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 [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]

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aj crime
Croquemitaine
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 26 Juin - 23:17

Ah ouais, en effet... mais un gros téléchargement me fait toujours plus peur qu'un petit copié coller... pis je préfère sous mon word je m'y sentirai plus à mon aise pour te parler via l'entremise de ta création.
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 26 Juin - 23:29

Comme tu veux... ceci dit, si tu souhaites les fichiers .doc de l'un ou l'autre des romans, je peux te les envoyer par email... suffit de demander Wink
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aj crime
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Jeu 27 Juin - 21:24

Si tes posts sont à jour des dernières corrections... ça me va comme ça. Je t'en ferai retour lorsque j'aurai terminé ma lecture active.
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Jeu 27 Juin - 21:59

C'est vrai que poster ici, m'oblige à relire un à un chaque chapitre pour les corriger et les améliorer, chose qui n'est donc pas encore faite dans le .doc ni d'ailleurs les versions intégrale PDF et EPUB qui bénéficieront, à l'issue du passage du ce forum, d'un texte corrigé et amendé.

C'est d'ailleurs à ça aussi que ça sert de poster sur un forum bout par bout Wink
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Den
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 30 Juin - 14:53

C'est décidément un fic bien agréable à lire!
Le ton est mature, le style impeccable, et l'histoire réellement passionnante. 
Même si je le voulais, je ne pourrai trouver de points négatifs tant cette histoire m'est plaisante. 

Vivement la suite!

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Ne regardez jamais la nuit en face. Ses ténèbres nous haïssent.
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 30 Juin - 17:55

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6 - Les Noces de Sang

Elamir ne savait que dire. L’horreur de la situation était un fardeau surhumain que nul homme seul ne pouvait porter. Que faire ? Combattre ? Oui, mais seul il n’avait aucune chance. Se cacher ? Cela lui paraissait lâche et pourtant que fallait-il faire d’autre, à part mourir ?
« Reste là mon amour, reste cachée, ils ne te trouveront pas. Je veux que tu survives, je veux que tu t’en sortes…
– Mai toi ? »

Il prit son épée.
«  Je vais aller combattre, lutter jusqu’à la mort.
– Non, je ne veux pas, tu n’as aucune chance, c’est inutile, je veux que tu vives ! Reste avec moi ! Échappons-nous ! Je ne veux pas te perdre ! »

Elamir l’embrassa fébrilement.
« Fuir, comment pourrais-je vivre en sachant que je n’ai rien tenté ? »

Isil le retint en lui serrant la tête dans ses mains.
« Mais tu ne peux plus rien… Nos pères ont échoué, tu n’y changeras rien… Je t’aime, j’ai besoin de toi, que tu me protèges, de ton amour pour vivre… Si tu meurs, je meurs aussi ! Si tu y vas, j’y vais aussi ! »

Le jeune homme l’embrassa encore en la repoussant dans l’ombre de la grange.
« Non, je veux que tu vives ! Je t’aime et je t’aimerai par delà la mort, tu m’entends ? Isil, si tu m’aimes reste en vie ! »

Elle s’effondra en larmes dans ses bras. Un homme en noir fit alors une apparition à l’entrée de la grange et s’exclama d’une voix rauque.
« Mais qu’avons-nous là qui se terrent comme des rats ? Un joli petit couple d’amoureux ? Tous les hommes ne sont-ils pas donc venus à nous pour être massacrés ? À moins que tu ne sois pas un homme mais un puceau ! »

Il était grand. Un vrai colosse. Elamir s’élança et abattit son épée sur lui. Le guerrier para le coup et riposta puissamment en déséquilibrant son adversaire. Isil cria. Le jeune homme se redressa et faucha. Le vanir se recula à temps pour éviter le coup. Les épées s’entrechoquèrent bruyamment en provoquant des étincelles. Le combat était inégal. L’armure solide du guerrier absorbait les coups que le fils du forgeron parvenait à placer jusqu’au moment où la lame de son adversaire parvint à lui lacérer les côtes. Il poussa un cri de douleur et la jeune fille hurla de nouveau.

Il sentit sous ses doigts le sang chaud et poisseux s’échapper de la plaie. Il riposta et toucha le colosse noir à la cuisse. Son adversaire poussa un grognement de fureur et lui assena un coup terrible qui lui fit perdre son épée. Il saisit alors Elamir à la gorge d’une main puissante et le plaqua contre un piler en bois tandis que le jeune homme essayait vainement de se libérer de l’étreinte qui l’étranglait. Le vanir lui dit en serrant les dents.
« C’en est fini pour toi misérable déchet humain, je vais te tuer et après, je prendrai ta jolie femelle et je lui donnerai ce que tu n’as jamais du savoir vraiment lui donner. »

Isil cria en se relevant pour se jeter contre l’agresseur. Le guerrier enfonça d’un coup sec son épée dans le torse d’Elamir sans même que ce dernier ne puisse pousser un cri. L’instant d’après, d’un revers de son autre main, il frappa le visage d’Isil qui fondait sur lui en l’envoyant rouler à terre. Il retira l’épée et sa victime fit trois pas en se tenant la poitrine avant de s’écrouler à côté de sa fiancée.
« Elamir ! cria Isil horrifiée. Elamir, non ! Non ! »

Elle lui embrassa les yeux, le visage, la bouche, en pleurant.
« Ne meurs pas, je t’en supplie !
– I… Isil… râla le jeune homme, je t’… t’ai… me. »

Ses yeux se fermèrent et il mourut en lui souriant tendrement. Isil poussa un cri déchirant, inhumain, comme un loup prit au piège qui sent la mort arriver. Le temps s’arrêta. Puis elle sentit une force la traîner en arrière, sur le dos. Le guerrier s’était mis à genoux entre ses jambes et lui avait remonté la robe.
« À toi ma jolie, dit-il avec des yeux brillants. Il avait enlevé son casque et montrait une tête affreuse de barbare, marquée de nombreuses estafilades. Voyons ce que tu as à m’offrir ? Allez, sois gentille ! »

Il tentait d’ouvrir son armure afin de pouvoir accomplir son acte en toute liberté quand la main droite d’Isil se posa sur la jambe d’Elamir. Elle sentit sous ses doigts la dague du jeune homme et s’en saisit. Alors que le vanir s’évertuait à défaire son entrejambes, elle planta la lame à la base de son cou d’un geste précis et vif.
L’homme s’effondra sur elle. Le souffle coupé, elle roula pour s’en dégager et revint vers son fiancé. Il ne bougeait plus. La mort l’avait pris. Le rêve était brisé. Isil resta un instant sans pouvoir penser. En quelques minutes sa vie venait de basculer dans l’horreur et un puits sans fin s’était ouvert sous ses pieds, dans lequel elle tombait, et dont elle ne parviendrait peut-être jamais à ressortir.

Alors elle prit l’épée, bien décidé à le suivre dans la mort en combattant. Elle se retourna au moment où un autre guerrier entrait dans la grange et s’approchait d’elle. Elle se laissa tomber à genoux et fit remonter sa lame de bas en haut en passant sous l’armure de l’homme, lui perforant l’abdomen. Il s’écroula. Du sang gicla sur son visage mais elle n’y prêta pas attention et sortit dans l’arène. On se battait désespérément partout dans le village. Les gens couraient, des maisons commençaient à brûler. Cris et fureur. La mort était partout. Elle avança. Un vanir vint à sa rencontre. Sans attendre elle projeta son épée dans la visière du guerrier qui expira aussitôt. Puis un autre voulut l’arrêter. Elle para habilement l’attaque et roula à terre, avant de lui cisailler les jambes derrière les genoux. L’homme s’affaissa et elle l’acheva d’un puissant coup de lame. Le suivant mourut de la même façon que le premier. Isil se dit inconsciemment que le point faible de l’homme et de l’armure était décidément bien situé au bas de son ventre, et elle constata que chaque fois qu’elle se jetait à genoux devant son ennemi, celui-ci marquait toujours un temps d’arrêt, sans doute dû à la surprise, qui s’avérait fatale pour lui. Pourquoi n’en eût-elle pas profité ? Chacun se battait avec les armes qu’il possédait. Eux avec leur force brutale, elle avec sa souplesse et son apparente fragilité toute féminine.

Du haut des marches qui montaient à la maison commune, Ragnard supervisait le massacre, entouré d’un colosse à tête rasée, armé d’une hache énorme qu’Isil n’aurait sans doute pas pu soulever, et de quelques-uns de ses généraux. Il observait depuis quelques minutes une frêle et blonde silhouette qui s’agitait sur le chemin et causait visiblement des dégâts inexplicables dans ses rangs. Pointant du doigt la jeune fille, il s’adressa au géant.
« Cela suffit. Mes hommes ont l’air de femmelettes effarouchées en face d’elle. Il suffit. Gnor, tue-la ! »

Marak qui avait entendu posa sa main sur le bras du chef vanir.
« Non ! dit-il »

Ragnard tourna vers lui un regard terrible et meurtrier en baissant les yeux sur la main qui avait osé le toucher. Marak la retira vivement comme s’il l’avait posée sur des charbons ardents et bafouilla des excuses.
« C’est elle excellence, c’est Isil, la fille d’Adgard. La future mariée… enfin, l’ex-future mariée… Je la souhaite vivante et désirerais la garder pour moi… S’il vous plait, Ragnard. »

Le vanir le foudroya de ses yeux noirs et rectifia son ordre à l’adresse du colosse.
« Je la veux vivante. Dépêche-toi avant que mes lâches d’hommes ne finissent par fuir devant sa rage.
– Facile, répondit le géant d’une voix d’outre tombe. »

Il descendit les marches en faisant craquer les escaliers de bois et s’avança vers Isil, ombre démesurée qui dansait à la lumière des flammes alentour. Elle vit cette masse impressionnante se diriger vers elle et se mit en garde. L’énorme hache se leva avec une rapidité surprenante. Elle para le coup mais l’épée se brisa net sous l’impact. Puis elle reçut un coup de poing sur la tête en tomba dans un trou noir.

Elle se réveilla dans un coin de la salle commune entravée par les poignets et suspendue comme un morceau de viande au crochet d’une poutre. Elle ne touchait terre que de la pointe des pieds. La bataille semblait terminée car les vanirs avaient pris place autour des tables du banquet qui avait été dressé pour ses noces, et certains apportaient les plats qu’ils avaient trouvés sur des tables de service, ainsi que les broches qui supportaient les nombreuses pièces de viandes rôties, cuites à point.

Sa tête lui faisait encore mal. Au centre de la salle, Ragnard trônait à la table qui avait été réservée pour les futurs époux. À côté de lui, n’en croyant pas ses yeux, elle reconnut Marak, l’infâme Marak qui avait voulu la ravir à Elamir en le provoquant en duel et qui avait été banni du village pour avoir tenté d’assassiner son vainqueur par traîtrise.
« Quel pays extraordinaire qui nous offre un banquet digne de roi alors que nous venons pour le piller ! s’exclama Ragnard en levant une coupe de vin. »

Les vanirs s’exclamèrent bruyamment en imitant leur chef et vidèrent leur coupe. Ils se jetèrent sur cette nourriture appétissante et abondante, bienvenue après des semaines de chevauchée à travers des pays inhospitaliers, parsemés de batailles et de massacres.
« À Ragnard ! cria l’un des hommes.
– À Ragnard ! reprirent-ils tous en chœur. »

Le chef leur rendit le salut et son regard se posa sur la jeune fille suspendue dans un recoin de la grande salle. Il se leva.
« La belle guerrière s’est enfin réveillée ! observa-t-il en marchant sur elle. »

Isil le vit s’avancer vers elle avec un haut-le-cœur prémonitoire. Ses bras la tiraillaient douloureusement et elle essayait tant bien que mal de soulager le poids de son corps du bout de ses pieds. Le chef vanir se campa devant elle.
« Combien de mes hommes as-tu occis, femelle ! s’exclama-t-il en exhalant une haleine putride et avinée. »

Elle soutint son regard avec une rage impuissante.
« Pas assez, à ce que je vois ! Il en aurait fallut bien d’autres pour vous faire quitter les lieux. Barbares, il n’y avait que des femmes et des vieillards en face de vous ! Quels courageux guerriers faites-vous donc ? »

À ces mots, Ragnard leva la main et la gifla violemment. Un peu de sang coula au coin des lèvres d’Isil.
« Réponds à ma question, garce !
– Je… je ne sais pas, répondit Isil ne sachant pas où il voulait en venir. Cinq peut-être ? »

Il leva les yeux au ciel.
« Cinq, cria-t-il… une fragile pucelle a envoyé cinq de mes gardes d’élite dans les champs éternels, à elle toute seule ! »

Il toisa ses hommes du regard. Ils étaient silencieux comme si l’opprobre rejaillissait sur chacun d’entre eux et baissaient les yeux.

