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 Le Vagabond d'Origine

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Jahus
Eru
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MessageSujet: Le Vagabond d'Origine   Sam 26 Jan - 16:08

– Je voudrai savoir ce qui vous pousse à œuvrer ainsi. À rester si loin des événements et à les observer sans agir. Alors qu'il ne vous suffirait que d'une pensée…

Entrée première

Aras ouvrit ses paupières et accepta cette nouvelle journée. Debout devant la verrière, il jeta son regard au loin. Une étoile brillait et ornait le sombre et morne fond qu'offrait l'espace sidéral. Quelques astres scintillaient çà et là et des nébuleuses gazeuses donnaient à ce paysage austère des allures colorées.

Il se tenait debout au centre de la petite salle de commandement. Celle-ci était vide et une atmosphère lourde y régnait. Comme si l'endroit était décalé du temps ou comme si ce dernier l'avait abandonné. Il fixa son attention sur le siège inoccupé à sa droite puis revint sur le panorama qu'offrait à ses yeux la baie vitrée.

Mais il le savait, tout au fond de lui. Rien ne pouvait combler le manque qu'induisait l'absence de l'être qu'il aimait. La magnificence du paysage n'avait rien d'égal à celle du sentiment qu'il ressentait pour elle. Le temps s'en est passé et lui, il continuerait à attendre sa compagne.

Il détourna son regard et vint, dans sa longue bure noire, s'assoir au siège de pilote à sa gauche. Sur le tableau de bord, il tapota quelques commandes rapides et le vaisseau prit peu à peu vie. La lumière rouge tamisée de la pièce laissa place à une vive lumière blanche. Tout le reste de la console s'alluma à son tour et au centre de celle-ci, une carte apparut du holoprojecteur.

Aras en sélectionna une zone et s'y focalisa. L'image approcha jusqu'à afficher un système d'étoiles doubles. Il acquiesça et l'une des planètes de ce même système fut verrouillée. L'ordinateur de bord calcula le chemin le plus sûr pour y arriver et les moteurs grondèrent.

Dans le silence profond du vide spatial, le vaisseau s'avança lourdement, mû par son large propulseur arrière. Le navire avait une forme ovoïde aplatie, étroite vers l'avant où apparaissait une longue verrière rouge sombre. Tout le navire était peint de la même couleur noire. Sur la partie supérieure, un disque gris collé à la paroi supportait des tourelles d'armement automatiques et un anneau d'arrimage.

Sur le flanc, une gravure grisâtre affichait l'inscription : « The Vagabond ».
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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Sam 26 Jan - 16:13

Entrée seconde

Où suis-je ?

Que m'arrive-t-il ?

Qui suis-je ?

Je vis encore. J'arrive à penser. Je ressens un contact contre quelque chose de dur et de rocailleux. Pourtant, tout est noir. Tout autour de moi est sombre et je ne perçois rien. Mes sens ne me fournissent plus en données.

J'ai l'impression de revivre ces événements de façon perpétuelle.

Ma pensée est lourde mais maintenant, je me souviens. Je me rappelle la lumière, l'effondrement de la boule d'énergie. Et moi happé à l'intérieur.

L'obscurité persiste autour de moi. J'ai l'impression de n'exister qu'en moi-même. Aucune sensation ne me vient du monde extérieur. Suis-je vraiment en vie ?

Je me souviens avoir repris conscience en pleine mer il y a de cela des âges. J'échouai alors sur une île où j'errai pendant un temps que je ne comptai pas. De vagues souvenirs me reviennent. Des créatures étranges, une montagne et au sein de celle-ci, une pyramide inversée. Mon esprit me ferme le passage aux souvenirs des événements que j'eus à y vivre.

Je change de monde et d'univers à la recherche d'une lueur, de la lumière. J'ai entamé ma quête avec au cœur, le désir de m'élever et de découvrir les dimensions supérieures. La volonté d'élever ma conscience et de raisonner à l'échelle du Tout.

Je me suis retrouvé éjecté de ma propre âme. Et le savoir acquis tout au long de mon chemin fut scellé quelque part en cette âme que je n'habitais dès lors plus. Ayant atteint le haut de l'échelle, quelque chose en moi m'avait déstabilisé.

Peut-être n'étais-je pas prêt ?

Le monde se désagrégeait autour de moi. Une crypte, des pierres tombales parsemées sur le flanc d'une colline, un arbre mis à nu et il y avait une inscription embrasée sur la porte en fer noir. Elle portait un message d'espoir dont j'ai perdu les mots.

Une lueur rougeoyante perçait une brume oppressante.

Cette crypte, j'y suis tombé de haut. Je me suis écrasé sur son sol recouvert de feuilles mortes. Un sol gris et poussiéreux. Je ne pouvais plus vivre en moi-même et assumer mon ampleur.

Je remonte encore plus loin dans ma mémoire. Je ressens à nouveau ma chute. Je ressens ma peau se déchirer pour laisser jaillir de mon dos des ailes embrasées. La douleur n'est plus, comme ayant été oubliée.

Cette fois, les souvenirs sont si diffus que je n'en distingue que l'idée directrice.

Tout redevient sombre. Je fais l'effort de me recentrer sur le moment présent. Perdu dans mes pensées, j'en avais oublié ma position actuelle. Plus aucune sensation si ce n'est le contact caillouteux avec ce qui me semble être ma peau. Cette sensation a laissé place à une légèreté appréciable.

Avant tout cela, j'étais tout. J'étais le Tout. J'étais la Puissance Absolue. Et je n'étais Rien. Ma vision englobait les peuplades, les planètes, les astres. Et j'avais perdu le pouvoir d'œuvrer sur la matière, sur la vie. Je voyais la lente mue des galaxies. Le destin des civilisations, les réels enjeux et les points de fracture dans cette masse mais fus aveugle à la dimension inférieure. Aveugle aux événements qui régissaient la vie des mortels.

Je m'étais élevé si haut que je n'arrivais plus à entrevoir la vie.

Mes seuls œuvres furent alors le contact par visions données aux mortels qui y étaient réceptifs, à leurs moments de méditation profonde. Et à plus grande échelle, je me contentais de diriger les échos des forces qui sourdaient de la vie elle-même pour les lui renvoyer sous la forme qui me convenait le plus. Je dirigeai ainsi le destin de ces astres vagabonds.

Tout a changé et je crus me matérialiser et reprendre forme humaine mais je fus emprisonné en moi-même. En un monde intermédiaire qui se nourrissait de ma propre vision de mon monde, de mes fantasmes, de mes peurs et de mon âme. Je ne fus alors qu'un esprit égaré, démuni, dépouillé de sa mémoire et de son savoir.

J'ai alors erré et je me suis vu comme jamais je n'aurais pu le faire auparavant. Je commençai à me découvrir de l'intérieur. Je redécouvris tout ce qui fit de moi ce que j'étais. Et je me revois, perdu en moi-même ou autre part. Perdu sans moyen de contact avec le monde qui m'entoure, les sens fermés. Sans moyen de percevoir autre chose que ma propre pensée dégénérée.

L'image me revient de l'intérieur d'une pyramide inversée. Et elle était vide, sombre. Un brouillard épais recouvrait tout à partir du chemin pavé et étroit que je traversais vers son centre. Le Centre. Il m'attirait tant mais le chemin allait en s'allongeant et tout redevient flou. Est-ce là un châtiment ? N'avoir que des bribes et des indices sur les événements sans jamais pouvoir se les rappeler en entier, sans pouvoir se rappeler des éléments clés. Comme au réveil d'un rêve important mais dont on n'a retenu que l'importance. Avoir la réponse à bout de bras et la voir se défiler à notre approche et à nos tentatives.

Après ce monde onirique et abstrait, prisonnier de mon âme changée en un univers provocateur et révélateur de mes ambitions et de mes moteurs premiers, je fus encore à errer en ma pensée. Je fis tout de même l'effort de me rapprocher du monde réel. Dans un geste d'espoir, je focalisai mes dernières ressources sur cette volonté.

Et je me retrouvai encore nouveau, en un monde virtuel. J'errai alors dans le Cyberespace. Tout était si… palpable. Si… réel. Je pus à nouveau communiquer avec des êtres vivants, avec des humains. Et je me lançai dans la reconstruction de ma personne. Ce fut pour moi une dose nouvelle d'enthousiasme, l'espoir qui manquait à mes motivations afin qu'elles produisent et créent à nouveau. Dans le but ultime de me construire un nouveau monde intérieur, je dus aller chercher au plus profond afin de récupérer cette énergie qui anime mon esprit et fait de moi un être unique. Je fus happé par la Lumière et me revoilà.

La vie me manque. La vie en son sens réel. Agir. Influer sur l'environnement. Et créer. Engendrer une idée et la concrétiser. Engendrer la vie. Donner la vie à une entité nouvelle. Transmettre le Souffle de vie. Se voir important et se sentir élément dans un engrenage encore plus grand destiné à faire avancer l'univers et à le faire monter l'échelle de l'évolution. Élever la conscience d'une espèce. Il peut parfois être ennuyeux de regarder cet engrenage de loin avec pour seul pouvoir le réparer et souffler sur les éléments les plus sensibles en espérant que ceux-là prennent de l'importance et réussissent à accélérer le tout. Souffler sur des braises et espérer que le foyer se transforme en brasier.

Je fus Tout et Rien.

Je réalise l'ampleur du mot Rien et de l'absence de pouvoir. Mon influence s'est réduite jusqu'à disparaitre totalement. Il n'y avait plus rien et désormais, je me sens vivant et mort à la fois. Je suis coupé du Monde, sans aucun moyen d'agir, sans récepteur. Je suis une lueur au sein d'un univers à l'obscurité absolue. Je suis une pensée.
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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Sam 26 Jan - 16:26

Entrée troisième

Une lueur blanche apparut dans le vide sidéral, des rais bleus en jaillirent et le tout se changea vite en vortex. Un vaisseau en émergea à grande vitesse et continua sa course vers une planète lointaine. Plus loin encore, une étoile brillait d'une lueur orangée et celle-ci se réfléchissait sur l'atmosphère bleu-vert de l'astre duquel le navire s'approchait.

Le paysage qui s'offrait à ses yeux était d'une rare splendeur, pourtant, il s'en détournerait presque. Tout lui devenait monotone. La vie poursuivait son cours et il restait là à observer ses allers et retours. Il se rassit sur le siège de pilote et ferma les yeux. Il repensa aux événements récents qui avaient bercé ses jours.

Aras l'avait retrouvée. Elle était comme il s'y attendait. Prête.

Il l'avait sauvée et faite revivre. Puis il l'a laissée seule dans une ville perdue au centre de l'Espace Connu. Au sein même de la Capitale. C'était pour lui le lieu idéal pour qu'elle puisse se découvrir et se connaître. Elle avait toute une personnalité à créer et il ne lui avait fourni en guise d'héritage que ses objets matériels. Il l'avait laissée dans sa demeure et la lui avait confiée. Il lui avait créé une identité et elle fut mise sur les rails de la vie moderne. Elle avait eu à poursuivre ses études et à s'adapter. Il ne lui avait rien révélé sur sa personne et jamais il ne lui parla de lui.

Il lui avait donné rendez-vous dans le Temps et est allé la retrouver. Elle était comme il s'y attendait. Elle avait évolué. Partant de rien, elle avait bâti ce qu'elle est désormais. Elle a créé un Monde à partir d'un espoir.

Son navire atteignit une immense station. La planète était si proche que les vaisseaux alentours effleuraient son atmosphère. Ceci donnait un spectacle coloré sublime. Les particules d'atmosphère, en contact avec les champs énergétiques des boucliers, se mettent à surchauffer. Ces particules incandescentes produisent alors des boules de lumière colorées cheminant de la proue à la poupe pour enfin se réintégrer dans l'atmosphère en refroidissant ou se désagréger encore au contact des jets de plasma des propulseurs newtoniens.

Une communication fut captée par le navire et, au milieu de la console principale, une image apparut et dessina un officier en uniforme de la Police. Celui-ci salua respectueusement.

– Vaisseau Vagabond, ici Alpha Papa Charlie de la Police S.A. Nous vous souhaitons la bienvenue dans le système Nouvelle Terre. Sommes votre escorte jusqu'au Palais. La réception débutera dans un quart d'heure. Mon escadrille se met en formation avec votre vaisseau.

Le Vagabond s'approcha de l'immense station spatiale. Celle-ci était faite d'une matière blanche éclatante et s'étendait sur des kilomètres sur plusieurs étages, ainsi qu'elle était composée d'une multitude de modules, entreposés d'une façon si complexe qu'elle prenait des allures de labyrinthe tridimensionnel. Tout en haut, un emblème s'illuminait et clignotait par moments, portant l'image d'un vaisseau-monde derrière lequel sourdent des rayons de lumière.

Le navire s'arrima à une structure tubulaire dépassant de l'un des modules. Il se leva alors et sortit de la salle de contrôle et arriva dans un couloir portant une cabine sur chaque côté. Un son vint et la porte à sa gauche coulissa vers le haut. L'intérieur était sombre et il fit venir à lui un habit cérémonial ; longue bure noire dont il s'entoura avant de descendre la rampe du vaisseau.

Il ne prêta aucune attention aux occupants des corridors de la station et se dirigea vite vers la salle de réception. Un homme vêtu de blanc l'accueillit avec mutisme. Il observa chacun de ses gestes et suivit sa marche.


– Je voudrai savoir ce qui vous pousse à œuvrer ainsi. À rester si loin des événements et à les observer sans agir. Alors qu'il ne vous suffirait que d'une pensée…

La salle était comble, les invités vaquaient çà et là et la fête battait son plein. À l'écart dans un coin, un homme se tenait impassible, le regard perdu dans le vague, les yeux rivés sur le noir profond et criblé d'étoiles étincelantes de l'espace. À la question de son interlocuteur, il s'accouda au balcon surplombant l'immense salle de réception du Parlement.

– Alors que faites-vous là ?

