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 Betty Larium IV (nouvelle version)

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Minos
Lapinou Imperator
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MessageSujet: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 18:11

Otto Junior

Jour 1

Otto Ranmeyer faisait avancer son tank à allure modérée. Il ne valait mieux pas aller trop vite, au vu du sol déchiqueté visible à travers la verrière. Même s’il avait la plus grande confiance en la robustesse de son véhicule à chenilles, il n’était pas à l’abri de tomber dans l’une des nombreuses fractures béantes qui balafraient la surface volcanique de Betty Larium IV.
Prudence et circonspection. Les maîtres mots pour l’ingénieur explorateur qu’il était. Le paysage qui s’offrait à lui était digne d’un récit apocalyptique. De la roche grise à perte de vue, volcanique, qui saillait un peu partout sous forme de dents acérées pointées vers le ciel. Otto aurait tellement voulu voir des étoiles au firmament… mais non, les cieux étaient recouverts de nuages presque noirs, desquels jaillissaient éclair sur éclair. Face à lui, à des dizaines de kilomètres, une chaîne montagneuse se dessinait, constellée de volcans en activité. Otto n’aurait pas trouvé incongru qu’un vent violent soufflât sur ces terres désolées, comme pour parachever l’ambiance inhospitalière des lieux. Mais son absence ne le dérangeait pas, au contraire.
Betty Larium IV ne serait jamais un lieu de villégiature pour les Terriens… ce dont Otto se moquait éperdument. Sa mission consistait à cartographier la planète et ses richesses, en vu de préparer l’exploitation du sol pour les prochains mois. Il n’avait que l’embarras du choix concernant le site de la prochaine mine à ciel ouvert.
Il rédigeait intérieurement son mémo sur la zone qu’il traversait, quand une alarme clignota sur son pupitre de commande. Il arrêta le tank et étudia avec attention les données qui défilèrent devant ses yeux.

Otto fut sidéré quand il eut fini d’interpréter les formules sibyllines que les senseurs lui transmettaient. Il n’arrivait pas à identifier précisément de quoi il s’agissait, mais arriva très vite à une conclusion : c’était manufacturé.
– Et merde, grommela-t-il. Qu’est-ce que c’est que ce cirque ? Si nous ne sommes pas les premiers occupants, nos droits d’exploitation pourraient être remis en cause.
Il fallait en avoir le cœur net. Il fit avancer le tank en direction de l’objet détecté. Celui-ci se révéla à ses yeux au détour d’une crête rocheuse. Otto arrêta à nouveau son engin, et resta contempler ce qu’il avait sous les yeux, bouche bée.
Une balafre noire courait au sol sur des dizaines de mètres, constellée de débris. A deux cents mètres de là, une masse imposante s’était empalée sur un piton rocheux, qui la traversait de part en part.
Si Otto n’avait jamais vu ce type d’engin, il s’agissait clairement d’un vaisseau spatial qui s’était écrasé. Ses senseurs, pourtant sophistiqués et qui comptaient dans leurs bases de données tous les modèles connus des vaisseaux de la galaxie, furent incapables d’identifier l’objet.
Les yeux brillants d’excitation et de convoitise, Otto Ranmeyer éclata de rire. Sa fortune était faite, de manière inespérée. Les règles de la Puissance Terrienne Galactique était claire : tout objet extra-terrien trouvé rapportait une belle prime, sans parler d’une part sur l’exploitation technologique qui pouvait éventuellement en être retirée. Et il ne fit aucune doute pour lui que la découverte d’une nouvelle technologie allait lui rapporter gros, pas comme ces misérables sondes automatiques que d’autres découvraient de temps en temps, errantes dans l’espace.

Il remit le tank en route et ouvrit un nouveau fichier dans l’ordinateur de bord. Pour revendiquer la paternité de la découverte, il allait devoir écrire un rapport préliminaire, même lacunaire. Il eut une vision paradisiaque de Lanco Beach II, la planète de tous les plaisirs. Bientôt, il pourrait en profiter tout à loisir, jeune et riche retraité.

Otto arrêta son engin au plus près d’une large déchirure verticale dans la coque du vaisseau. Il enfila son scaphandre, s’empara d’un bloc-com, dont il activa les fonctions caméra, son et détecteurs vitaux, avant de sortir.
Il prit une longue inspiration et pénétra dans le vaisseau.