Ragnard laissa tomber en lui tournant le dos
« Cinquante coups de fouet ! »

Un vanir s’approcha d’elle et déchira brutalement la robe la dénudant presqu’entièrement. Il passa derrière elle avec un fouet de cuir tressé, fait pour dresser les chevaux. La longue lanière claqua et s’abattit sur le dos de la jeune fille en s’enroulant autour de son torse. Elle sentit une déchirure brûlante et des larmes de douleur lui brouillèrent la vue. Elle étouffa un cri puis s’exclama les mâchoires serrées.
« Est-ce ainsi qu’on traite ceux qui osent combattre l’épée à la main dans le Vanaheim ? Est-ce ainsi que tu récompenses tes guerriers qui font preuve de courage, Ragnard ? Qui est le lâche ici ? »

Un silence se fit. Le chef s’était immobilisé et ferma un instant les yeux avant de se retourner et de faire signe à l’homme qui tenait le fouet de disparaître.
« Tu as raison, femelle. Tu mérites qu’on t’honore pour ta bravoure et non qu’on te punisse. »

Il était maintenant tout près d’elle et Isil regretta soudain ses paroles. Il bouillait d’une colère intérieure, sourde, comme un volcan qui menace d’entrer en éruption. Il caressa un sein et le pressa avec force, arrachant un cri de la jeune fille qui se raidit. Il murmura les dents crispées.
« Tu sais comment on honore les pucelles dans ton genre au Vanaheim, dis ? À ta guise. Ce sera plus doux que le fouet… surtout pour moi ! »

Il fit quelque pas et s’arrêta devant une table en bois massif pour la balayer d’un bras et faisant voler tout ce qui l’encombrait. Il cria rageusement.
« Détachez-là et emmenez-là ici ! »

On s’exécuta et on dépendit la jeune fille puis on lui ôta les lambeaux de sa robe de mariée et des mains puissantes la couchèrent sur la table, les bras en arrière retenus par une corde qu’on passa autour d’un des pieds du meuble. Ragnard s’approcha d’elle en lui écartant les genoux puis la saisissant par les hanches, il la fit glisser vers lui jusqu’à ce que ses reins se plient en arrière sur l’arrête du plateau de bois.

Les hommes s’étaient rapprochés en murmurant. Marak arriva contre leur chef et lui murmura.
« Ragnard, elle est pour moi, tu me l’avais promis. »

Le vanir lui répondit d’un ton qui n’admettait pas de réplique.
« Je te l’ai promis vivante, pas intacte ! »

Marak se mordit les lèvres jusqu’au sang et son regard croisa celui d’Isil. Elle le fixa intensément avec un regard meurtrier et l’obligea à baisser les yeux. Elle ne disait rien, mais sa poitrine se soulevait rapidement au rythme de sa respiration et des larmes coulaient au coin de ses yeux en silence. La position la faisait terriblement souffrir et elle avait l’impression qu’on lui transperçait les reins avec des aiguilles.

Ragnard s’était défait et cria en tirant ses hanches vers lui d’un geste brusque.
« Voilà comme je t’honore, guerrière ! »

Isil se cambra sous la douleur. Le vanir s’arrêta et regarda ses hommes autour de lui puis son regard vint se poser sur celui de Marak. Il s’exclama.
« Tu avais raison, Marak ! Elle est vierge ! »

Marak baissa la tête vaincu tandis que les guerriers poussaient un grand cri féroce en levant leurs coupes remplies de vin.

Le rideau du temple se déchira et le souffle d’un vent de fureur envahit tabernacle sacré en bousculant tout sur son passage. La coupe fut renversée et le vin se répandit sur le linge immaculé qui recouvrait l’autel, telle une mare de sang. Les murs furent ébranlés et tremblèrent sous les coups de butoir de l’ennemi. Le temple était un lieu de prière et d’amour et n’était pas bâti pour résister à une violence pareille. Il fut vaincu en un instant.

Un vanir tendit une coupe à son chef quand il se recula. Ce dernier la leva très haut sous les acclamations de ses hommes et la porta à ses lèvres assoiffées aussitôt imité par toute la troupe. Le liquide déborda et s’écoula en cascade le long de son cou jusque sur son armure. Il s’essuya d’un revers de bras en éructant bruyamment puis il revint prendre place au centre du banquet en criant à la cantonade tout en levant les bras.
« Elle est à vous maintenant ! »

Un hurlement de satisfaction lui répondit en écho tandis que Marak objectait.
« Non Ragnard, non ! Il n’est pas question que je passe derrière tous tes hommes… dans ce cas, tu peux la tuer aussi, je n’en veux plus ! »

La horde pénétra dans le lieu sanctifié pour le profaner à son tour avec rage et violence. Rien n’échappa à sa sauvagerie. Le Saint des Saints fut ravagé sans considération pour sa pureté et le Graal lui-même, le Calice sacré qui donne la vie, fut inondé par leurs assauts de fureur obscène et corrompue. Les profanateurs se répandirent partout en souillant tous les autels des lieux et aucun endroit du Temple n’échappa à leur frénésie destructrice. Avec force ils en firent tomber les remparts et lacérèrent les murs de leurs griffes acérées.

Alors l’âme quitta le Temple sacré, et s’envola vers une lumière qu’elle seule pouvait apercevoir et atteindre, au-dessus des montagnes embrumées, au-delà des plaines vertes et des torrents cristallins gorgés d’écume blanche, là où les fleuves se rejoignent en chantant. Et dans cette lumière douce et chaude, il y avait des mains tendues et des visages qui lui souriaient. Ils étaient tous là, nombreux, Adgard, Vaener, Maliah, Elandel, Osric, Iseldar et tant d’autres encore. Au milieu d’eux se tenait Elamir, auréolé de blanc, plus beau que jamais, drapé dans un linge immaculé, qui la regardait avec tant d’amour. Il l’appelait tendrement… « Isil… Isil… viens, n’aie pas peur… Viens nous rejoindre… ».

À la souffrance s’ajouta l’humiliation. Elle ne fut entre leurs doigts qu’un jouet désarticulé comme un pantin qui ondule sous des ficelles maladroitement manipulées. Elle fut battue par d’énormes mains gantées de cuir et sa peau fut livrée à des branches de vignes qu’ils abattirent sur elle en poussant des rires et des grognements de bêtes sauvages pour la faire réagir. Mais désormais seul son corps répondait car son esprit était ailleurs. Elle se plia mécaniquement à leur volonté farouche sans même en avoir conscience et rien ne lui fut épargné, jusqu’à ce que sans vie, son corps ne glisse entre leurs doigts et s’écroule recroquevillé à leurs pieds, inerte.

Ils l’abandonnèrent alors à la terre et retournèrent à leurs libations en riant et en hurlant leur plaisir. La nuit s’achevait et leur course allait bientôt reprendre. Dehors l’aurore pointait, illuminée par la lumière des incendies qui ravageaient les vallées, desquelles de sinistres et épaisses volutes de fumée s’élevaient dans un ciel de sang. Le sol à l’extérieur était jonché de cadavres et seuls les chevaux qui frémissaient et piétinaient d’impatience, prouvaient qu’il y avait encore une présence en ces lieux.

Le matin venu, Ragnard fit sonner le cor et rassembla ses hommes. Des maisons qu’ils quittèrent, personne ne resta en vie. Ils lancèrent des torches enflammées, embrasant les chaumières qui se mirent à crépiter dans l’aube funèbre. La salle commune se vida et les hommes montèrent à cheval. Un homme demanda à son chef au moment où celui-ci s’apprêtait à sortir.
« Et la fille, Ragnard, qu’est-ce qu’on en fait ? »

Le vanir regarda le corps nu et recroquevillé qui n’avait plus bougé depuis des heures. Il interrogea Marak du regard. Ce dernier secoua la tête.
« Fais-en ce que bon te semble, je te l’ai dit, je n’en veux plus désormais. »

Ragnard se retourna vers le guerrier qui avait déjà sorti son épée du fourreau et l’arrêta d’un geste.
« Laisse-là ! Elle vaut mieux que beaucoup d’entre vous ! Si elle survit à tout cela, c’est qu’elle mérite de vivre. J’aurais aimé la connaître en d’autres circonstances, ajouta-t-il imperceptiblement. »

Puis il sortit de la maison.

Il donna le signal du départ et de la grange on fit sortir une longue file d’enfants, tous adolescents, filles et garçons, entravés et liés les uns aux autres qu’ils emmenèrent avec eux dans un torrent de pleurs et de gémissements.

En descendant la vallée, d’autres troupes identiques les rejoignirent et l’armée d’élite ainsi reconstituée quitta le pays des Quatre Vallées par le sud pour s’enfoncer en Aquilonie avec son sinistre butin.



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Dernière édition par Hiivsha le Jeu 28 Nov - 20:17, édité 2 fois
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aj crime
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 1 Juil - 21:52

Ben je vais pouvoir copier le dernier chapitre... mon absence se retarde chaque jour un peu plus.


Dernière édition par aj crime le Lun 8 Juil - 0:36, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Dim 7 Juil - 23:59

Je ne t'ai pas oublié, je me mets à jour dans la semaine sur ton texte normalement Wink

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 8 Juil - 19:12

Nous sommes lundi et voici donc la suite de cette histoire. Wink


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7 - Les bûchers



Aube rouge et sanglante,
De l’orée de son bois
La louve sort, et voit
Tout en bas et brûlante,
La plaine qui s’endort
Emplie de mille morts.

Au cri de désespoir
D’une fille esseulée,
Les loups sont appelés ;
Ils sortent, blancs ou noirs,
Et relaient de leur plainte
Ce cri empli de crainte.

Vers cette âme sans vie
Les loups, tout doucement,
S’approchent, et tendrement
Se frottent à l’envi
Pour absorber la peine
De celle qui fut reine.

Alors la louve dit :
« Quitte cette vallée,
Je m’en vais t’allaiter
Et tu reprendras vie,
Loin des hommes méchants
Qui brûlent tous vos champs ! »

Un loup fort, sur son dos,
Porte la jeune fille
Que des louves habillent,
De fourrures, de peaux,
Jusqu’à une tanière
Par delà les clairières.

La meute avait du cœur :
Les loups l’ont adoptée.
La fille a accepté
De devenir des leurs :
Avec eux restera,
Louve elle deviendra !

Les heures s’égrenèrent. Un silence de mort avait recouvert le pays. Les animaux se terraient toujours, affolés par la barbarie dont ils avaient été les témoins. Le monde retenait son souffle.

Une étincelle de vie envoyée par Mitra ranima la jeune fille et la fit revenir de son rêve. Elle frissonna et tenta de bouger. Tout son beau corps meurtri la faisait tant souffrir, la brûlait, la lançait. Elle s’accrocha à la table et tenta de se relever. Ses jambes lui manquèrent et elle défaillit. Alors, elle se mit à ramper à travers la pièce jusqu’à un banc moins haut. Là, elle prit appui de ses bras et souleva son corps qui répondait à peine, pour parvenir à s’asseoir. Sur la table elle attrapa une coupe qu’elle porta à ses lèvres tuméfiées. Le vin lui piqua la bouche mais qu’importe… il y avait ce goût amer, ce goût d’homme, dont elle voulait se débarrasser. Elle but, manqua de s’étouffer, toussa, cracha en se convulsant sous la douleur qu’elle faisait naitre au niveau de ses côtes et dans ses reins. Puis elle recommença, tout doucement. Le vin passa et remplit son estomac d’une douce chaleur. L’alcool jouait son rôle anesthésiant et estompa légèrement les douleurs multiples qui la tenaillaient. Elle mangea un peu, en évitant trop de mouvements.

Puis elle regarda autour d’elle. Il n’y avait plus personne. Aucun bruit. Un silence de mort. Le visage hagard, elle se leva péniblement. Son ventre lui faisait mal, ses cuisses aussi… Elle se demanda quelle partie de son corps ne lui était pas douloureuse. Elle avança pliée en deux, les jambes serrées, à petits pas, parvint ainsi jusqu’au seuil de la salle commune et écarta les cheveux qui collaient à son visage.