Son interlocuteur, d'une quarantaine d'années, était d'une carrure moyenne et portait un habit cérémonial blanc bordé de l'insigne du Gouvernement Unifié, symbolisant la Nouvelle Terre et l'espoir de renouveau qui avait été offert à l'humanité.

– Que voulez-vous alors ? Vous n'êtes pas là juste pour admirer l'inévitable, hein ?

Ses lèvres tremblaient et son comportement devenait de plus en plus trouble. Il regardait le jeune homme entouré dans sa robe noire. Celui-ci ne bougeait pas, ne réagissait plus.

Au-dessous, devant l'immense verrière de la salle, une femme en uniforme d'officier de la Marine monta sur l'estrade et prit la parole. L'assistance accorda toute son attention au discours mais aucun des deux hommes n'écoutait.

– Conservateur Dolman, sachez que les tensions entre le Gouvernement Unifié et les Pirates de l'Espace deviennent insoutenables. Ceci conduit l'État à resserrer son étau autour des mondes périphériques. Lady Tapping mène sa politique en ce sens, expliqua l'homme en noir sans jamais se retourner. Ceci dit, il est impératif que les Nouvelles Colonies restent hors d'atteinte du gouvernement. Ces mondes libres et isolés verront bientôt naître le Salut de l'humanité.

Le conservateur sembla de plus en plus troublé.

– Faites donc quelque chose ! s'écria-t-il. En œuvrant ici et maintenant, vous éviteriez que le gouvernement n'adopte cette politique. Vous le savez autant que moi, en réponse à cet attentat, le Haut Commandement se verra contraint de déclarer la guerre aux Pirates et nous plongerons ainsi dans le chaos, et les Nouvelles Colonies tomberont sous la joute…

Aras leva la main gauche et arrêta le discours de son vis-à-vis. Leur attention se tourna vers la salle quelques mètres plus bas.

Un homme s'avança au milieu de la foule et, discrètement, sortit une arme à rayon de sa manche. Il pointa cette dernière sur la femme qui faisait quelques pas alors qu'elle allait terminer son discours.

Le premier rayon transperça le pupitre et le second frôla la sénatrice, brulant son habit à l'épaule. Avant qu'il ne pût tirer une nouvelle fois, quatre gardes armés se jetèrent sur lui, le plaquèrent au sol et l'immobilisèrent. La sénatrice fut immédiatement entourée de trois autres gardes-du-corps qui dressèrent autour d'elle un champ de protection avant de lui faire quitter la salle. La confusion s'empara de l'assistance.

Au premier étage, le Conservateur admirait le calme de l'homme qu'il avait face à lui. Celui-ci avait les paupières closes et gardait une posture droite.

Quand Aras rouvrit les yeux, Dolman les fixa ardemment. Ses pupilles brillaient d'un vif éclat argenté. Ce n'était en rien la première fois que le Conservateur se retrouvait ainsi. Et l'effet restait le même, il se perdait dans ce qu'il voyait et la puissance qui se dégageait de ses yeux le submergeait.

– Allons à la Grande Bibliothèque, nous avons des mystères à éclaircir. Suivez-moi, Conservateur.

Ceci dit, l'homme en noir se dirigea d'un pas feutré vers la sortie. Dolman, énigmatique, le suivit de près et s'employait à visualiser l'incident auquel ils venaient d'assister.

– Il…, bafouilla Dolman, il était à trois mètres d'elle, comment a-t-il pu rater sa cible, comment ?

Le Conservateur s'arrêta soudainement. Et il lui sembla comprendre.

– Vous avez… c'est vous qui avez empêché l'attentat…

L'homme en noir s'arrêta, se retourna et jaugea son suivant. Il fit en sorte de ne point croiser son regard, tenant à éviter de lui infliger davantage de tourments.

– Allons aux astroélévateurs, mon cher ami, lança-t-il d'un ton monocorde. Le temps presse.

– À vos ordres, Lord Dawn, acquiesça le Conservateur, sans rechigner.


La Grande Bibliothèque était immense, s'étendait sur des kilomètres et son contenu était si précieux qu'elle avait été construite à des dizaines de niveaux sous la surface de la planète. De longues coursives la parcouraient de bout en bout. Les parois étaient d'un gris propre et les sols tapissés de tissus rouges, brillants et entretenus.

Dawn et Dolman arrivaient au centre de commande, une sorte de console géante circulaire au milieu du bâtiment. De là partaient les rayonnages placés en lignes droites convergentes.

– Nous savions qu'il allait le faire et vous, vous avez pu empêcher cet homme de viser la sénatrice et de l'abattre. Pourquoi ne pas l'en avoir empêché tout simplement ; le gouvernement va tout de même s'en prendre aux Pirates de l'Espace, où est l'intérêt dans tout cela ?

Dawn fit mine de rien. Il prit place devant un écran de contrôle et Dolman s'assit à sa droite. Autour d'eux, plusieurs employés s'affairaient au travail d'archivage et de conservation, mais aussi de recherche. Tous les résultats des investigations archéologiques menées de par l'Espace Connu finissaient à la Grande Bibliothèque.

– La sénatrice, après cette petite interaction, s'éloignera du combat contre les Pirates. À sa place, on nommera un sénateur qui s'avèrera plus… laxiste dans sa tâche. Bien sûr, des représailles auront lieu, autant militaires… qu'humanitaires. Mais le coup de fouet donné aura pour effet de vivifier cette rébellion qui tarde à prendre ses marques. Si l'assassin avait réussi à éliminer la sénatrice, la réponse aurait été plus soutenue et la rébellion matée dans le berceau.

Dolman acquiesça d'un hochement de tête. Il comprenait que les enjeux étaient plus grands que ce qu'il s'imaginait. Que l'étendue de chaque acte pouvait dépasser l'entendement. Chaque événement, chaque fait avait son importance. Et qu'un coup, parfaitement dosé, donné dans une direction choisie à un moment précis, pouvait changer la face de l'Univers.

Quelque chose d'autre le troublait. Il dévisagea son supérieur et se décida à parler.

– Vos secrets sont bien gardés, lança-t-il à Dawn, je sais que vous devez y aller. La Cérémonie aura bientôt lieu et jamais vous ne l'avez ratée.

Dolman se retourna vers sa console et donna quelques ordres.

– Votre transport est prêt. Embarcadère A, baie 42. Il vous mènera à la station frontalière Bach.

Dawn continuait de fixer l'écran devant lui. Sur les commandes, il tapotait à vive allure. Quand il finit, il sortit un cube vert de sa poche et le fit passer devant le lecteur optique.

Il se leva de son siège et posa une main sur l'épaule de Dolman.

– Je vous remercie, Conservateur. Le Nouvel Ordre vous doit beaucoup. Ces informations sont d'une grande importance à mes yeux. Je reviendrai, accompagné de ma nouvelle apprentie. Je vous promets que vous en serez énormément… étonné. Prenez soin de vous, Paix et Lumière en chacun de nous.

Le Conservateur baissa la tête en signe de salut, apercevant Aras Dawn s'en aller d'un pas lourd.

– Paix et Lumière, Monseigneur.


Paix et Lumière, répéta-t-il dans un murmure.

Aras Dawn fit le trajet inverse. Sur son chemin, des officiers le saluaient avec respect. Il ne s'arrêta à aucun moment et atteignit vite le hangar où était posé Le Vagabond. D'autres navires étaient arrimés aux côtés du sien et des techniciens s'affairaient à leur réapprovisionnement et entretien. Au fond, il voyait une parcelle de la Nouvelle Terre et son atmosphère verdâtre, posé sur un fond bariolé de nébuleuses et d'étoiles. Des traits lumineux traversaient par moments l'embrasure de l'immense salle et produisaient un violent son électrique, signe du bouclier protégeant l'atmosphère intérieur et empêchant une dépressurisation immédiate de l'enceinte.

Il retrouva l'intérieur de son vaisseau. Tout y était blanc immaculé et les parois étaient si lisses et réfléchissantes qu'elles semblaient produire leur propre éclat. Arrivé à la salle de commandement, il fit apparaitre en son centre une carte de la galaxie et celle-ci occupa tout l'espace de la pièce. Il fit quelques pas entre ces centaines de petites lueurs scintillantes puis s'arrêta pour en fixer une. Il souffla profondément puis la verrouilla. La carte stellaire disparut.

Le Vagabond transperça le bouclier du hangar d'arrimage et s'éloigna de la station gouvernementale.

Aras se délesta de sa toge et s'affala sur son siège.

Quelque chose l'interpela. Il ferma les yeux et dirigea ses pensées vers une station lointaine. Il prit vite les commandes du vaisseau et l'y dirigea. Les moteurs grondèrent en envoyant un long jet de plasma propulsant l'engin aux limites de ses capacités.

Il s'approcha peu à peu d'un point grisâtre en orbite de la planète. Et celui-ci apparut dans ses formes ; un module en globe au centre d'où partait des extensions cylindriques supportant elles-mêmes des petits nodules de différentes formes. Le complexe était relié à la planète par un canal transparent s'insérant et disparaissant sous l'atmosphère.

Il tapota sur la console et ouvrit un canal avec la station. L'image d'une opératrice apparut par l'holoprojecteur.

– Station de Transfert Terreneuve, demande autorisation d'arrimage au Comptoir d'Échange Néo. Transfert d'identification en cours.

– Station Terreneuve au Vagabond. Êtes autorisés à vous arrimer au port d'attache Un. Nous vous souhaitons un agréable séjour sur notre installation.

Le Vagabond s'approcha du plus grand module et s'arrima à l'une de ses attaches. Aras Dawn, vêtu d'habits plus sobres, se préparait d'ores et déjà à traverser le sas, qu'il franchit aussitôt celui-ci ouvert. Les premiers couloirs qu'il arpenta offraient des parois rongées par la rouille et au fur et à mesure qu'il approchait du centre du complexe, celles-ci étaient plus entretenues, jusqu'à être entièrement recouvertes d'un tissu grenat. Il atteignit une salle dominée par un bar au fond et où des tables étaient apposées et dispersées. Sans prendre la peine d'observer les gens s'y affairant, il atteignit le zinc et s'assit sur un tabouret. Il attendit que le barman se retourne.

– Bonjour, lança Aras à l'homme de grande carrure.

Celui-ci avait des cheveux et une moustache blonds, les épaules larges et était vêtu d'une tenue de cuisinier au tablier souillé de taches de gras. Il regarda Aras d'yeux emplis de surprise qu'il rabaissa immédiatement leurs regards croisés.

– Elle n'est plus là, affirma le jeune homme à son vis-à-vis.

– J'en suis désolé, Messire Dawn. J'ai veillé sur elle tout ce temps mais elle a réussi à trouver un transport hors de mon installation. Cette petite est trop curieuse et trop agitée pour tenir sur place. Qui plus est sur une station aussi limitée en activités.

Aras mit ses coudes sur le bar et soutint sa tête de ses mains, fermant les yeux pour essayer de donner une suite aux événements. Il dévisagea son interlocuteur.

– Sir Alaric…

Il s'arrêta un moment pour observer alentours. Il vit les tables pleines du restaurant et deux droïdes assurer le service. Il regarda du côté d'un couloir qu'il savait mener aux chambres de l'hôtel où il la déposa jadis. Et revint enfin au barman qui le regardait sans oser ajouter un mot.

– Puis-je donc avoir un Coca-Cola ?

La demande de son client le surpris et celui-ci s'y affaira sans attendre. Il posa une bouteille de verre remplie d'un liquide sombre devant Aras et fit mine d'appeler ses droïdes.

Aras ingurgita le liquide par grandes gorgées jusqu'à vider la bouteille qu'il posa avec force sur le zinc.

– Les enregistrements de vols, Sir Alaric, les avez-vous en votre possession ?

– Vous pourrez les consulter dans vos appartements, répondit celui-ci sur un ton allégé. La chambre 7 est à vous, il en va de soi.

Aras se leva sans rien y ajouter et se dirigea vers les habitations. Tout y était recouvert de tissu grenat entretenu à la limite du possible. Aras fit face à la porte portant l'inscription Néo-7 et posa sa main sur le bois. Elle s'ouvrit lentement. Il pénétra alors à l'intérieur, gardant les lumières éteintes. Il s'approcha du lit trônant au centre de la pièce. Les draps étaient faits. Il remarqua une plume sur la table de chevet et la fixa avidement.

La plume lévita à quelques centimètres de la surface boisée puis s'approcha d'Aras. Il ouvrit sa main gauche et l'accueilli pour la glisser délicatement dans la poche de son bluejean.

Il s'accroupit pour arriver au niveau du lit et plaça sa main droite ouverte à quelques centimètres du tissu le recouvrant. Il ferma les yeux et ressentit l'énergie qui s'en dégageait. Ouvrant les yeux, il vit une aura rosée sourdre de la couche et englober la pièce.

Aras se leva et alla du côté de la salle de bains. Il y trouva un miroir qu'il observa avec minutie. Son reflet laissa place à l'image d'une jeune fille au visage blanc en partie recouvert par des cheveux châtains. Il observa ses yeux dont l'iris s'était changé en rosace occupant ses pupilles. La couleur marron de ces dernières commençait à s'effacer.

Il ferma les yeux et son propre reflet revint. Il alla alors s'étendre sur la literie.


Aurore…

L'image de la chambre se dissipe et laisse place à un fond bleu-nuit apaisant. Des étincelles blanches sourdent par moment du néant et traversent mon champ de vision. Des lignes blanches vinrent alors de tous les côtés et recouvrirent le fond bleuté pour y tisser une toile à l'architecture complexe. J'approche d'un nœud et tend mon bras vers lui. Celui-ci s'approche et je le serre telle une boule dans ma main. Une étincelle vint le long de l'un des liens et pénétra par ma paume, traversa mon bras et m'abreuva de l'information que je désirais.

Je découvre la liste des derniers vols enregistrés et y cherche la présence de ma protégée.

Je trouve enfin une trace de son vol. Celui-ci est attribué au dirigeant d'un club privé du complexe et Aurore fait office de pilote désigné pour la mission.

Pilote !

