui écoutaient discrètement.
« J’en pense que tu as probablement raison. »

Dépit à la ronde, le forgeron se sentit décontenancé.
« Tu ne souhaites pas relever le défi ?
– Je ne vois pas mon intérêt là-dedans… libre à vous de parier sur ce que je sais faire ou pas… libre à moi de le montrer ou pas… »

Un murmure parcourut la petite assistance. Le forgeron insista.
« Dis-moi ce que tu veux si tu gagnes, et je m’engage à te le donner ! »

Isil tordit sa bouche en une moue tout en réfléchissant activement.
« Et si je perds ? Tu sais que je n’ai rien à te donner. Cet arc te sera payé par Hiivsha. »

Le murmure de l’entourage se transforma en petits ricanements. L’un deux s’exclama.
« Notre forgeron est célibataire… une nuit avec toi ne devrait pas être pour lui déplaire Isil !
– C’est sûr, enchaîna un autre, d’ailleurs, moi aussi je relèverais bien le défi pour la même récompense…
– Oui mais toi, t’es marié, lui rétorqua le premier au milieu des rires, alors, ta récompense, tu vas voir que c’est ta femme qui va te la donner !
– Et à grand coup de poêle ! dit un troisième. »

Les rires fusèrent. Isil regarda le forgeron droit dans les yeux.
« C’est ça que tu veux si tu gagnes ? Que je te donne une nuit ? »

Les yeux de l’homme étincelèrent à cette seule pensée et il passa sa langue sur ses lèvres desséchées.
« C’est sûr que ça m’irait…
– Oui, et à toi aussi ça ira, Isil, reprit l’homme qui avait lancé cette idée, tu verras, notre forgeron est un véritable étalon… tu ne t’ennuieras pas avec lui !
– Ce que je veux si je gagne, murmura la jeune fille les lèvres pincées… une nuit si je perds… qu’est-ce que cela m’importe en fait… au point où j’en suis… Soit, reprit-elle à haute voix, mais à la stricte condition que Hiivsha ne sache rien de ce pari… sinon, je laisse tomber. »

Un nouveau murmure, puis quelqu’un repris sur un ton de comploteur.
« C’est d’accord, Isil, Hiivsha n’en saura rien… d’ailleurs, il vaut mieux qu’il n’en sache rien… il serait capable de nous transformer en crapauds pour t’en empêcher ! »

Le petit cercle éclata de rire.
« Soit, dit Isil. J’accepte. »

Satisfaction générale. Le forgeron demanda.
« Et si tu gagnes, que voudras-tu ?
– Je veux la meilleure épée que tu puisses forger dans ton métal le plus solide. »
Les hommes sifflèrent doucement.
« Houlà, dit l’un, ça rigole pas… Isil serait donc une guerrière ? Tu sais donc manier l’épée ?
– Je me défends très honorablement, surtout quand il faut tuer mon ennemi… »

Silence dans l’assemblée étonnée par la froideur de son propos.
« … mais je suis bien meilleure à l’arc, acheva-t-elle. »

Le forgeron se gratta la tête tandis qu’un de ses amis lui lançait.
« Dis donc, Adamar… tout compte fait, tu l’as peut-être pas encore dans ton lit la petite, hein ? »

Ils éclatèrent joyeusement de rire lorsqu’une femme passa par là.
« Eh vous, les hommes, qu’est-ce que vous complotez tous autour de notre Isil… vous ne pouvez donc pas lui lâcher la tresse ?
– On ne complote rien, protesta le mari de la passante, elle nous racontait juste ses aventures dans la forêt.
– Eh bien, quand elle aura fini, tu pourras rentrer à la maison… y’a toujours le toit à réparer, fainéant ! »

Et sous les quolibets, l’homme battit en retraite en adressant un clin d’œil complice à Isil.

Il fut décidé que le défi aurait lieu le lendemain dans un pré à l’opposé du village, au centre duquel trônait un chêne séculaire dont les glands avaient parait-il des propriétés curatives quasi-magiques. Le petit groupe entourant Isil se faufila discrètement par des sentiers détournés pour échapper aux regards, à commencer par celui de leur épouse respective. Les plaisanteries allaient bon train, pas toujours de bon goût mais au fond pas méchantes et Isil n’en avait cure. Elle savait désormais ce que valaient les hommes et ce qu’ils pensaient des femmes, se disant qu’au moins les animaux suivaient leur instinct sans prétendre à l’intelligence.

Arrivé à une centaine de mètres du chêne, on alla placer sur le tronc une petite cible ronde de la taille d’une grosse pomme au centre de laquelle était dessiné un petit rond noir d’un centimètre de diamètre. Il fallait avoir de bons yeux pour apercevoir la cible, mais pour parvenir à discerner son centre, un regard d’aigle s’avérait indispensable ! Quant à la toucher avec un arc, cela nécessitait une adresse, que seul Adamar dans tout le village possédait. Plus que de l’adresse même, c’était un sens inné du tir à l’arc qu’on se devait de posséder pour réussir cette prouesse !
« Le duel se fera en trois points gagnants… expliqua Gondull, le menuisier. C’est simple, vous tirez chacun une flèche. Le plus proche du point noir marque un point. Si une flèche ne se fiche pas, ou ne reste pas fichée dans le tronc à l’issu de chaque tour de tir, elle ne sera pas comptabilisée. Le premier à arriver à trois points gagne le duel. Si Isil gagne, Adamar lui forgera son épée et on veillera à ce que cela soit une vraie belle épée… si elle perd, elle devra passer toute une nuit avec lui en acceptant à l’avance toutes ses fantaisies ! »

Il y eut quelques ricanements évocateurs. Chacun fantasmait à qui mieux mieux à cette idée-là. Le menuisier reprit en regardant la jeune fille.
« Nous sommes tombés d’accord pour te laisser choisir de commencer ou pas… Vous alternerez par la suite à chaque fois.
– Je laisse à Adamar le soin d’ouvrir les hostilités, répondit simplement Isil. »

Tous se placèrent de part et d’autre d’une ligne imaginaire  reliant les tireurs au chêne, en s’écartant suffisamment pour ne pas risquer de prendre une flèche perdue.

Adamar prit une grande inspiration, banda son arc et tira. La flèche se ficha sur le bord de la cible. Il fit un clin d’œil à Isil tandis qu’elle l’imitait. Sa flèche rasa le tronc et se perdit dans le pré.
« Pas très précis ton arc, se moqua Adamar. Un point pour moi. »

Isil ne répondit rien et se contenta de procéder à quelques réglages sur son arc en tendant un peu plus la corde tandis que le menuisier enlevait la première flèche du tronc. Puis elle engagea une autre flèche et tira. Le trait se ficha dans le tronc à quelques centimètres de la cible.
« Tu te rapproches, ricana le forgeron… dépêche-toi de faire mieux si te ne veux pas avoir à te dévêtir devant moi ! »

Il tira et sa flèche se figea dans la cible.
« Et de deux ! »

Gondull enleva les flèches et Adamar tira une nouvelle fois sensiblement au même endroit. Isil lâcha à son tour un nouveau trait qui se ficha aussi dans la cible. Difficile d’où ils se tenaient de dire laquelle était la plus près.
« Tu es à moi Isil, s’exclama Adamar avec gourmandise. Ma belle, je te promets une nuit mémorable ! »

Le menuisier mesura les distances et montra la flèche de la jeune fille en levant la main.
« Tu chantes trop vite victoire, forgeron ! répliqua-t-elle sèchement. Tu ne me tiens pas encore dans tes bras ! À moi à présent ! »

Bandant son arc elle respira lentement, bloqua sa respiration et tira. La pointe vint se ficher à un centimètre du point central soulevant l’acclamation des spectateurs.

Elle resta silencieuse tandis que le forgeron prenait son tour, dépité. Sa flèche s’enfonça dans l’écorce bien au-dessous de la cible.
« Deux partout, cria Gondull. Dernière flèche ! »

Le forgeron prit son temps, observa les arbres pour vérifier le vent et tira. Un cri jaillit de l’assemblée. Il venait de perforer le point noir au centre exact de la cible. Il jeta son arc en signe de victoire et attrapa Isil par la taille en la faisant virevolter dans les airs.
« J’ai gagné, à moi, tu es à moi ma mignonne ! Viens, n’attendons pas la nuit… Je t’emmène ! »

Isil se débattit vigoureusement.
« Eh, attends, je n’ai même pas tiré ma flèche ! Lâche-moi goujat, pose-moi par terre !
– Bon,  bon, comme tu voudras ma petite chatte… répondit-il en s’exécutant. Inutile de sortir les griffes… j’attendrai donc que ta défaite soit consommée… avant de te consommer toi ! »

Elle se remit en position. Le forgeron caressa ses fesses en lui murmurant à l’oreille.
« Tu peux serres les cuisses autant que tu voudras, ma belle, je saurais bien te les faire écarter le moment venu ! »

Elle le fusilla du regard.
« Enlève tes mains de mon cul, forgeron, ou par Mitra, c’est dans l’œil que je te plante cette flèche ! »

Il n’insista pas et recula d’un pas. Très lentement, elle banda son arc en prenant la visée. Elle ferma les yeux et respira lentement, très lentement. « La magie est présente tout autour de nous mais seuls ceux qui la sentent et parviennent à l’apprivoiser, peuvent l’utiliser », avait dit le magicien. Elle voulait la sentir en elle… Elle tira sans rouvrir les yeux.

De grands cris s’élevèrent alors, tandis que tout le monde se précipitait vers le chêne pour voir le prodige. La flèche d’Isil avait taillée en deux l’empennage de celle d’Adamar pour prendre sa place au centre de la cible et l’avait fait littéralement exploser la projetant à des mètres de l’arbre en deux morceaux symétriques. Le forgeron incrédule se précipita vers l’arbre suivi d’Isil qui fut bientôt portée en triomphe par les spectateurs ravis de ce tour de force.
« Bravo ! criaient-ils, quel prodige… Isil, c’est bien toi la meilleure… Une archère extraordinaire… Elle a gagné… »

Gondull regarda son ami partagé entre l’admiration et la déception d’un rêve qui s’envolait.
« Es-tu d’accord pour déclarer Isil gagnante ? lui demanda-t-il. »

Le forgeron regarda la jeune fille que les autres faisaient sauter en l’air comme un fétu de paille en applaudissant et en riant à gorges déployées.
« Au secours, riait-elle également, posez-moi… vous allez finir par me faire tomber ! »

Ils réfrénèrent un peu leur enthousiasme et la remirent sur ses deux jambes face à son adversaire tout émerveillé. Elle le regarda en refermant sa tunique largement débraillée, au grand dam de ses admirateurs. Adamar lui adressa un large sourire.
« Bravo, je m’incline, dit-il sans arrière-pensée. C’est toi la meilleure ! Tu viens de m’épater, j’avais encore jamais vu un truc comme ça… tu mérites vraiment l’épée que je vais te forger… bien que je regrette le bon temps que nous aurions pu avoir tous les deux. Je t’aurais donné beaucoup de plaisir tu sais… »

Adamar la prit par les épaules et l’embrassa sur les joues sans qu’elle songe à protester tandis qu’elle en profitait pour lui murmurer à l’oreille.
« Je suis désolée pour toi… mais je sais que je ne suis pas encore prête pour cela ! »

La tonalité grave avec laquelle elle venait de lui adresser cette confidence le fit la regarder dans les yeux et il y entrevit passer un nuage sombre. Le forgeron ressentit un petit pincement au cœur en se rendant compte, sans trop savoir pourquoi, que s’il l’avait prise, il lui aurait fait sans nul doute plus de mal que de bien...
« Dorénavant, dit-il, si tu as le moindre problème, tu peux compter sur moi, si tu veux bien m’accepter comme ami ! »

Et tous de reprendre en chœur la même formulation.
« Merci, je vous accepte alors comme mes amis, répondit Isil touchée par leur attitude franche et sincère. Maintenant, allons boire de la bière à la taverne… je me débrouillerai pour payer l’aubergiste d’une façon ou d’une autre !
– Et quoi encore, protesta le menuisier ! Pas question que tu doives quoi que ce soit à ce gros cochon de tavernier, il serait capable d’en profiter et te faire visiter son arrière boutique ! Non, c’était moi l’arbitre… c’est moi qui paye la tournée générale ! »

Et sur les exclamations provoquées par l’idée d’une bonne bière moussante dévalant l’à pic de leur gosier, toute la petite troupe reprit le chemin du village sans plus chercher la discrétion sur son passage.