Autour d’elle un spectacle d’apocalypse s’imposait à sa vue. Tout n’était plus que ruines fumantes et cadavres sanguinolents. Il n’y avait plus âme qui vive. Seul un pauvre chien errant s’était approché et levait vers elle des yeux suppliants en gémissant. Isil tomba à genoux et poussa un long hurlement qui se répercuta jusque dans les montagnes. Quelque part vers le nord-ouest, une louve dressa l’oreille au fond de sa tanière en émettant un léger grognement à l’adresse de son compagnon. Ils sortirent de leur trou et galopèrent jusqu’à un surplomb d’où on pouvait voir les nombreuses fumées qui s’échappaient des quatre coins du pays. La louve lança à son tour un long hurlement en redressant sa tête. De partout, des loups lui répondirent.

Isil entendit au loin des loups qui semblaient hurler à la mort. Elle se releva, ne sachant ni que faire, ni où aller. Au bord de la folie, elle partit vers le nord et sortit du village, pour traverser les champs, puis la forêt. Elle se traîna ainsi, nue, durant plusieurs heures, jusqu’à arriver à un petit lac entouré de sapins et bordé d’herbe verte et tendre. Leur lac. C’était là, au bord de ce petit paradis, qu’Elamir avait organisé et installé le « nid d’amour » qui devait abriter leur première nuit d’amants, dans une grotte qu’il avait soigneusement aménagée de tentures et de coussins confortables, de fleurs et de flambeaux. Il y avait entreposé nourriture, boissons et vêtements… tout ce qu’il fallait pour, comme avait dit Vaener, « passer l’hiver à deux ».

Le lac était alimenté par une source souterraine qui devait traverser l’écorce terrestre car l’eau en était tiède, même en plein cœur de l’hiver. Au bord de l’épuisement, le visage maculé de sang séché, les cheveux collés sur le visage par la sueur et la crasse que les vanirs avaient déposées sur elle, la jeune fille pénétra dans cette onde qui représentait tant pour elle... comme un bassin de purification… Cette eau était empreinte du souvenir d’Elamir, et ils y avaient tant laissé de leur amour, que nulle part ailleurs elle ne pourrait mieux se laver des souillures qui avaient été infligées à son corps de femme. Elle pénétra dans le petit lac en pleurant toutes les larmes de son corps, en tremblant au souvenir de tout ce qu’elle avait subi, avançant dans l’onde pure jusqu’à ce que son corps fut complètement immergé dans la douce tiédeur. Alors, elle se frotta frénétiquement comme pour se débarrasser de quelques vermines qui lui auraient collé à la peau, fantômes d’épouvante, souvenirs monstrueux des assauts répétés qu’elle avait supportés, douleurs imprimées dans sa chair tendre et innocente. Elle lava tout son corps pendant des heures et des heures jusqu’au milieu de la nuit, alors même que l’obscurité l’avait ensevelie.

Non loin de là, une louve observait sans bouger la scène pitoyable qui se déroulait sous ses yeux. Elle entendit les plaintes et les gémissements qui accompagnaient ce rituel étrange et le murmure des pleurs qui agitaient le corps de cette étrange créature si fragile, qui se tenait dans l’eau.

Un moment, Isil eut envie de se laisser couler pour reprendre son rêve et rejoindre les monts écarlates dans lesquels l’attendaient Elamir et les siens. La mort la prenait sous son aile et l’incitait à plonger au fond de l’eau noire pour venir la rejoindre. Mais Mitra veillait et dit à la mort que l’heure n’était pas venue et qu’elle devrait lutter contre lui pour enlever au présent cette âme si pure. La mort recula et rompit le combat, laissant Isil gémir sur l’herbe verte.

La louve, s’éloigna. Son heure n’était pas encore venue.

La jeune fille se sentait moins douloureuse, et la mâle souillure avait été lavée. Ne restaient que les blessures du corps qui guériraient un prochain jour, et celles de l’âme, qui guériraient peut-être à leur tour… peut-être, mais ce n’était pas sûr. D’une convulsion, Isil vomit tout son corps et décida qu’il ne ferait plus partie d’elle-même. Que seule son âme l’emporterait et la recueillerait. Mais que ce corps souillé à jamais, ne lui appartiendrait plus et qu’elle en userait autant qu’il lui serait utile de le faire pour asservir les hommes qui avaient tué son innocence et pour se venger, si un jour cette récompense lui était donnée, de Ragnard le Vanir et de Marak le traitre. La beauté de son corps serait son arme et son âme le vecteur de sa vengeance. Désormais elle accepterait tout pour arriver à ses fins. Quelle que soit l’humiliation imposée, ce ne serait pour elle qu’une nécessité pour arriver au but qu’elle venait de se fixer. Un but empreint de haine sauvage, qui nourrit à lui tout seul la vie de la personne qui le poursuit.

Il faisait froid et son corps frissonna. Elle rentra dans sa tanière, et se réfugia au fond, dans les coussins de la couche qu’Elamir avait préparé pour qu’elle et lui… C’était fini maintenant… Elle ne connaitrait jamais la chaleur de son corps pénétrant en ses reins, pour l’emmener de l’enfance à l’âge de la femme adulte, procréatrice, reproductrice de l’espèce, maman aimante, femme au foyer, puis un jour, grand’mère attentionnée… Tout cela avait été détruit, violé, profané… La nuit était tombée et le noir recouvrait le lac et la forêt. Isil se recouvrit des draps blancs et or qu’il avait amenés et se recroquevilla, comme un fœtus dans le ventre de sa mère, tremblante et pleurant amèrement.

Dehors la louve s’était couchée à une cinquantaine de mètres de l’entrée de la petite grotte. Son compagnon venait de la rejoindre et l’interrogea du regard. La femelle secoua la tête comme pour lui dire : « Non, pas encore. »

Au petit matin, Isil s’était vêtue d’une de ses tuniques courtes qu’elle affectionnait particulièrement, et lentement, elle avait refait le chemin inverse de la veille. Le ciel était tout bleu et la brise légère. Le parfum de l’automne emplissait ses poumons de senteurs de sapins et de fleurs vagabondes. Tout respirait la paix et pourtant…

Quand elle s’approcha de Valaar, ce fut tout autre chose. Une odeur âcre envahissait l’espace, odeur de suie, de bois brûlé, odeur de mort tout simplement. En arrivant devant le Temple de Mitra, elle vit tous les prêtres, unis dans le trépas. Alors elle commença sa macabre besogne, les emmenant les uns après les autres dans le temple avant d’y mettre le feu comme pour un bûcher funéraire.

Laissant crépiter le sanctuaire de Mitra derrière elle, elle continua. A ses pieds il y avait sa mère. S’agenouillant auprès du cadavre coupé en deux, rigide et blanchâtre, elle lui caressa la joue en lui souriant tristement. Elle avait tant pleuré qu’aucune larme ne venait à présent brouiller sa vue. Seule une colère sourde, enfouie au plus profond de son âme, semblait vouloir remonter en elle.

Il y avait dans l’enclos un vieux cheval de trait qu’on avait épargné et laissé en raison de son âge… hormis tirer une charrue tranquillement sans se presser, il n’était plus bon à rien. Isil s’approcha de lui et lui caressa les naseaux.
« Te voilà comme moi, bien seul, mon pauvre ami ! »

L’animal s’ébroua dans un léger hennissement comme pour lui répondre. La jeune fille lui flatta le cou.
« Avant de te laisser partir, j’ai besoin d’un dernier service. Peux-tu m’aider noble animal ? »

Elle l’emmena et l’attela à une charrette. Ce curieux équipage se mit ensuite à ramasser tous les morts qui jonchaient le sol du village pour les entasser dans la salle commune. Cela dura toute la journée. Isil ne ressentait plus de douleur ni de fatigue. Elle ne pensait plus à rien et soulevait péniblement les corps sans la moindre émotion ni la moindre expression. Les uns après les autres elle les rassemblait, puis, quand tout fut achevé, elle versa toute l’huile des lanternes à l’intérieur de la grande maison de bois, rassemblant autour des cadavres tout ce qui pouvait brûler, bancs, tables, paille, tentures… puis elle y mit le feu et sortit lentement de la salle alors même que les flammes commençaient à tout dévorer.

Elle fit de même dans chaque maison qui n’avait pas brûlé, rassemblant les enfants qui n’avaient pas été emmenés, les plus jeunes, aux côtés des vieux et des mères et livrait les corps au feu purificateur.

Le soir tombait lorsque tout fut accompli.

Elle libéra le vieux cheval de ses entraves et de son harnachement, et lui donna une grande claque sur l’arrière train pour l’inviter à partir, à charge pour lui de trouver un endroit pour survivre, le plus loin possible de cet enfer. Comme s’il avait compris, l’animal partir au galop vers le sud jusqu’à disparaître sur le chemin.

Soudain, Isil se sentit seule.

Il restait maintenant la grange. Isil s’arrêta comme si une force invisible l’empêchait d’aller plus loin et lui ôtait la respiration. Elle se mit à trembler de tous ses membres et sentit soudain les forces lui manquer. Elle fit un pas, puis un autre avec un effort surhumain et arriva sur le seuil d’où elle pouvait voir Elamir, étendu, une mare de sang séché au-dessous de lui. Elle le regarda attentivement. Son visage était en paix, empreint de sérénité et ses lèvres dessinaient un léger et tendre sourire figé dans l’éternité.
« Je t’aime, avait-il dit en expirant dans ses bras. »

Il lui semblait entendre encore l’écho de ses paroles résonner autour d’elle.
« Ô Elamir ! murmura-t-elle en lui caressant le visage. Pourquoi n’ai-je pu partir avec toi ? Que ne me suis-je laissée transpercer le corps par ces sauvages… nous voyagerions ensemble à l’heure qu’il est, alors que là, tu vas devoir m’attendre… mais peut-être ce ne sera pas très long, mon amour. »

Elle saisit le corps dans ses bras et se releva en gémissant sous l’effort. Il était lourd pour elle mais elle n’en avait cure et se mit en route vers la petite colline où se dressait sa maison. Titubant sous le poids de son fardeau elle tomba à genoux sur le chemin. Des larmes lui revinrent alors aux yeux, de rage et de souffrance. Elle serra les dents et se releva en criant. De nouveau elle avança et arriva au pied du tertre lorsque son pied heurta une pierre qui la fit de nouveau tomber à genoux. Elle regarda Elamir avec un pauvre sourire.
« Je n’y arriverai pas mon amour, tu es trop lourd… »

Elle pensa le poser là pour aller chercher une brouette ou un petit chariot. Puis elle se ravisa.
« Non ! hurla-t-elle. C’est moi et moi seule qui t’y amènera ! »

Sa rage puisa en elle des forces insoupçonnées et elle se redressa encore une fois pour entamer l’ascension du petit chemin qui montait vers la maison de son père, en titubant à chaque pas. Sur le seuil, les forces lui manquèrent et ses jambes se dérobèrent. Elle tomba une troisième fois et s’effondra en pleurant sur le corps de son aimé.
« Mitra, cria-t-elle, pourquoi ? Pourquoi les as-tu laissé faire ? Quel sens peux-tu donner à tout cela ? »

Elle resta un long moment, prostrée, puis le souffle tiède de la brise pénétra dans la maison en faisant voler sa blonde chevelure. Elle entendit comme un murmure. Pourtant il n’y avait personne.
« Je vais devenir quoi sans toi ? dit-elle en regardant le visage d’Elamir. »

Rassemblant ses dernières forces, elle le poussa, le traîna, le hissa sur le lit qui devait être le leur et s’étendit à ses côtés, épuisée. Après tout, il lui suffisait peut-être d’attendre ici que le mort la prenne et si elle tardait trop, elle pouvait toujours utiliser la dague qu’Elamir lui avait forgée pour son dix-septième anniversaire.

Fatiguée, elle s’endormit et son sommeil fut peuplé de rêves contradictoires, mélanges de souvenirs et de cauchemars, de beauté et de visions horrifiques, de lumière douce et de sang.
« Je veux que tu vives ! Je t’aime et je t’aimerai par delà la mort, tu m’entends ? Isil, si tu m’aimes reste en vie ! »

La jeune fille murmura dans son sommeil.
« Oui, Elamir, je vais vivre. »

Le beau visage disparu pour laisser place aux traits difformes de Ragnard.
« Voilà comme je t’honore, guerrière ! »

Derrière un rideau de flammes, elle le voyait qui s’acharnait sur elle. Au-dessus de lui une grande épée scintillait. Sa poignée était ornée de pierres précieuses serties dans des feuillures d’or et sa lame était finement ciselée et tranchante comme une lame de rasoir. Elle flottait dans l’éther quand soudain elle tomba en fendant la tête du barbare qui disparut dans le feu. L’épée était maintenant dans sa main.