Elle avait réussi à trouver un moyen de quitter ce complexe et a dû donner des bras et des jambes pour se faire engager en tant que pilote par ce richissime propriétaire. Ou l'aurait-elle séduite au point qu'elle obtienne de lui cette faveur…

Je lance ma main et crée une nouvelle connexion avec cette toile qui prend vie devant moi. Je retrouve à nouveau la trace d'Aurore. Celle-ci avait participé aux courses d'aircrafts fréquemment organisées par le club de loisirs Epcot.

À ma grande surprise, elle avait gagné. Elle avait réussi à déloger tous ses concurrents pour se placer première et enfin se maintenir à cette place plusieurs jours durant.

Il a dû l'y repérer et l'engager pour ses frais.

J'ouvre les yeux pour retrouver la chambre à coucher et reste ainsi allongé quelques minutes, afin de me ressourcer et de gérer sa disparition. Le vol était désigné à un certain Dardal, riche propriétaire d'un club privé, le Xpice. Son navire, Le Pegasus, a quitté le système voilà maintenant une quinzaine de jours et son vecteur devait le conduire vers les systèmes périphériques, dans les Nouvelles Colonies.

Je pense alors qu'elle avait dû accepter pour pouvoir atteindre ces mondes qui devaient, de toute façon, être notre destination avant que je ne la laisse seule sur Terreneuve.

Aurore serait donc à ma recherche.

Je me lève avec douceur et sort pour rejoindre Alaric au bar. Celui-ci m'adresse un regard expressif mais n'ose exprimer ses regrets. Je lui lance un simple sourire et ressors de la salle pour retrouver mon navire.

À son bord, je fais à nouveau apparaitre l'holocarte et me place à son centre. Je dirige ma main vers l'Amas de Kepler et celui-ci grandit jusqu'à recouvrir lui-même la salle de contrôle. Enfin, je trouve au bord de celui-ci le système Cassandra et y programme ma destination, espérant que cette fois-ci, aucun autre événement n'abrège mon voyage.

J'enclenche le pilote automatique et laisse le centre de commandement alors que le navire ouvre une fenêtre hyperspatiale et s'y engouffre. Je retrouve mon lit dans la chambre tribord et m'y détend.

Dans ma méditation, j'essaie de joindre Aurore…
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Minos
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Dim 27 Jan - 10:46

Je tâcherai de lire ça demain, j'ai deux ou trois textes à avancer aujourd'hui. Wink

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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Mar 29 Jan - 23:50

J'ai lu et j'aime bien, même si le perso principal reste trop mystérieux à mon goût.

Y'a quelques soucis de concordance de temps, et ça fait bizarre quand ton récit passe à la première personne du singulier à la fin. Tu aurais dû garder la troisième personne jusqu'au bout, je pense.

Wink

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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Mer 30 Jan - 15:38

Le lapin blanc a écrit:
… le perso principal reste trop mystérieux à mon goût.

Ça se dissipera petit à petit, ce n'est que le tout début, et puis cette histoire va coller à celle de Aurore (celle que j'ai déjà posté il y a un bout de temps) pour que ça soit plus cohérent.

Et pour le passage entre troisième personne et première personne, c'est quelque chose que j'expérimente ; ça va changer ainsi selon les situations. Vous me direz si ça vous plait à la longue.

Merci pour les comms, Minos.
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Minos
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Mer 30 Jan - 17:30

Sinon et après réflexion, je trouve qu'on n'en sait pas assez sur le bonhomme, même si c'est fait exprès. On devrait peut-être plus en savoir sur la manière dont il est perçu par les autres ; ainsi, on n'aura pas d'infos directes sur le perso (par le biais de ses pensées) mais un idée plus précise quand même.

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Den
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Mer 30 Jan - 20:05

Lu et bien aimé aussi!

Je suis entièrement d'accord avec Minos concernant le "bonhomme" même si j'avoue que ça lui donne un certain charme.

J'ai hâte de découvrir tout cela. Prochainement, j'espère?^^

Allez! Bon courage pour l'écriture!

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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Jeu 31 Jan - 22:43

Minos a écrit:
On devrait peut-être plus en savoir sur la manière dont il est perçu par les autres ; ainsi, on n'aura pas d'infos directes sur le perso (par le biais de ses pensées) mais une idée plus précise quand même.

C'est exactement la façon dont je veux le faire découvrir. Et même dans les phases où l'on voit ses pensées, il n'y aura pas d'infos directes (ou du moins un minimum).

Et merci, Den ! Je suis content que tu aimes.

La suite !
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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 1 Fév - 23:48

Entrée quatrième

Le Vagabond fendit le tissu de l'hyperespace et se retrouva à nouveau dans l'espace conventionnel. Sa vitesse diminua jusqu'à le stabiliser aux limites imposées par la juridiction en vigueur.

Devant lui, une immense construction encastrée dans un astéroïde faisant deux fois sa taille, le tout entouré de dizaines de vaisseaux utilitaires lui donnant des allures de ruche bourdonnante.

Aras Dawn entra dans la salle de commandement et prit les commandes du navire. Il vira sur le côté et accéléra, approchant de la station minière. Le système Cassandra se dessinait déjà au loin et il pouvait en distinguer les planètes. Il les connaissait toutes sur le bout des doigts pour les avoir tant vus sur ses scopes. Il reconnut Heraclitus, corps tellurique de petite taille à la surface grise. La base minière Héraclite orbite autour de l'astre et s'affaire à puiser les ressources de la ceinture d'astéroïdes située à moins de 5 unités astronomiques de l'astre.

Le vaisseau atteignit la station et se posa avec douceur sur sa plateforme d'arrimage.

– Station Minière Héraclite à Vagabond, nous vous souhaitons la bienvenue dans le système Cassandra. Veuillez patienter pendant que votre navire est réapprovisionné.

Un temps passa et Aras remarqua les indicateurs de carburant du vaisseau monter.

– Je vous remercie, Station Héraclite. Puis-je parler à Lady Dubuisson, s'il vous plait.

– Veuillez patientez. Lady Dubuisson prendra votre appel dans quelques instants. Aimeriez-vous autre chose, Lord Dawn ?

– Non, merci, répondit Aras sèchement.


Le visage de Claire pris forme par l'holoprojecteur. Je salue cette dernière qui fait de même.

– Claire…

– Aras ! me lance-t-elle, étonnée. Tu n'es toujours pas parti ? Un problème en chemin ?

Je ne trouve aucune réponse à lui fournir. Je me souviens que Claire devait avoir terminé sa mission d'inspection de l'installation.

– Rejoins-moi à bord, je te déposerai sur Médéa.

Quelques minutes plus tard, Claire arrive et entre à bord du Vagabond. Je me lève pour l'accueillir. La jeune femme aux cheveux blonds et aux yeux azure en amande me toise un moment puis se reprend. Elle baisse son regard par respect et joint ses mains ouvertes puis se courbe en avant en signe de salut.

Je la salue à mon tour.

– Comme tu devais t'en douter, j'ai terminé mon inspection des installations minières, m'annonce Claire.

J'acquiesce et remarque son hésitation à prendre le siège de copilote. Je l'invite à s'y assoir. Je m'assois à mon tour à ma place et désamarre le vaisseau de la plateforme. Je programme sa trajectoire vers la planète Médéa et me tourne vers elle.

– Un souci, Claire ?

Elle hoche la tête sans mot dire.

– Ces missions de routine commencent à devenir lassantes, je comprends, dis-je pour engager la conversation.

– Même au Tianyuan, je m'ennuie, m'avoue-t-elle.

Sur le repose-main du siège, j'appuie sur un bouton et je m'approche de Claire.

– Sois patiente. Tu réussiras ton examen de passage et Il te donnera de nouvelles missions.

Claire ferma les yeux et se détendit. Je l'observe alors, observe ses cheveux blonds et son visage si paisible. Une image me vient à l'esprit.

Je vois des yeux noirs me dévisager, un sourire sincère et éclatant. Une joie et une telle énergie dans ses gestes et ses pensées qu'elle réussissait à déteindre sur moi. Je demande alors.

– Claire, si je t'ai appelée, c'est aussi pour Cassandre.

– Nous y voilà donc, me lance-t-elle, accompagné d'un regard en biais, les paupières semi-ouvertes. Tu l'aimes bien la nouvelle, hein ?

Mon siège se retire en arrière et je toise la jeune femme avec un rictus certain sur le visage.

– Elle est sûrement prête, maintenant. Et ça fait si longtemps que je ne l'ai pas vue.

– Et ça fait si longtemps que tu es parti. D'ailleurs, j'aimerai bien savoir où tu es allé et ce que tu as fait, si loin du Temple.

Le vaisseau arrive au niveau de la planète Zeno, dont l'atmosphère orange est drainée par d'immenses vaisseaux miniers. Médéa est aussi en vue. Sa surface, parsemée de biodômes, réfléchit la lumière de l'étoile au loin et parait blanche éclatante.

– L'Aiyuan m'a confié comme mission de retrouver une nouvelle Shengzhi.

J'espère alors qu'elle se contente de la réponse que je lui ai fournie.

– Il t'a confié, à toi, une mission de débutant ? s'étonne Clair en se redressant sur le siège.

– Et tu vois bien, dis-je pour ma défense, je n'ai pas réussi.

À ceci, elle me dévisage avec étonnement.

– Pire, je n'ai aucune idée de l'endroit où elle pourrait se trouver à l'instant présent. Elle a quitté la Nouvelle Terre il y a quinze jours pour venir ici, dans cette région. Je ne sais pas si elle y est restée ou si ce n'était qu'une escale parmi tant d'autres.

Médéa est devant nous. Je vois la zone de mouillage à l'entrée de l'atmosphère et y remarque quelques vaisseaux. Au loin, une immense station de recherche est fixée en orbite basse. Plus loin encore, un biobomber, station de terraformation probablement en fin de vie.

J'approche Le Vagabond de deux anneaux à l'orée de l'atmosphère.

Vagabond à planète Médéa, demande autorisation d'atterrissage. Transfert d'identification en cours. Je m'aligne sur l'anneau.

L'anneau de droite tourne sur lui-même et les deux herses qui l'obstruaient se dégagent, me libérant le passage. J'aligne le vaisseau et attends.

– Anneau d'atterrissage au Vagabond, vous avez l'autorisation d'atterrir. Avancez.

Le Vagabond s'engouffre alors dans le premier anneau qui ralentit sa course. Tout autour, l'atmosphère s'est atténuée. Nous passons un second anneau qui nous propulse vers un troisième. Celui-ci corrige notre vitesse et nous confie à son suivant.

Les anneaux d'atterrissage créent un champ de force circulaire afin de confiner un petit espace où le vaisseau ne rencontrerait que peu de résistance due à l'atmosphère. Ainsi, on lui évite d'utiliser ses boucliers, trop fragiles, pour se protéger des particules corrosives qui composent les hautes strates des planètes.

– Que comptes-tu faire, maintenant ?

Je tarde à répondre. Mon esprit est pris par notre entrée dans l'atmosphère. Tout autour, de vives lumières blanches tourbillonnent et nous commençons à voir les nuages se faufiler au-dessous de notre navire.

Claire me toise à nouveau, attendant sa réponse.

– Oui, dis-je.

– Oui quoi ? me lance-t-elle, remarquant mon absence soudaine.

Je m'éloigne de ma pensée et me décide à lui expliquer.

– Je vais la retrouver. Je sais qu'elle a été engagée en tant que pilote. Avec un peu de patience, je retrouverai sa trace.

– Tu vas donc partir à sa recherche, en déduit-elle. Tu oublies la Cérémonie.

La Cérémonie, cette pensée me traverse encore l'esprit.

Après avoir laissé Aurore sur Terreneuve, je m'étais dirigé vers les territoires inexplorés pour assister à la Cérémonie. Et j'ai été détourné par l'attentat. Alors que je devais y aller, je fus encore dévié par l'intuition de l'absence d'Aurore.

– Que t'arrive-t-il, Aras ? s'inquiéta Claire. Tu m'as l'air distrait. Depuis un certain temps, d'ailleurs, j'ai l'impression que tu… que tu…

– Que j'ai perdu une part de moi-même, dis-je pour rétorquer. Ce n'est pas le cas, rassure-toi. Je ne l'ai pas perdue…

Elle semble encore plus troublée.

– J'assisterai à la Cérémonie, dis-je encore pour changer de sujet.

– Et pour ta mission ? m'interpelle-t-elle une nouvelle fois.

Je reste un temps sans répondre. Notre course dans l'atmosphère s'est scindée par notre arrivée au-dessus d'un immense biodôme à la paroi translucide. Je place le vaisseau au-dessus d'un sas et amorce une lente descente.

– Je pense que Cassandre est prête pour une mission de ce genre.

Claire se lève et vient vers moi. Elle se penche, la main posée sur le tableau de bord.

– Et si elle est prête, pourquoi ne pas la prendre avec toi en tant qu'apprentie, hein ?

Je me tourne vers elle et la dévisage à mon tour. Elle fait un pas en arrière et je me lève, remarquant que Le Vagabond s'était posé sur le sol.

– J'y ai pensé, dis-je en éteignant les systèmes du navire. Je le ferai, après la Cérémonie.

Elle acquiesce et nous sortons de la salle des commandes. Nous descendons la rampe et je découvre un paysage luxuriant.

Claire descend à mes côtés, place sa main sur mon épaule et me lance d'un air enjôleur :

– Merci… Et je tâcherai de réussir les épreuves. Et toi, ne tarde pas à revenir… Et surtout, donne de tes nouvelles.

Atteignant le sol terreux, elle s'approche de moi et pose un baiser sur ma joue.

– Merci, ajouta-t-elle en s'éloignant vers le portail du centre de contrôle.

Avant de passer l'embrasure, elle se retourne et me lance d'un air ravi :

– Pendant que j'y pense… elle est là, ta Cassandre.

Des senteurs titillent mes récepteurs olfactifs et je m'émerveille devant la diversité florale ainsi que devant le tableau coloré et lumineux qui s'offre à moi alors que je fais le tour de l'habitacle du regard.