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Dernière édition par Hiivsha le Lun 7 Oct - 23:14, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Ven 23 Aoû - 21:59

Tout copié depuis le chapitre8 avant lequel j'avais interrompu ma lecture... Pour le moment, j'ai un gros morceau de Mitth à lire... alors je vais très certainement cumuler quelques autres chapitres avant de bétalire la suite de l'archère.
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 7 Oct - 23:12

Bon, les vacances se terminant, il faut que je reprenne tout cela, mon roman SW ainsi que la publication de celui-ci.
Voici donc, s'il y a toujours des lecteurs, la suite de l'Archère ! :)

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14 - La Fête Des Vendanges


« C’est une fort belle épée que tu ramènes là, Isil, observa Hiivsha les sourcils froncés. »

Le jeune fille lui tendit l’arme afin qu’il puisse l’observer. Il la fit tournoyer plusieurs fois à droite et à gauche de son corps d’un poignet agile avant de la caresser longuement d’une main experte. La lame fendit l’air en sifflant.
« Adamar s’est surpassé. Une épée comme cela, vaut une véritable petite fortune pour des gens comme nous… je ne te demande pas comment tu l’as obtenue. »

Il lui rendit l’épée d’un air contrarié. Isil regardait ses pieds comme un enfant en faute.
« C’est un cadeau de sa part, murmura-t-elle.
– Un très beau cadeau en effet. Tu en as de la chance. Ne l’aurais-tu pas plutôt gagnée en te mesurant à l’arc avec lui ? »

Isil frappa du pied par terre en soufflant.
« Pfff… Pourquoi me le demander puisque tu sembles toujours tout savoir sur ce qui se passe ici !
– C’est vrai, je suis au courant de bien des choses… Il suffit d’écouter et d’observer… Un peu de magie peut parfois se montrer également utile pour cela, ajouta-t-il d’un air mystérieux.
– Cette épée, je l’ai gagnée !
– Mais si tu avais perdu ? ronchonna le magicien.
– Eh bien quoi ?
– Tu le sais très bien, Isil. Cherches-tu à te faire plus de mal que tu n’en as déjà eu ?
– Je me moque éperdument de ce qu’on peut me faire maintenant.
– Pourquoi ? dit sévèrement Hiivsha. Quel sens cela a-t-il ? Jusqu’où iras-tu pour te punir de ce dont tu n’es pas responsable ? Jusqu’à ta destruction complète ? »

Elle baissa la tête.
« Qui peut donc s’inquiéter que je me détruise ou pas ? »

Le magicien s’approcha tout près d’elle et la saisit vigoureusement par les épaules.
« Crois-tu que parce que tu as renoncé à aimer ce que tu es, personne d’autre ne peut t’aimer ? Regarde-moi dans les yeux. »

Il lui prit le menton dans une main pour la forcer à relever la tête.
« Ne vois-tu pas que tu comptes pour d’autres personnes ? Pour des gens qui ne veulent pas te voir t’anéantir ? Je sais ce qui se passe au fond de toi ! Je lis la haine qui te consume et ton désir de vengeance qui s’exacerbe chaque jour un peu plus. Tu es partie sur un chemin obscur qui te mènera au néant, facile à descendre mais, ô combien plus difficile à remonter… plus tu t’enfonceras dans ce gouffre, plus il te sera difficile de revenir vers un chemin de clarté et de vérité ! »

Une petite larme coula sur la joue de la jeune fille et elle demanda les lèvres tremblantes.
« Pourquoi te préoccupes-tu de moi ? Il ne faut pas m’aimer, je te détruirai !
– C’est un choix qui m’appartient, et je suis plus solide et plus coriace que tout ce que tu pourras supposer à mon égard. »

Hiivsha lui embrassa le front puis le sourire lui revint.
« Allons, sèche tes larmes… et viens dans le pré me montrer ce que tu sais faire avec cette superbe épée. »

Joignant le geste à la parole, il se rendit devant un placard scellé dans le mur et ouvrit, avec une petite clé qu’il conservait autour de son cou, une épaisse porte d’acier derrière laquelle se trouvait un objet long enveloppé dans un épais tissu noir cerclé de courroies de cuir, qu’il posa sur la table. Ayant défait les liens, il déroula l’ensemble et en extirpa une longue épée à deux mains, forgée dans un acier sombre aux reflets bleu nuit, dotée d’une poignée noire et d’une garde argentée garnie de crocs recourbés.
« Voici, Talmira, l’épée des étoiles, une amie fidèle et quelque peu oubliée ces derniers temps au profit de mon bâton. Allez, suis-moi ! »

Sous les yeux médusés de Bertanna, ils se rendirent au milieu du pré et Hiivsha se mit en garde.
« Vas-y, frappe ! »

Isil obtempéra et tailla de droite puis de gauche. Les épées tintèrent et résonnèrent comme du cristal. Hiivsha parait les coups de son élève avec une apparente désinvolture sans même sourciller.
« Plus haute ta garde jeune fille, avance ton pied… bouge tes hanches en pivotant… méfie-toi de ton adversaire quand il semble dormir… »

Il agrippa avec un crochet de sa garde l’épée d’Isil qui s’envola dans les air pour retomber dans sa main libre. Il croisa les lames et saisit le cou de la jeune fille dans le piège mortel.
« Crac ! Décapitée ! Ne perds jamais la tête dans un combat, car si cela t’arrivait tu n’aurais pas de seconde chance. Tu ne tiens pas ton épée assez fermement et tes attaques sont bien trop prévisibles… tes coups ne sont pas assez variés, je vais t’en apprendre d’autres bien plus efficaces… mais cela va te demander de longues semaines d’entraînement ! Aussi, dorénavant, chaque matin je te donnerai une leçon une heure après le lever du soleil.
– Si tôt ? protesta Isil… mais j’aime me lever tard…
– Ne sais-tu pas que l’avenir appartient à qui se lève de bonne heure ? Aussi, toi, tu te lèveras avec le soleil et tu courras autour de cette prairie pendant une heure… Ensuite, je viendrais pour la leçon.
– Une heure à courir ? Mais pourquoi ?
– Ne prends pas cette mine désespérée ! Un guerrier doit avoir de l’endurance et combattre à bout de souffle. Au bout d’une heure tu entameras ton entraînement avec moi… je serai frais et dispo… Le jour où tu parviendras à me battre dans ces conditions, ta formation sera finie ! »

La jeune fille se laissa tomber sur ses genoux dans l’herbe.
« Mais tu veux ma mort ou quoi ? implora-t-elle…
– Cesse de gémir comme une fille ! Guerrière tu veux être, guerrière je ferai de toi si tu m’obéis sans discuter. Je vais te procurer un bouclier, tu en auras besoin.
– Un bouclier ? Pour apprendre à manier l’épée ?
– Que nenni ! Le bouclier c’est pour courir avec, autour de la prairie pendant une heure… avec ton épée !
– Aaaaahhhhh ! »

Isil se laissa tomber en arrière les bras en croix sous le sourire moqueur du magicien.
« Je suis déjà morte ! marmonna-t-elle en expirant bruyemment. »

……………………………

L’été prenait fin et les arbres se paraient d’or et de feu. Les vendanges des nombreuses vignes qui émaillaient la région d’Orandia se terminaient. Isil avait pris part à cette dure mais sympathique activité comme beaucoup de jeunes gens du village et piétinait comme les autres filles, les grappes assidûment à demi vêtue, sous l’œil admiratif des garçons.

Traditionnellement, la fin des vendanges était marquée par une grande fête courue de tous les environs, autour d’un grand banquet, de jeux divers et variés et qui s’achevait par un bal qui durait jusqu’au matin. Souvent, il arrivait que des couples se fassent – et même se défassent – à cette occasion, propice aux échappées à deux ou plus dans les granges et les bois tous proches. Le vin aidant, l’heure n’était plus à la sagesse et beaucoup de jeunes filles avaient connu leurs premiers émois cette nuit-là, dans les bras de galants ou les étreintes d’hommes plus âgés à l’insu de leurs épouses, parfois avec leur participation. Dans certaines maisons, la nuit se terminait en orgies qui n’étaient pas du goût de tout le monde.

Ces libations ne faisaient pas l’unanimité et les prêtres de Mitra du petit temple construit sur la route du sud, jugeaient sévèrement ce qui, pour eux, n’était que dépravations qui rabaissaient l’homme au rang de l’animal et l’éloignaient des dieux. Certaines personnes qui avaient voyagé, leur objectaient qu’en Stygie, le culte de Seth était copieusement ponctué de telles fêtes où les vierges consacraient à leur dieu la perte de leur virginité, parfois même dans les bras des prêtres et prêtresses des temples. Ces divergences alimentaient de laborieuses discussions et des débats houleux pour peu qu’elles éclatassent après un repas bien arrosé, et faisaient la joie d’orateurs nés en manque de public.

Depuis la mort de sa femme, Hiivsha ne participait plus à cette fête, préférant la quiétude de son chalet au brouhaha du village, aux éclats de voix avinées et à la musique forte et souvent fausse des musiciens d’occasion. Pourtant, cette année-là, il décida d’y accompagner Isil à la grande surprise des villageois qui désespéraient le revoir un jour venir s’amuser au milieu d’eux. Des mauvaises langues prétendirent qu’il ne voulait pas laisser la jeune fille y aller seule de peur qu’elle ne se trouve un amoureux. C’était sans doute en partie vrai, bien que tout le monde connaissait désormais le tempérament d’Isil, ainsi que sa dextérité pour les armes, ce qui dissuadait les hommes trop entreprenants de lui causer des problèmes.

La matinée fut propice aux jeux et Isil gagna la course de sacs mais se retrouva dans la mare couverte de boue en tentant de monter un porc sauvage ce qui lui valut un détour par la rivière pour se laver puis par le chalet pour échanger sa tunique contre une jolie robe rose brodée, courte et échancrée qui lui dénudait tout le dos jusqu’à la taille. Au tir à l’arc, Adamar espérait une revanche qui ne vint pas à son grand désespoir et il ne se risqua pas à défier Isil à l’épée, l’ayant vue s’entraîner avec le magicien de nombreuse fois, ce qui lui avait permis d’évaluer sa grande valeur. Pour lui c’était clair, cette fille était faite pour combattre et non pour rester dans une ferme à élever des enfants. Il n’en demeurait pas moins qu’il espérait pouvoir un jour, sinon la conquérir, du moins la posséder, ne serait-ce qu’une heure… comme bon nombre d’hommes du village d’ailleurs.

Hiivsha avait remporté un jambon au lancer d’anneaux autour des cornes d’un jeune taureau, mais quelques esprits chagrins envisagèrent la possibilité que ses talents de magicien y soient pour quelque chose. Pour le banquet, le magicien considéré comme un notable, s’était retrouvé à la droite du chef du village, un gros bonhomme bien rougeaud dont la bouche pleine de chicots faisait frémir au moindre sourire. D’immenses tables recouvertes de longues nappes blanches avaient été dressées sur la place du village, protégées par de grandes toiles de tentes. Le service était assuré par des femmes mariées qui allaient et venaient, portant plats, pichets de vin, pain, fromages, fruits… aux convives soigneusement alternés filles et garçons, hommes et femmes afin de favoriser les rencontres et disséminer soigneusement les clans. Non loin du magicien, Isil s’était retrouvée entre deux célibataires bien bâtis et plus qu’entreprenants, qu’elle avait un mal fou à garder à distance, notamment sous la table. En face d’elle, Adamar ne perdait pas une occasion pour la faire rire tout en jouant de la jambe contre la sienne.

Le soir tombait et le repas n’en finissait pas de durer lorsque les musiciens commencèrent à faire chauffer leurs instruments à cordes et à vent. Isil ôta pour la troisième fois la main que son voisin de droite avait glissée entre ses cuisses en le foudroyant du regard, tandis qu’il se penchait vers son oreille d’une voix un peu pâteuse.
« J’aime ton regard Isil quand t’es pas contente… pourquoi tu ne me laisses pas te chauffer un peu hein ? Toutes les filles aiment ça… regarde la Navia là-bas comme elle se trémousse sur son banc... C’est le Tomois qui lui fait cet effet-là… paraît qu’il est expert de ses doigts…
– Fais attention, Lasmer, si tu t’avises encore de glisser ta main là où tu sais, je te jure que tu n’auras plus l’occasion de fourrer tes doigts nulle part ! menaça-t-elle en serrant les dents.
– Oh ça va bien ! répondit-il en remettant sa main sur la nappe sous le regard moqueur d’Adamar qui n’en perdait pas une miette. T’es sûre que t’as pas un problème avec les hommes, Isil ?
– Peut-être que notre jolie blonde préfère les caresses des femmes, renchérit Therel, son voisin de gauche.
– Fichez-lui la paix, trancha fermement le forgeron. Vous n’êtes que deux gros lourdauds… et puceaux avec ça !
– Puceaux ? protestèrent-ils presque en chœur… qu’est-ce que tu en sais Adamar ?
– C’est ce que disent toutes les filles d’ici en tout cas… du moins en ce qui concerne Lasmer ! »

Le garçon rougit.
« Te vanterais-tu d’avoir eu les confidences de chaque femme du pays ? »

Adamar se recula sur son banc en bombant le torse.
« Plus que tu ne peux le penser en tout cas mon petit ! ricana-t-il. »

Puis, redevenu sérieux en un instant, il fixa Isil avec insistance.
« Il n’y en a qu’une dont je ne connais pas les pensées… qu’y a-t-il derrière cette façade impénétrable Isil, quel secret portes-tu ? Tu ne nous as jamais vraiment parlé de toi…
– Et je ne vais pas commencer maintenant, souffla-t-elle en soutenant son regard. Tu devras te contenter des secrets de tes pouliches !
– Il n’y a pas besoin de connaître les secrets des filles pour coucher avec, objecta Therel en lorgnant à l’intérieur du décolleté.
– Tu ne comprends rien aux femmes, je te l’ai déjà dit… pas plus en tout cas que ton copain Lasmer, reprit Adamar, vous êtes trop jeunes… ce dont vous avez besoin, tous les deux, c’est d’une bonne prostituée pour vous déniaiser… la prochaine fois qu’on ira à Tarentia, je vous emmènerai avec moi… je connais quelques bonnes adresses ! Isil c’est tout autre chose… j’ai envie de tout connaître d’elle ! Quand me raconteras-tu ta vie ma jolie ? »

Elle soupira l’air las et haussa les épaules sans répondre. Lasmer s’exclama.
« Ah ! Adamar et ses bordels ! Toute une légende ! Sans doute aussi vraie que ses campagnes militaires aux côtés du roi Conan ! »

Un éclair de colère passa dans les yeux du forgeron.
« Il n’y a aucune légende là-dedans… trancha-t-il en élevant la voix et si tu n’étais pas ivre, je te ferai rendre gorge de cela ! Oui j’ai combattu avec Conan, et plusieurs fois, contre les Pictes, les Némédiens et les Vanirs de la Légion Noire !
– Celle qui avait un dragon comme emblème ? coupa Therel.
– L’armée de Ragnard ? demanda un homme plus âgé un peu plus loin. »

Hiivsha, qui était en train de converser avec le chef, dressa subitement l’oreille en fronçant ses sourcils. Du coin de l’œil, il observa Isil qui avait blêmi. Elle demanda à son tour.
« Tu as combattu Ragnard ? Par Mitra ! Quand et où était-ce ? »

Adamar s’interrompit l’air interloqué devant l’expression de visage de la jeune fille. Sans savoir pourquoi, il savait qu’il venait d’entrouvrir une porte dans son passé, et la piste valait peut-être le coup d’être suivie habilement.
« Oh, fit-il avec un geste évasif, c’était avant qu’il ne soit vaincu par Conan.
– Raconte !
– Quel intérêt ? En quoi cela t’intéresse-t-il ? Tu connais ce Ragnard ? »

Isil ouvrit la bouche pour répondre et la referma sans rien dire. Le magicien n’écoutait plus le chef qui lui racontait des histoires parfaitement inintéressantes et se concentrait sur la conversation qui avait lieu un peu plus loin. Les gens commençaient à se lever pour participer à des danses et la nuit était discrètement tombée pendant que les femmes allumaient de grandes torches tout autour de la place.
La jeune fille prit un air faussement détaché.
« Non… c’est juste que… mon père m’en a déjà parlé…
– Ton père, ironisa Adamar… ainsi Isil a un père ? Et où vit-il ?
– Il est mort, il y a quelques temps déjà… aucune importance, parle-moi de ce… Ragnard… »

Adamar la regarda comme un chasseur évalue sa proie. La façon dont elle avait prononcé le nom du chef de guerre vanir semblait trahir bien autre chose qu’un vague souvenir de conte qu’un père raconte à son enfant. Il était certain de détenir quelque chose qui intéressait la jeune fille au plus haut point et il avait bien l’intention d’en profiter et de monnayer ce qu’il savait au prix fort.