Elle ouvrit les yeux en haletant. La nuit était tombée. La clarté de la pleine lune inondait la pièce. Des loups hurlèrent au loin. Elle se dressa sur son séant et regarda Elamir. Elle lui murmura.
« Je vivrai mon amour. Je vivrai pour tuer Ragnard… et Marak. Je ne te rejoindrai pas avant d’avoir accompli cette quête. Ensuite seulement, si tu veux toujours de moi, je te retrouverai par delà les montagnes de la mort. »

Isil se pencha vers lui, et posa une dernière fois ses lèvres sur celles glacées de son fiancé puis elle se leva.
Elle retourna dans les pièces vides, retrouvant çà et là quelques objets qui ravivèrent en elle de merveilleux souvenirs. Une poupée que son père avait habillement confectionnée pour ses cinq ans, une flûte taillée dans un roseau, une broche qu’il lui mettait souvent dans ses cheveux, un pendentif… des petits objets qui avait tous leur propre histoire et dégageaient tant de nobles sentiments.

Elle attrapa un grand sac de toile dans lequel elle mit son arc, des cordes, son carquois garni de flèches, la dague qu’Elamir lui avait offerte, une épée et d’autres objets utiles ou liés à des souvenirs. Puis, elle répandit toute l’huile qu’elle put trouver dans les réserves de la maison et y mit le feu.

Sans se retourner elle descendit sur le chemin en écoutant craquer les poutres sous la morsure des flammes et s’en retourna vers les montagnes.


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Dernière édition par Hiivsha le Lun 15 Juil - 18:52, édité 2 fois
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Minos
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 8 Juil - 20:20

Hop, je rattrape mon retard.

Dans le chapitre 6, j'ai vu une ligne de dialogue "Mai toi ?" au lieu de "Mais toi ?".
Et une répétition pas bien belle : « Cela suffit. Mes hommes ont l’air de femmelettes effarouchées en face d’elle. Il suffit. Gnor, tue-la ! »

Chapitre 7 :
il lui suffisait peut-être d’attendre ici que le mort la prenne

Pauvre Isil, rien ne lui aura été épargné ! Commence désormais la quête de la vengeance.

Y'a des maladresses ça et là, mais rien de bien grave. J'ai trouvé le chef des méchants caricatural, entre "je bois comme un goret et j'en fous partout" puis "je rote comme un gros porc". Attention aux poncifs, on tombe facilement dedans !

Sinon, l'histoire est toujours aussi bien, les descriptions assez détaillées pour qu'on soit dans l'ambiance.

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 8 Juil - 23:16

Oui, mais en même temps, c'est un Vanir et ça se passe du temps de Conan... pas bien finauds les guerriers. Je ne sais même pas si ça a tellement changé dans certains milieux de guerriers... mais que je ne nommerai pas par respect pour certaines institutions ! Wink
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Minos
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 8 Juil - 23:38

Hé hé...

Je note avec intérêt que dans cette réponse, tu as mis une majuscule à "Vanir", ce qui est loin d'être le cas dans ton texte quand tu cites des noms de peuple. Wink 

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mar 9 Juil - 0:04

Effectivement, il en faudrait à partir du moment où le mot n'est pas employé comme adjectif.
Ce faisant, il faudrait mettre : Twi'lek, Katar, Rodien pour le monde de Star Wars ce que je ne fais pas non plus.
Du coup, plein de trucs à corriger ! Suspect 
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Minos
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mar 9 Juil - 0:05

Hé hé, enfin quelqu'un qui connaît cette règle, à défaut de l'appliquer ! C'est déjà ça...

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mar 9 Juil - 0:31

Ben moi, minos, tu me l'as apprise de force... mais j'ai encore du mal à savoir l'appliquer, même si j'essaie.

Pour Hiivsha, j'ai commencé à lire.... j'en suis au duel, et comme à mon habitude, je commente beaucoup. C'est plus souvent des réactions prises sur le vif, enfin, tu verras lorsque je te passerai le .doc. J'espère avoir le temps de copier ce dernier chapitre (mais pas sur cette machine).
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 10 Juil - 12:15

Eh ben! On peut dire que la pauvre Isil en voit des vertes et des pas mûres! Tu as tellement bien retranscrit les sentiments du personnages qu'on a de la peine pour elle.Et cela aide vraiment à apprécier le personnages. J'ai d'ailleurs l'impression que plus un personnage souffre, plus on s'attache à lui...

Sinon, c'est du tout bon. Je passe vraiment de bons moments en lisant ta fic. Ils y a tous les ingrédients que j'aime dans une histoire de fantasy! Vivement la suite!

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 10 Juil - 13:49

Ayé lu !

Eh bien elle traverse bien des épreuves la petite, la vengeance n'en sera que plus terrible.

Dans le chapitre 2 ou 3 un petit souci :

Citation :

La mort d’Elandel a-t-elle été accidentelle ou provoquée sciemment pas Marak ?
– Non… ça non… j’en suis sûre. »

On lui demande de choisir entre A ou B et elle répond "non"... pas très logique :)

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 10 Juil - 14:42

Oui, il manque la reprise :
– Sciemment ? Non… ça non… j’en suis sûre. »
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aj crime
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mer 10 Juil - 21:49

Chapitre 7 copié... je ne sais pas si j'aurai la possibilité de copier les prochains dans les semaines à venir. Mais je repasserai, ça, c'est certain ce texte vaut de poursuivre la lecture, il n'y a aucun doute là-dessus.
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Hiivsha

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 15 Juil - 18:52

Comme chaque lundi voici donc la suite des aventures de notre petite archère ! Wink


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8 - Les loups

Il y aurait eu quelque chose à faire sans attendre : partir, fuir ce pays en cendre, aller vers une autre civilisation, suivre la trace des vanirs… tout, sauf rester là.

Isil s’était blottie au fond de la grotte aménagée par son fiancé et elle était demeurée là, sans bouger, pendant des jours et des semaines, ne mangeant que lorsque la faim la tenaillait et la faisait sortir de sa tanière. Alors elle partait dans la forêt, le regard vide, indifférente à tout ce qui l’entourait, débusquait un lapin ou un volatile, l’abattait d’une seule flèche et le ramenait dans son antre pour le cuire. Elle connaissait les racines, les baies et les plantes comestibles et cela lui suffisait. Elle n’avait envie de rien, besoin de presque rien, juste envie de ne plus exister. On aurait dit que son esprit l’avait quittée pour se réfugier ailleurs, dans un autre monde, inaccessible sauf à sa pensée, un monde où elle était heureuse.

La louve la voyait de temps en temps plonger dans la tiédeur du lac et y rester des heures, souvent sans bouger. C’était bien curieux, cette façon qu’avait la femelle humaine de macérer dans cette eau sans nulle nécessité. Bien sûr, son absence de fourrure lui évitait de longues séances de léchage une fois extirpée de ce bain.  Quoiqu’il en soit, cette coutume lui paraissait bien étrange.

Un beau jour les sorties de la femme se firent de plus en plus rares.

L’hiver était venu, sournoisement, en catimini. Un hiver de neige et de vent glacial. Les animaux se terraient, la nourriture se faisait rare. Il fallait à la jeune fille marcher longtemps pour rencontrer un animal à tirer, les pieds protégés par des peaux lacées autour de ses jambes bleuies. Ces peaux, dont elle se couvrait, ne lui donnaient que la protection minimale pour ne pas mourir de froid. La nuit elle grelottait, malgré le feu qu’elle entretenait soigneusement au fond de la grotte. Le jour, pour se réchauffer, elle glissait dans l’eau tiède qui fumait parfois dans l’air glacé. Mais la problématique qui se posait toujours à elle, restait le moment où il fallait qu’elle en sorte et le bénéfice qu’elle avait en s’y plongeant, se perdait instantanément lorsque toute mouillée elle regagnait la grotte froide pour se sécher autour d’un feu qui avait bien du mal à réchauffer la tanière.

Puis, la louve ne la vit plus apparaître. Plusieurs jours s’écoulèrent ainsi, sans que la silhouette désormais familière de l’humaine ne se montre.

Petit à petit, avec d’innombrables précautions, la louve s’approcha de la grotte bientôt suivie par son compagnon qui grognait, mécontent d’avoir dû abandonner la protection douillette de leur antre. Il n’aimait vraiment pas sortir dans la neige, cette pluie blanche qui ne coulait pas et qui lui glaçait les pattes…

L’animal était arrivé à l’entrée de la grotte et se rendit compte que le feu était pratiquement éteint. Cela n’était pas bon signe. Ces humains sans poils sur le corps pour les protéger du froid avaient besoin de la chose qui brûle pour survivre, sinon ils se transformaient en bloc de glace. Elle distingua au fond, dans le noir, une masse informe, roulée en boule sous des peaux. S’avançant jusqu’à la jeune humaine, elle constata que celle-ci, toute recroquevillée, tremblait de tout son corps en gémissant. La louve posa sa truffe contre la joue de la fille qui ne réagit pas, et elle la sentit toute brûlante de fièvre.

Elle avisa dans un coin une cruche qui contenait de l’eau et en saisit l’anse dans sa gueule pour venir la poser entre les mains de l’humaine qu’elle poussa du museau jusqu’à ce que cette dernière ouvrit des yeux rendus brillants par son état fébrile. Isil regarda l’animal sans rien dire. Elle rêvait que Mitra s’était transformé en louve pour venir la chercher et l’emmener loin de ce monde, rejoindre ceux qui étaient passés sur l’autre rive du fleuve blanc. L’animal poussa un petit gémissement en poussant les mains de la jeune fille sur la cruche. Machinalement, Isil la porta à ses lèvres et but longuement. L’eau fraîche lui fit du bien. Puis elle se recroquevilla de nouveau en grelottant.
« Qui… qui es… tu ? Es-tu ré… réelle ? »

La louve regarda l’humaine qui refermait tout doucement ses yeux. Alors, elle s’allongea contre elle pour lui offrir sa chaleur. Le loup qui était resté à l’entrée de la grotte, hésita un long moment en secouant sa fourrure. Puis il lança un long hurlement et au bout d’un certain temps, quelques loups répondant à l’appel, vinrent le rejoindre. Silencieusement, ils entourèrent la petite chose qui se mourait au fond de la grotte en la recouvrant de leur fourrure pour la réchauffer.

Pendant des semaines, la louve veilla activement sur la jeune humaine comme une mère sur ses petits. Les loups se relayèrent pour la réchauffer. Elle lui porta avec une intelligence surprenante, de l’eau qu’elle allait chercher dans le lac à l’aide de la cruche. Elle trouva des plantes qui soignent, avec lesquelles elle avait déjà guéri ses petits avant qu’ils ne prennent leur liberté et les trempa dans la cruche avant de l’inviter à boire. Mitra agissait de son mieux à travers la louve. L’animal lui apporta des petits animaux et des racines pour manger allant jusqu’à les mastiquer pour lui poser entre les dents comme un oiseau donne la becquée à ses oisillons. Dans ses moments de lucidité, Isil faisait cuire ce que les loups lui apportaient et mangeait avant de retomber dans une léthargie qui durait de nombreux jours entrecoupés de délires que la louve ne comprenait pas.

Comment aurait-elle pu s’imaginer qu’il était si difficile pour une humaine de franchir le fleuve blanc ? Le passeur ne venait pas… ou bien elle n’avait rien pour le payer… une fois elle voulut retourner chez elle pour prendre son épée mais quand elle était revenue, il n’y avait plus personne sur la rive… une autre fois le fleuve s’était mis en crue et la rive d’en face, où l’attendaient sa famille, ses amis, Elamir, s’était éloignée jusqu’à perte de vue et le bac avait du rebrousser chemin. Chaque tentative devenait vaine et se soldait par un échec. Mitra veillait et la Camarde n’en pouvait plus de stratagèmes, éventés avant d’être accomplis, pour s’emparer de l’âme pure de la jeune fille.

Un matin de printemps, alors que les torrents, gorgés par la fonte des neiges, grondaient entre les rochers et que les saumons remontaient vers les lacs pour frayer, tandis que les oies passaient dans le ciel azur et que les animaux sortaient en s’ébrouant de leur refuge hivernal, Isil ouvrit des yeux qui ne brillaient plus, le visage reposé, la fièvre retombée. Il faisait bon dans cette grotte, il y faisait chaud et tout ce qui l’entourait était doux contre sa peau.