Je reçois les mots de Claire avec un certain retard. Je me tourne alors subitement.

Elle est là.


Il est enfin là…

Le regard de Cassandre se fixa sur le jeune homme qui se tenait debout au centre du dôme, à côté de son vaisseau. Il avait le regard vague et semblait admirer la beauté de la nature qui l'entourait. Il portait un bluejean et un pull noir. Elle se calma l'espace d'un instant, attendant qu'il remarque sa présence. Mais l'attente était trop dure.

Alors ses pieds fendirent l'herbe et elle s'élança de sa taille menue vers lui. Ses premiers pas mesurés laissèrent place à une marche de plus en plus rapide. Elle courut et quand elle s'en rendit enfin compte, elle était déjà sur lui.

Sa réaction la surprit à son tour.

Aras la pris dans ses bras et elle l'enlaça de toutes ses forces.

Cassandre, l'appela-t-il d'un murmure.

– Aras ! cria-t-elle fort. Tu m'as manqué !

– Toi aussi, tu m'as manqué, Cassandre. Je suis heureux de te revoir.

Elle resta ainsi un long moment. Lâchant son étreinte, elle recula d'un pas et, la peau de son visage prenant une teinte rosée, elle salua en s'inclinant en avant avec légèreté.

– Comment se passe ta formation, petite Shengzhi, as-tu donc terminé tes épreuves ?

– Oui, répondit-elle avec enthousiasme. Et mes Maîtres Aihara m'ont félicité et dit que je passerai prochainement les examens pour devenir Apprentie. J'aurai alors un Maître Aihara à moi toute seule.

Aras esquissa un sourire ravi. La jeune Cassandre ne tenait plus en place et paraissait extrêmement excitée.

– Mais en attendant, ajouta-t-elle, la voix rutilante de joie, je peux prendre des missions.

Aras fit un signe vers son navire et la rampe s'abaissa doucement.

– Ça tombe bien, lança Aras d'une voix amusée. Allez, monte !

Cassandre le toisa intensément.

– Allez, je te dis, répète-t-il en montrant le chemin de la rampe.

En vrai ? pensa-t-elle.

– Cassandre, la réveilla-t-il. C'est pour de vrai, alors sors de ta stase et allons-y.

Cassandre lui sauta à nouveau au cou.

– Merci mon Maître, réussit-elle à articuler entre deux spasmes de joie, alors que des larmes lui traversaient les joues.

Aras la serra contre lui, laissant à la jeune Cassandre le temps de se reprendre.

– Allez, monte maintenant. Nous décollons.

Cassandre rejoignit vite le haut de la rampe et Aras l'observa avec amusement, se délectant de son enthousiasme et de sa force de motivation. Il avait l'impression qu'à chaque instant, des explosions d'énergie avaient lieu au niveau de ses chakras. Son aura rose devait en sourdre et y être alimentée.

Aras la rejoignit et la porte du sas s'ouvrit.

Il la laissa entrer en premier dans Le Vagabond. Cassandre se dirigea vers la salle de commandement et pris place de copilote.

L'amusement d'Aras n'en était en rien amoindri et il sentit en lui un regain d'énergie. Il prit vite place de pilote et la remarqua qui tremblait sur son siège. Il entreprit de la détendre.

– La chambre tribord est à ta disposition.

Elle le regarda avec attention.

– Qu'attends-tu ? File et détends-toi, le voyage risque d'être long.

Elle fit mine de se lever puis de se rassoir, s'accrochant fortement aux bras du siège.

– Je reste avec toi, lança-t-elle avec détermination.

Aras enchaîna des commandes sur la console et le vaisseau décolla du sol. Le sas du dôme s'ouvrit et Le Vagabond rejoignit les anneaux d'atterrissage qui lui feraient quitter l'attraction de Médéa sans qu'il ne fournisse le moindre effort.

Alors qu'ils quittaient l'atmosphère de la planète, Cassandre se leva et s'approcha de la verrière, s'appuyant sur le tableau de bord.

– Cassandre, lança Aras.

La jeune fille se tourna vers lui. Ses yeux noirs luisaient et miroitaient de joie.

– Je trouve le spectacle plus merveilleux à chaque fois. Voir les nuages s'éloigner et le bleu de l'atmosphère faner, laissant place à un fond étoilé… C'est si beau.

Aras en fut troublé. Son visage prit une moue triste et il se leva à son tour, approcha de la baie et essaya d'apprécier à nouveau cette image si monotone à ses yeux.

Le Vagabond passa les anneaux planétaires et s'éloigna de Médéa.

Les deux passagers reprirent leurs sièges. Aras décocha un regard vers Cassandre et se remis aux commandes du navire. Celle-ci le regardait d'ores et déjà. Il n'osa pas montrer sa gêne.

Le vaisseau accéléra, enclencha la propulsion linéaire et atteignit des vitesses proches du tiers de la vitesse lumière, mettant cap vers le centre du système.

– Cassandre, la sortie de l'atmosphère semble te plaire. Voyons ta réaction à ça…

Aras enclencha le générateur hyperspatial. Celui-ci gronda et la vitesse du vaisseau baissa jusqu'à 250 m/s.

– Que veux-tu dire, Aras ? s'étonna Cassandre.

Il ne répondit pas. Devant eux, aux côtés de l'astre Z075 orchestrant le bal céleste, apparut une brèche dans l'espace, entourée d'un halo bleu et lançant des éclats argentés. Le vaisseau accéléra et s'engouffra dans la brèche.


Elle est merveilleuse.

J'observe ses yeux écarquillés devant un spectacle nouveau. Son visage est pur. Son front est caché par ses cheveux châtains organisés en une forme complexe sur sa tête. Ses lèvres roses parfaitement dessinées se séparent pour esquisser un léger sourire.

Ses yeux miroitent le spectacle du vortex hyperspatial. La salle de commandes est teintée de cyan alors que des lueurs azur tournoient tout autour du Vagabond.

Elle est là, Cassandre, figée. Je continue à l'admirer. Elle est tendue, s'appuie sur ses bras et ses mains collées sur le tableau de bord. Ses pieds se décolleraient presque du sol, si ce n'était le générateur inertiel du navire. Elle tend à coller son visage à la vitre et celle-ci reflète son image. Je m'aperçois que je n'avais pas remarqué ses habits, habitué aux péplums cérémoniaux en longues bures ou en robes amples. Elle était loin du Tianyuan, du Temple de l'Ordre, et pouvait donc donner libre cours à ses envies. Je m'aperçois qu'elle avait laissé parler sa créativité.

Des chaussures noires aux lacets roses, dessinées par endroit de symboles divers. Elles sont recouvertes en partie par le bas d'un jean blanc dont le tissu supporte le même type de symboles, répartis avec minutie. Elle porte un haut vert-émeraude aux manches élargies au niveau des poignets. Le tout moule à la perfection son corps élancé.

Je continue à l'admirer alors qu'elle-même affiche son émerveillement devant un spectacle nouveau. Je me dis que je pourrai voyager ainsi avec elle une éternité.

Une autre éternité.

Je la considère encore. Je pense la prendre comme apprentie et faire d'elle une Aihara. Je vois en elle un potentiel énorme. Un potentiel à s'élever. Elle dépasserait le simple niveau de Maître que j'affiche pour atteindre à son tour cette lumière que j'eu jadis à côtoyer.

– Cassandre, dis-je d'un ton amusé pour la tirer de son état presque hypnotique.

Elle se tourne vers moi avec une vivacité renouvelée.

– C'est si beau, dit-elle. J'adore ce bleu…

Je ressens alors l'envie de méditer et de la connaître davantage.

– Cassandre, file découvrir ta chambre et méditer. Il se fait tard. Repose-toi.

Elle acquiesce et sort. À la porte, elle se tourne vers moi, comme se souvenant d'une chose importante.

J'insiste encore :

– Repose-toi. Je t'expliquerai ta première mission lorsque ce voyage sera terminé.

Je la regarde longer le couloir et passer la porte de gauche. Je me lève, vérifie les états du Vagabond puis part et sort de la salle de contrôle. Je rejoins la chambre bâbord. J'avais aménagé celle-ci en salle de méditation. Elle n'est pas meublée et possède plusieurs sources de lumières, réglables à volonté, si bien que je pouvais faire qu'elle s'illumine entièrement ou qu'il n'y ait plus qu'une source que je puisse fixer en cours de méditation.

Au sol, des coussins ronds et colorés. Je prends place sur l'un d'eux en position du Lotus. Le dos parfaitement droit, je joins les paumes de mes mains et place ces dernières au niveau du sternum. Je ferme les yeux et une énergie sourd de mon premier chakra, entoure ma colonne vertébrale et tourbillonne en s'élargissant jusqu'à recouvrir tout mon corps. J'atténue cette fougue et révulse mes globes oculaires, convergeant ces deux derniers au milieu de mon front. L'énergie bouillonne dans mes veines, traverse mes méridiens et inonde toute mon âme. Mes chakras s'activent à tour de rôle.

Alors que le second s'illumine, je perds contact avec le sol. Mon corps commence à léviter à quelques centimètres du coussin. Je prends conscience de mon être et de mon pouvoir créatif. S'ouvrent en moi les portes vers un savoir millénaire. Des souvenirs me reviennent en vagues.

Un autre puis un autre. J'ai un haut le cœur et mon palpitant change sa fréquence à deux reprises. Je me sens bien, tout mon corps se détend et je ressens en moi une paix profonde et une harmonie certaine avec mon monde. Je prends conscience de la sécurité que me confère mon pouvoir et ma situation.

Ma gorge se noue subitement et l'acier autour de moi s'efface, laissant place à une brume légère à la couleur cobalt. À une distance de mon corps, je ressens la présence d'une entité consciente. Je perçois ses vibrations et son aura familière à la douce couleur rose. Je ressens mon aura qui entoure le vaisseau en son entier et ressens l'énergie jaillissant de l'hyperdrive qui tourne à vive allure.

Je m'apaise encore plus. Ma vue transperce la paroi de mes paupières et je vois à nouveau la texture des choses. Alors que, dans la pièce, aucune lampe n'éclaire, je vois la couleur blanche recouvrant les murs métalliques de la salle de méditation, la couleur vive des coussins, ainsi que ma peau au teint bleuté. Je vois le tissu bleu de mon jean et noir de mon habit.

Aucune émotion ne subsiste désormais en moi. Je suis loin de ma propre vie, loin de mon environnement et des contraintes qu'il m'impose. Je ne ressens ni devoir, ni colère.

Un son grave jaillit de moi et la vibration se dirige vers le sol. Je plane à un demi-mètre du coussin. Tout mon champ visuel est inondé d'une vive lumière blanche qui se change en une énergie flamboyante d'où sourdent toutes les couleurs du spectre visible et j'entrevois l'ultraviolet l'infrarouge. Un violet plus lumineux et plus vif et un rouge plus épais.

Je rejoins la chambre tribord.


Cassandre découvre une chambre luxueuse. Un lit en bois trône au centre, fait de draps mauves. Des tables de chevet de chaque côté supportent des lampes. À sa gauche, une armoire en verre dont les portes du bas étaient opaques. À droite, deux coussins de méditation comme elle en a l'habitude de voir au Temple, placés à distance d'un candélabre produisant une flamme orange.

Elle s'approche de l'armoire et observe l'étage à sa hauteur. Elle y voit des perles de différentes formes et de différentes couleurs. Un objet attire son attention ; un cube violet d'un centimètre de côté. Pourtant, elle n'ose pas y toucher et se rabat sur l'étage inférieur dont elle ouvre les portes opaques. Des habits y sont disposés, rangés par catégorie. Des toges blanches et noires, d'autres pourpres. D'autres vêtements plus traditionnels, puis intimes. Enfin, à un côté, une boite faite d'un matériau noir portant des inscriptions en une langue dont elle ne comprend pas les caractères.

Cassandre s'étend alors sur le lit. Elle y prend plaisir, à penser que c'était Son lit à Lui. Qu'il avait dû y passer tant de temps qu'il en avait été imprégné de son aura. Elle ressent cette force qui émane de la couche. Elle ressent sa vibration. Elle se sent en sa présence.

Passé le plaisir, elle en tire réconfort puis sécurité.

Les paupières rabaissées, alors qu'elle commençait à se détacher du monde réel, elle fait le vœu d'être avec lui, qu'il la prenne pour apprentie et qu'ils partagent leurs vies. Il était si merveilleux, si haut, si conscient qu'il semble dépasser son simple statut de Maître. Elle pense à un moment qu'il devait être le Maître de l'Univers. Jamais elle n'avait rencontré une telle puissance au Tianyuan. Aucun de ses Maîtres ne lui inspire la confiance qu'elle Lui porte.

Et au fond d'elle, un nouveau sentiment avait pris vie et débuté sa croissance.

Cassandre mit une main au niveau de son cœur et une autre à son ventre. Elle focalisa toute son attention sur lui.

Aras…


Cassandre…

Je traverse la cloison de la cabine de méditation puis le couloir. À travers le mur en face de moi, je vois une lueur orangée briller. Je passe au travers du mur et elle est là.

– Cassandre…

Ma pensée est émise telle une parole. Cassandre est allongé sur le lit, détendue et paisible. Je m'approche de son corps. Elle ne bouge pas. Son visage, pur, n'affiche aucune expression.

Je longe le lit. J'entrevois sa pensée et la rejoint.

La carlingue du vaisseau laisse place à un noir profond où prend vie peu à peu une clairière. Le sol est couvert d'herbe verte et dense. Un arbre à ma gauche puis un fleuve qui longe d'un côté à l'autre. À sa source, une petite chute d'eau. À quelques mètres, dépassant le petit ruisseau, une mer. Le tout semble confiné dans une boule de verre. L'horizon est illusoire. Derrière moi, à travers la paroi vitrifiée, je vois une montagne haute aux cimes enneigées. Je me retourne, entendant un craquement de branche.