Posant ses deux mains à plat sur la table, il lui sourit.
« J’ai envie de danser et je veux que tu danses dans mes bras… tu viens Isil ? »

Sans se préoccuper du regard dépité de Lasmer et de son ami Therel, elle se leva et après avoir effectué le tour de la table, elle suivit Adamar vers l’endroit où les villageois dansaient en riant et en frappant dans leurs mains. De sa table, le magicien, plus préoccupé que jamais, ne les perdait pas des yeux tandis que le chef lui secouait le bras.
« Hé, Hiivsha, vous m’écoutez ? Vous paraissez bien distrait… »

Le regard sombre du magicien se posa sur lui et s’adoucit pour donner le change.
« Oui, oui, répondit-il… je vous écoute Balgoff… vous me disiez que vos pieds vous font souffrir… Eh bien, passez donc à mon chalet un de ces jours, je vous donnerai une potion qui vous soulagera.
– Ah cher ami, que ferions-nous sans vous ? »

Adamar tenait Isil par la taille et la faisait sauter dans ses larges mains en la lançant dans les airs pour qu’elle effectue un tour complet au rythme de la musique enivrante. Les gens criaient et riaient de bon cœur. Les échos de la fête s’échappaient dans la nuit et résonnaient vers les montagnes au-delà desquelles se trouvaient les plaines mortes des Quatres Vallées. Le souffle court, la jeune fille se laissa tomber dans les bras de son cavalier. Par-ci, par-là, des groupes de jeunes gens s’évadaient de la place pour se réfugier dans des coins plus intimes ou dans quelque confortable maison pour s’y adonner à quelques heures de plaisirs en commun.
« Je suis morte, dit-elle le souffle court… ces danses locales sont exténuantes ! »

Le forgeron sentait que son heure était venue. Isil était dans ses bras, le dos frémissant contre son torse et il pouvait respirer délicieusement son odeur en se réjouissant de pouvoir sentir battre son cœur à travers sa poitrine qu’il pressa discrètement de ses mains, sans que la jeune fille ne réagisse. C’était bon signe. Il se risqua à lui embrasser la nuque tout en continuant à lui prodiguer des caresses sous la robe. Isil tourna légèrement la tête en arrière et ses lèvres gobèrent les siennes. Il l’embrassa avidement sans aucun mouvement de protestation de sa part. Le forgeron était aux anges et sentait déjà tout son être se tendre d’excitation. N’en pouvant plus, il l’entraîna dans un coin obscur et la plaqua contre un petit mur de pierres moussues.  Passant alors une main dans le décolleté de la robe, il s’empara d’un sein et le pétrit avec délectation tout en glissant l’autre main entre ses cuisses. Isil, parvint à décoller un peu sa bouche de celle de l’homme et murmura.
« Pas comme ça, pas ici… attends un peu… »

Il la lâcha et la prit par la main.
« Pas question d’attendre… allons chez moi !
– Non, résista Isil, je ne veux pas me retrouver seule chez toi…
– Bon alors, allons chez Besser, notre libertin de service, il doit bien y avoir dans sa maison vingt personnes en train de se livrer à toutes les fantaisies dignes d’une fête comme celle-ci… mais tu risques ne pas avoir que moi à supporter… tels que je connais ses amis, ils voudront tous épuiser tes faveurs et goûter à tous tes charmes d’ici le lever du soleil et rien ne les retiendra ! Alors que chez moi…
– Bon, comme tu veux… chez toi si tu le désires… mais avant, parle-moi de ce Ragnard que tu as combattu. »

Il relâcha un peu son étreinte et ricana.
« Tu as de la suite dans les idées… pour un peu je pourrais penser que tu te livres à moi juste pour que je te dises ce que je sais sur cet homme ? »

Isil prit une pose provocante.
« Et après ? C’est bien moi que tu veux ? Peu importe la raison pour laquelle j’accepterais de me donner à toi non ? Profites-en, je pourrais bien changer d’avis. »

Le forgeron se gratta la nuque d’un air perplexe.
« Si je te dis tout ce que je connais de cet homme, tu me diras pourquoi tu veux le savoir ?
– Non, répondit-elle en secouant la tête, si tu me racontes tout ce que tu sais sur lui, je te livre mon corps pieds et poings liés et tu en feras ce que tu voudras… mais mon âme restera à moi… intacte… »

Il fronça les sourcils ne parvenant pas à comprendre le discours, mais la perspective de plier ce superbe corps à ses quatre volontés, et l’idée des scènes osées qu’il entrevoyait déjà de partager avec la jeune fille, l’emporta sur la curiosité.
« Jure-moi qu’après t’avoir tout dit de ce que je sais, tu accepteras à ton tour sans discuter, tout ce que j’aurais envie de faire avec toi !
– Je le j… »

Isil ne put terminer sa phrase car un vent glacé parcourut subitement la petite impasse dans laquelle ils se trouvaient et instantanément les haies, la mousse et les feuilles des arbres se recouvrirent d’une épaisse pellicule de givre. La température tomba en un instant bien en dessous de zéro et tous deux se mirent à grelotter fortement en regardant tout autour d’eux, sans comprendre ce qui se passait. Au bout de l’impasse, légèrement dans l’ombre, une grande et puissante silhouette se dessinait et Hiivsha s’avança vers eux en tenant levé son bâton au sommet duquel la pierre bleue brillait d’étranges éclats. Il émanait de son visage un inquiétant reflet sombre très particulier qui empêchait de bien le distinguer. D’une voix étonnamment chaotique et résonnante, il s’adressa au forgeron qui tremblait irrésistiblement de froid à l’instar d’Isil.
« Adamar ! Laisse cette jeune fille tranquille et retourne chez toi ! »

Comme subjugué, l’homme s’éloigna d’une démarche hésitante, sans ouvrir la bouche. Le magicien baissa son bras et la pierre perdit son éclat tandis que son visage redevenait normal en même temps que la température de l’air. Il s’approcha tout près d’Isil furieuse.
« De quel droit interviens-tu dans mes affaires, cria-t-elle. Il allait me parler de Ragnard et toi… toi… oh ! »

Elle frappa plusieurs fois le sol d’un pied rageur.
« Je te déteste ! »

Il l’attrapa par la main et la traîna derrière lui sans plus dire un mot en l’obligeant à prendre le chemin du chalet. Quand ils se furent éloignés du village, il la lâcha et elle se frotta le poignet.
« Tu m’as fait mal, se plaignit-elle.
– Je suis désolé, répondit-il, mais je pensais qu’une guerrière comme toi avait son poignet plus solide. »

Elle grommela quelque chose d’inaudible.

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Dernière édition par Hiivsha le Lun 14 Oct - 15:50, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 9 Oct - 8:49

Retard rattrapé.

Encore une fois, toujours aussi plaisant à lire, les chapitres se suivent sans jamais se ressembler.Wink 

Une nouvelle vie commence pour Isil, prête à tout pour se donner les moyens de sa vengeance... dont on commence à reparler. L'intrigue principale se réinvite dans l'histoire, et on sent bien que les choses sérieuses sont pour bientôt : le calme avant la tempête.

_________________
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 14 Oct - 15:49

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15 - La route de Tarentia


Ils marchèrent en silence, lui devant, elle à trois mètres derrière, la tête baissée, donnant ça et là quelques coups de pied dans des pierres qu’elle envoyait rouler au loin. Sa colère était retombée mais elle ne voulait pas l’avouer malgré un sourire furtif qui se dessinait de temps en temps sur ses lèvres. Le magicien restait silencieux, l’air préoccupé, les sourcils froncés, le visage sombre. Le moment qu’il redoutait était arrivé et son cœur était blessé de l’avenir qu’il entrevoyait déjà.

Arrivé dans la maison, il lança sa cape sur un fauteuil.
« Assieds-toi, ordonna-t-il l’air bougon. »

Isil obtempéra, sentant que ce n’était pas le moment de le contrarier.
« Je vais te parler de Ragnard, puisque c’est ça que tu veux… et sans que tu ais besoin de te prostituer pour cela ! »

Le ton était cassant, incisif et dénotait une légère blessure. La jeune fille gardait la tête baissée sur sa chaise.
« Tu connais Ragnard et tu ne m’as rien dit quand je t’ai raconté ce qu’il avait fait à mon peuple ? marmotta-t-elle entre ses dents. »

Hiivsha écarta les bras puis les laissa retomber bruyamment et s’assit en face de sa protégée.
« Je ne voulais pas t’en parler… je ne souhaitais pas qu’on t’en parle… il y a des blessures qui ont besoin de cicatriser et j’avais espéré parvenir à guérir les tiennes.
– Je ne pourrai jamais guérir…
– C’est faux, on peut guérir de tout… simplement il faut le vouloir et dans ton cas, il te faut beaucoup d’amour.
– Je t’ai dis qu’il ne fallait pas m’aimer.
– Et tu sais ce que je t’ai répondu… écoute, je suis plus vieux que toi mais pas suffisamment pour être ton père… ou alors si je t’avais eu très jeune… mais peu importe ! Dès que je t’ai aperçue, j’ai souhaité que tu restes ici avec moi…
– Parce que je suis jolie ? ironisa-t-elle… Tu me vois comme un objet décoratif ou comme une jolie fille à coucher dans ton lit… comme tous les autres ?
– Ne sois pas blessante inutilement… T’ai-je jamais touchée autrement qu’avec une grande affection ? T’ai-je jamais demandé de partager ma couche, de faire l’amour avec moi ? Parce que tu es jolie dis-tu ? Certes, oui, tu es la femme la plus adorable, la plus belle que je n’ai jamais rencontré… même mon épouse l’était moins que toi, ce qui ne m’a pas empêché de l’aimer profondément et sans faille ! »

Il se leva et fit quelques pas dans la pièce.
« L’amour ne se commande pas. Il prend ! Il arrive d’on ne sait où, du plus profond de ce que l’homme a de meilleur en lui… l’amour c’est comme la magie… on peut le chercher mais c’est lui qui vous trouve. Je ne sais absolument pas ce qu’il en aurait été si tu avais été différente… c’est un vain débat… le présent est là et je souhaiterais tant que tu deviennes ma femme ! »

Il s’arrêta le dos tourné à la jeune fille dont il sentit le poids du regard.
« Ta femme ? répéta-t-elle dans un murmure… c’est la plus jolie chose qu’on m’ait dite depuis longtemps… »

Elle se leva et alla jusqu’à lui, le força à se retourner pour lui prendre les mains.
« Mon dieu, dit-elle, tu m’aimes je le sens…
– Et toi, m’aimes-tu ?
– Je ne sais pas… je te suis reconnaissante de m’avoir accueillie comme ta fille et j’aime toutes les qualités que tu portes en toi… j’aime ce que tu es… je te sens fort, tu me rassures lorsque tu es là… j’aime ton humour, tu parviens si facilement à me faire rire… je suppose que c’est bien assez pour devenir ta femme… »

Elle s’arrêta et baissa les yeux.
« Mais… continua-t-il.
– Mais c’est trop tard maintenant… hier encore, j’aurais peut-être dit oui…
– Et aujourd’hui que tu as retrouvé l’espoir de remettre la main sur ce vanir, tu ne souhaites plus qu’une chose : savoir où le débusquer pour te venger ! C’est cela Isil ? Tu vas laisser tes sentiments obscurs t’emporter dans ce gouffre sombre, vide d’amour et d’espoir ? »

Elle lui lâcha les mains et se retourna. Il ajouta.
« Tu comprends pourquoi je ne t’ai jamais parlé de Ragnard ? »

Elle fit oui de la tête. Il souffla de désespoir et se laissa tomber dans un fauteuil.
« Il n’y a pas que Adamar qui a combattu aux côtés de Conan… Il y a de cela pas mal d’années, j’ai guerroyé avec lui contre les Pictes et les Stygiens. Puis contre les incursions du Vanaheim à l’époque où cette armée, ces Loups, emmenés par une femme très belle appelée Siobhan, les a aussi affrontés les repoussant jusque dans leur propre pays où elle commis l’erreur de les suivre… les Loups du Vanaheim…
– Que devinrent-ils ?
– Ils moururent… quelques-uns en réchappèrent mais d’après l’histoire… ou la légende, c’est selon… ils furent trahis par leurs alliés et exterminés… il doit y avoir de cela cinq ou six ans… s’il en reste encore, ils doivent se terrer quelque part ou croupir dans quelques cachots humides de Némédie ou d’ailleurs…
– Et la Légion Noire ?
– La Légion du Dragon Noir pour être précis… c’était une puissante armée vanir, commandée par un chef redoutable du nom de Ragnard. Nous l’avions repoussé à l’époque des Loups, sous les ordres de Conan, jusqu’au nord de la Cimmérie… Mais il y a deux ans, il est redescendu vers le sud, atteignant le nord de l’Aquilonie… je suppose que c’est lors de cette expédition qu’il a massacré les tiens, guidé par ce Malak dont tu m’as parlé… »