Devant elle, deux magnifiques yeux gris très clairs l’observaient avec tendresse. Couchée sur le ventre, la louve fixait le visage encore enfantin de cette femelle humaine qui revenait de son voyage vers la mort, le museau à deux centimètres de son nez, la tête posée au sol. La jeune fille ne bougeait pas mais écarquillait ses yeux bleus en louchant presque. Petit à petit ses sens s’éveillèrent et elle reprit contact avec la réalité. Comme l’enfant qui vient de naître sent contre lui la chaleur de sa mère, elle sentait la douceur d’un contact soyeux qui entourait son corps, et se rendit compte qu’elle se trouvait blottie, au milieu de plusieurs animaux, des loups visiblement, qui étaient couchés contre elle et lui offraient de leur corps et leur fourrure un rempart contre le froid.

Afin de ne pas rompre cet instant magique, Isil ne bougea pas. Bercée par la féerie du moment, elle resta un long moment, parlant des yeux à l’animal qu’elle remercia sans vraiment comprendre la teneur des mois qui s’étaient écoulés. Pourtant, confusément, elle sentit combien la louve l’avait nourrie, protégée, soignée sans bien savoir ni pourquoi, ni comment, mais elle se dit que Mitra n’avait point besoin de raisons pour agir et intervenir dans la vie du peuple d’Hyboria.

Lentement, elle avança vers l’animal une main qu’elle posa sur son museau. La louve ferma ses yeux pour accueillir la caresse. La main remonta vers le haut de la tête en la grattant doucement, passant autour des oreilles et s’enfonçant dans le cou. L’instant était merveilleux et le temps bienveillant suspendit son vol.
La louve émit un glapissement et se redressa sur ses pattes avant. Un par un les loups qui entouraient la jeune fille se levèrent en s’étirant comme sortis d’un long sommeil et haletèrent joyeusement en sortant de la grotte pour humer l’air frais et printanier chargé de parfum de fleurs et d’herbes renaissantes.

Isil se retrouva seule avec sa protectrice. Elle s’assit et regarda autour d’elle comme si elle s’éveillait d’un très long rêve puis essaya de rajuster en vain ses vêtements en lambeaux qui tombaient le long de son corps.
« Qui es-tu ? demanda la jeune fille en regardant l’animal dans les yeux comme si elle s’attendait à ce que ce dernier lui réponde dans un langage intelligible. »

La louve hocha la tête en faisant entendre un léger jappement et ouvrir la gueule en tirant la langue.
« C’est toi qui m’a sauvée ? repris Isil en lui prenant la tête des deux mains. Je te reconnais, tu étais dans mes rêves… tu me donnais à boire et à manger… »

Elle fit une moue en songeant à ce qu’elle avait ingurgité dans ses rêves et refreina un haut le cœur.
« Tu es venue à moi pour me secourir ? Mais pourquoi ? »

Isil fronçait les sourcils comme pour mieux réfléchir. Pourquoi ? Qu’est-ce que cette louve avait de particulier qu’elle soit venue l’aider pour l’empêcher de mourir ?

…………………………………………………

« Je parie que tu ne me trouveras pas, dit en chantant la fillette en surveillant bien son compagnon de jeu pour qu’il ne triche pas. Ne regarde pas en arrière, je te vois ! Sinon, je ne joue plus avec toi ! »

Elle partit en courant à travers les escarpements et les fourrés qui couvraient le bas de la montagne, sautant lestement entre les branches mortes, les racines des grands arbres millénaires et se faufilant à l’intérieur de failles rocheuses dans lesquelles elle disparaissait entièrement.

« Quatre-vingt-dix-neuf… cent ! conclut Elamir en se retournant prestement. J’arrive ! cria-t-il à la cantonade. »

La partie de traque commençait. Il savait que ce serait difficile car Isil, la fille du chef, était l’une des plus douée pour se mouvoir dans la montagne. Ses onze ans la rendaient téméraire et elle devait normalement lui donner du fil à retordre ! Il allait donc devoir utiliser toute sa science de pisteur pour la retrouver, lui de quatre ans son aîné !

Il s’élança à sa poursuite, calmement, méthodiquement, recherchant sur le sol et les rochers la moindre trace de son passage. Ici une brindille était fraîchement cassée puis là, au bord de ces taillis, une branche brisée… elle avait donc contourné le buisson pour escalader le petit éboulis de pierres qui obstruait une faille dans la roche. Il en fit de même. Arrivé au sommet, il se retrouva sur un surplomb rocheux d’où on pouvait apercevoir presque tout le pays avec ses quatre vallées se rejoignant en son centre comme une immense croix de verdure. Il s’arrêta pour contempler le paysage avant de repartir. La roche était lisse et il n’y avait plus de traces. Il tourna en rond un long moment jusqu’à apercevoir accroché à un fourré un petit nœud de tissu qui avait dû se déchirer des manches de la tunique de la fillette. Il repartit donc dans la bonne direction et avança dans un sous-bois clairsemé au fond duquel il entendait le bruissement d’une cascade. Il déboucha sur une clairière à flanc de falaise au fond de laquelle un petit lac, à l’eau émeraude, scintillait sous le soleil. Le sol était tapissé d’une herbe très verte et grasse, jonchée de fleurs blanches et bleues, dans laquelle il distinguait nettement les empreintes des pieds de sa proie.

Il observa la cascade qui se déversait dans le lac et parcourut du regard les environs. Un peu plus loin, au pied de la falaise, il y avait comme une grotte. Il était facile de prévoir que la fillette s’y était dissimulée. La retrouver ne fut qu’un jeu d’enfant.
« Tu es faite comme un rat au fond d’un trou, lui cria-t-il en entrant.
– Heureusement que j’ai abandonné un de mes nœuds, sinon tu aurais perdu ma trace ! Tu peux me le rendre, s’il te plait ? »

Elle tendit sa main tandis qu’il faisait une grimace.
« J’aurai fini par te retrouver tu sais…
– Oui, mais je n’avais pas envie d’attendre des heures, sourit Isil. Tu as vu cette grotte comme elle est jolie ?
– Moui, pas mal en effet.
– Ça pourrait devenir notre refuge secret, dit-elle en bondissant de pierre en pierre tout autour. Viens… t’as vu le lac ? cria-elle en sautant vers l’extérieur.
– Hé, attends-moi… tu ne peux donc pas rester en place ? »

Il la suivit jusqu’au bord de l’eau.
« Elle est toute tiède, observa la fillette en glissant ses doigts dedans. On prend un bain ?
– Chut ! Tais-toi !
– Mais je…
– Tais-toi te dis-je… as-tu entendu ?
– Quoi donc ?
– Comme une plainte, un gémissement… Ça vient de là-bas, vers le bord du ravin ! »

Elle lui emboîta le pas dans les rochers escarpés.
« Attention à ne pas te rompre le cou, cria-t-elle de sa petite voix fluette.
– Ne t’inquiète pas, suis-moi, par là ! »

Un peu plus bas il s’était arrêté au bord d’un à plat rocheux et regardait dans une faille profonde de la falaise.
Elle arriva et posa une main sur son épaule pour se pencher en avant.
« Oui j’entends… y’a un animal blessé là-dedans… je ne vois rien… »

La plainte était maintenant bien distincte et ressemblait à celle d’un petit chien. Isil s’avança vers le trou qui s’enfonçait selon une pente très prononcée. Au bout d’un moment, ses yeux s’habituèrent à l’obscurité et elle distingua deux prunelles grises, très claires, qui la regardaient misérablement.
« C’est un petit chien, cria la fillette le son de sa voix amplifié par la résonance caverneuse des lieux. Il parait blessé… je vais essayer de l’attraper, ajouta-t-elle en tendant le bras.
– Non, attends, tu va tomber toi aussi !
– T’as qu’à me tenir par les pieds. »

Sans attendre elle se faufila dans le trou tandis qu’il lui saisissait les chevilles avant qu’elle ne glisse définitivement au fond. Il s’étira à son tour pour lui donner de la marge de manœuvre.
« Je l’ai presque ! criait la fillette.
– Je ne peux pas te faire aller plus loin ! »

Les doigts d’Isil se refermèrent sur la peau du cou de l’animal qui ne broncha pas.
« Je le tiens, remonte-moi ! »

Elamir força sur ses reins pour s’extirper du trou tout en tractant les chevilles de son amie et ainsi, centimètres après centimètres, il la fit sortir de la faille sans plus se préoccuper de la roche qui lui râpait les chairs. Enfin la tête de la fillette réapparut puis ses bras et au bout de sa main le petit chien.
« Ce… ce n’est pas un chien, dit Elamir… c’est… un loup.
– Un loup ?
– Oui un loup… un louveteau, un petit louveteau… tu vois, genre d’animal qui te mangera toute crue quand il sera grand… »

Isil secoua la tête.
« Les loup ne s’attaquent pas aux humains, c’est une légende, dit-elle. N’est-ce pas mon petit copain ? dit-elle en frottant son minois contre la fourrure de l’animal. »

Elle le posa sur le rocher. Le louveteau essaya de se redresse et poussa une plainte. Elamir tâta sa patte avant droite.
« Elle est cassée, dit-il.
– Il faut le soigner, répondit Isil.
– Hmmm, je ne sais pas, laissons-le, il devrait  pouvoir rejoindre sa meute…
– Non, dit-elle, il est trop faible pour cela, regarde-le… si on l’abandonne ici il va mourir.
– Soit, ramenons-le dans la grotte de tout à l’heure.
– J’y vais, dit Isil… Toi tu retournes à Valaar et tu ramènes tout ce qu’il faut pour le soigner… de quoi lui faire une attelle… et de la nourriture, un peu de lait… prends aussi les herbes dans le pot de gauche de l’étagère de la remise de mon père, à gauche en entrant… c’est un pot jaune… ça l’aidera à guérir. »

Elamir répétait avec une moue comme s’il apprenait une liste de courses à faire.
« … attelle… lait… herbe… pot… remise… jaune…
– Tu crois que tu t’en souviendras ? se moqua la fillette. »

Il haussa les épaules.
« Bien sûr, je suis pas idiot ! »

Isil étouffa un petit rire.
« Non, mais t’es un garçon ! »

Il partit. Elle regarda son petit protégé en le caressant affectueusement. L’animal ferma les yeux délicieusement.
« Là, tu vois ? N’aie pas peur, je vais m’occuper de toi. On va te soigner et tu vas reprendre des forces. Ensuite tu pourras aller rejoindre les tiens. »

Elle lui gratta le ventre et observa.
« En fait, tu n’es pas un loup comme a dit Elamir… Tu serais une petite louvette que cela ne m’étonnerait pas. »

L’animal émit un petit jappement.
« Oui, tu as raison, tu es bien une fille comme moi, hein ? Je vais t’appeler… Louve, tout simplement. »

…………………………………………………………

Isil regarda au fond des yeux gris clairs de la louve qui poussa un petit aboiement.
« C’est toi, n’est-ce pas ? Tu es la petite louvette qu’on avait ramenée ici ? Tu es Louve ? »

L’animal aboya de nouveau en faisant pendre sa langue et laissa échapper un petit gémissement. Elle poussa la jeune fille du bout du museau.

Oui, c’était bien elle…

Elamir n’avait rien oublié et ils avaient immobilisé la patte de l’animal entre deux planchettes tenues avec des bandes de tissu. Ils l’avaient nourri pendant des jours. Chaque matin Isil montait à la grotte accompagnée ou non par son ami… la louvette n’était jamais très loin et jappait joyeusement à son arrivée. Elle restait une grande partie de la journée à jouer avec elle, la caressant, la dorlotant comme une peluche vivante qu’elle était.

Un matin, ils s’aperçurent qu’elle avait réussi à s’enlever l’attelle et elle vint vers eux du fond de la tanière sans boiter.
« Eh bien, tu me parais guérie maintenant… »

Elle la prit dans ses bras et l’embrassait quand un grognement sourd se fit entendre derrière eux. Se retournant, ils aperçurent plusieurs loups à l’entrée de la grotte qui montraient les dents, retroussant les babines de façon menaçante.

Elamir essaya de sortir son épée du fourreau mais son amie l’arrêta d’un geste. Un grand loup s’avança, sans doute le chef de meute. Son pelage était gris fauve et il devait mesurer plus d’un mètre soixante sans la queue et peser ses quatre-vingts kilos. Une véritable machine à tuer. À deux mètres d’eux il s’arrêta et les regarda longuement puis huma l’air.