Je regarde l'arbre et entreprends d'approcher. Je me déplace sur le côté. J'observe et remarque une silhouette se dissimuler derrière des buissons.

J'approche encore.

Je vois un bout de tissu vert, une main tenir l'écorce. Celle-ci se dérobe.

J'approche. Rien ne bouge plus. J'arrive au niveau du buisson et contourne le végétal.

Elle était là, assise et adossée à l'arbre. Ses cheveux, longs et ondulés, descendent sur ses épaules et sa poitrine. Ses yeux, grands ouverts, me toisent. Elle porte une chemise verte aux manches amples dont les terminaisons cachent ses mains appuyées sur l'herbe verte. Ses jambes son fléchis et ses genoux joints.

J'affiche une moue contente puis l'expression de mon visage se change en gêne. Embarrassé, je ressens l'impression d'avoir dérangé cet esprit dans la quiétude de son paradis intérieur. Pourtant, je ne la sens pas troublée par ma présence. Elle me dévisage toujours avec le même sourire et les mêmes yeux brillants reflétant un enthousiasme profond.

De la tête, elle me fait signe de m'asseoir. Je ressens à nouveau mon corps et prends place à sa gauche, m'adossant à l'écorce.

Je la sens incroyablement paisible. Son regard se perd dans l'horizon illusoire. Je regarde à mon tour. L'océan s'étend devant nous et le soleil est bas dans le ciel. Des nuages s'effilochent vers la lumière et celle-ci leur confère une teinte orangée. Leurs ombres sont projetées et strient la voute dans toute sa longueur.

Soudain, je ressens un contact à ma main droite. Elle la prend dans la sienne, je me laisse faire et apprécie, hors de toute obligation imposée par ma vie d'Aras Maître Aihara. J'apprécie le contact de nos corps, eut-t-il été retenu. Sa peau est douce, fine. Elle caresse ma paume de ses doigts. Je ressens le contact de ses ongles, ça me picote et me chatouille. Je ferme les yeux. À nouveau, une sensation de plaisir se crée en moi. Ses lèvres, à peine humides, embrassent le dos de ma main. Un second baiser s'en suit. Sa lèvre inférieure pousse mes doigts, aux phalanges, et sa lèvre supérieure appuie et un nouveau baiser provoque un petit son claquant qui semble la faire rougir.

Je me tourne vers elle et approche mon visage du sien. Ses yeux s'humidifient, miroitent la lumière rouge du soleil couchant et lâchent des larmes qui coulent sur ses joues roses.

De la main gauche, j'efface une trace aqueuse sur son visage, caresse ses lèvres qui frémissent au passage de mon doigt puis approche davantage.

Nos lèvres se cherchent, se trouvent. J'en ressens un plaisir immense. Je sens mon cœur qui accélère ses battements. Une énergie nouvelle coule dans mes veines. Elle m'embrasse avec plus d'entrain, ses mains m'enlacent, elle m'approche d'elle. Nos lèvres se décrochent, je pose un baiser dans son cou, puis un autre.

– Je t'aime, m'annonce Cassandre.

– Je t'aime, réponds-je.

À cela, je ressens encore couler des larmes sur son visage. Un sourire de joie élargit ses lèvres, elle m'étreint de toutes ses forces et retrouve à nouveau mes lèvres. Elle m'embrasse, je lui rends son baiser. Je me sens bien, infiniment bien. Je me sens en harmonie avec le Tout. Avec moi. Je m'éloigne de cette pensée et reviens à l'instant présent.

Notre étreinte dure un long moment, je n'ose en demander plus.

Elle me tire alors vers elle et s'allonge en arrière. Je m'allonge sur son corps et ressens ses formes et parcours son visage, son cou puis le haut de sa poitrine de légers baisers. J'entends sa respiration. Je hume son parfum ; douce fragrance boisée qui en ajoute à mon plaisir.

– Sois à moi, demande-t-elle.

Je trouve à nouveau ses lèvres et m'en délecte.

Elle se dégage un moment :

– Je suis toute à toi, je t'aime.

Je prends son visage entre mes mains et la regarde dans le blanc des yeux. Ceux-ci sont lumineux et miroitants. Elle ne cille plus, m'observe, comme attendant une réponse dont dépendrait sa vie.

Jamais je ne m'étais imaginé me lancer si vite. Elle était la nouvelle, la Shengzhi qui réussissait à me changer, à induire en moi une énergie nouvelle et à éveiller mon enthousiasme. Elle m'étonnait, m'intriguait. Jamais au cours de toutes ces années à errer à travers l'Espace Connu une entité ne m'avait conduit à m'éprendre d'elle. Je vois en elle un énorme potentiel, je la veux comme apprentie… Et maintenant ?

Elle me dévisage toujours. J'ai l'impression d'avoir réfléchi pendant longtemps.

– Je suis à toi. Je t'aime, Cassandre, dis-je, la voix tremblante.

Cassandre pleure encore. J'ai l'impression qu'à chaque instant de plaisir, elle verse encore plus de larmes. J'approche mon visage du sien et l'embrasse. Ses lèvres sont pur délice. Mon visage se mouille et un gout amer me parvient aux papilles, je souris, m'y plais.

Tout recommence, elle m'étreint et m'embrasse.

Autour de nous, le paysage se dissout. Tout redevient noir.

Je suis à son chevet. Son visage affiche une joie profonde.

Je l'aime.

L'envie me prend de retrouver mon corps et de la rejoindre. Je m'en dissuade, conscient du voyage et de la mission qui l'attend. Nous serons séparés longtemps et elle aura à traverser une partie entière de l'Espace Connu, seule… Je serai à assister à la Cérémonie.

Je reviens à la vie réelle.

Cassandre ouvre les yeux. Ses yeux larmoient. Elle me cherche, parcourt la pièce du regard et me fixe. Je sais qu'elle ne peut pas me voir ainsi.

Pourtant, elle semble distinguer mon esprit.

Pour elle, ce ne serait qu'un rêve.

Je la désire tant. Je sais que nous nous retrouverons et que nous pourrons nous unir.

Mais en attendant, tout cela reste dans la dimension du rêve.

Elle sourit, j'approche d'elle et, avant de m'éloigner et de rejoindre mon corps, l'embrasse, sachant qu'elle ne ressentirait qu'une brise et une froideur sur les lèvres.

Une pensée paradoxale me vient. Je retrouve mon corps matériel et abandonne des sensations physiques intenses.


Aras…

Je l'aime.

J'ouvre les yeux. Je suis allongée sur le lit. Des souvenirs puissants me viennent. Jamais je ne m'étais sentie aussi paisible. Mon corps vibre d'une énergie nouvelle. Tout en moi vibre à nouveau. Je l'avais, en ma possession. Il était à moi, l'instant d'un rêve… d'un fantasme…

J'aligne des gestes pour retrouver mon tonus musculaire.

Je m'étire sur le lit. Tout me semble magique. L'envie me prend de bondir hors de la chambre et de le retrouver. De l'embrasser à nouveau et de lui faire l'amour…

À nouveau…

Une nostalgie nait en moi. C'était si réel. Je me résous à me reprendre et à laisser ces événements derrière moi.

Je l'aime et j'ai l'intime conviction qu'il m'aime, qu'il me désire autant que moi je le désire.

Peut-être pourrions-nous nous retrouver, après cette mission dont je n'ai aucune idée. J'espère alors qu'elle ne dure pas. Que je puisse le retrouver bientôt, qu'il me prenne comme apprentie que l'on partage nos vies. Que l'on se lie.

Je ferai tout pour être avec lui. Pour qu'il soit mon Maître. Je le surprendrai toujours, je sens qu'il aime ça.

Je bondis alors hors du lit et sors de la chambre. Marchant le long du couloir, je remarque que mon corps est suintant, surement en réponse à l'intense activité du rêve.

Je fais coulisser la porte de la cabine en face de la mienne. La lumière s'allume. Aras est là, en position du Lotus, le visage dépourvu d'expression. La peau toujours aussi bleutée, lui donnant un air mystérieux. Il me regarde.

Ses pupilles sont lumineuses et décolorées. Un humble prix pour le pouvoir qu'il possède.

Il me fait signe de ne plus approcher, je m'immobilise sur place.

Aras se lève et me salue. Il vient vers moi, je ne bronche pas. Je me sens comme paralysée. Ses pupilles s'illuminent d'une vive couleur argentée.

Je veux lui sauter au cou et lui avouer mes sentiments à son égard. L'embrasser et lui dire que je l'aime. Que depuis que je l'ai revu sur Médéa, je suis tombée amoureuse de lui.

Tombée…

Je tombe en avant, prise d'un soudain vertige.

Il réagit vite. En un fragment de seconde, il se retrouve face à moi et me prend par l'épaule, m'empêche de choir et me redresse.

– Je t'avais demandé de te reposer, me lance-t-il avec humour.

– Ce que j'ai fait, je te signale, réponds-je du tac au tac.

Il sourit… Il me sourit.

– Cela va de soi, tu parais reposée… et calme, ironise-t-il, faisant référence à mon haut et à ma chevelure humides.

Je fais l'effort de garder mon calme. Je rabaisse mes paupières et régule les battements de mon cœur, sentant mon sang affluer vers les veinules de mes joues. Mais l'envie de répliquer prend le dessus.

– Même que j'ai fait un rêve extrêmement réaliste.

J'admire son air dubitatif.

– Tu y étais, ajouté-je, excitée.

Cette fois, mon insinuation fait effet. Il détourne son regard et passe la porte, me laissant clouée sur place. Je le suis à la salle de contrôle.

– Cassandre, m'appelle-t-il en prenant place sur son siège.

J'arrête encore de bouger. J'ai l'impression que le simple fait d'entendre sa voix me paralyse.

– Cassandre, appelle-t-il à nouveau devant mon mutisme.

Son regard m'hypnotise.

– Il y a une douche, au fond de la soute. Tu peux en user à volonté.

Je me reprends et entreprends de prendre une douche. J'y passe un long moment. Pendant cette dernière, je ne cesse de penser à lui et de me repasser mon rêve. J'en ai encore des frissons. Des sensations m'en reviennent : le goût sucré de ses lèvres, la froideur de sa peau et, par contraste, la chaleur qu'il induit à travers tout mon corps.

Je t'aime, lancé-je d'une puissante pensée alors qu'un torrent d'eau fraiche se déverse sur mon corps pâmé.


Je perçois sa pensée. Elle est comme un tsunami troublant la quiétude de l'énergie contenant Le Vagabond. Elle fend la paroi de mon âme et trouve écho tout au fond de moi. Une réponse remonte et effleure mon esprit.

Je t'aime, Cassandre.

Ma réponse me trouble. J'ai envie de la rejoindre.

Pour elle, tout n'était que le fruit de son inconscient et de ses désirs. Ce n'était qu'un rêve, mais pourtant, sa vibration indique qu'elle en garde les émotions. Celles-ci l'accompagnent désormais, elle m'aime et elle le pense constamment.

Je ferme les yeux alors que le voyage hyperspatial se poursuit, essayant de faire le point sur les implications qu'aurait notre relation. Sa première mission l'attendait et après, et seulement celle-là réussie et parachevée, nous pourrons nous retrouver.

Je pense alors à Aurore. Je sonde l'Espace à sa recherche. Elle échappe à ma vision. Elle a toujours échappé à ma vision. Tant qu'elle était sur Nouvelle Terre, je pouvais la retrouver et surveiller son évolution, mais désormais, elle peut se trouver n'importe où. Dans un tel univers, tout peut arriver. Je lui fais confiance pour se garder vivante, mais son initiation ne fait que commencer et j'appréhende que des événements ne brisent son élan. Elle aurait alors des difficultés à s'élever et à se retrouver.

Aurore…
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Minos
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Jeu 7 Fév - 10:59

Toujours aussi chouette. Je trouve que c'est... mystique, en général.

Sinon, je trouve que l'alternance des temps (passé et présent) est toujours aussi peu heureuse, na !

Quelques détails me font tiquer, comme le fait que tout le monde soit habillé en jean. Ça fait un peu trop terre à terre à mon goût. À moins qu'il n'y ait une vraie justification derrière, genre le jean s'est imposé dans toute la galaxie mais dans ce cas, il faudrait le dire car sinon, ça fait un peu manque d'imagination... or ce n'est pas ton cas.


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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 8 Fév - 16:49

La mode, la mode !

Ne t'inquiète pas, Minos, les habits se diversifieront avec le temps ; et tout le monde n'est pas en jean. Disons juste que c'est l'habit standard des héros, hors cérémonial.

Et pour le temps, eh bien… je ne sais pas trop quoi dire, c'est écrit ainsi pour l'instant. Je vais le repenser à la prochaine relecture, en attendant, tu m'en excuseras à chaque texte :$

Merci pour les comms et la lecture, ça fait toujours aussi plaisir.

C'est le weekend, la suite est là !
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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 8 Fév - 16:58

Entrée cinquième

Aurore…

Je me réveille avec sa pensée. J'ouvre les yeux et remarque la silhouette à me droite. Cassandre est là et me regarde d'yeux béants. Son visage est toujours aussi clair et affiche une moue heureuse. À mon réveil, ses joues rougissent et elle me sourit.

– Bonjour Cassandre, dis-je avant d'avaler une grande bouffée d'air.

Elle me salut.

Je vérifie notre trajectoire puis les systèmes du Vagabond. Nous arrivons presque à destination. Je ressens une appréhension apparente en vue de la Cérémonie.

– Tu es troublé ? m'interroge-t-elle.

Sa question m'étonne. Je fais alors l'effort de reprendre mes esprits. Je tourne vers elle mon siège. Elle continue :

– Ton sommeil était agité. Et tu as parlé…

Cela m'étonne encore plus, sachant que je ne laisse jamais filtrer mes pensées pendant cette période d'apaisement et de repos.

– Tu as plutôt prononcé un nom, ajoute-t-elle d'un ton qui se veut réprobateur.

Je ne dis rien et me contente d'afficher mon étonnement, observant ses réactions.

– Aurore, dit-elle froidement.