Il marqua une pose en observant la jeune fille silencieuse.
« Conan a appelé à la résistance et j’ai repris les armes. Nous avons vaincu l’armée de Ragnard au prix de beaucoup de pertes. C’est alors que la politique s’en est mêlée. Ragnard était blessé mais pas assez pour ne pas rester dangereux. Il a alors proposé à Conan son aide pour lutter contre les Pictes qui avaient passé leur frontière en échange de quoi, le roi s’engageait à prendre les Vanirs comme mercenaires et à leur accorder le pardon pour leurs crimes passés.
– C’est ignoble, Conan n’a pas pu accepter ? se révolta Isil.
– La réalité est toute autre, jeune fille… Conan avait besoin d’hommes pour se battre et repousser les Pictes, cette aide était donc la bienvenue. Les victimes passées des Vanirs, ton peuple y compris, furent sacrifiées sur l’autel du réalisme politique et militaire… avec succès d’ailleurs, car les Pictes furent écrasés peu de temps après.
– Et Ragnard, qu’est-il devenu ?
– Il se tient aux ordres du roi et quand il ne remplit pas son métier de mercenaire, il vit à Tarentia avec quelques-uns de ses hommes. Aucune chance de l’approcher… c’est un homme dangereux Isil, il te tuera à la moindre occasion, crois-moi. Laisse les morts reposer en paix et laisse-moi te guérir d’amour. »

La jeune fille secoua la tête et regarda au loin par la fenêtre.
« Je dois me libérer de ce fardeau qui m’oppresse.
– Crois-tu que la mort de Ragnard te libèrera ? Non, elle te détruira. Quand tu auras accompli ta vengeance, si tu y parviens, ta vie se videra comme une poche de sel trouée.
– Je n’y puis rien… je dois le faire. »

Le magicien tenta un dernier argument.
« Tu n’as pas fini ta formation à l’épée ! Au moins attends d’en être arrivée au bout ! »

Elle se retourna et se jeta à genoux aux pieds du magicien.
« Laisse-moi partir Hiivsha, je t’en supplie… Si tu m’aimes, laisse-moi partir.
– Tu n’es pas prisonnière Isil…
– Je reviendrai quand ce sera fini… je te le promets… »

Il lui caressa tendrement la tête et les joues.
« Je l’espère… de tout mon cœur… mais je crains fort que la route que tu as décidé d’emprunter te conduise inévitablement et définitivement loin de cette maison… Toutefois, si dans un an tu n’es pas revenue, je te jure que c’est moi qui irai te chercher, où que tu sois. »

Elle blottit son visage au creux de ses mains en murmurant.
« Je sais que tu me retrouveras si je me perds… »

Le magicien se leva doucement. Il paraissait avoir subitement vieilli.
« Il faut te reposer. Au matin, je sellerai Ombre, c’est une fière jument très docile. Elle t’emmènera jusqu’à Rosso sur le fleuve qui descend à Messantia en Argos et qui passe à Tarentia. Là, tu la laisseras à Moloch, l’aubergiste… c’est un vieil ami, il en prendra soin et me la fera remonter dès que l’occasion se présentera. Il y a souvent des bateaux qui descendent le fleuve. Tu en prendras un, ce sera plus sûr et plus rapide pour atteindre Tarentia… là-bas, tu n’auras aucun mal à te trouver une autre monture avec l’or que je vais te donner. Tu es vraiment certaine de vouloir partir ? »

Il connaissait déjà la réponse. Isil le regarda avec affection.
« Oui, je suis sûre… »

Puis elle ajouta.
« Veux-tu de moi dans ton lit cette nuit ? »

Le magicien secoua la tête.
« Je ne puis t’aimer maintenant pour te voir partir demain… ce serait bien trop cruel, même pour quelqu’un comme moi… Non, je dirais oui si tu devais rester… mais là… comme ça… non, pardonne-moi. »

Comme il montait vers sa chambre, la jeune fille murmura les larmes aux yeux.
« Non, toi, pardonne-moi ! »

………………………………………………

Isil mit quatre jours à rallier Rosso, petit port sur le fleuve, qui vivait du commerce de bois et de minerais dont il ravitaillait la capitale.  La route fut calme et paisible et la jeune fille découvrit un peu plus chaque jour l’Aquilonie, ses plaines et ses montagnes, ses forêts et ses champs. Elle passa les deux premières nuits à la belle étoile dans une clairière ou au bord d’un ruisseau, mais ne dormit que d’un œil. Très fatiguée, le troisième soir, alors que l’orage s’abattait sur la contrée, elle eut la chance de tomber sur une auberge isolée au bord de la route, relais des voyageurs de commerce et autres gens de passage.

Il y avait beaucoup de monde dans la grande salle mais il y faisait bon et l’odeur provenant de la cuisine était alléchante. Son entrée ne passa pas inaperçue dans la pièce essentiellement occupée par des hommes, mais les conversations reprirent rapidement après un temps de silence et quelques sifflets plus ou moins discrets.

Un grand et gros bonhomme d’aubergiste chauve, arborant un tablier maculé de tâches de graisse, s’empressa de venir l’accueillir en multipliant les courbettes. Elle lui tendit sa cape de voyage ruisselante de pluie qu’il accrocha à une patère et prit place à une petite table dans un coin reculé de la salle commune, faiblement éclairée par la flamme chancelante d’une bougie à moitié consumée. Quelques regards furtifs se posèrent sur elle tandis que le colosse susurrait.
« Soyez la bienvenue dans ma modeste auberge jeune fille… Qu’est-ce qui vous amène sur nos chemins par un temps aussi épouvantable ?
– Je viens d’Orandia et je me rends à Tarentia, répondit-elle simplement. Ma jument est dehors…
– Je vais donner des ordres pour qu’on l’emmène à l’écurie et qu’on prenne bien soin d’elle… »

Il fit claquer ses énormes mains et un jeune garçon accourut depuis les cuisines. Il dévisagea Isil bouche bée jusqu’au moment où le tavernier lui asséna une claque sur la nuque.
« Cesse de regarder la demoiselle bêtement et va t’occuper de son cheval ! »

Le garçon sortit en se frottant la nuque.
« Il faut l’excuser, il n’a pas souvent l’habitude de voir une aussi jolie personne dans cette auberge… je m’en vais vous quérir boire et manger… »

Elle le retint par le bras.
« Je voudrais une chambre pour la nuit !
– Ah, c’est que… hésita le bonhomme en se grattant la tête, avec l’orage, elles sont toutes prises… il reste des places dans le dortoir… mais, vous ne serez pas seule… »

Il cligna discrètement de l’œil en montrant la salle d’un coup de tête.
« Je ne sais pas si la compagnie vous ira… grimaça-t-il, une personne telle que vous… sinon, vous pouvez allez dormir dans l’écurie, mais votre sécurité n’en sera pas plus garantie… »

Isil fit le tour de la salle du regard. Il y avait là quelques marchands, reconnaissables à leur tenue de voyage colorée, des soldats en armes, quatre hommes visiblement aisés aux doigts garnis de bijoux, sans doute des notables, accompagnés d’une femme âgée, un petit groupe de prêtres en longue robe traditionnelle et trois autres hommes, genre soudards qui s’exclamaient sans retenue non loin de là.
« Je dormirai dans le dortoir, décida-t-elle… ces messieurs ne m’impressionnent pas !
– Comme vous voulez, jeune fille. Je vous apporte de quoi vous restaurer et vous remettre de votre voyage ! »

Quand il eut le dos tourné, l’un des trois hommes se leva et vint s’asseoir à sa table, deux coupes dans une main et un pichet dans l’autre, sans plus solliciter sa permission.
« Bienvenue dans cette contrée demoiselle, permettez-moi de boire avec vous ! déclara-t-il en lui versant du vin. C’est le meilleur de cette auberge, la réserve personnelle de notre hôte ! »

C’était un gaillard aux longs cheveux flamboyants et à l’épaisse moustache rousse. Son visage marqué de nombreuses cicatrices était rude et guère avenant.  Il leva sa coupe en adressant un clin d’œil à ses compères et la vida, tandis qu’Isil acceptait de boire une gorgée. Elle ne voulait pas d’histoire et attendait sagement la suite en espérant que l’homme n’irait pas trop loin dans son attitude désinvolte et passablement grossière.
« Alors, reprit-il ? Où allez-vous donc par un temps aussi affreux ?
– A Tarentia, bien que cela ne vous regarde aucunement. »

Il prit un air outragé.
« Oh, mademoiselle est bien réservée… moi je ne veux que parler et boire avec vous… j’ai le sens de l’accueil très développé et vous êtes sur notre territoire… alors je vous accueille. »

Isil décida de ne pas envenimer la situation et sourit en vidant à son tour sa coupe que l’homme s’empressa de remplir de nouveau.
« Vous avez là une fort jolie épée ! Et votre arc est remarquablement bien tourné… il est vrai que quand on voyage seule et qu’on est une femme, il vaut mieux avoir de quoi se défendre… À condition toutefois de savoir s’en servir ! ajouta-t-il en riant grassement. »

Elle le regarda au fond des yeux.
« Ceux qui ont goûté à mes flèches n’ont jamais pu se plaindre de mon adresse… en fait, ils ne se sont plus jamais plaints de rien ! »

Une lueur féroce brilla l’espace d’un instant dans les yeux de l’inconnu qui reprit aussitôt après un air affable.
« Une fière guerrière alors ? Qu’est-ce qui vous amène à Tarentia ? Vous cherchez du travail ? Une personne peut-être ? Ou êtes-vous en mission pour le compte de quelqu’un ? Je connais beaucoup de monde à Tarentia et si je puis vous être d’une quelconque utilité… »

Isil ne répondit pas et, tout en soutenant son regard, but une autre gorgée de vin. L’homme encouragé, vida sa coupe qu’il remplit aussitôt après.
« Pas bavarde la jolie guerrière ? Entre nous, on fait peut-être le même travail… »

La jeune fille pencha la tête de côté d’un air interrogateur.
« C'est-à-dire ?
– Travailler pour celui qui paye le plus… mercenaire quoi… Nous, c’est notre cas depuis qu’on a quitté l’armée de Ragnard ! N’est-ce pas vous autres ? »

Il leva la coupe à l’adresse de ses deux compagnons qui acquiescèrent bruyamment. Les yeux d’Isil se mirent à briller.
« J’ai déjà entendu prononcer ce nom… dit-elle prudemment, mais je ne me rappelle plus où ? »

L’homme se mit à rire.
« Partout dans le pays ! Ragnard a été le chef Vanir le plus craint, il n’y a pas si longtemps que cela… »

Puis il marmonna.
« Jusqu’à ce que ce Conan s’en mêle !
– Ah oui, je me souviens, des histoires qu’on me racontait…
– Des histoires ? Ah par Crom, ma jolie, point d’histoires que tout cela mais réalité vraie, oui !
– Je suis impressionnée, dit-elle d’un air faussement timide… ce… Ragnard doit être une véritable légende… il est toujours vivant ?
– Par tous les dieux, un peu qu’il est vivant !
– On peut le rencontrer ? »

L’homme toisa Isil et partit d’un éclat de rire.
« Voilà bien l’affaire ! Toutes pareilles les femelles ! Dès qu’on parle d’une brute, elles veulent savoir à quoi ça ressemble ! Rencontrer Ragnard ? Bah ! »

Il éructa puissamment et Isil retint une grimace de dégoût à cause des effluves que son haleine dégagea, pareilles à celles des égouts les plus empuantis.
« Difficile… oui… il va et vient entre ce pays et la frontière picte sur ordres du roi auquel il s’est vendu… Le seul endroit qu’il fréquente régulièrement quand il vient à Tarentia c’est le bordel de « La Panthère Noire » où il a ses habitudes… »

Le soudard vida une nouvelle fois sa coupe et s’essuya la bouche d’un revers du bras.
« Mais je suis sûr que tu lui aurais beaucoup plu ! Il apprécie tout particulièrement les belles blondes bien jeunes et bien foutues ! »

L’aubergiste sauva la situation en apportant le repas. Il regarda l’homme d’un air méchant.
« Ce monsieur vous ennuie mademoiselle ? Faut le dire… je n’aime pas qu’on importune mes clients ! »

Isil regarda l’inconnu et répondit sans le quitter des yeux.
« Non, tout va bien, merci… ce monsieur me souhaitait la bienvenue… et d’ailleurs, il allait rejoindre ses amis à leur table… »

Le mercenaire se leva. Il faisait une bonne tête de moins que l’aubergiste et ne chercha pas à discuter. Il alla donc se rasseoir auprès de ses amis qui le reçurent avec quelques moqueries. Isil adressa un regard reconnaissant à son hôte en lui souriant.
« Merci.
– Je vous en prie… une cliente chez moi, c’est sacré ! tonna-t-il pour bien se faire entendre de tout le monde. »

Puis, sur un ton plus confidentiel.
« Dites, si cette nuit vous avez des ennuis avec ces zigotos, adressez-vous à ces soldats là-bas au fond… Ce sont des officiers du roi Conan et je connais bien l’un d’eux. Ils sont de confiance et vous viendront en aide si besoin… je vais d’ailleurs leur en toucher deux mots ! »

Le repas fut bienvenu car avec son estomac dans les talons plus le manque de sommeil, le vin commençait à lui tourner la tête. On la servit comme une princesse et elle fut l’objet de toutes les attentions du patron.