La fillette baissa les yeux et se courba puis elle lui présenta la louvette du bout des bras. Le loup renifla sa progéniture en silence. Il ne grondait plus. Isil posa Louve à terre en s’aplatissant de son mieux en signe de soumission. Elamir ne bougeait pas d’un poil. L’instant était à la fois magique et effrayant. Le monstre aurait pu égorger son amie avant même qu’il n’ait pu sortir son arme du fourreau. La louvette poussa plusieurs glapissements et se mit entre les pattes du mâle qui la lécha plusieurs fois. Puis sans rien dire, il se retourna et sortit rejoindre les autres, suivi par quatre petites pattes qui trottinaient à toute vitesse. Enfin, Louve se retourna et aboya en direction des deux enfants tandis qu’Isil levait la main en signe d’au revoir, un pincement au cœur.



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Dernière édition par Hiivsha le Mar 23 Juil - 21:50, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Ven 19 Juil - 23:31

Bon j'avais lu y'a quelques jours mais sans laisser de petit com faute de temps ^^

Très mignon l'intégration des loups et le flash-back... reste à voir où tout ça va nous amener :)

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Sam 20 Juil - 11:07

Lu aussi.

Je trouvais too much que les loups viennent protéger Isil, comme ça, sans raison. Heureusement, le flash-back vient à point pour donner de la crédibilité à cet événement. Wink 

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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Mar 23 Juil - 21:49

C'est avec une journée de retard que je poste la suite de mon histoire. Wink

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9 - La meute

Les semaines passèrent et Isil reprit des forces sous l’œil vigilant de Louve et de son compagnon qui la suivaient presque partout. On put ainsi voir dans la montagne, ce curieux équipage d’une jeune fille et d’un couple de loups, passant d’une cime sur une autre, traversant les vastes forêts ou les étendues herbeuses des alpages, à la recherche de gibier ou simplement pour le plaisir de gambader dans les espaces solitaires et sauvages des monts du pays des Quatre Vallées.

Isil n’était plus jamais redescendue dans le bas pays et ses villages en ruines, et tout laissait à penser qu’elle avait occulté dans ses pensées l’existence même des lieux du drame de l’année passée.

Son habileté à l’arc faisait la joie de Louve et rendait perplexe son mâle, car il n’avait presque plus l’occasion d’haleter derrière un animal pour l’attraper et le tuer sachant que d’une seule flèche, la jeune fille pouvait le faire à une distance impressionnante pour quelqu’un de son gabarit, et avec une précision diabolique. Alors, de temps en temps, il s’octroyait une promenade en solitaire pour traquer une proie, laissant les deux femelles jouer ensemble à se rouler dans l’herbe fleurie des prairies ou à se cacher dans les bois et les ravins.

Isil s’était fabriquée des habits de peaux qu’elle avait préparées puis tannées à l’aide d’extraits d’écorce de chêne et assouplies afin de pouvoir les coudre ensemble grâce à de fines lianes de cuir. Ses nouveaux vêtements s’étaient révélés plus solides que les tuniques entassées par Elamir quelques mois plus tôt et lui donnait définitivement l’aspect d’une sauvageonne.

La meute de loups était installée plus haut dans la forêt et pour les remercier, elle leur portait souvent de gros quartier de bonne viande fraîchement dépecée, mais ne pouvait pas approcher à plus d’une certaine distance de la grotte qui semblait leur servir de quartier général et devant laquelle on apercevait de loin une grande pierre oblongue, dressée vers le ciel à l’instar d’un menhir. En effet, certains loups paraissaient avoir plus de mal que d’autres à l’accepter et se méfiaient de cette intruse, malgré son évidente complicité avec deux des leurs. Dès qu’elle approchait de trop près, il y en avait toujours quatre ou cinq pour montrer des dents en grognant et elle n’avait jamais insisté, pour éviter de mettre ses deux compagnons dans l’embarras de devoir choisir un camp.

Un soir vers la fin du printemps, alors qu’elle contemplait, allongée sur une roche, les innombrables étoiles briller dans un ciel étrangement pur, Louve vint à elle en jappant de la façon qui convient à un loup lorsqu’il veut dire quelque chose dans son langage. La lune était pleine et illuminait la contrée de cette lumière si particulière, qui renforce les ombres et projette une lueur blafarde sur les objets. Un loup hurla au loin.
« Tu veux me dire quelque chose mais je ne comprends pas, c’est ça ? demanda la jeune fille à la femelle qui sautillait tout autour d’elle, tout en se mettant assise. »

Louve continua son manège et vint la tirer par le bas de sa tunique de peau.
« Eh, arrête, tu vas tout déchirer comme ça… c’est pas vraiment solide et ça n’est pas encore à l’épreuve des loups ! »

Isil riait en repoussant l’animal qui revenait joyeusement à la charge.
« Mais enfin, arrête je te dis, tu vas finir par me déshabiller ! Bon, bon, ça va, je te suis… Qu’est-ce qu’il y a donc de si important que tu veux me montrer ? »

Louve s’éloigna, s’arrêta, constata que la jeune fille ne venait pas assez vite pour elle et revint en arrière pour la tirer, la pousser, tournant toujours autour d’elle.
« Oui, oui, je te suis… doucement ! »

Elle grimpa la forêt à sa suite, prenant le chemin qui menait à la meute. Dans la pénombre des hauts arbres elle distingua un grand nombre de silhouettes qui se détachaient dans la nuit et formaient un cercle devant la grotte, autour de la pierre dressée. Ils devaient bien être une trentaine et curieusement ils paraissaient attendre un événement.
« Eh bien, dit Isil, quel est donc ce rassemblement ? Pourquoi m’amènes-tu ici ? »

Pour toute réponse Louve aboya. Elles étaient arrivées au bord du cercle que formaient les loups quand deux grands mâles vinrent se poster devant la jeune fille en grondant. Celle-ci s’arrêta et leva ses mains, ne comprenant pas leur attitude.
« Holà, du calme ! Moi je ne demande rien, hein ? Si vous ne voulez pas de moi, c’est pas grave, je repars dans mon coin ! »

Louve la tirait toujours par les peaux dont elle était vêtue.
« Mais enfin, arrête… tu vas me faire tomber… tu veux quoi ? »

Elle regarda les deux loups puis la louve qui s’agitait toujours autour d’elle et parut soudainement comprendre ce qu’on attendait d’elle. Elle s’accroupit alors et se mit à quatre pattes. Les loups cessèrent de grogner et s’écartèrent. Louve se frotta à elle et fit quelque pas en avant, se retournant comme pour inviter Isil à la suivre. Visiblement, pensa la jeune fille, ils voulaient qu’elle soit à leur hauteur ! Debout elle les dominait ; à genoux, les plus grands la dominaient à elle.

Elle avança ainsi, au milieu de la meute toujours rassemblée en cercle, accompagnée par-ci par-là de petits jappements bavards, et suivant Louve qui s’arrêta à quelques mètres de la pierre dressée. On entendit alors une sorte de grondement sourd en provenance de la grotte lorsqu’un grand animal gris fauve en sortit pour s’avancer vers les deux femelles. Il paraissait immense, mesurait bien un mètre au garrot et ne devait pas être loin du quintal. Un vrai monstre ! Isil frissonna. La meute se tut. Le loup s’approcha de Louve et commença avec elle un bien étrange ballet. Il la poussa de la tête, elle s’écarta puis elle fit de même, et ainsi de suite, comme si chacun des deux voulait renverser l’autre. De temps en temps, Louve poussait un léger jappement et revenait à la charge jusqu’à ce que le mâle se dresse et parvienne à la renverser sur l’herbe. Il la saisit alors à la gorge et l’immobilisa sur le dos, les pattes en l’air, toute haletante de cet espèce de combat qui tenait plus d’une danse que d’un affrontement réel.

Il la maintint comme ça quelques instants puis la lâcha et, levant la tête, il poussant un très long hurlement qui se répercuta mélodieusement dans toute la vallée.

Louve s’était maintenant couchée sur le flanc, la queue battant l’air de la nuit et le grand mâle faisait face à la jeune fille toujours à quatre pattes, légèrement inquiète de la suite. Il s’avança et la flaira en décrivant un cercle tout autour d’elle. Puis subitement il la poussa du museau, manquant de la faire rouler sur le côté.
« Hey ! Qu’est-ce qui te prend ? l’interpella Isil »

Il se mit à gronder et elle sentit que l’heure n’était pas aux paroles. De nouveau il la bouscula un peu plus fort. Isil résista et le repoussa du plat de la main. Il décrivit un demi cercle et recommença plus vigoureusement. Elle sentit toute sa masse contre elle et roula à terre, le visage dans l’herbe. Elle se remit en position et lui fit face en crachant les brindilles qu’elle avait dans la bouche, attendant le prochain assaut.

Le manège durant de longues minutes. Isil le repoussait, il revenait à la charge. Le jeu semblait plaire au loup mais un peu moins à la jeune fille qui soufflait, fatiguée par sa position inconfortable et lassée d’être percutée par cette montagne de muscles qui lui endolorissait les flancs, les cuisses et les bras. Enfin, le loup se posta devant elle et se dressa pour lui passer ses pattes avant sur les épaules. Elle le saisit autour du corps, luttant quelques instants avant de se laisser renverser sur le dos. L’animal s’allongea de tout son poids sur elle, pattes sur les épaules et lui saisit la gorge dans sa gueule. En signe de soumission Isil, le cœur battant, étendit les bras en croix et ne bougea plus, respirant avec peine sous le poids du mâle. Elle sentait les crocs puissants contre son cou et son souffle tiède contre sa joue. S’il l’avait voulu, il l’aurait égorgée d’un seul geste et les secondes qui suivirent mirent à dure épreuve les nerfs de la jeune fille.

Comme il l’avait fait juste auparavant, le chef de meute resta ainsi un long moment pour bien manifester à tous sa domination et, tandis que la meute rompait le cercle pour s’approcher d’eux, il redressa la tête et poussa un long hurlement similaire au premier. Tous les loups l’imitèrent et offrirent à la forêt un concert mélodieux impressionnant.

Le mâle se releva enfin et Isil put respirer de nouveau.
« Ouf, dit-elle, ce que t’es lourd toi ! »

Elle tendit la main vers lui. L’animal se laissa caresser la tête.
« Bon, ben, t’es content de m’avoir vaincue ? Je suppose que ça veut dire que je suis acceptée par la meute ? Sympa ça… plein de nouveaux amis… Isil la Louve des Quatre Vallées ! ajouta-t-elle avant d’imiter leur hurlement. »

Les loups aboyèrent et glapirent sans qu’elle puisse définir s’ils se moquaient d’elle ou au contraire l’acclamaient. Pour finir, le chef de meute se retira dans la grotte suivi de quelques mâles.

Cette nuit-là, la jeune fille la passa au sein de la meute, jouant avec les plus jeunes jusqu’à ce qu’au petit matin, elle s’endorme épuisée de fatigue au milieu d’eux.

……………………………………………….
Suite à ce qu’Isil avait considéré à juste titre comme son intégration à la meute, elle put librement se déplacer sans restriction en son sein, debout, sans que plus aucun loup ne grogne à son approche. Ses nombreuses visites étant toujours accompagnées d’un grand quartier de viande à déguster, ils finirent par lui faire la fête à chaque occasion.

Les mois passèrent ainsi. Comme un écureuil, elle anticipa la saison froide en accumulant des réserves de bois à brûler dans sa grotte, des fruits secs et des racines de toutes sortes sous le regard interrogateur de son amie à quatre pattes. Le temps venait à elle sans qu’elle y pense, et toutes les choses du passé semblaient avoir quitté son esprit. Souvent on l’entendait jouer de la flûte au bord d’un torrent ou au milieu d’un champ bordant la grande forêt, toujours entourée de loups, principalement de jeunes adultes qui subissaient manifestement son charme.

Un après-midi de septembre, alors qu’elle descendait une ravine pour suivre la piste d’un daim, l’arc à la main, elle entendit des bruits de sabots qui résonnaient dans le silence et se tapit contre de petits rochers. Discrètement pour ne pas être vue elle releva la tête et aperçut une dizaine de cavaliers armés de boucliers, d’épées à une ou deux mains et de lourdes haches. Elle fut frappée de constater qu’ils portaient tous de longs cheveux roux et une grande barbe de la même couleur. De quel clan étaient-ils ? Elle n’en savait rien, mais on lui avait déjà parlé de ces groupes de pillards qui sillonnaient les routes, cherchant quelques rapines faciles dans les fermes isolées. Généralement, après avoir tué les fermiers et violé les femmes, ils prenaient tout ce qui avait de la valeur et mettaient le feu aux habitations et aux granges.