*
**

Sophia Langway, opératrice de la tour de contrôle de la base, fut rassurée de voir le signal du tank d’Otto Ranmeyer réapparaître sur ses scopes. Il avait près de deux heures de retard sur l’horaire prévu, et surtout n’avait émis aucune communication pour prévenir la base, au mépris des règles de sécurité. Nul doute qu’il allait se prendre un sacré savon avec le commandant Loof Seldon.
Quand Otto gara le tank dans le hangar des véhicules, Loof Seldon y faisait les cent pas depuis un bon moment, en grillant cigarette sur cigarette. Dès qu’Otto coupa le contact, Loof jeta sa cigarette à terre, l’écrasa rageusement du talon, rentra le ventre, redressa le torse et mit les mains sur ses hanches.
Otto eut à peine le temps de sortir, une boîte intégralement recouverte d’un tissu à la main, qu’il fut apostrophé par Loof.
– Nom de dieu, Otto, qu’est-ce que tu fous ? Qu’est-ce que tu n’as pas compris dans l’expression « communications toutes les heures pour des raisons de sécurité quand quelqu’un part en balade » ?
– Ah oui, ça… répondit Otto, décontenancé, avant de hausser les épaules. J’avais oublié, excusez-moi, chef. Vous ne devinerez…
– Oublié ? rugit Loof. Je te retire ton accréditation à aller explorer la planète avec un tank, ça te fera les pieds.
– Vous ne pouvez pas faire ça, chef, gémit Otto. Pas après ce que j’ai découvert !
– De quoi parles-tu ?
– De ça, fit-il en exhibant sa boîte.
Il retira le tissu qui la recouvrait. La boîte, un carré de vingt centimètres de côté, était dotée de six parois transparentes. De la terre grisâtre avait été placée au fond, et un objet ovoïde gros comme le poing reposait dessus. Il avait une apparence boursouflée, tacheté de boutons couleur de suie.
– Qu’est-ce que c’est que ce truc ? demanda Loof.
– Un œuf, chef ! Vous vous rendez compte ? J’ai trouvé un œuf sur cette planète ! J’ai découvert une vie extra-terrienne !
– Mais…comment est-ce arrivé ? Et où ?
– J’ai trouvé un vaisseau écrasé, et l’œuf était dedans. Quelle est la récompense que je peux espérer toucher ?
– La réc… ? Tu as pété les plombs, ma parole ! Tu ne sais rien de ce truc, et tu le ramènes ici, comme si de rien n’était !
– Mon bloc-com indique que ce truc est vivant, chef. Vous croyez que le zoo galactique m’en donnera un bon prix ? Ses dirigeants sont toujours à l’affût d’une bonne trouvaille.
– Je n’en sais rien et je m’en contrefous ! Quelle que soit cette chose, il est hors de question qu’elle reste entre tes mains. On va la donner au toubib, lui saura s’en occuper.
– Ce soûlard de Riley ?
– Il n’est que midi, il n’a pas encore commencé à boire. Et de toute manière, c’est un ordre !
– Oui, chef, bougonna Otto.

Jour 2

Chenel, chef de la sécurité, avait été dépêché pour mener une exploration approfondie du vaisseau trouvé par Ranmeyer. Le solide Français à l’épaisse moustache avait été ravi de jouer au soldat, et rassemblé une équipe de huit hommes pour l’accompagner.
Ses ordres étaient de prendre des relevés et de scanner intégralement le vaisseau inconnu. Les renseignements technologiques qu’ils en retireraient pourraient bien être primordiaux pour leurs carrières à tous, selon Seldon. C’était une chance inouïe et inespérée de quitter ce caillou pourri.

Ils restèrent quatre heures dans l’épave, la passant au peigne fin. Le seul incident fut provoqué par Chenel lui-même. Il avait donné ordre de ne surtout toucher à rien, et savait ses hommes assez disciplinés pour lui obéir au doigt et à l’œil.
Ils n’eurent pas besoin de toucher à quoi que ce soit pour déclencher une réaction.
Alors qu’il se trouvait à bord de ce qui ressemblait à une passerelle de commandement, son bloc-com de sécurité se verrouilla de lui-même sur une console. Sourcils froncés, il tenta de déchiffrer les données. Elles lui indiquèrent un échange d’impulsions électriques. La console prit vie : des lumières multicolores s’y allumèrent tour à tour, avec un cliquetis inquiétant.
Sans hésiter, Chenel fit évacuer ses hommes vers les tanks qui les avaient amenés sur les lieux, au cas où il aurait déclenché un système d’autodestruction. Rien ne se passa, hormis un appel de leur base.
– Qu’est-ce que vous foutez, bon sang ? s’écria la voix excédée de Seldon dans les communicateurs.
– Je ne sais pas, répondit Chenel. Une console s’est mise en route quand j’ai passé mon scanner devant. Comment savez-vous qu’il s’est passé quelque chose ?
– Les détecteurs de la base indiquent qu’une impulsion énergétique a jailli de votre position, direction l’espace.
– Une balise de détresse ?
– Peut-être. Détruisez-moi ce truc, on ne sait jamais.
– A vos ordres, commandant.
Tout excité à l’idée de se servir de son arme hors du cadre d’un exercice stupide et inintéressant, il empoigna sa mitraillette chérie – modèle XC-857 à contrôle inductif néo-plasmique –, ordonna à ses hommes de ne pas bouger, et retourna à bord du vaisseau inconnu.
Une rafale suffit à faire taire définitivement la console.
L’impulsion était en effet un signal de détresse. Qui fut reçu par ceux à qui il était destiné.