La soirée bien avancée, elle se rendit à l’écurie pour vérifier si Ombre était bien installée puis se décida à regagner le vaste dortoir commun où quelques marchands se préparaient déjà à se coucher. Dans la pénombre, elle distingua les trois mercenaires qui chuchotaient peu discrètement et qui la suivaient du regard. Elle choisit un lit vide un peu à l’écart, posa son arc et son carquois à côté, et ôta ses bottes. Puis elle sortit ostensiblement son épée du fourreau en regardant les soudards qui n’en perdaient pas une miette. L’épée brilla dans la faible clarté qui parvenait de la fenêtre toute proche. Elle la posa sous la couverture, puis sortit de son étui la dague d’Alamir pour la glisser sous l’oreiller, en prenant bien soin d’être vue par tous ceux que cela intéressait. Enfin, elle ôta discrètement sa tunique et se glissa promptement dans l’épaisse couverture avant que les hommes n’aient eu le temps de faire un commentaire.

Elle entendit juste l’un deux murmurer un « laisse tomber » évocateur, puis les soldats entrèrent à leur tour dans le dortoir pour se coucher. Une demi-heure plus tard le silence était tombé sur l’auberge, seulement troublé par de forts ronflements réguliers.

Le lendemain, Isil arrivait à Rosso.



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Dernière édition par Hiivsha le Mar 22 Oct - 13:36, édité 2 fois
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aj crime
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 14 Oct - 20:46

C'est copié, je vais pouvoir commencer à lire... j'en ai déjà pas mal dans mon escarcelle.
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mar 22 Oct - 13:35

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16 - La "Panthère Noire"


L’auberge de « La Truite Fumée » étant la seule de Rosso, Isil eut tôt fait de trouver le nommé Moloch à qui elle se présenta. Visiblement ce dernier était un grand ami d’Hiivsha, car à peine eut-elle prononcé son nom, qu’il la prit dans ses bras et l’embrassa comme sa propre fille avec une amicale exubérance non feinte.

Il fallut raconter, expliquer autant que faire se peut, boire à la santé des amis, manger… ce qui prit le reste de la journée. L’aubergiste et sa femme écoutèrent religieusement Isil leur donner des nouvelles du magicien dont elle évoqua incidemment l’épouse disparue.
« Nous nous sommes beaucoup inquiétés pour lui après la mort tragique d’Aloïse, se souvint Trania la femme de Moloch. Il était comme fou et prêt à tout pour se venger. Il est parti pour retrouver la bande de brigands qui l’avaient assassinée… il parait que ce fut terrible et sanglant… Il a failli en perdre la raison. Ensuite, il a disparu pendant des années sans donner de ses nouvelles et tout le monde a cru qu’il était mort. Puis un jour, il est réapparu mais c’était un autre homme, un puissant magicien… un templier noir… Il était devenu sage et serein comme jamais il ne l’avait été… Nous sommes bien heureux d’avoir de ses nouvelles, et par Mitra, quelle jolie messagère vous faites ! »

On lui donna la plus belle chambre de l’auberge car le bateau pour Tarentia ne partait que le surlendemain après avoir chargé le bois. Moloch lui réserva une place auprès du capitaine, un ami, en lui recommandant de veiller sur sa passagère comme sur sa propre fille.

Il y avait plus de cinq cents kilomètres de Rosso à Tarentia et le fleuve était la voie la plus sûre et la plus pratique pour y parvenir. On évitait ainsi de nombreuses régions peuplées de brigands Pictes, de bêtes sauvages et autres joyeusetés et on voyageait ainsi plus rapidement. Isil n’avait pas le pied marin et fut malade sitôt le départ jusqu’à l’arrivée, au grand regret du capitaine qui ne put profiter pleinement de sa charmante compagnie.

La jeune fille fut heureuse de retrouver le plancher des vaches et, après avoir chaleureusement remercié son hôte, elle gravit la rue qui menait à l’intérieur de la cité.

Tarentia était une grande ville fortifiée, protégée par de puissants murs d’enceinte d’un blanc éblouissant sous le soleil, construite sur des hauteurs qui facilitaient sa défense contre l’ennemi. Les quartiers nobles étaient séparés de la ville marchande par le fleuve que l’on traversait sur un imposant pont en arche unique bien gardé, et des bas-quartiers par un solide rempart.

Le plus dur allait commencer pour Isil. Si elle savait que Ragnard se trouvait fréquemment à Tarentia, elle ne savait comment l’approcher de suffisamment près pour le tuer. L’homme de l’auberge sur le chemin de Rosso avait dit qu’il fréquentait assidûment un bordel de la ville. L’idée se fit jour dans sa tête que c’était peut-être le seul moyen de se retrouver en tête à tête avec lui. S’il aimait, comme avait également dit le soudard, les jeunes femmes blondes, il y avait des chances qu’elle puisse attirer son attention. Mais cela impliquait de se faire engager à la « Panthère Noire » et cela sous-entendait également accepter de se prostituer dans l’attente de cette occasion.

De fait, sa décision était prise depuis longtemps, depuis le sombre jour de ses noces où Ragnard et ses Vanirs l’avait dépossédée de sa virginité en avilissant son corps de la plus odieuse des façons durant toute une nuit. Que lui importait donc maintenant que d’autres hommes refassent les mêmes gestes, si c’était pour parvenir à assouvir sa vengeance ? La haine qui la consumait l’aiderait à affronter les instants où elle devrait se livrer à des clients en mal d’amour ou avides de domination forcenée.

Le seul problème de l’équation restait cette question : comment se faire engager dans le lupanar ?

« La Panthère Noire » était une grande maison blanche aux poutres apparentes, bien tenue au cœur de la ville, non loin du temple de Mitra, près du quartier marchand et située au fond d’une ruelle joliment décorée de rosiers et de myriandres de Stygie, bordée de hauts murs blanchis à la chaux qui protégeaient discrètement les jardins de la vue des passants. Isil avait pris une chambre dans un petit hôtel non loin de là, où elle avait caché ses armes enfouies dans un grand sac de jute déposé au fond d’une armoire fermée à clé.

Elle s’était achetée une courte robe bleu pâle, d’une légère transparence très provocante, largement décolleté devant et derrière pour ne rien laisser ignorer de son anatomie, et bien qu’habituée à des tenues « à minima », elle fut toute alarmée et plus qu’embarrassée à l’idée de s’aventurer ainsi vêtue dans les rues. Mais il lui fallait attirer sur elle l’attention du propriétaire de « La Panthère Noire » qui avait ses habitudes, comme elle avait pu s’en apercevoir en le filant discrètement pendant plusieurs jours, et notamment celle de prendre un verre chaque soir dans une taverne située au fond d’une rue étroite menant à la place du marché. Là, il retrouvait toujours les mêmes hommes, et s’adonnait à une sorte de jeu basé sur des bouts de bois de couleurs différentes.

Lorsqu’elle fut prête, Isil revêtit sa robe bleue et se rendit la nuit tombante jusqu’à cette taverne en rasant les murs, sans répondre aux sollicitations de quelques messieurs qui émaillèrent son court parcours dans les rues de propositions indécentes. Pénétrant aussi discrètement que possible dans la taverne, elle s’isola dans le coin le plus obscur qu’elle trouva. Fort heureusement, il n’y avait pas grand monde et personne ne songea à l’importuner. Elle commanda à boire et patienta un long moment jusqu’à ce que la silhouette désormais familière du propriétaire du bordel se fit voir dans l’encadrement de la porte.

Comme chaque soir, il s’assit en compagnie de trois autres personnes, et après avoir passé commande auprès d’une serveuse, ils commencèrent leur partie. Au bout d’une heure, Isil se leva discrètement comme quelqu’un qui a l’intention de partir sans régler sa note et ce, de telle façon que le tavernier l’intercepte tout près de la table des joueurs.
« Hep là, ma jolie, je crois que tu oublies quelque chose ! Tu ne comptais tout de même pas partir sans payer ? »

Il l’attrapa fermement par le bras la faisant grimacer de douleur.
« Aïe, non… mais… je viens de m’apercevoir que j’ai oublié ma bourse à l’hôtel… j’allais la chercher… dit-elle d’une voix volontairement enfantine et misérable.
– Tu me prends pour un idiot, tonna le tavernier en la secouant… une voleuse oui, voilà ce que tu es ! Mais avec moi ça ne marche pas ! Tu vas me payer ma jolie ou je te passe une correction dont tu te souviendras toute ta vie, et après je t’emmène au poste de garde… tu vas apprendre qu’on ne plaisante pas à Tarentia avec les gens de ton espèce ! »

La partie de bouts de bois s’était interrompue et les quatre hommes suivaient la scène avec intérêt.
« Je vous en supplie monsieur, pleurnichait la jeune fille, je vous assure que j’ai de quoi payer dans ma chambre…
– C’est pas dans ta chambre que tu dois avoir de quoi payer, c’est ici et tout de suite ! »

Il la bouscula et elle s’arrangea pour se laisser tomber aux pieds du propriétaire de la « Panthère Noire ».
« Debout ! cria le patron… je vais te montrer à coups de fouet comment je fais payer les clients récalcitrants… et ensuite tu iras faire la plonge… et pour la chambre… ajouta-t-il en riant grassement, ne t’en fait pas, on va t’arranger ça, ici ! »

Isil sentit une main qui la relevait par les aisselles et une voix qui demandait doucement.
« Combien vous doit cette enfant, patron ?
– Une pièce de bronze monsieur Braggard. »

Le tenancier de la « Panthère Noire » jeta deux pièces sur la table.
« Voici pour elle, et une de plus pour le dérangement, dit-il sèchement. »

Le tavernier empocha les pièces en grommelant et s’en retourna derrière son comptoir tandis que l’homme se levait et raccompagnait Isil vers la sortie. Une fois dans la rue, elle le remercia en souriant pauvrement.
« Je ne sais comment vous remercier, balbutia-t-elle.
– Voyons mon enfant, tu n’es pas de Tarentia je suppose. »

Elle fit non de la tête en le regardant avec ses grands yeux bleus, tâchant de se remémorer le regard du chien errant devant la salle commune de Valaar le matin qui avait suivi le massacre du village.
« Tu fais quoi par ici ? Tu cherches quelqu’un ? Tu as de la famille ? »

Petit signe négatif d’Isil. Il la déshabilla du regard d’un œil connaisseur, appréciant ses formes et la couleur de ses cheveux.
« Tu t’es dit que tu trouverais du travail à la ville, c’est ça ? »

Elle hocha la tête timidement.
« Je crois que j’ai quelque chose pour toi… ça te permettra de me rembourser et de te remplir les poches, ça t’intéresse ?
– Peut-être, avança-t-elle prudemment.
– Je suis le propriétaire de la « Panthère Noire » un peu plus loin d’ici, vers le Temple, à gauche… j’ai quelques jeunes femmes qui travaillent pour moi et s’occupent des clients qui viennent passer un peu de bon temps… tu vois ce que je veux dire ?
– Je crois, oui.
– Bon… Tu es jeune et très jolie, et je n’ai aucune fille aussi blonde que toi… mes clients t’apprécieraient certainement beaucoup…  Si ça t’intéresse, viens me voir demain et je t’installerai dans un petit nid douillet pour la durée que tu voudras… comme ça, tu n’auras pas besoin de payer un hôtel… tu seras nourrie, logée, habillée… et le cinquième de ce que tu gagneras sera entièrement pour toi ! Réfléchis-y cette nuit si tu veux. »

Elle hocha la tête. Il lui caressa la joue.
« Bien… si tu ne veux pas, tu pourras toujours passer me rendre la pièce de bronze que tu me dois… entendu ?
– D’accord.
– Ah la bonne heure ! Dans ce cas, à demain ma petite. »

Elle s’éloigna tandis qu’il se frottait les mains en observant ses hanches se balancer dans l’obscurité. Puis, avec un air satisfait, il regagna la taverne et ses amis qui l’attendaient.

Dans la rue, Isil sautillait comme une enfant en arborant un large sourire. Elle avait réussi la première partie de son plan !

………………………………….

« La Panthère Noire » était le lupanar le plus luxueux de la capitale d’Aquilonie, réputé pour ses femmes de grande beauté venant des quatre coins d’Hyboria, ses herbes à fumer et ses liqueurs aphrodisiaques. Il arrivait parfois qu’un riche noble y trouve une splendide fille et reparte avec pour l’épouser.

Un grand eunuque noir, fort bien bâti, ouvrit à Isil et après l’avoir toisé du regard, la fit entrer dans un petit vestibule douillettement décoré d’étoffes de Stygie et de fauteuils moelleux. Cette entrée donnait sur un vaste atrium garni de tables basses entourées de grands coussins pourpres et or, entouré d’arcades de marbre blanc ornées de bas reliefs représentant des scènes mythologiques érotiques. Des plantes grimpantes et des gerbes de fleurs jetaient leurs éclats multicolores tout autour de la pièce. En son milieu, une superbe fontaine bruissait en faisant jaillir des jets d’eau d’un ensemble de sculptures de marbre, reproduisant des nymphes s’ébattant sous une cascade. De part et d’autre du bassin se tenait deux panthères noires empaillées d’un réalisme effrayant. Derrière chaque arcade était situé un petit box intime, isolé par de grandes tentures rouges et jaunes. Au fond de l’atrium, deux grands escaliers montaient vers les étages où se trouvaient les chambres des pensionnaires de la maison, dans lesquelles pouvaient être reçus les clients désireux de passer un moment avec une ou plusieurs hôtesses.