Les guerriers s’arrêtèrent dans la clairière sur laquelle débouchait la ravine et mirent pied à terre. Des yeux, la jeune fille chercha une cachette qui la dissimulerait mieux que ces rochers au regard des pillards. Il n’y en avait point, sauf à remonter toute la pente raide de l’éboulis. Le cœur battant elle s’aplatit de son mieux en priant pour que la troupe reparte au plus vite. Las, il semblait bien que les hommes avaient choisi cet endroit pour faire une halte prolongée, car ils désanglèrent leurs montures en posant leurs effets sur le sol. Quelques-uns s’éparpillèrent, peut-être pour chercher du bois à brûler, ce qui laissait à supposer que la halte envisagée pourrait bien durer toute la nuit. Elle en perdit une partie de vue, tandis que les autres s’allongeaient à même le sol, fourbus et harassés par leur voyage. Ils parlaient une langue qu’Isil ne connaissait pas.

La jeune fille compta les flèches de son carquois : il n’y en avait que sept et à supposer qu’elle ne rate aucun de ses tirs, cela ne suffirait pas pour les tuer tous. Devait-elle profiter de leur division pour engager le combat ? Il était impensable qu’elle puisse les surprendre les uns après les autres. Un arc est une arme silencieuse, mais le bruit caractéristique d’une flèche sifflant dans l’air et s’enfonçant dans la chair était audible à plusieurs mètres. Au mieux, profitant de leur hésitation elle pouvait, avec sa rapidité coutumière, en abattre trois ou quatre.

Elle ne savait que trop ce qui l’attendait si elle se faisait prendre. Ils n’auraient aucune pitié pour elle et lui feraient endurer d’atroces souffrances avant de la tuer. Elle hésita et décida de remonter silencieusement la ravine.

Avec des gestes soigneusement étudiés, elle commença à se déplacer au milieu de l’éboulis, prenant bien garde de ne déplacer aucune pierre qui pourrait trahir sa présence. Ce faisant, elle tournait le dos aux hommes et avait donc bien du mal à anticiper toute surprise de ce côté-là. Se retournant fréquemment, elle continuait son escalade lorsqu’elle sentit tout en haut de la ravine un mouvement qui la fit se figer. Levant les yeux, elle aperçut un jeune loup de la meute qui l’avait repérée et jappait en sa direction en agitant joyeusement sa queue.

La jeune fille lui fit signe de partir en parlant tout bas.
« Psst ! Va-t-en, file ! Tu vas me faire repérer ! »

L’animal la regarda et aboya de nouveau. Elle regarda vers la clairière. L’un des hommes s’était levé et se dirigeait l’air curieux vers le bas de l’éboulis. Isil s’enfonça le plus possible dans l’ombre et se mit sur le dos en cala ses pieds sur un rocher et engagea une flèche. Le pillard s’était arrêté tout en bas et scrutait la ravine en protégeant ses yeux de l’éclat du soleil à l’aide de ses mains. La jeune fille banda son arc lentement. Soudain l’homme se mit à crier quelque chose en pointant son doigt dans sa direction.
« Et merde ! pensa l’archère en soupirant. »

Elle lâcha la flèche qui siffla et s’enfonça dans le corps de l’inconnu avec un bruit mat. L’homme ne s’était pas encore effondré qu’elle engageait déjà une autre flèche. Des pillards arrivèrent en courant vers l’éboulis. Elle tira de nouveau avec bonheur. Les autres se plaquèrent contre les rochers en s’interpellant. Isil regarda vers le haut et recommença l’escalade rapidement. Profitant de ce qu’elle leur tournait le dos, quatre guerriers se lancèrent à sa poursuite. Jugeant qu’elle n’arriverait pas au sommet de la ravine assez promptement, elle se retourna de nouveau, banda son arc et abattit celui qui était le plus près d’elle. Une petite hache s’écrasa à quelques centimètres d’elle en rebondissant sur les pierres. Elle tira une nouvelle fois mais l’homme se plaqua au dernier moment dans un repli de la roche et la flèche le manqua. Les agresseurs firent plusieurs bonds en avant. Elle lâcha encore une flèche qui atteignit son but. Ils hésitèrent. Elle en profita pour reprendre sa remontée le cœur battant à tout rompre.

Isil était presque en haut quand elle sentit que ses poursuivants étaient vraiment tout prêt d’elle. Pivotant, debout sur une roche elle tira et pensa :
« Plus qu’un ! »

Elle engagea sa dernière flèche et banda son arc de toutes ses forces. L’homme qui la poursuivait s’était arrêté et rebroussait chemin à toutes jambes. La partie semblait gagnée. C’est en se retournant pour achever son ascension qu’elle reçut un violent coup de pied au visage. Sur le moment, elle crut que sa mâchoire explosait. Puis elle sentit une poigne puissante la saisir par les cheveux et la hisser jusqu’en haut de l’éboulis, en lui arrachant des larmes de douleur. Elle tomba au sol et sentit qu’on lui arrachait son arc des mains. Elle saisit alors sa dague mais reçut un grand coup de pied dans les côtes, qui lui coupa la respiration. Un autre coup de pied projeta sa dague au loin. Cherchant douloureusement de l’air pour emplir ses poumons, elle se redressa légèrement et aperçut quatre hommes, certainement ceux qui étaient partis ramasser du bois. Ils l’avaient prise à revers lorsque la bataille s’était engagée. L’un deux la frappa de nouveau au visage d’un revers de main. Du sang coula de son nez tandis qu’un voile rouge obscurcissait sa vision. Comme elle tentait de se relever, elle reçut un autre coup de poing dans l’abdomen qui la priva d’oxygène et tomba sur ses genoux. Un des pillards attrapa les longs cheveux en brandissant un couteau dans l’autre main et tira brutalement sa tête en arrière pour lui dégager la gorge en lui disant quelque chose. Les trois autres se mirent à rire en la regardant. Elle se sentit perdue.

Ce fut à ce moment-là que la meute attaqua. Ils surgirent des sous-bois aussi silencieusement que la mort noire et se ruèrent sur les quatre hommes avec des rugissements de fauves. L’attaque fut si soudaine et si bien coordonnée qu’ils n’eurent pas le temps de se préparer. Le combat fut violent et bref. Ils roulèrent sur le sol en agitant en vain leurs armes, frappant l’air à l’aveuglette. Isil avait roulé sur le sol avec celui qui l’avait attrapée par les cheveux, profitant de sa surprise pour lui saisir le poignet qui tenait le couteau, et engageant avec lui un corps à corps inégal. La jeune fille parvint à lui faire lâcher son arme, mais l’homme, bien plus puissant, la saisit à la gorge de ses deux mains et commença à l’étrangler sans qu’elle puisse parvenir à lui faire relâcher son étreinte. En râlant, elle tendit le bras pour tenter désespérément d’attraper à son tour le couteau, mais l’homme qui avait vu le danger l’en empêchait. Louve vint alors à son secours et sauta sur le bras du pillard, pendant qu’Isil suffoquant se saisissait enfin de la lame et roulait sur elle-même pour se libérer de l’étreinte de son ennemi. Le guerrier se retourna vers l’animal qu’il frappa sur le museau pour parvenir à desserrer son emprise. Louve lâcha prise. Il se releva et dégaina son épée pour la frapper. Mais Isil se jeta sur lui par derrière avant que l’épée ne s’abaisse, le couteau en main en le renversant. Il tombèrent tous les deux sur le dos, lui sur elle, et la lame qu’elle tenait s’enfonça jusqu’à la garde dans les côtes de l’homme.

L’attaque était finie. On entendit hennir un cheval. C’était le dernier pillard, celui qui avait fait demi-tour dans la ravine, qui prenait la fuite. Isil repoussa le cadavre de l’homme pour se redresser en se tenant la gorge avant de se précipiter soudain sur son arc en ramassant sa dernière flèche. Puis elle courut comme une gazelle sur le plateau rocheux qui dominait la clairière et le chemin, jusqu’à ce qu’elle aperçut l’homme et la monture. Bandant son arc au maximum elle visa soigneusement, arrêtant sa respiration.
« Mitra, pria-t-elle en son for intérieur. »

La flèche partit en sifflant dans une longue courbe gracieuse et se ficha dans le dos du cavalier qui tomba, blessé, bientôt rejoint par plusieurs loups qui achevèrent le travail.

Le silence retomba sur la forêt.

Le visage tuméfié, Isil revint vers la meute et s’agenouilla parmi eux en prodiguant force caresses en guise de remerciements.
« Merci… merci infiniment, mes amis… vous m’avez encore sauvé la vie ! »

Un peu plus haut sur une roche, le grand loup gris la regarda comme pour lui dire :
« Tu es une louve de ma meute et celle-ci veille sur chacun de ses membres. Quand on s’attaque à un loup, c’est à la meute toute entière qu’on s’attaque. »

Puis il battit le rappel de ses troupes en poussant son puissant hurlement.


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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Lun 29 Juil - 19:28

Ce sont les vacances... mais je persévère quand même avec cette suite ! Wink

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10 - La chute

Le principal souci d’Isil était que les dix pillards ne soient que l’avant-garde d’une plus grande troupe. Pour cette raison, elle avait soigneusement caché les corps à un endroit difficile d’accès afin qu’on ne les retrouva pas puis elle avait libéré les chevaux de leur harnachement avant de les laisser partir à l’aventure.

Mais l’automne passa et plus rien de fâcheux n’advint.

L’hiver fut doux et plaisant malgré les quelques neiges qui tombèrent et habillèrent la forêt d’un manteau d’hermine feutré et silencieux. Isil passait son temps entre sa grotte et celle de la meute lorsque le froid se faisait trop intense. Blottie au milieu des loups, baignée de leur chaleur animale, elle ne pouvait avoir froid et, en échange, elle les ravitailla en chassant régulièrement pour eux.

Le dégel vint gonfler les torrents qui dévalaient des montagnes, raviver les couleurs des prairies de fleurs multicolores et se réveiller la faune. Ce fut avec le printemps que le corps du jeune loup fut découvert.

Lorsque Isil vit arriver Louve toute haletante, elle comprit de suite à ses gesticulations, qu’une chose grave était arrivée et qu’elle voulait qu’on l’accompagne quelque part. La jeune fille ajusta sa dague, saisit arc et carquois puis sortit de sa grotte en la suivant. Son compagnon accourut derrière elles.

Louve traversa une partie de la forêt vers l’ouest puis sauta de rochers en rochers jusqu’à un grand torrent qui se déversait depuis les plus hautes montagnes du nord-ouest. Un peu plus loin elle distingua quelques loups rassemblés autour d’une masse sombre. Elle accourut et put apercevoir le pelage presque noir d’un jeune loup adulte étendu raide mort dans l’herbe rase. Les animaux s’écartèrent à son arrivée et, s’accroupissant auprès du cadavre, elle put constater que son cou avait été désarticulé par une force à l’évidence surhumaine et que son pelage était ensanglanté, lacéré d’entailles aussi profondes que celles d’une lame, mais parallèles entre elles.
« Plutôt des griffes qu’une lame, pensa tout haut la jeune fille qui s’était relevée. »

Elle regarda vers les hauteurs, entre les grands arbres mais n’aperçut rien d’anormal. Les traces laissées dans la terre humide évoquaient celles d’un grand animal, sans doute un ours et, si on en croyait la taille des empreintes, un ours de fort grande taille. Pour avoir laissé là sa victime sans la dévorer, on pouvait également penser à un prédateur capable de tuer pour le plaisir.

Quelques jours plus tard, la même scène se reproduisit et Isil découvrit un nouveau carnage de trois jeunes adultes un peu plus vers les hauteurs de l’ouest, celles qui dominent l’Aquilonie supérieure. C’était assez incroyable de penser qu’une bête sauvage ait pu venir à bout de trois loups en pleine forme, jeunes et rapides, sans laisser elle-même quelques traces de sang. Isil se prit à douter qu’il pouvait s’agir d’un ours.

La meute parut inquiète. Les animaux se déplaçaient moins et plutôt en groupes constitués et encadrés par des grands loups, ceux qui paraissaient servir de garde rapprochée au chef de meute.

Les semaines s’écoulèrent puis un matin, un nouveau drame fut découvert. Malgré les précautions prises, deux louves avaient été égorgées dans la forêt avec plusieurs louveteaux. C’était un spectacle horrible. Il n’y avait pas de sens à ce massacre et l’envie de se nourrir n’était pas en cause. Le prédateur semblait mener une guerre contre la meute, comme s’il avait établi un territoire à défendre, dans lequel pénétraient les loups lorsqu’ils s’approchaient de l’ouest du pays.

Evidemment, Isil ne pouvant pas communiquer avec ces derniers, il lui était impossible de mettre au point un plan avec eux.