Je ne simule plus mon étonnement. Celui-ci glisse hors de mon contrôle et je bafouille un « ah bon » qui se veut innocent.

– Qui est-ce donc ? interroge-t-elle avec force.

Cassandre attend une explication de ma part et me regarde d'un air quasi-accusateur. C'est une autre explication qui me parvient à l'esprit ; celle des agissements de Cassandre. Avec des sentiments à mon égard qu'elle ne se cache plus, elle a dû avoir reçu matière à douter en m'observant proférer le nom d'Aurore pendant mon sommeil. Je me surprends dès lors à espérer que cet incident n'ait pas eu de répercussion sur ses sentiments.

Je me reprends, décidé à en finir avec son doute.

– Alors, qui est donc cette Aurore ? ajoute-t-elle d'un ton plus amusé.

Elle essaie d'alléger sa question pour avoir une réponse. Je me lance :

– Ta première mission.

Elle se lève, s'appuie – comme l'avait fait Claire deux jours auparavant – sur le tableau de bord pour me regarder de haut. Ses yeux étincellent.

– Ta première mission, oui. J'imagine que je n'ai pas d'autre choix, hein ? Je t'explique.

Cassandre reprend sa place et j'arrange nos sièges de façon à les rapprocher puis les aligner devant l'holoprojecteur. Je retire d'une fente du tableau de bord un filmplast noir et le lui tends. Elle l'active et l'image tridimensionnelle d'une jeune femme s'affiche. Celle-ci tourne sur elle-même avant de zoomer pour encadrer sa tête. Elle a le visage clair et les cheveux noirs et longs. Ses yeux sont marrons et miroitants. Son corps est habillé tel qu'à notre dernière rencontre.

– Aurore ? demande-t-elle avec étonnement.

– Oui, Aurore.

– Elle est belle, remarque-t-elle avec une pointe de gêne dans la voix. Une Shengzhi ?

– Oui. Tu en seras étonnée.

J'active l'holoprojecteur et celui-ci projette une carte de l'Espace Connu. J'entreprends de lui exposer la géographie de ce dernier.

Je lui explique que, jadis, au début de la conquête spatiale, deux expéditions furent lancées sur deux vecteurs distincts, colonisant les planètes capables de l'être rencontrées sur leur passage. La carte stellaire montre clairement que l'espace connu est divisé en deux parties, presque parallèles. La première expédition a découvert la planète Tanis en l'an 200 à 2 années-lumière de Nouvelle Terre. Ereden, ouverte à la civilisation soixante-dix ans plus tard, fut découverte par la seconde expédition en 210. Ainsi était lancée la conquête spatiale, tout alla de plus en plus vite. On débutait la terraformation d'une planète nouvelle toutes les cinquante années, et de chaque part.

Désormais, un demi-millénaire a passé et le Gouvernement comprend près de 13 systèmes planétaire, sans compter les Nouvelles Colonies qui n'ont été ouvertes que récemment et dont une grande part des planètes est inhabitable.

Je lui confie des informations sommaires sur les systèmes importants puis indique les systèmes dangereux sous l'influence de Pirates de l'Espace ou d'autres factions xénos ou antigouvernementales.

Je me garde de lui parler de politique, laissant à ses soins l'appréciation des différentes factions qui ne cessent de s'entredéchirer depuis le Grand Réveil. Je me garde aussi de lui définir ma lourde vision du Gouvernement dont j'observe les mouvements depuis sa création.

Cassandre observe, écoute et saisit chacun de mes mots.

Je lui parle alors d'Aurore qui devra être récupérée et ramenée au Tianyuan. Je lui confie les seuls indices que j'ai, à savoir sa dernière localisation connue, sa destination et son affiliation. Elle devrait alors enquêter, retrouver sa piste et la convaincre de la suivre jusqu'au Temple des Aihara.

– En chemin, continué-je, tu la guideras et lui feras faire les premiers pas de son initiation. Ainsi la boucle sera bouclée et tu auras terminé ta formation. À la fin de cette mission, tu seras une Aihara à part entière.

Elle acquiesce et me regarde d'yeux éclatants de motivation.

Un son vient de la console. Une fenêtre sombre s'ouvre devant nous et nous fait quitter l'hyperespace. Le Vagabond ralentit jusqu'à s'arrêter. Nous voyons devant nous une grande plateforme métallique dont l'épaisseur abrite une base habitable.

– Les capteurs ne signalent aucun signe de vie à bord, remarque Cassandre.

– C'est une station satellite, indiqué-je. Nous ne tarderons pas ici.

Le Vagabond s'approche. Nous remarquons sur la surface de la station-plateforme des panneaux photovoltaïques qui donnent à la structure une couleur sombre jusqu'au moment où nous y voyons le reflet d'une étoile lointaine.

Notre navire se pose en douceur et une partie de la surface noire miroitante s'enfonce pour nous amener à une salle dont la taille suffit tout juste à notre vaisseau. Une tuyauterie se crée entre Le Vagabond et la station, il est alors rapprovisionné en carburant.

– La console indique que l'extérieur est pressurisé, m'indique ma copilote.

– Je le sais, réponds-je. Nous sortons.

Nous descendons et traversons des corridors à la lumière tamisée jusqu'à atteindre un hangar à vaisseaux. Un seul navire trône au centre de la grande salle mal éclairée. Je lance un regard à Cassandre. Elle parait curieuse, attendant que je lui annonce…

– Cassandre, voici ton vaisseau. Prends-en grand soin.

Sa physionomie change et elle sautille sur place, prise de cet enthousiasme que je lui connais si bien. Nous rabaissons la rampe et nous y engouffrons. L'intérieur n'est pas éclairé et le vaisseau ne possède qu'une soute à marchandise et un cockpit à pilote unique.

– Cassandre, dis-je, tu connais ta mission.

Elle me regarde et ses yeux, sous la lumière rouge et faible, paraissent produire des larmes qui scintillent le long de son visage. Je m'approche d'elle et pose ma main sur son épaule.

– Nous nous retrouverons bientôt. Trouve Aurore et ramène-la au Tianyuan.

Elle acquiesce avec une boule à la gorge. Je l'entends avaler difficilement une goulée de salive. J'entreprends de l'embrasser sur la joue mais elle me saute au cou et m'enlace avec force. Je ressens son corps battre et ses muscles trembler. Je passe mes bras autour d'elle et la serre contre moi.

– Je ne veux pas m'éloigner de toi, avoue-t-elle.

– Je le sais, dis-je, essayant de garder mon calme.

Je ressens un baiser dans mon cou et éloigne mon visage. Cassandre le prend entre ses mains et ses lèvres trouvent les miennes. Elle m'embrasse et cette sensation désormais réelle m'emplie de plaisir. Nos cœurs battent à l'unisson.

– Cassandre, termine ta formation, c'est important. Et nous serons ensemble. Tu seras mon apprentie et ma compagne. Termine ta formation et rejoins-moi.

À mes mots, elle hoquette de plaisir.

– Je t'aime, me lance-t-elle timidement.

Elle m'embrasse encore et je ressens ses larmes. Je l'embrasse avec ferveur, appréciant ce précieux moment d'intimité.

– Je t'aime, Cassandre. Et nous serons à nouveau réunis. Va maintenant.



Il m'aime.

Je prends mon temps, me délectant de chaque portion de temps passé en sa compagnie. Je souhaite ne jamais m'éloigner de lui. Je le vois tout de même redescendre la rambarde. Je n'ose soulever celle-ci avant qu'il ne disparaisse de ma vision et que la porte du hangar ne se referme.

Je passe ma manche sur mon visage et sèche mes larmes. L'envie me prend d'en verser à nouveau, mais je trouve en moi la force de contenir le manque que je ressens à son absence, même immédiate.

Aras…

Je prends place sur le siège de pilote. Celui-ci est confortable, en contraste avec l'étroitesse de la cabine de pilotage. J'appuie sur le bouton d'allumage et les premiers systèmes prennent vie. Je ne peux alors que m'imaginer le temps que ce vaisseau est resté ainsi, immobile et éteint.

La lumière s'allume, blanche, et éclaire les alentours. Devant moi, le reste de la console scintille et des indicateurs commencent à s'allumer en vert. À la droite de mon siège, un manche-à-balai comportant sur son extrémité un bouton de tir, un autre sur le côté, deux sur le haut, un variateur de vitesse et un contrôleur de point de vue. Avant d'en découvrir davantage, je cherche un moyen de le débrancher. Je trouve un verrou et réussit à transférer la manette de commande vers la gauche.

Ma main sur le manche, j'amorce les moteurs.

Les systèmes de vie signalent leur fonctionnement. L'accumulateur principal se charge progressivement. Je prends enfin du tableau de bord le casque de pilote, que je pose sur ma tête, faisant attention à faire passer mes cheveux sans que ceux-ci ne soient pincés. Une verrière s'abaisse et couvre mon champ de vision. Une lumière verte y est projetée et je vois s'afficher des informations sur le navire.

Les capteurs passifs s'allument et je remarque en haut et à droite du HUD une orbe indiquant la position des contacts en trois dimension. Un premier apparait sur ma liste en bas à droite.

« GOV. – The Original Vagabond – 0.050 km »

Ce qui me frappe en premier est le nom du vaisseau, transmit en une langue ancienne et qui ne se résume pas seulement à "Vagabond" ; il s'appelle littéralement "Le Vagabond d'Origine". Je réalise encore que son vaisseau est immatriculé au nom du gouvernement, ce qui est d'autant plus étrange que nous, Aihara, n'avons rien en commun avec ce dernier.

Je me demande encore quel serait le nom de mon navire. Je l'espère original.

Je réalise que les accumulateurs se sont stabilisés à la moitié de leur capacité et qu'ils ont cessé de se charger. Cela doit être dû au fait qu'ils soient restés longtemps vides.

J'enclenche la procédure de sortie et le plafond s'ouvre puis mon vaisseau, dont je ne connais même pas la forme, est soulevé jusqu'à atteindre le niveau de la grande plateforme. Je me souviens des cours de pilotage au Temple et soulève l'engin de quelques mètres. Ceci fait, j'accélère doucement et m'éloigne de la station.

Je reçois une communication. En haut et à gauche du HUD, je le vois. Mon cœur s'emballe à nouveau et un indicateur à droite signale une activité cardiaque anormale. Je respire amplement pour ralentir mon pouls.

– Ici Le Vagabond, Cassandre, ton vaisseau est équipé d'un petit générateur hyperspatial, ne le force pas trop. En revanche, tu as accès aux portes de saut et aux routes commerciales. J'ai aussi transféré des crédits sur ton compte et modifié la signature du navire afin que tu sois identifiée en tant que Freelancer. Ça a ses avantages, d'être indépendant, mais n'en abuse pas. Évite toute confrontation et n'engage les combats que si ceux-ci sont inévitables.

Je vérifie les derniers systèmes allumés et tourne mon vaisseau jusqu'à voir Le Vagabond qui s'approche. À un moment, j'ai l'impression de distinguer Aras à ses commandes, tranquillement assis sur son siège de pilote, à me lancer ses dernières instructions.

Je considère ses paroles.

– Aussi, ajoute-t-il. Pour les grandes vitesses newtoniennes, tu ferais mieux de déployer tes robes… ne serait-ce que le temps de trouver de nouveaux accumulateurs.

– Mes robes ! m'étonné-je.

– Fais un tour à l'écran d'ingénierie. Tu comprendras.

J'obtempère et découvre une fonction permettant de déployer des voiles réceptrices de vent solaire permettant ainsi un regain d'énergie et de poussée. Celles-ci se déploient en portions que je peux varier à volonté.

J'entends les moteurs qui lèvent la première voile. Je souhaite à ce moment-là pouvoir regarder mon vaisseau de loin et admirer ces fines membranes noires le recouvrir en étincelant.

– Voilà qui est mieux, lance Aras dans les comms. Aussi, la carte dont tu disposes est assez… vielle. Elle date d'une centaine d'année, tu ferais mieux de la mettre à jour. Mets aussi à jour quand tu en auras le temps tes systèmes embarqués, logiciels de pilotage, de diagnostic, de réparation automatique et achète-toi des batteries de bouclier et de nanorobots, les soutes sont vides. Je t'ai préparé ton premier point de passage, un accélérateur pour Nouvelle Terre.

Au fur et à mesure que j'entends ses conseils, je ressens en moi grandir une profonde envie de tout arrêter, de le rejoindre et de le convaincre de venir avec moi.

Je sélectionne le point de passage en question et approche mon vaisseau du sien, tel pour l'atteindre.

– À propos, ton vaisseau s'appelle le « Lady Ree ». Je t'accorde qu'il est pour le moins étrange. Tu comprendras.

– Aras, merci. Je serai digne de tout cela, je retrouverai Aurore et je te rejoindrai, tu peux en être sûr, je t'en fais la promesse…

La phrase m'échappa et ne fut abrégée que par cette envie de verser des larmes qui ne cessent de monter en moi.

– Je n'en doute pas, répond-t-il. Paix et Lumière en toi, Cassandre. Je t'aime.

Mon vaisseau accélère et s'éloigne de la station et de lui. De la personne dont je suis amoureuse.

J'enclenche les propulseurs newtoniens et, très vite, alors que la voile s'est complétement déployée, j'atteins un tiers de la vitesse-lumière.

– Je t'aime, mon Maître.

Les capteurs, ayant indiqué une distance de 1E4km du Vagabond d'Origine, celui-ci disparait de ma liste de contacts qui ne contient désormais que mon point de passage "Vers Nouvelle Terre".

Je ne retiens plus mes larmes et ne prend même plus la peine de les essuyer. Les lumières prennent alors des formes allongés et l'étoile dont je m'approche recouvre entièrement mon champ de vision de halos et de rais jaunes.

Pour ma part, ma motivation était fixée. Accomplir ma mission, parachever ma formation et retrouver mon Aras.

Cette pensée me fait presque rire. À y repenser, elle me fait plaisir.

Mon Aras.



Je t'aime, Cassandre, dit-il d'un murmure étouffé.