Pour l’instant, la maison semblait déserte et, dans le calme environnant, on entendait très distinctement le gazouillis d’oiseaux provenant d’un magnifique jardin qui entourait la vaste demeure. L’eunuque revint un instant plus tard.
« Monsieur Braggard va vous recevoir, venez ! »

Elle le suivit dans un petit couloir sombre et voûté sur lequel donnaient plusieurs portes fermées. Au bout du couloir, le noir frappa discrètement et fit signe à la jeune fille d’entrer avant de refermer la porte derrière elle.
La pièce très claire tenait à la fois du bureau et du salon de réception, avec de grandes fenêtres donnant sur les haies du jardin, et de vastes canapés feutrés vert sombre posés sur de chatoyants tapis en pure laine qui devaient valoir une petite fortune. Autour du bureau se trouvaient le patron et une femme d’âge mûr, grande, brune, au teint de peau très mat dénotant son origine du sud, certainement de la Stygie. Elle avait le visage long et légèrement triangulaire qui faisait ressortir ses pommettes, et des yeux très noirs soulignés de longs cils. D’une beauté un peu mystérieuse, elle portait une longue robe pourpre serrée à la taille par une ceinture dorée. Sur  son front un diadème brillait de mille feux et un collier tombait sur son cou en une cascade étincelante de pierres précieuses éclatantes.
« Justement, la voilà, dit l’homme en regardant Isil s’avancer de trois pas dans la pièce. Voilà la perle dont je t’ai parlée tout à l’heure et que j’ai rencontrée hier soir à l’auberge. »

La femme se leva et observa longuement la jeune fille comme une proie, tournant lentement plusieurs fois autour d’elle.
« Mmm… tu avais raison… elle est belle et jeune… le reflet même de l’innocence nordique… Dis-moi jeune fille, quel est ton nom ?
– Isil madame.
– Isil, répéta-t-elle lentement d’une voix suave et grave comme si elle savourait une friandise.
– Eh bien, Isil, reprit Braggard, es-tu venue me rembourser ou t’intéresses-tu à ma proposition ? »

La jeune fille observa la femme qui continuait à tourner autour d’elle d’une démarche féline.
« Je suis venue vous rembourser ce que je vous dois, répondit-elle en jetant deux pièces de bronze sur le bureau. »

L’homme la regarda d’un air étonné et légèrement déçu.
« Ainsi ce que je t’ai proposé ne te plaît pas ? Tu penses trouver mieux en ville ? »

Isil sourit.
« Je n’ai pas dit que je n’étais pas intéressée, mais je ne voulais pas accepter en étant votre débitrice. »

Braggard haussa un sourcil.
« Une jeune fille pleine de principes ? C’est tout à ton honneur ! Et maintenant que tu ne me dois plus rien ?
– Si vous voulez de moi, répondit-elle en baissant la tête.
– Qu’en penses-tu Raïssa, interrogea l’homme en jetant un regard à la stygienne. »

Celle-ci se frotta le menton d’un air songeur.
« Faut voir… la beauté n’est pas tout, murmura-t-elle. »

Elle prit le menton d’Isil et lui releva la tête pour la regarder au plus profond des yeux.
« Es-tu vierge ma chérie ? »

La jeune fille fit non de la tête.
« Tu sais donc faire l’amour à un homme ? Tu as de l’expérience en ce domaine ? »

Nouvelle dénégation. Les yeux de la femme brillèrent d’un éclat gourmand.
« Tiens donc ! J’en déduis que tu as été forcée ? Par un homme… ou même par plusieurs… »

Isil baissa les yeux.
« Oui, reprit Raïssa, je vois tant de douleur au fond de toi… »

Elle lâcha sa proie et se retourna vers le propriétaire du lupanar avec une moue.
« Elle ne saura jamais contenter un client, conclut-elle. »

Puis elle continua en regardant de nouveau Isil.
« Vois-tu ma chérie, les hommes ont besoin de se convaincre qu’ils sont plus doués les uns que les autres lorsqu’ils sont avec une femme… la simulation est essentielle pour nous, car même sans plaisir… il faut savoir être convaincante et pour cela, seul compte l’expérience… Toi tu n’es pas prête ! Tu ne sauras pas… »

Braggard se leva et s’approcha d’elle en protestant
« Qu’à cela ne tienne, Raïssa ! Elle apprendra… confie-la à Abexeth, elle la formera et en attendant, il suffit de la proposer aux clients qui se fichent des prouesses de leur hôtesse… il ne manque pas d’hommes qui préfèrent prendre et dominer parmi notre clientèle.
– Il est certain qu’avec ces cheveux et ce corps, Isil peut être un nouvel atout pour ces lieux… j’en connais déjà plusieurs qui seront intéressés par elle. »

Tout en parlant, elle se livrait à des explorations sur le corps de la jeune fille toujours immobile, la tête baissée. Elle en apprécia du bout de ses longs doigts aux ongles allongés, la fermeté des jambes et des cuisses et le maintient de la poitrine.
« Dans cette maison, continua-t-elle en relevant de nouveau le visage d’Isil pour qu’elle la regarde bien en face, les clients n’ont pas le droit d’abîmer les filles… ni de leur infliger des souffrances hors de proportion avec les jeux auxquels ils peuvent se livrer… et certaines perversions sont interdites… Abexeth t’expliquera... En dehors de cela, le client est roi et tu te soumettras à ce qu’il te demandera de faire ! Crois-tu être prête pour cela ?
– Je pense que oui madame, répondit tout simplement Isil d’une voix douce. Je ferai de mon mieux.
– Bien, s’exclama Raïssa ! Et docile avec ça ! Je t’aime déjà ma chérie… Je pense que tu ne t’ennuieras pas chez nous ! Maintenant, je te laisse avec Braggard… il va… disons, s’entretenir un peu avec toi. Ensuite, je t’emmènerai dans tes appartements ! »

La stygienne sortit tandis que l’homme écartait les bretelles de la robe de la jeune fille pour la laisser glisser le long de son corps.
« Sois la bienvenue à la « Panthère Noire », Isil, murmura-t-il en hésitant longuement sur la suite à donner à son entretien. Bon sang, c’est vrai que tu es jolie ! »

Il tourna plusieurs fois autour d’elle, une main à quelques centimètres de sa peau comme s’il craignait de se brûler en la touchant. Puis il se campa devant elle et contempla longuement son regard.
« Il y a de la noblesse dans tes yeux… j’y perçois une volonté farouche qui essaye de se dissimuler… qui es-tu donc, Isil ? »

Comme la jeune fille restait muette, il soupira en regagnant son bureau.
« N’aie aucune crainte, je ne te toucherai pas. Rhabille-toi et va rejoindre Raïssa… »

Et comme elle s’éloignait en direction de la porte, il ajouta.
« Et… Isil… si tu as besoin de quelque chose… viens me voir. »

Elle hocha la tête imperceptiblement avant de quitter le bureau abandonnant l’homme à ses pensées.


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Dernière édition par Hiivsha le Lun 4 Nov - 23:25, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 4 Nov - 14:07

Salut Hiivsha,

Je suis en train de finir ma béta lecture avec ce 15ième chapitre que j'ai copié la dernière fois... j'aime bien ton texte, même si ça mets longtemps à décoller, c'est pas plus mal, on accroche mieux avec les personnages comme cela.

Grosso modo, je trouve les dialogues hyper bien menés, certains personnages me sont déjà très chers (comme la cuisinière du magicien). Si non, j'ai annoté pas mal de mots qui me paraissent inutiles, et d'une manière général, des passages qui gagneraient à être plus concis, j'ai proposé pas mal de reformulations. Les "vouloir, pouvoir, devoir" ... sont trop nombreux, utilisés à la place de verbes de sens. Mais ce qui m'a le plus ennuyé c'est l'impersonnalité dont tu habilles Isil à force de "elle" et de "la jeune fille"... c'est très dommageable à mon avis.

J'espère finir avant ce soir, dernier jour de mes perms... après, il va falloir que je me consacre presque exclusivement au second tome de mon roman dont le premier tome vient de trouver un éditeur (j'ai signé le contrat vendredi dernier). Dans l'espoir que mes commentaires te soient utiles et que tu les utilises à bon escient, je continuerai à copier les chapitres au fur et à mesure pour t'envoyer des .doc via SWU... sans faire de promesses sur les dates de bétalecture.

Bon courage pour les corrections éventuelles que tu apporteras à ton texte.
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 4 Nov - 15:12

Merci de tes efforts... je compte le reprendre intégralement le jour où tu l'auras tout lu, avant d'essayer de le proposer à l'édition.
C'est quel genre ton roman ? Tu as trouvé chez un éditeur à compte d'auteur ou à compteur d'éditeur ? (c'est indiscret si je demande chez qui ? Après tout, si t'as signé, il doit sortir et s'il sort, ce ne sera pas confidentiel, au contraire, il lui faudra de la pub Wink )
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 4 Nov - 15:36

Ayé retard enfin rattrapé ^^

La miss s'engage dans une sacré galère, elle est vraiment motivée par sa vengeance ! Hâte de voir si elle va réussir dans ses plans :)

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 4 Nov - 16:33

Hiivsha a écrit:
Merci de tes efforts... je compte le reprendre intégralement le jour où tu l'auras tout lu, avant d'essayer de le proposer à l'édition.
C'est quel genre ton roman ? Tu as trouvé chez un éditeur à compte d'auteur ou à compteur d'éditeur ? (c'est indiscret si je demande chez qui ? Après tout, si t'as signé, il doit sortir et s'il sort, ce ne sera pas confidentiel, au contraire, il lui faudra de la pub Wink)
Regarde tout de même les corrections, tris le bon grain de l'ivraie et sert-en pour améliorer tes relectures avant de poster... y aura comme ça moins de travail à la fin... pour toi, comme pour moi.

Dispergerum Antecessors est un roman (en deux tomes) de Science Fiction se terminant en mini space opéra, il fait parti de ce qui deviendra peut-être un jour une très longue saga, Heilénia, en tout cas, il y a le canevas pour 8 ou 10 tomes (pour le moment)... Il n'y a rien de confidentiel, j'ai signé chez édilivre, c'est à mi chemin entre le compte d'auteur et d'éditeur, ils prennent en charge l'administratif, diffusent gratuitement et vendent des options de correction, couverture, etc... au final, le site est plutôt pas mal fait et motive les auteurs à se rassembler en communautés pour mieux diffuser et vendre. D'ailleurs, pour ceux qui s’intéressent à une publication chez édilivre, je me propose de les parrainer le moment venu... et en effet, pour mon cas, je ferai le tour de mes contacts email et forumesque pour donner et faire diffuser le lien vers ma production chez mon éditeur. Nous n'y sommes pas encore, sous deux mois j'aurai en main mon Bon A Tirer (épreuves) que je dois valider ou modifier jusqu'à ce que le résultat convienne à mon besoin. Mais, au cours de l'année 2014, je serai en ligne et toucherai un plus grand nombre de lecteurs avec l'espoir de récolter de nouvelles critiques constructives.
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 4 Nov - 23:24

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17 - Le dernier client


Les magnifiques appartements s’ouvraient sur de petits balcons sous voûte dominant des jardins fleuris et clos. Des plantes grimpantes y couraient sur les murs et de nombreux rosiers en parfumaient l’air ambiant. Chaque logis était composé d’un salon douillet, prévu pour recevoir plusieurs personnes dans les conditions les plus confortables, d’une chambre garnie de meubles en frêne dont un très grand lit permettant toutes sortes d’ébats, ainsi que d’une pièce d’eau pour la toilette, dotée d’un ingénieux système de monte-charge à poulie, manœuvré depuis les sous-sols par des eunuques chargés d’alimenter les appartements en eau froide ou chaude à la demande. Plusieurs cordons reliés à des sonnettes différentes permettaient d’exprimer une demande précise d’un simple geste.

Raïssa prit le visage d’Isil dans ses mains et baisa doucement ses lèvres en souriant.
« Voilà, tu es chez toi. Ici tu pourras recevoir les clients en toute discrétion. Ne prends pas cette mine de chien battu ma chérie, tu t’y feras… J’ai pour toi deux choses : une drogue à prendre chaque jour pour éviter qu’un de ces bâtards d’hommes ne t’en fasse un à toi et une potion que tu prendras avant de descendre travailler.
– Qu’est-ce que c’est ? demanda Isil.
– Une liqueur à base de lotus noir et d’autres plantes aphrodisiaques. Avec une seule gorgée tu te sentiras planer comme sur un nuage et tu vaincras toutes tes retenues. Maintenant suis-moi. »

Dans l’atrium elles croisèrent une jeune femme noire aux yeux d’un vert très pâle. Elle leur adressa un large sourire de ses lèvres épaisses et pulpeuses tout en arrangeant ses longs cheveux crépus noir de jais. Elle portait pour tout vêtement un voile autour de ses reins et dévoilait des seins menus et pointus, percés d’une petite créole en or.
« Ah, Abexeth, s’exclama Raïssa, te voilà ! Justement j’ai besoin de toi. »

La noire s’inclina.
« Bonjour maîtresse. Je suis à ton service. »

Voyant son interrogation en observant Isil, la stygienne présenta.
« Voici Isil qui vient nous rejoindre. Elle a beaucoup à apprendre dans l’art de simuler le plaisir dont elle semble tout ignorer. Tu vas la prendre en main et lui enseigner le métier en la prenant avec toi quand tes habitués seront d’accord… ainsi elle pourra t’observer et éventuellement participer…
– Bien maîtresse, je la formerai, répondit la noire en dévorant Isil des yeux tout en réitérant un sourire qui découvrit de belles dents blanches. »

…………………………………………..

Quelques mois s’écoulèrent ainsi, dans un endroit au cœur duquel Isil n’aurait jamais pensé atterrir il y avait à peine deux ans. Si « la Panthère Noire » avait si bonne réputation, c’était parce que Raïssa savait entretenir l’harmonie au sein de son équipe d’amazones de charme, en développant entre elles, complicité et bonne humeur. Ainsi, telles les femmes d’un harem, les moments de repos étaient souvent pris en communauté au travers d’activités ludiques dans les jardins ou de sorties vers les thermes et les cascades des environs de la ville, toujours sous la vigilance de quelques eunuques armés et chargés de garder la gens masculine à bonne distance. Comme disait Braggard, « si les gens veulent consommer, il faut qu’ils payent pour cela ! »

Lors de ces sorties, Isil avait dû, comme toutes les autres filles, se couvrir la tête et le visage d’un léger voile chargé de les dissimuler aux regards des passants. Ce n’était là qu’une apparence de pudeur bien calculée par Raïssa car cette tenue augmentait de fait les fantasmes masculins au grand dam des prêtres du Temple et des épouses bien pensantes.