Un jour, une partie de la meute partit en chasse sans qu’Isil en soit informée. Elle l’avait découvert en montant les voir dans leur tanière, en constatant l’absence des mâles les plus forts et de quelques grandes louves. Elle en fut attristée mais caressa l’espoir que l’expédition servirait à débusquer et tuer la « bête ».

Ce ne fut pas le cas. Quelques jours plus tard, les loups revinrent, la queue et les oreilles basses, certains boitant, beaucoup manquant. L’expédition avait, semblait-il, tournée à la déroute. Ils avaient visiblement trouvé plus rusé et plus fort qu’eux tous réunis.

Les choses ne pouvaient en rester là, et un matin, Isil décida que c’était à son tour d’essayer de dénouer la situation. S’il y avait un monstre à affronter, c’était à ses flèches qu’il fallait faire appel. Elle s’équipa donc en conséquence, prit sa dague et son épée, puis arc en main, elle partit vers l’ouest flanquée de Louve et de son compagnon qui lui filèrent tout naturellement le train. Elle marcha toute la journée, gravissant les pentes ardues et les forêts de l’ouest du pays sans rien trouver. Toujours entourée de ses deux amis, elle bivouaqua au bord d’un torrent et reprit son périple dès l’aube. Elle était pratiquement arrivée à l’extrémité ouest du pays des Quatre Vallées qui se terminait par d’impressionnantes falaises surplombant l’Aquilonie supérieure.

Le soleil était à son zénith quand ils trouvèrent les restes de l’expédition de la meute dans une vaste clairière rocailleuse. Une demi-douzaine de cadavres gisaient étendus çà et là, déjà mis à mal par quelques rapaces et autres carnassiers de la forêt. Isil observa les alentours silencieusement tandis que Louve et son compagnon s’éloignaient à la recherche d’une piste.

Quelques traces la conduisirent sur un aplat rocheux qui surplombait une gorge profonde au fond de laquelle coulait paisiblement une rivière d’un vert émeraude qui arrivait des montagnes du nord. Un peu plus au sud, le versant opposé de la gorge s’abaissait rapidement pour déboucher sur une immense plaine aquilonienne, boisée et vallonnée, qui s’étendait à perte de vue vers le sud-ouest. La rivière longeait le pied des hautes falaises des Quatre Vallées et devenait au loin, vers le sud, un peu plus tumultueuse.

Isil se délecta longuement de ce panorama grandiose qui lui offrait une vue magnifique sur l’Aquilonie, pays qu’elle ne connaissait pas mais qui lui parut bien accueillant avec ses verts paysages. Elle commençait à se demander si elle ne devrait pas quitter les Quatre Vallées pour rejoindre une vraie civilisation, tout en ne se sentant pas encore prête à franchir le pas. Elle n’avait jamais vécue qu’entre les puissantes montagnes qui protégeaient son pays et s’aventurer ainsi, dans des territoires inconnus, au milieu d’une population dont elle ne savait que très peu de choses, l’effrayait. Ses rares informations sur l’Aquilonie ou la Cimmérie, c’était grâce aux marchants et autres colporteurs de passage qu’elle les avait obtenues.

Toute perdue dans ses pensées, elle ne vit pas l’ombre gigantesque qui arrivait derrière elle, entre les grands arbres à une centaine de mètres. C’était un ours énorme, tel qu’elle n’en avait jamais vu dans le pays. Il devait avoisiner dressé sur ses pattes arrière, les trois mètres de haut et peser pas loin d’une tonne, et son pelage brun avait d’étranges reflets flamboyants. Il était immobile, la regardant fixement de ses petits yeux noirs, comme s’il cherchait à identifier sa proie pour évaluer le danger qu’elle représentait. La jeune fille avait fini par sentir sa présence et s’était retournée lentement, restant à son tour sans bouger, comme pétrifiée par une vision d’horreur. Très lentement, elle prit son arc dans la main gauche  et se saisit d’une flèche dont elle plaça l’empennage sur la corde. Comme l’animal ne réagissait pas, elle leva l’arc vers lui et prit la visée tout en bandant son arme au maximum de ses forces.

La suite se passa très vite. L’ours chargea et la flèche partit à sa rencontre s’enfonçant à la base du cou avec un bruit sourd. L’animal ne ralentit même pas sa course. Soudain, un loup surgit devant lui, les babines retroussées, les crocs menaçant en grognant et en aboyant furieusement. C’était le compagnon de Louve qui venait de s’interposer. Le plantigrade stoppa sa course tandis qu’Isil, gênée par la présence du loup, essayait de prendre une visée sûre afin de ne pas risquer le toucher. Le monstre se dressa devant l’ennemi qui parut soudain minuscule devant lui, et poussa un fort rugissement. Le loup s’aplatit pour se préparer au combat et Isil décocha sa flèche qui frappa l’ours en pleine poitrine. Le compagnon de Louve lui sauta à la gorge mais dans les secondes qui suivirent, il fut projeté avec une force incroyable contre un gros tronc avec une telle violence qu’il demeura à terre en gémissant, à moitié assommé. L’ours poussa de nouveau un long rugissement de fureur et se remit à charger comme si de rien n’était. Isil tira une troisième fois et le frappa de nouveau en haut de la poitrine sans le ralentir. Il n’était plus qu’à quelques mètres d’elle lorsque Louve surgissant à son tour des bois, se propulsa sur son dos pour lui enfoncer ses crocs dans le cou. Isil tira encore sans parvenir à stopper l’énorme masse qui lui fondait dessus. Elle jeta son arc et sortit son épée du fourreau tandis que le fauve se dressait de nouveau sur ses pattes arrière en secouant violemment son corps pour tenter de se débarrasser de la louve. Il effectua un bond en avant et Isil recula en frappant d’estoc. La longue lame pénétra le poitrail de l’animal jusqu’à la garde mais cela ne l’arrêta pas pour autant et, emporté par son élan, il heurta Isil tout en basculant dans le vide avec elle ainsi que la louve qui se trouvait toujours agrippée sur son dos. Dans un réflexe instinctif, Isil s’accrocha à la fourrure de l’animal de toutes ses forces tandis qu’elle se sentait tomber.

Tout d’abord elle vit le ciel au-dessus de sa tête cependant que son estomac remontait en elle. Puis l’ours se tordit convulsivement et la jeune fille se retrouva au-dessus pour voir arriver le fond de la gorge à toute vitesse. La chute lui parut durer une éternité. Enfin, dans une immense gerbe d’eau, tous trois plongèrent dans la rivière. Le choc fut terrible mais Isil, protégée par la masse de l’ours qui se tenait entre elle et la surface, fut engloutie sans ressentir de trop le choc qui aurait pu lui être mortel vu la hauteur depuis laquelle ils étaient tombés.

Elle lâcha prise en s’enfonçant de plusieurs mètres dans l’eau sombre et se débattit vigoureusement pour revenir à la surface avant que ses poumons n’explosent. La tête hors de l’eau, Isil regarda autour d’elle, levant les yeux vers les hautes falaises lisses qui l’encadraient. Il n’y avait aucune solution pour sortir de la rivière à cet endroit-là et elle se mit à nager, portée par le courant, en frissonnant car l’eau qui descendait des montagnes était encore très froide. Un peu plus loin elle distingua la tête de Louve qui s’efforçait comme elle de nager pour rester à la surface. Rassurée de la savoir vivante, elle força pour tenter de se rapprocher d’elle alors que le courant commençait à s’accélérer en parvenant à la sortie des gorges.

La rivière devenait tumultueuse et grondait à présent entre les rocs contre lesquels elle jaillissait en hautes gerbes d’écume blanche. Sur la droite, côté aquilonien, les falaises s’abaissaient rapidement et cédèrent bientôt la place à des rives rocailleuses parsemées de plages de graviers bordant une forêt clairsemée aux sous-bois moussus et d’un vert intense. La jeune fille s’efforçait tant bien que mal de contrôler sa trajectoire soufflant et avalant de l’eau, emportée par des remous de plus en plus violents qui la projetaient parfois contre les rochers. Elle toussait, crachait, tout en se débattant pour ne pas être aspirée par le fond, prenant bien soin de protéger sa tête qui heurta pourtant plusieurs fois le saillant des roches submergées.

Elle parvint enfin à la sortie des rapides et la rivière se calma en s’étalant dans la plaine. A gauche, au pied des puissantes falaises du pays des Quatre Vallées, son lit était profond et le courant rapide, mais vers la droite, l’eau était beaucoup plus calme. À bout de forces, le visage ensanglanté par une entaille au niveau de l’arcade sourcilière, elle réussit à revenir vers la rive ouest du torrent et rampa jusqu’à une plage de galets sur laquelle elle s’effondra, exténuée et transie de froid. La jeune fille resta là, allongée dans une semi-inconscience, la tête douloureuse, cependant que le soleil au plus haut dans le ciel azur la réchauffait de ses rayons. Un gémissement accompagné d’un souffle chaud la tira de sa torpeur et elle ouvrit les yeux pour constater que Louve aussi avait réussi à se sortir de la rivière. Elle lui passa les bras autour du cou pour l’embrasser.
« Tu es vivante ! Oh, que je suis heureuse ! Mais qu’est-ce que tu as ? »

L’animal boitait et gémissait. Un filet de sang coulait à la commissure de ses babines pendant qu’il la regardait avec des yeux de chien battu.
« Tu es blessée ? lui demanda Isil. »

Elle l’examina pour s’apercevoir que la patte avant gauche devait être fracturée et la louve semblait également souffrir d’une commotion au niveau du flanc droit, laissant présager une ou plusieurs côtes cassées.
« Ça va aller, mon amie, ça va aller, je vais te soigner. Allonge-toi, je vais chercher de quoi immobiliser ta patte ! »

La louve obtempéra en gémissant. Au même instant, du haut des falaises du pays des Quatre Vallées, un loup se mit à hurler à la mort.
« C’est ton pauvre compagnon qui nous cherche ! Je ne sais pas comment on va pouvoir aller le retrouver… ces falaises sont infranchissables et le nord du pays ne doit pas être sûr en se rapprochant du Vanaheim… On devrait essayer de contourner les montagnes par le sud pour trouver l’entrée des Quatre Vallées… On en a sans doute pour plusieurs jours, peut-être même pour plusieurs semaines… »

Louve aboya comme pour montrer son accord puis gémit de nouveau.
« Oui, dans ton état, ça va pas être facile… il va falloir d’abord que tu guérisses un peu avant de se mettre en route. »

Isil se releva et regarda la plaine forestière d’un air dubitatif.
« Sans mon arc, ça va pas être facile de tuer du gibier… »

Elle s’éloigna à la recherche de bois et de lianes ou de tiges à tresser pour constituer une attelle. Remontant la berge sur quelques centaines de mètres, elle aperçut dans l’eau, coincé entre les rochers, une masse sombre et s’approcha pour identifier le cadavre monstrueux de l’ours. Pénétrant dans l’eau en grelottant, elle parvint à sa hauteur en espérant retrouver l’épée toujours enfoncée dans la poitrine de l’animal, mais ne put que constater qu’elle n’était plus là. Sans doute avait-elle coulé au moment de l’impact qui avait suivi la chute. Déçue, elle regagna la rive. Il ne lui restait plus que sa dague pour chasser et se défendre… c’était bien peu.

Revenue près de Louve qui haletait, couchée sur les galets de la rive, elle confectionna une attelle de fortune avec laquelle elle immobilisa sa patte cassée.
« Voilà, comme ça tu devrais pouvoir marcher un peu… On va s’enfoncer dans cette forêt pour voir si on peut trouver de quoi nous nourrir ainsi qu’un abri sûr. »

L’animal jappa doucement en se mettant debout et, en clopinant, se mit en route derrière la jeune fille.


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Dernière édition par Hiivsha le Lun 5 Aoû - 9:36, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   Sam 3 Aoû - 12:52

Salut Hiivsha,

J'ai lu jusqu'au chapitre7 j'aime bien le texte et l'histoire j'ai eu malgré tout beaucoup de commentaires à faire, bien plus que ce que je croyais de prime abord. Tu vas avoir beaucoup de travail de correction si tu t'y investis.

Dès que je branche mon portable à internet, je t'envoie le document en pièce jointe via SWU puisque ce n'est pas possible ici. Je copierai les quelques chapitres qui me manques à cette occasion pour continuer la lecture lorsque j'aurai le temps.
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MessageSujet: Re: [Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]   

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[Roman] L'Archère des Quatre Vallées (18+) [Fini]
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