Aras avait gardé Le Vagabond d'Origine stabilisé en orbite rapprochée de la station satellite jusqu'à ne plus avoir le Lady Ree sur ses scopes. Il repensa à la jeune fille. Elle venait tout juste d'avoir dix-huit ans ; il lui restait tant à découvrir. Et il l'a prise comme apprentie, envisageant de vivre avec elle. Il ne se cachait plus le sentiment qu'il ressentait pour elle. Durant toutes ces années passées à errer çà et là à travers l'Espace et le Temps, jamais il n'avait rencontré d'esprit aussi vif et pouvant lui être aussi réceptif. Il pressentit en elle un pouvoir hors du commun, d'où découlait un destin extraordinaire.

La Cérémonie…

À cette pensée, il éteignit les lumières de la cabine de pilotage et fit apparaitre la carte stellaire. De quelques mouvements de la main à travers la projection holographique, il fit défiler les étoiles jusqu'à atteindre une nébuleuse sur laquelle il fit un zoom. Il y localisa un nuage de poussière et y créa un point de passage.

Les propulseurs grondèrent et le vaisseau changea de trajectoire, se dirigeant vers une zone d'espace bariolée de bleu, de vert et de rose.

Aras s'appuya sur le dossier de son siège et se détendit.



Mon Aras…

Le voyage fut long et enfin je me retrouve à quelques dizaines de kilomètres seulement de mon point de passage sobrement intitulé "Vers Nouvelle Terre". L'étoile reste à des centaines de kilomètres de ma position. Pourtant, mon vaisseau ne commence que tout juste à décélérer.

La planète est bleue par endroits et blanches à d'autres. De grandes strates nuageuses couvrent les continents et j'en distingue un immense cyclone dont l'œil laisse voir une partie d'océan. Une grande part est sombre et n'est pas touchée par la lumière de l'étoile jaune.

Plus à droite, je distingue une lune à la surface grise criblée de cratères. Plus loin, une deuxième à peine plus petite. Sur le chemin du premier satellite, j'aperçois une grande station cylindrique.

La porte de saut ?

Mon point de route est situé à quelques kilomètres de la structure en acier. Immense cercle de métal contenu dans un second supportant une base habitée et des herses semblables à celles dont disposent les anneaux planétaires. Le premier cercle tourne dans le second et un vortex se crée en son centre. Des vaisseaux en sortent et s'en éloignent.

J'approche le Lady puis ouvre un canal avec la structure.

– Porte de Saut d'Ereden, ici le Lady Ree, demande autorisation de passage vers Nouvelle Terre. Transfert des données en cours.

L'image d'un officier de police apparait en haut à gauche. Je reçois :

Lady Ree, vous pouvez passer. Quatre-vingts crédits seront débités de votre compte. Nous vous souhaitons un agréable voyage. Ce passage vous est offert par HyperGates Corporation et Ameridia Company…

S'en suit un spot publicitaire que j'ai le réflexe de mettre en sourdine.

Les voiles de mon vaisseau sont ramenées et celui-ci s'aligne sur la porte puis accélère. L'anneau intérieur tourne vite et un vortex bleu se forme devant moi. Le Lady traverse la porte et je découvre un panorama semblable à l'hyperespace dans ce qui me semble être un tunnel se tortillant inlassablement que je parcours à vive allure.

Je repense à lui.

Je suis secouée à la fin du voyage. Devant moi, une planète aux allures luxuriantes et à l'atmosphère verdâtre. Le soleil au loin baigne le système entier dans sa lumière orange.

Ma liste de contacts est saturée. Je trie vite et me rappelle des indications que m'avait données Aras sur la mission. Cette Aurore avait été vue en dernier lieu sur la Station de Transfert Terreneuve, en orbite autour de Nouvelle Terre. La station abrite un comptoir d'échange, un centre de loisir et un module d'habitation. Entre autres nodules amovibles.

Je tire sur le manche et m'approche de la station de transfert.

Là allait débuter ma mission. Je ferme les yeux et me concentre sur mon objectif.

Ma première mission. Jamais encore je n'avais à m'éloigner autant du Temple, et seule qui plus est. Pourtant, je n'en ressens aucune appréhension, aucune peur. Mon cœur n'abrite que l'amour qui lui est voué et la volonté de le retrouver. Et le manque que son absence induit.

Je respire profondément et tente de ressentir les événements qui m'attendent. N'y voyant aucun danger, j'accélère.



Aurore…

Je rouvre les yeux, l'esprit troublé. Ma pensée fut tournée vers Aurore, je n'en ai plus aucun doute et j'ai l'impression de percevoir sa présence durant mon sommeil. Pourtant, quoi que je fasse, aussi profonde eut été ma méditation, je n'arrive pas à l'atteindre et à la contacter.

Devant moi, je vois le tunnel azuré de l'hyperespace se dissoudre et laisser place à un panorama composé de strates nuageuses colorées de rose, de bleu et de vert. Plus loin, un mur de poussière. À mesure que je m'en approche, les roches paraissent de plus en plus grosses et je me vois dans la nécessité d'appliquer des manœuvres d'évitement, haussant la puissance des boucliers qui essuient d'ores et déjà de multiples collisions.

Après m'être frayé un chemin à travers la ceinture d'astéroïdes, j'aperçois un immense corps tellurique parsemé de lumières artificielles. Tout autour, des vaisseaux s'affairent et je n'ai pas à ajouter une dizaine de kilomètres qu'un navire se met en formation avec moi.

– Nous vous souhaitons la bienvenue dans la nébuleuse de Dante, messire Aras.

Je salue, décélère et arrange mon vecteur d'approche en distinguant des vermoulures sur la paroi de l'astéroïde. Sans plus d'effort, je pénètre par l'une d'elles, fixant ma vitesse à une centaine de kilomètres par heure.

Enfin, en face, je vois ce qui sert de sas à la station. Un mur de couleur gris bleuté alvéolé que mon vaisseau traverse sans y rencontrer quelconque résistance. J'atteins un grand hangar où est posée une multitude de navires de différentes catégories.

Éteignant les systèmes du vaisseau, je rejoins ma chambre afin d'y récupérer ma tenue cérémoniale. Voyant le lit au centre, l'image de Cassandre allongée en paix et paisible sur les draps violacés me revint. Mon cœur battit plus fort.

Je descendis la rampe habillé de ma robe pourpre traversée de broderie orangée. Je rejoignis vite les coursives ; de larges couloirs aux parois blanches lumineuses rappelant l'intérieur du Vagabond d'Origine, à cette différence près qu'elles étaient faites d'un matériau semi-organique.

Sur mon chemin, des visages familiers me saluent, j'y réponds prestement, hâtant ma marche afin de rattraper un retard évident.

Je rejoins une cabine de téléportation. Les portes de celle-ci se referment et un rayon bleu est projeté vers moi. Quelques secondes plus tard, les portes s'ouvrent et je continue mon chemin jusqu'à atteindre un immense portail fait de matière lourde et dorée.

Une présence se fait sentir autour de moi. Et je ressens l'aura du Maître des lieux, entité veillant sur l'intégralité du Système, le Grand Dominion. Je le salue, fermant les yeux et m'immergeant en lui.

Je franchis la grande porte et fais face à un village construit dans l'enceinte même de l'astéroïde. Le chemin pavé est éclairé par des lanternes d'apparence organique. Quelques bruissements d'insectes et présences d'animaux titillent mes sens. Plus loin, des immeubles à l'architecture contemporaine et un peu plus loin, d'autres formés de bulles oranges et translucides par endroits, laissant sourdre une lumière chaude et apaisante.

Je marche jusqu'à voir le Sanctuaire, creusé à même la roche.

J'entre et redécouvre ses couloirs ornés de statues de grands Maîtres, de héros ayant changé la face de l'Univers. Des entités si lumineuses qu'elles dissipèrent la noirceur régnant de leur temps. Des visages de femmes, d'hommes, mais aussi d'aliens aux yeux globuleux et aux visages allongés.

Je m'arrête devant une statue d'alien, observant ses traits. Des émotions me reviennent de temps presque oubliés. Je mets la capuche de ma bure et m'en recouvre presque les yeux.

Je n'en ai rencontré aucun…

À mon étonnement s'ajoute un autre. Relevant mon regard, une silhouette se dresse devant moi. Haute de plus de deux mètres et demi. Je lève mes yeux, parcourant du regard une longue tunique blanche brodée de lignes noires. Vinrent des lèvres bleues, un visage au tint blanc et de grands yeux gris d'où partaient des lignes serpentant sur un front large et un crâne lisse.

– Bienvenue à Fortundus, Maître Aras, me lança le Faren d'une voix mielleuse.

Je me courbe vers l'avant en signe de salut.

– Fidèle à votre réputation, vous êtes en retard. Les apprentis rencontrent en ce moment le Regus Eldorias.

– N'ont-ils point terminé cette étape ?

– Nous avons beaucoup plus de candidats qu'aux cérémonies précédentes.

– Je comprends. Je vous remercie. Paix et Lumière en vous.

Le Faren s'éloigne de grands pas feutrés. Je me remets alors en marche. J'avais pensé arriver au milieu de la Cérémonie, me voilà comblé. Je remarque encore que je rencontre de plus en plus de Farens, tous aussi élégants dans leur stature et leur démarche.

Je me souviens alors qu'il y a de cela fort longtemps, je m'amusais à penser qu'il résonnait hors de notre univers à nous et que leur conscience comprenait plus de quiétude et de paix que ne pouvait jamais en contenir l'âme d'un être humain. Leur connaissance du Cosmos est sans mesure, en découle une grande sagesse et une bonté supérieure. En découlait aussi une fierté démesurée.

Au détour d'un couloir, un homme me fait face et salue promptement. Je le dévisage un instant, le sourire aux lèvres.

– Dylan, lui lancé-je.

– Aras, fidèle au rendez-vous, à ce que je vois, ironise-t-il.

Un instant de flottement s'en suit alors que chacun observait l'autre. Il portait une bure semblable à la mienne, prêt à assister à la Cérémonie comme chaque année depuis bien longtemps.

– La Cérémonie débute bientôt, hein ? demandé-je, pressé.

– Je comprends, tu ne veux pas en découdre avec les autres Esrii, hein ? Suis-moi.

Je lui emboite dès lors le pas, jusqu'à rejoindre une grande salle faisant office de réfectoire. Nous prenons une table et recommençons à nous dévisager.

Je prends la parole.

– Elle va bien ?

Il me regarde avec étonnement.

– Naarital, précisé-je.

Je le vois rabaisser ses paupières et fais de même.

Merci, Aras, je vais bien, perçois-je comme pensée.

– Elle va bien, conclut mon vis-à-vis. Aras, je… Quelque chose a changé en toi, continue-t-il sans grande conviction.

Un serveur arrive et nous sert deux tasses d'un liquide rosâtre chaud. Je souffle dessus et en bois une gorgée. Ça a un gout de lait et une lourde consistance.

– Claire aussi… elle l'avait remarqué, avoué-je.

Il en boit et se sert de petits gâteaux que venait de verser le serveur dans un bol à ma gauche.

– Tu as l'air… Je n'arrive pas à me fixer cette idée… C'est comme si tu…

– Comme s'il me manquait toute une partie de moi-même, continué-je sa phrase.

Il acquiesce avec étonnement.

– C'est bien le cas. Je t'expliquerai à notre prochaine rencontre. Pour l'heure, d'autres pensées occupent mon esprit.

Il s'accoude à la table, souriant.

– Tu es heureux. Je ne t'ai pas vu ainsi depuis longtemps… Sans doute jamais. C'en est presque… troublant.

J'esquisse un sourire moqueur.

– Je me suis épris d'une Shengzhi, avoué-je. Et toi, alors. Dis-moi tout.

Mes mots renforcent son sourire. Il me donne une tape à l'épaule.

– Je viens de rentrer de mission. Je suis un peu épuisé.

– Épuisé ? Que puisse donc être cette tâche tellement ardue qu'elle épuiserait le grand et puissant Melcus, hein ? lancé-je d'un unique ton sarcastique.

Il croisa les bras, réprobateur.

– Ne te moque pas, Aras. La situation est plus critique que nous le pensions. Je te confierai mes dossiers.

– Ils sont revenus, hein ? m'inquiété-je.

– J'en ai combattu un sur Orane.

– Orane, c'est plutôt éloigné du centre…

– J'y ai récupéré deux nouveaux disciples. Et Elvira Casays est morte. Son fils est l'un d'eux. L'autre est une jeune fille très douée et réceptive.

Je digère les informations puis me remets à l'instant présent.

– Deux jeunes disciples que tu veux prendre comme apprentis, hein ?

Il se lève, me faisant signe de le suivre.

– Je l'avoue, oui, répond-t-il alors que nous sortons du réfectoire, nous dirigeant vers la salle de Cérémonie.

À une centaine de pas du réfectoire, nous parvenons à l'embrasure donnant sur la Salle de Cérémonie. Je ressentis une appréhension soudaine, à retrouver cette salle légendaire. Je lève mes yeux et admire une énième fois sa majesté. Immense et haute, ses murs étaient gravés du sol au plafond de visages et de dessins relatant la grande histoire des Esrii. Des candélabres disposés sur les murs et tout autour de la salle s'allument à tour de rôle, nous plongeant dans une atmosphère chaleureuse. Au fond, de larges piliers gravés et agrémentés de sceaux antiques se dressaient jusqu'à la voute.

Elle est déjà pleine, pensé-je.

– Prenons place, demande Dylan Melcus.

Je m'avance entre la foule de gens – des Farens dépassaient de leurs deux mètres cinquante çà et là – alors que les nouveaux arrivants se morfondaient sur place, le visage fiévreux et le teint vermeil. Je pense alors à cette congestion provoquée par le processus de fusion entre un prétendant et son Animater, cet esprit que les Farens daignent insérer dans l'âme humaine.

– Je ne peux m'empêcher de ressentir leur trouble… et leur douleur, dis-je à Dylan alors que nous atteignons le bas d'une saillie trônant au bout de la salle.