Isil avait été également  autorisée à ramener ses quelques effets personnels pour libérer sa chambre d’hôtel. Tout en prenant bien soin de dissimuler ses armes dans un grand sac, elle avait enveloppé son arc débandé dans la cape qu’Hiivsha lui avait donnée. L’ensemble avait atterri dans l’armoire de sa chambre qu’elle avait soigneusement refermée à clé.

Le caractère jovial et juvénile de la jeune fille lui avait attiré la sympathie des autres pensionnaires du lupanar qui n’avaient montré aucune jalousie quant au succès immédiat que la jeune fille avait obtenu, bien malgré elle, chez les clients.

De ce succès, Isil se serait bien passée, son but n’étant que d’atteindre une seule personne le jour où elle se présenterait. Mais il lui avait été impossible de se dérober à ce qu’on attendait d’elle. Ainsi, Abexeth avait-elle formée sa blonde compagne à l’art de simuler les plaisirs voluptueux - ou censés l’être - que les gros bourgeois et les nobles de Tarentia pensaient donner à leur maîtresse de luxe. Il s’ensuivait parfois une liaison attitrée et régulière entre un client aisé et la même fille, donnant à ce dernier l’impression qu’il en avait l’exclusivité. C’était, comme Abexeth les appelait, les « clients-amour ». Ceux-ci passaient de longs moments dans l’atrium, leur supposée maîtresse moitié nue dans leurs bras ou sur les genoux, bavardant et lutinant son corps tout en savourant de coûteuses boissons raffinées ou goûtant de juteux et sucrés fruits exotiques qui garnissaient en permanence les buffets de la maison. Pour les autres, ceux qui venaient au lupanar pour assouvir leurs instincts de mâle, parfois brutes, souvent dominateurs, quelquefois pressés, les filles n’étaient que des prostituées promptes à leur obéir et à les satisfaire dans leurs exigences les plus avancées. Ceux-ci montaient rapidement dans les chambres pour posséder celle qui n’était pour eux qu’une proie docile.

Malgré le détachement dont elle faisait preuve vis-à-vis de son corps, Isil se réfugiait souvent dans l’emprise des drogues proposées par Raïssa pour ne penser à rien, ni à l’avenir, ni au passé… surtout pas au passé. Elle avait conscience de se détruire petit à petit, chaque soir, mais sa soif de vengeance l’empêchait de résister et occultait une pensée entièrement orientée vers un unique objectif qui ne tardait que trop à se réaliser.

Braggard était aux anges. Sa nouvelle protégée était non seulement très demandée, mais d’une docilité à toute épreuve ce qui enchantait les clients les plus exigeants et, lorsque les clients sont contents, c’est bien connu : le patron l’est aussi.

Vers la fin de l’hiver de l’année douze cent quatre vingt quatorze du calendrier aquilonien, un soir, quatre hommes aux allures de brutes épaisses aperçurent la jeune fille dans l’atrium bavardant avec des étrangers et demandèrent aussitôt au patron l’autorisation de monter avec elle, pour se partager ses faveurs ensemble. Le propriétaire de « La Panthère Noire » refusa tout d’abord car il n’était pas dans les habitudes des lieux qu’une fille montât avec plusieurs hommes… mais les guerriers insistèrent et proposèrent de payer chacun dix fois le prix habituel en or. C’était une petite fortune et Braggard, tout ennuyé, s’en alla trouver Isil qui refusa de prime abord. Pourtant, lorsque le patron eut évoqué l’apparence « Vanir » des visiteurs, la physionomie d’Isil se mondifia et, à la grande surprise de Braggard, elle accepta de monter avec eux. Ce fut une expérience difficile et douloureuse car ces hommes n’étaient pas réputés pour leur douceur et en bons guerriers, ils ne faisaient pas la différence entre une femme consentante et une victime de pillage prise de force. En outre, ils ne furent pas sans rappeler à Isil cette sombre nuit où tout son village avait été passé au fil de l’épée. Mais elle s’efforça de se plier à toutes leurs volontés car la suite des événements dépendait probablement de leur satisfaction.

Elle fut effectivement payée de retour lorsque, complètement épuisée, le corps meurtri d’un peu partout, elle les entendit discuter en vidant une cruche de vin dans le petit salon.
« Cette fille est de la chair à Ragnard. Il faut lui en parler lui qui adore les nordiques !
– Elle va lui plaire, c’est l’évidence même ! »

Ils se regardèrent en riant et l’un d’eux cria.
« Mignonne, on va te présenter à notre chef et t’auras intérêt à être à la hauteur et à pas nous faire honte… sans quoi, tu le sentiras passer ! »

Une lueur meurtrière passa dans le regard d’Isil tandis qu’ils s’esclaffaient grossièrement. L’un deux se leva et retourna dans la chambre en braillant.
« Je remets ça les gars ! Prépare tes jolies fesses, blondinette, on va varier les plaisirs ! »

Isil se mordit les lèvres et fit appel à toute la force de sa haine pour se soumettre à ce nouvel assaut un sourire provocateur aux lèvres.

Une heure plus tard, ils ressortirent de l’appartement, le visage béat de satisfaction, en se tapant sur les épaules. En passant dans l’entrée, ils jetèrent une poignée supplémentaire de pièces d’or sur le comptoir en braillant.
« La petite blonde est superbe… jeune et encore bien fraîche… c’est exactement ce qu’il faudra à Ragnard dans trois jours lorsqu’il viendra !
– Ragnard est de retour ? interrogea Braggard.
– Oui, il campe à dix lieues d’ici avec ses mercenaires… Il vient de mener une nouvelle campagne contre les Pictes pour le compte du roi Conan et il n’a pas tenu femelle dans ses bras depuis des semaines !
– Hormis quelques Pictes, précisa un des autres !
– Des Pictes ? Pouah, à côté des aquiloniennes ce sont des chèvres, pas des femmes ! »

Ils éclatèrent d’un rire sonore et puissant qui interrompit toutes les conversations dans l’atrium.
« Réserve ta jeune blonde pour lui tout seul ! Tu sais qu’il adore ce type de fille, alors qu’elle se tienne prête et en beauté et tu n’auras pas à le regretter tant le trésor de guerre que nous ramenons est bien fourni ! »

Ils sortirent bruyamment. Aussitôt, Braggard monta quatre à quatre les grands escaliers et frappa doucement à la porte avant de pénétrer à l’intérieur. Le désordre ambiant de la chambre attestait de la vigueur des ébats qui venaient de s’y dérouler. Au centre du lit, Isil se tenait à genoux, la tête posée sur un oreiller qu’elle serrait dans ses bras. Il ne pouvait apercevoir son visage tourné vers le balcon mais il s’assit auprès d’elle en effleurant des doigts ses épaules meurtries de zébrures rouges.
« Les vanirs sont des brutes qui ne savent pas prendre une femme doucement, dit-il à voix basse. Ça va aller Isil ? Ils ne t’ont pas fait trop mal ? »

Toujours sans tourner la tête elle répondit.
« Ça ira Braggard, ne t’en fais pas pour moi, j’en ai vu d’autres…

Il frissonna au ton de sa voix, dure et impersonnelle.
– Tu sais que je n’oblige jamais une de mes filles à faire ce qu’elle ne souhaite pas, reprit-il. Ils m’ont dit que leur chef, un certain Ragnard, souhaiterait t’avoir pour lui tout seul lorsqu’il viendra. Je te préviens, c’est un homme rustre et violent… je ne pourrai pas te garantir… enfin, si tu n’es pas d’accord, il faut le dire maintenant, j’essaierai d’arranger cela…

Isil répondit d’une voix douce.
– Tu es bon Braggard, mais non, ça ira…

Puis elle ajouta et sa voix s’était durcie.
— Je serai la pute de Ragnard, je te le promets. Il en aura pour son argent.

Le patron fronça les sourcils en réprimant un tressaillement.
– Comme tu voudras Isil… je te revaudrai ça. D’ici là, repose-toi pour être la plus belle possible… plus de clients pour le moment, je vais avertir Raïssa. »

Il caressa un instant ses longs cheveux puis se leva. En sortant il jeta un coup d’œil derrière lui et aux tressautements des épaules de la jeune fille, il eut l’impression qu’elle pleurait. Ce n’était pas un homme sensible mais il sentit  son cœur se serrer. Il sortit.

Seule sur son lit, Isil regardait par la fenêtre le bleu sombre du ciel en riant silencieusement. Le moment de la vengeance était enfin arrivé !

……………………………………….

Ragnard arriva la nuit à peine tombée avec plusieurs de ses hommes. Ils s’installèrent bruyamment comme en terrain conquis, provoquant le départ prématuré de nombreux clients incommodés par leur attitude grossière. En passant dans l’entrée, il avait jeté sur le comptoir un gros sac de pièces d’or que Braggard avait pris soin de ranger immédiatement en lieu sûr. Puis ils s’étaient éparpillés dans l’atrium en se vautrant sur les coussins et en attirant à eux les filles du lupanar avec de grossières exclamations sauvages.

Ragnard appela le propriétaire des lieux en criant.
« Braggard ! Où est donc cette blonde dont mes hommes m’ont rebattu les oreilles ? Tâche de me l’amener au plus vite si tu veux conserver les tiennes ! »

Ce faisant, il agitait une dague fine et aiguisée dans les airs d’un geste menaçant. Braggard multiplia les courbettes en reculant et l’apaisa d’une voix doucereuse.
« Elle arrive, noble Ragnard, elle arrive de suite ! D’ailleurs, la voilà ! »

Le Vanir leva les yeux vers la silhouette qui descendait lentement le grand escalier, toute de bleu vêtue. À chaque marche, ses longs cheveux blonds qui tombaient en cascade sur ses épaules, se soulevaient en ondulant gracieusement. Un ample voilage presque transparent, suspendu autour de son cou par un collier de perles azur, enveloppait son buste. Ses reins étaient entourés d’un autre voile auquel étaient suspendues de toutes petites clochettes qui tintaient harmonieusement à chacun de ses pas. Le bas de son visage était voilé, mettant en relief ses prunelles océanes. Deux larges bracelets en or et deux longs pendants d’oreilles garnis de saphirs constituaient les seuls autres bijoux qu’elle portait. Elle semblait tout droit sortie d’un conte de fées.

Des musiciens commencèrent à jouer une musique stygienne qu’Isil se mit à accompagner les bras levés en arc de cercle au-dessus de sa tête, en déhanchant son bassin de la façon que lui avait enseignée Abexeth. Elle s’avança vers le chef vanir d’une démarche voluptueuse et souple, pareille à une panthère approchant sa proie, faisant tinter les petites clochettes à chacun de ses pas. Ragnard était aux anges et la contemplait telle une apparition. Ses hommes avaient cessé leurs bavardages et paraissaient eux aussi subjugués par tant de grâce et de beauté. Isil continuait sa lente approche, exécutant une danse exotique à la fois langoureuse et excitante. Sa poitrine frétillait sous les mouvements rapides de son torse, ses mains ondulaient autour de son corps pour en souligner les contours et son bassin se balançait dans un mouvement circulaire éminemment sensuel. Parvenue devant Ragnard, elle s’accroupit devant lui en se courbant acrobatiquement en arrière, la tête renversée jusqu’à toucher le sol en agitant toujours son corps et ses bras au rythme de la musique enivrante. Puis, elle s’agenouilla, se replia en avant en enserrant ses jambes tel un coquillage qui se referme, et la musique s’arrêta. Ragnard se mit alors à applaudir, ravi, imité par ses sbires qui poussèrent de nombreuses acclamations admiratives.
« Bravo princesse, s’écria Ragnard en levant sa coupe de vin vers elle. Bravo ! Magnifique ! Tu es mille fois plus sublime que ce que m’ont décrit mes pouilleux guerriers ! Où est-ce qu’une fille du nord comme toi a appris à danser mieux qu’une stygienne ? »

Il vida sa coupe et fit signe à un eunuque d’en apporter une pour Isil.
« Allez, viens ici ! dit-il en tapant sur ses cuisses, viens que je te vois de plus près ! »

Elle s’approcha, se laissa saisir par le poignet et s’assit sur les cuisses du Vanir, le cœur battant. Ragnard lui mit une coupe de vin dans la main et dégrafa un coin de son voile pour dégager son visage.
« Une pure merveille, s’exclama-t-il. Quel est l’imbécile qui a dit qu’il n’y avait que les filles du sud pour avoir une bouche aussi parfaite ! »

Il l’attira par la nuque et l’embrassa avidement, envahissant sa bouche d’une longue et épaisse langue écoeurante.
« Aah… Quelles lèvres fruitées tu as princesse, tiens, bois avec moi ! »

Sans se soucier du vin qui débordait de la commissure de ses lèvres, il vida derechef sa coupe qu’il jeta sur un coussin.
« J’ai presque l’impression de te connaître… comment t’appelles-tu ?
– Isil.
– Isil ? On s’est déjà rencontré ?
– Si c’était le cas, je m’en souviendrais, répondit prudemment la jeune fille tandis qu’il se livrait à une exploration de son corps.
– Evidemment ! Quand on rencontre Ragnard, on s’en souvient toute sa vie, tonna le Vanir en riant grassement. »

Isil pensa qu’il avait bien raison mais s’abstint de tout commentaire. Le plus dur restait à venir. Il lui fallait maintenant supporter les caresses de ce porc, serrer les dents pour maîtriser les nausées qui accompagnèrent les attouchements auxquels il se livra, en retenant des larmes de rage sous un sourire affiché, destiné à donner le change et à ne rien laisser transparaître de ses sentiments réels. Elle s’était préparée longuement à cela mais elle n’avait pas envisagé que ce serait aussi difficile et douloureux. Abexeth l’avait formée à simuler les plaisirs du corps et elle s’efforça de faire honneur à son professeur en ondoyant de son mieux sous les caresses du guerrier tout en gémissant de la façon la plus convaincante possible. Ragnard était sur un nuage. Lui qui excellait à violer les femmes des peuples qu’il écrasait sous le joug de ses armes, il était conquis et quasiment dompté par une jeune fille blonde qui lui rappelait soudainement les paysages du Vanaheim de son enfance. Il avait ôté le voile bleu qui recouvrait le torse de la jeune fille et mordait à présent ses seins bien fermes en lui arrachant quelques gémissements de douleur.

Isil avait envie d’en finir et elle retira en souriant la main qui pénétrait entre ses cuisses en murmurant de sa voix la plus chaude.
« Et si nous allions dans ma chambre ? Ne serais-tu pas mieux sur un bon lit ? Je saurai t’arracher toutes les plaintes du plaisir qu’un guerrier aussi beau et fort que toi mérite ! »

Il la regarda profondément, cherchant quelque chose qu’il ne distingua pas au fond de ses yeux, puis partit d’un gros rire bien gras en lui assénant une immense claque sur les fesses.
« Tu me plais princesse ! Tu as envie de Ragnard et de sa puissance hein ? Avoue jeune femelle que tes reins n’attendent que ça impatiemment ! »

Elle baissa servilement la tête, ce qu’il prit pour un acquiescement. Il se leva et la souleva dans ses bras sans effort apparent avant de monter les escaliers sous les acclamations de ses hommes qui redoublèrent d’activité auprès des autres filles du lupanar.

Arrivé dans la chambre il la mit debout et défit le ceinturon portant son épée qu’il posa contre le mur. C’était l’épée qu’il avait prise à Adgard. À cette vision, les yeux d’Isil étincelèrent et son regard se durcit.

Ragnard passa derrière elle et arracha brutalement le voile qu’elle portait autour des reins avant de lui caresser les fesses.
« Belle croupe ma jolie, je ne regrette pas d’être rentré de la guerre ! »

Il lui embrassa la nuque et, passant un bras autour d’elle, lui enserra un sein de la main.
« Tu sens bon… je sens qu’on va vraiment passer un bon moment tous les deux… je me demande même si je ne vais pas t’acheter à Braggard pour te ramener avec moi. »

Isil se retourna et le regarda en répliquant vivement.
« Je ne suis pas une esclave et je ne suis pas à vendre ! »

Le Vanir accusa sa surprise du ton fier sur lequel elle venait de répondre tandis qu’elle regrettait aussitôt son empressement. La réponse fut immédiate : Ragnard lui asséna une gifle magistrale qui embrasa sa joue.
« Pour qui tu te prends femme, s’écria-t-il en serrant la gorge d’Isil d’une main puissante. Je ferai de toi ce que je voudrai tu m’entends ? »

La jeune fille étouffait et tentait de se libérer de l’étreinte implacable tout en essayant d’acquiescer de la tête pour le calmer. Elle ne touchait plus terre que de la pointe des pieds. Un moment la panique la gagna. Allait-elle échouer si près du but ?

Mais la colère du Vanir retomba aussi vite qu’elle était venue. Il la lâcha et Isil tituba un instant en se frottant le cou.
« C’est curieux, dit-il, j’ai l’impression d’avoir déjà vécu ce moment… es-tu sûre que nous ne nous connaissons pas ? Où cela pourrait-il bien avoir eu lieu ? »

Ragnard lui tourna le dos et commença à se dévêtir, abandonnant les éléments de son armure de cuir léger un peu partout en marmonnant, perdu dans ses pensées, tandis qu’Isil reculait de trois pas pour se rapprocher de l’épée.
« Au Vanaheim ? … en Cimmérie ? … Es-tu déjà allée au Vanaheim princesse ? demanda-t-il le dos toujours tourné alors qu’il achevait son déshabillage.
– Je ne m’appelle par princesse mais Isil, fille d’Adgard, chef du Pays des Quatre Vallées, que tu as tué et de Maliah sa femme, que tu as assassinée lâchement ! »

Il fut de nouveau surpris et interpellé par le ton sec et froid qu’elle venait d’employer et se retourna. Devant lui, à quelques centimètres de son visage se dressait la pointe de sa propre épée tenue à bout de bras par la jeune fille.
« Voilà qui est intéressant, dit-il d’une voix presque inaudible en plissant les yeux. Laisse-moi me rappeler… »

Il se gratta la tête pour fournir visiblement un effort de mémoire puis ses yeux s’écarquillèrent et se mirent à briller.
« Oui, dit-il, maintenant je me souviens… une grande bataille… ton père oui, je lui ai pris son épée avec laquelle je lui ai coupé la tête… »

La pointe de l’épée se rapprocha de sa gorge.
« Et ta mère… une belle femme courageuse qui s’est mise sur mon chemin… elle n’a pas souffert tu sais…
– Elle n’était pas armée… Je t’ai vu lui trancher la tête ! Tu es un lâche, une ordure d’assassin ! »

L’épée avança jusqu’à ce que la pointe entre en contact avec la peau du Vanir, l’obligeant à relever un peu la tête. Il ricana et se mit à sourire de toutes ses dents.
« Mais alors… toi… Oui, toi tu es la jeune fille qui se battait si bien… la pucelle que j’ai prise sur une table… Je me souviens parfaitement à présent ! Tu n’es pas morte là-bas ? Après ce que mes hommes t’ont fait tu as réussir à t’en sortir et… à me retrouver ? »

L’incrédulité mêlée d’admiration se lisait sur son visage. Il recula et s’assit sur une chaise sans la quitter des yeux puis il se mit à applaudir tout doucement.
« Quelle femme tu fais ! Quelle splendide amazone digne d’un roi tu ferais à mes côtés ! Nous pourrions guerroyer ensemble le jour et faire l’amour la nuit, qu’en penses-tu ? »

Isil serrait les mâchoires à s’en faire mal et parvint à peine à articuler.
« Tu n’es qu’un lâche et un porc ! Toi et moi ensemble ? »

Elle lui cracha dessus sans qu’il ne bouge d’un cheveu.
« Plutôt crever, cria-t-elle, tu vas mourir Ragnard comme tu as tué ma mère, avec la même épée ! »

Le vanir leva les yeux au ciel.
« Si telle est la volonté de Crom, oui sans doute… il faut bien qu’un jour notre vie s’achève… Si mon temps est venu, autant que ce soit par les mains si jolies d’une personne comme toi. Je suppose qu’après tu te mettras à la recherche de… comment s’appelait-il déjà cet homme qui nous a guidé jusqu’à ton pays ? »

Une flamme passa dans le regard d’Isil.
« Marak, souffla-t-elle… Tu sais où il se trouve ?
– Peut-être, marmonna Ragnard.
– Dis-le moi ou sinon…
– Ou sinon quoi ? Puisque de toutes façons tu dois me tuer… vas-y, tu ne le retrouveras jamais… »

L’épée trembla légèrement au bout du bras de la jeune fille.
« Parle !
– Non, dit Ragnard… si tu veux que je te le dise, il va falloir que tu termines ce que tu as commencé à faire avec moi. »

Isil pencha sa tête d’un air interrogateur.
« C'est-à-dire ?
– Je te propose ceci : pose ton épée et fais ce pour quoi j’ai payé… ensuite je te dirai où se trouve Marak et je te donnerai une chance de me tuer… moi à mains nues contre toi à l’épée… équitable non ? Tu devrais pouvoir t’en sortir avec les honneurs !
– Tu es fou ?
– Non, je sais de quoi je parle… si tu t’es enterrée dans ce lupanar juste pour me retrouver, c’est que tu as une volonté hors du commun et tu ne laisseras pas passer l’occasion de retrouver la trace du traître qui a causé la mort de tes parents et de ton peuple… sans lui, nous ne serions jamais passés par les Quatre Vallées dont je ne soupçonnais même pas l’existence. C’est lui ton pire ennemi, pas moi ! »

Progressivement l’épée s’abaissait et la jeune fille recula de quelques pas  avant de la la poser contre le mur. Ragnard toujours assis sur sa chaise n’avait pas tenté le moindre mouvement mais il la regardait droit dans les yeux.
« Tu as ma parole que je ferai ainsi, lui dit-il. Maintenant viens à moi. »

Elle s’avança jusqu’à lui, comme vaincue par ses paroles, la tête basse. Il lui prit la main et l’attira vers lui pour qu’elle se mette à genoux.

…………………………………………….

De façon inattendue, le vanir se montra plutôt doux lorsqu’il prit Isil sur le lit, comme s’il avait voulu effacer le souvenir du viol qu’il lui avait infligé deux années plus tôt. Il se conduisit comme un amant envers sa maîtresse, sans brutalité, avec des gestes qui trahissaient l’admiration qu’il avait pour elle… un observateur extérieur aurait presque pu prendre cette attitude pour de l’affection voire de l’amour. Néanmoins, la jeune fille resta de marbre tandis qu’il atteignait l’extase du mâle vainqueur.
« Je regrette de ne pas t’avoir connue dans d’autres circonstances, lui dit-il en reprenant son souffle, allongé à son côté. »

Isil ne trouva rien à répondre. Il reprit.
« Tu veux savoir où tu pourras trouver Marak ?
– Oui, répondit-elle simplement, la gorge serrée, des larmes au bord des yeux qui ne demandaient qu’à couler.
– Il travaille pour un dénommé Demetros, un puissant personnage de Belvérus en Némédie. Je crois qu’il est son intendant.
– Merci, murmura-t-elle. »

D’un geste brusque il se leva soudain et courut vers le fond de la chambre, là où se trouvait son épée. Isil lança vivement la dague qu’elle tenait depuis déjà un bon moment dans ses doigts et qu’elle avait pris soin de cacher sous le matelas à sa portée. La lame se planta entre les deux omoplates du Vanir qui tomba à genoux, la respiration coupée et le bras tendu vers la lame. La jeune fille fit trois bonds et se jeta à son tour sur l’arme. Ragnard à genoux, tentait désespérément de saisir la poignée de la dague fichée dans son dos sans pouvoir l’atteindre. Le souffle court il regarda Isil sans haine et sans colère.
« Je ne regrette rien… souffla-t-il avec peine, tu es… quelqu’un d’extraordinaire… une fille courageuse… Fais attention à toi, tu mérites mieux que… tout cela… Maintenant vas-y ! »

La lame fendit l’air de la chambre en sifflant et la tête de Ragnard tomba sur le sol avec un bruit mat, suivie du reste du corps. Un flot de sang se répandit sur les épais tapis multicolores.

Sans plus accorder un regard à sa victime, Isil essuya l’épée et la dague avant de les ranger dans son sac de voyage. Puis elle se lava, s’habilla, revêtit sa cape et passa le sac et son arc en bandoulière. Depuis longtemps elle avait étudié le moyen de s’échapper par les murs extérieurs. Elle enjamba le balcon et se faufila le long d’une étroite corniche qui menait jusqu’à l’aplomb du mur d’enceinte en passant devant les autres appartements. Les filles étant occupées dans l’atrium, ceux-ci étaient vides et ne présentaient aucun danger. Arrivée au bout de la corniche elle attrapa la liane d’une grande plante grimpante et descendit silencieusement dans une ruelle déserte. Elle marcha jusqu’à des écuries où elle avait acheté puis laissé en pension un cheval qu’elle sella avant de prendre la route qui partait vers l’est et la Némédie.


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laayla

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Jeu 7 Nov - 16:39

Je lis vraiment pas beaucoup de fics (j'aime pas trop lire sur l'ordi)...j'aime pas trop Conan et son univers...mais il y a quelques semaines un miracle s'est produit, et j'ai commencé à lire ton histoire Hiivsha, (je suis au chapitre 13), et j'aime vraiment beaucoup.

Isil est vraiment attachante comme héroine, j'aime beaucoup les loups aussi (petite larme pour Louve) on se prend de compassion sans problèmes pour tes personnages, qu'il soient humains ou loups, les descriptions ne sont pas pesantes, et le texte se lit facilement, 

Pour ce qui est des fautes j'ai rien à dire à ce sujet, quand je suis dans l'histoire je regarde vraiment pas à ça et de plus je suis une quiche en aurtaugraffe, je laisse ça aux autres ^^ 

Bref encore une fois, j'aime beaucoup
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Jeu 7 Nov - 17:44

laayla a écrit:
un miracle s'est produit,
Ah carrément ? cheers 

Je suis content que tu adhères à mon histoire. J'ai mis beaucoup de cœur et de tendresse dans l'histoire de mon héroïne et tu me fais plaisir en la trouvant attachante. J'ai essayé de trouver le bon équilibre pour écrire une histoire "adulte" sans complaisance, en cherchant à ne pas tomber dans un érotisme (voire plus ?) inutile à la Spartacus  ni dans du mièvre "harlequinien". Par rapport à mes deux derniers romans ancrés dans Star Wars ancienne république, "l'Archère des Quatre Vallées" est un récit plus condensé, moins détaillé, approfondissant moins la psychologie des personnages pour laisser davantage la place à l'aventure dans un format resteint (250 pages A5 vs 500 pour mes romans SW). Du coup, j'avais peur d'avoir sous-dimensionné la présentation des personnages principaux.

J'espère que ça te plaira jusqu'au bout ! Wink

PS : Pour les fautes, en principe, il ne devrait pas y en avoir beaucoup, je me relis attentivement même si je dois par-ci par-là en laisser passer... et pour le reste, maladresses, forme, style... l'ami Aj Crime est en train de passer le roman au crible d'une façon fort critique mais très utile pour qui cherche à perfectionner son écriture... une fois fini de le poster ici, j'aurai sans doute pas mal de jours de boulot pour tout reprendre à la lumière de sa bêta-lecture.

Ce que j'aimerais à la fin, étant donné que l'oeuvre d'Howard est tombée dans le domaine public et qu'après tout, je ne fais que des références à quelques lieux du Monde de Conan, le reste étant entièrement original comme histoire, ce serait parvenir à le faire publier... si j'y arrivais, j'écrirai une suite dont au moins la moitié est déjà écrite... tiens, je vais proposer le manuscrit chez Harlequin ! lol! 
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   

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[Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]
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