Il me regarde d'un œil compatissant.

– Tu as l'air ailleurs, un trouble à propos de tes protégés ?

– L'esprit d'Adena est clair. Mais le petit Casays érige de hautes murailles autour de son âme. Il dissimule sa pensée et ses souvenirs, qu'il enfouie très profondément.

– Je suis sûr qu'il sera accepté, dis-je pour le rassurer.

Il se secoue, se forçant à m'écouter et à ramener sa pensée au moment présent.

– Si tu veux que j'y jette un œil, je le ferai.

– Non ! s'exclame-t-il.

Voyant mon étonnement, il m'adresse un sourire narquois et adoucit son visage.

– Je veux qu'il parvienne à évoluer de son propre chef. Je sais qu'il le peut.

– Hum, marmonné-je. Quoi qu'il en soit… je veux bien le voir, ton petit…

– Weric. Le voilà, me dit-il en m'indiquant un jeune homme à son entrée dans la salle avec, à ses côtés, deux autres candidats ; une fille et un garçon.

Le garçon s'approche de la foule et s'y fend. Je le vois converser avec ses amis et me retiens de sonder son esprit, respectant la volonté de Melcus.

À notre gauche, sur l'élévation, le Regus Eldorias, aux côtés du Faren Astembeth, accueille la ribambelle de nouveaux venus.

Autant d'Ado ? murmuré-je à mon ami.

Ça va commencer, me rappelle-t-il, faisant signe de me taire.

« Je souhaite la bienvenue aux Esrii, Pirates de l'Espace et Farens qui sont venus assister à cette cinquantième Cérémonie de la Fusion » annonça Eldorias.

Cinquante… rien que ça, me dis-je, me remémorant la première cérémonie organisée voilà presque une centaine d'années.

« Une nouvelle génération est arrivée et elle porte tous nos espoirs pour l'avenir. Leur monde d'origine ainsi que leur famille sont très loin d'eux, mais ils ont fait ce choix en connaissance de cause ; dans le but de devenir des Esrii. Lorsque ceci sera fait, de nouveaux protecteurs de l'Humanité auront vu le jour. Ils seront bien plus nombreux que les générations précédentes et auront tous leur Animater pour les garder sur la voix juste de la paix intérieure et de la lumière. »

Il fit une pause. Le vieux Nicodème Eldorias caressa sa longue barbe blanche et observa l'assistance. Il continua :

« Les temps à venir s'annoncent plus sombres qu'ils ne l'ont jamais été depuis des siècles. Voir rassemblés des représentants de trois civilisations ici même m'impose un constat ; nous sommes tous devenus alliés. Pour les Esrii et les Farens, une confiance réciproque s'est installée depuis bien longtemps. Quant aux Pirates de l'Espace, vestiges de plusieurs peuples bannis par le Gouvernement Unifié, ils se sont cachés pendant très longtemps pour saboter en secret ses activités. Nous les en avons empêchés avec la conviction d'être capables de changer la mentalité de la Chambre du Sénat sans violence. Les Pirates ont beaucoup perdu, nous aussi… Mais à présent, nous afficherons un front uni face à tous ceux qui menaceront la paix et la liberté. »

Je regarde çà et là l'assistance alors que des applaudissements s'élèvent. Les Farens affichent une moue fière. Le discours du Regus vint à son terme.

Astembeth, assistant du Grand Maître des Esrii, descendit quelques marches pour se retrouver entre les Ado.

« Nos futurs apprentis ayant fusionnés avec leur Animater, il est maintenant en le pouvoir des Esrii de leur attribuer un précepteur. Apparemment, cette génération a été très fructueuse puisque nous avons recensé cent-onze candidats. Un Esrii se verra donc en charge de deux Ado. Cependant, les premiers mois passeront sous forme de cours en compagnie d'enseignants qui s'efforceront de transmettre leur savoir dans leur domaine respectif. »

À l'énoncé des cours allant être dispensés aux nouveaux, quelques Ado affichèrent leur mécontentement, s'imaginant assurément retourner aux bancs de l'école.

L'assistant du Grand Maître commença à attribuer à chaque Magi, ou Maître, deux apprentis.

– Bien ! Élèves Ryu/Nathaëlle et Vronstor/Nico de la Nouvelle Terre, vous serez avec Magi Zhym.

Il continua ainsi, désignant à chaque Magi deux paires Ado/Animater, jusqu'à arriver à Dylan. Mon vieil ami, content, marcha vers ses deux protégés ; Adena/Wordonsor et Weric/Madlensiä. Mon regard se pose sur ce dernier. Sans en produire la volonté, mon esprit se retrouve devant les fortifications de son âme. Je constate alors que la fusion avec son Animater Madlensiä s'était bien passée et que, bientôt, il n'aurait plus aucun signe d'affliction physique. Comprenant mon intrusion et avant que Weric ne s'en rende compte, je m'en éloigne, retrouvant mon corps. J'aperçois pourtant en lui une gêne apparente et en détecte vite la source ; plusieurs regards s'étaient rivés sur lui et Astembeth y posait des yeux froids et un regard d'une rare intensité. Je compatis à l'immédiat, comprenant une telle réaction à l'égard d'un alien.

Un court instant plus tard, Dylan quitta les lieux, emmenant avec lui Weric et Adena.

Je suivis la foule au réfectoire et observai tout ce monde se nourrir. Les ripailles achevées, tous sont conduits aux quartiers d'habitations.

Les heures de la nuit passaient à grands pas. Les corridors se vidèrent vite. Un lourd silence s'instaura dans le village. Je partis alors marcher et admirer les immenses plantes dont les fruits creux forment les habitations Faren.

À mon retour, je rejoins la grande salle. L'absence de monde la fait paraitre anormalement vide. Le silence y est encore plus pesant. Je marche jusqu'à la saillie et retrouve à son centre la dalle sur laquelle se posait jadis un imposant siège.

Je me mets dessus en position du lotus et entame ma méditation.



Les premiers rayons de lumière atteignirent mon corps et le réchauffèrent. Je ramène mon esprit et retrouve, décuplées, mes sensations physiques. Je mets du temps à ouvrir les yeux mais déjà, j'entrevois la lumière qui filtre à travers et rougit ces fines membranes qui protègent mes globes oculaires.

Le soleil brillait au loin et inondait la petite ville de sa douce lueur, ainsi qu'il faisait resplendir le paysage intérieur. Des ouvertures entre les larges et imposants piliers de la salle de cérémonie, on arrivait à dominer l'ensemble de Fortundus et à admirer ses paysages diversifiés. Le ciel – bien qu'artificiel – était d'un bleu pur, parcouru de nuages blanc immaculé. Les vertes prairies scintillaient de la rosée du matin et plus loin se dressent des montagnes aux cimes enneigées.

Je ressens une forte présence s'approcher de moi. Son aura m'atteint et illumine les environs. Je me lève avec douceur et me tourne vers lui, saluant avec respect.

– Regus Esrii Eldorias et Wisdolia, Paix et Lumière.

– Aiyuan Aras, fidèle au rendez-vous… Pour la cinquantième fois. Et pas une ride.

Le vieil homme monte les marches et se tient devant moi puis me salue. Il se met en position du lotus et je fais de même, lui faisant face.

– C'est un honneur, Maître, dis-je en rabaissant les paupières.

Un instant passe et je ressens en lui un trouble maladroitement dissimulé. Voyant cela, le Grand Maître se décide à parler.

– Une ombre s'est introduite dans le Sanctuaire, dit-il d'une voix rocailleuse. J'ai failli l'ignorer. Wisdolia en est troublé.

J'acquiesce, confirmant ses suspicions et indiquant l'avoir moi-même ressentie.

– Je ne m'en fais pas. Je préconise la prudence. Le mal finira par se révéler.

Je ne puis m'empêcher de sourire à sa phrase.

– Ah, les Esrii. Toujours à parler de Bien… Et de Mal.

Le Maître fronça ses larges sourcils gris. Ses yeux ont perdu leur couleur au fil des ans, tout comme les miens.

– Ces deux notions nous échappent, énoncé-je. Plus on s'éloigne de la petite chose, plus on prend conscience qu'elle fait partie d'un monde encore plus grand qu'elle. Vous le prodiguez dans votre enseignement ici-même…

– La coccinelle se fait manger par l'hirondelle, certes. Mais ni l'une, ni l'autre n'est le Bien. Et toutes deux font partie d'un système encore plus grand régi par ses propres lois.

– Vous le savez autant que moi, Eldorias/Wisdolia. Le Mal n'existe pas. Ce n'est que la figuration que nous nous faisons des forces qui agissent à l'opposé des nôtres. Et même, à plus grande échelle, ces forces ne se contredisent que rarement. Et toutes deux contribuent à l'équilibre d'un système qui nous dépasse. Nous sommes peu de choses, Maîtres, pour pouvoir ne serait qu'oser parler de Bien, ou de Mal, exposé-je d'une traite.

– Ou prétendre savoir, continue-t-il ma phrase. La petite chose influence rarement le reste du système, poursuit-il. Ainsi, le battement d'aile d'un papillon ne fera sans doute jamais vaciller la montagne. Mais la coccinelle, au même titre que les autres espèces peuplant la nature, a droit à la vie. Et combat pour sa survie. Il peut même arriver que la disparition d'une espèce menace la pérennité de l'Ensemble. Ainsi, cette coccinelle qui se bat pour sa survie fait-elle subsister le Système. Et nous tous ici, Esrii, Farens, Xénos, ou même Aihara, sommes aujourd'hui confrontés à un ennemi qui nous dépasse et menace jusqu'à notre existence.

Je hoche la tête en signe d'approbation.

– Vos mots sont sages. À propos de notre ennemi commun… Avec votre approbation, j'enverrai du Tianyuan un groupe d'Aihara avec des informations sur ses dernières apparitions observées. Je sens que le jeu se met en place. Ah… si ce n'était qu'un jeu…

Il approuve à son tour puis m'observe d'un œil curieux, presque désabusé.

– Aras… Une partie de vous est absente…

Je me frotte le front à cette phrase qui maintenant m'est devenue routine.

– Vous n'en êtes ni troublé ni déconcerté.

– Je vous expliquerai en d'autres circonstances, voulez-vous. Pour l'instant, je vous sens mandé autre part. La journée sera sans doute longue mais s'achèvera comme bien d'autres au sommet du Plateau de la Contemplation. Mais pour cette noirceur dont vous parlez…

– Ne faites rien ! m'ordonne-t-il.

Je le sens troublé par son ordre, troublé de m'avoir considéré comme simple Esrii. Je souris.

– Je le sais. Il finira par se révéler. Et je n'en ressens aucun danger. Par contre, il y a une chose, à laquelle vous devriez accorder votre attention, ô Regus. Et y consacrer de votre temps de réflexion…

Il joint ses mains et entremêle ses doigts, m'accordant une vive attention.

– Le fils, dit-il, placide, observant mon mutisme.

– Le fils d'Elvira. Oui. Je me suis surpris à observer son âme.

– Il en a fait un fort et y cache ses angoisses et ses peurs, me devance le Maître.

– J'en ai ressenti les échos. Et une énergie sourdant du cœur. Il y a autre chose…

– Je le sais, me coupe-t-il. Je l'ai senti durant la fusion avec Madlensiä. Je partage votre appréhension, Grand Aiyuan. Nous veillerons sur lui. Melcus et Naarital le protégeront.

Melcus et Naarital… Je le sais, ils en sont capables, pensé-je.

À ceci, le Grand Maître se lève et me salue. Je fais de même, sachant que l'aube levée, ma méditation était achevée. Nous marchons ensemble vers la sortie.

– Vous êtes donc prêt pour vos cours ? me demande le vieux sage d'un ton léger.

– Je les dispenserai comme je l'ai toujours fait, annoncé-je. Et je me retirerai. Le Tianyuan vous est ouvert et vous y êtes le bienvenu, Maître. Même convié. Le jeu se met en place et le temps n'est plus aux querelles philosophiques. Nous unissons nos forces pour survivre. Paix et Lumière en vous.

– Paix et Lumière en nous tous, me répond le Regus avant que l'on se sépare à un croisement des corridors.
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Enki
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 8 Fév - 17:10

Je lis dès que j'ai le temps Very Happy
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Minos
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 15 Fév - 9:16

Toujours aussi intéressant et mystérieux, sympa à lire.

Par endroits, ça manque d'équilibre et de descriptions, et y'a toujours ces fichues sautes de temps qui me dérangent. Wink

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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 15 Fév - 13:08

Le lapin blanc de Galéir a écrit:
Toujours aussi intéressant et mystérieux, sympa à lire.

Ça fait plaisir. Merci, Minos.

Le lapin blanc a écrit:
Par endroits, ça manque d'équilibre et de descriptions, …

Ça serait bien, quand tu en auras le temps, de m'indiquer ces endroits :$ Ainsi, à ma relecture, je pourrais arranger.

Minos a écrit:
… et y'a toujours ces fichues sautes de temps qui me dérangent. Wink

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Minos
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Ven 15 Fév - 13:30

Jahus a écrit:
Le lapin blanc a écrit:
Par endroits, ça manque d'équilibre et de descriptions, …

Ça serait bien, quand tu en auras le temps, de m'indiquer ces endroits :$ Ainsi, à ma relecture, je pourrais arranger
Je le prendrai, compte sur moi. Wink

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Enki
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Mer 20 Fév - 23:47

J'ai ENFIN lu, je sais que je suis mal placé pour parler grammaire et conjugaison mais :

- je trouve que c est bizarre le passage de "il" à "je"

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Jahus
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Sam 9 Mar - 20:55

Une suite !

En attendant la suite des aventures du mystérieux Aras, je vous propose de découvrir, ici, l'histoire de Cassandre, sa protégée.

Pour ceux qui n'ont pas cliqué plus haut, voici le lien :

Cassandre

Namárië !
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MessageSujet: Re: Le Vagabond d'Origine   Sam 9 Mar - 21:27

Super !!! Je lis ça plus tard ! Laughing
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Le Vagabond d'Origine
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