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Minos
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 18:15

Jour 9

Riley, le docteur aux cheveux blanchis prématurément alors qu’il avait à peine trente-cinq ans, était d’humeur maussade. Depuis que cet âne d’Otto avait ramené son œuf, Loof Seldon lui avait interdit de boire. Il devait donc se contenter des pilules oxyalcool, substitut efficace et bien moins dangereux, mais du point de vue du docteur, nettement moins agréable, notamment à l’ingestion.
Un ordre étant un ordre, il devait s’y soumettre. D’autant que vu son penchant, il savait pertinemment que sa carrière ne serait jamais brillante, ce qui le déprimait et contribuait à entretenir le cercle vicieux qui limitait son existence.
Il regarda l’œuf d’un œil maussade. Vivement que ce truc éclose, qu’il puisse enfin retourner à sa routine. A force de tâtonnements et d’analyses subatomiques de fragments microscopiques de la coquille, il avait réussi à optimiser l’environnement de l’incubateur. En huit jours, l’œuf noir et bosselé avait doublé de volume : il mesurait désormais près de vingt centimètres.
Quelque chose attira son attention et il se rapprocha. Là ! Il n’avait pas rêvé, la coquille avait bougé, comme si le truc qu’il y avait dedans poussait de l’intérieur.
Il gagna son bureau, activa l’intercom et ordonna à son infirmière Mary de venir sur-le-champ. Elle lui sembla essoufflée en répondant. Sûrement en train de s’occuper d’un mineur, se dit Riley avec une grimace de dégoût. Il prévint également Seldon et Ranmeyer.
– Si j’avais su, j’aurais suivi le cursus de vétérinaire, maugréa-t-il.

Riley et Mary surveillaient les tableaux de contrôle médicaux. Si les courbes et les projections indiquaient des paramètres vitaux, ils étaient en revanche incapables de les interpréter. L’être était vivant, mais la base de données médicale n’avaient pas su reconnaître une espèce connue.
Riley avait écarté Otto Ranmeyer sans ménagement quand il avait collé son visage à la vitre de l’incubateur pour mieux voir le spectacle. Il avait ensuite fusillé Mary du regard, quand elle était arrivée, les joues en feu et le regard brillant. Depuis, il ne lui parlait que sèchement.
Seldon n’était pas de meilleure humeur, mais la contrariété de voir sa routine bafouée le disputait à la chance éventuelle de faire parler de lui grâce à la chose dans l’œuf. Un coup d’accélérateur ne ferait pas de mal à sa carrière, lui qui rêvait d’intégrer la Marine d’Exploration.

L’œuf ne cessait de bouger, comme si l’être qui s’y cachait était déterminé à en sortir. Otto émit l’idée de percer la coquille pour accélérer la naissance, mais Riley s’y opposa fermement, affirmant que si la chose n’arrivait pas à sortir seule, c’est qu’elle n’était pas prête à le faire.
Ils attendirent deux heures dans une tension grandissante. Seldon dut s’absenter à deux reprises pour résoudre des problèmes imprévus, qu’il expédia vite et mal pour revenir rapidement à l’infirmerie.
Enfin, un petit membre pointu et noirâtre parvint à percer la coquille. L’œuf ne bougea plus pendant dix secondes. Puis il explosa de l’intérieur, comme si l’être y avait mis toutes ses forces. La créature venait de naître.

– Alors, c’est quoi ? demanda Otto, en se précipitant vers l’incubateur.
– Tu attends, bon dieu, tu attends ! fit Riley en le retenant par le bras.
Les yeux rivés sur la couveuse, ils ne virent qu’une gelée visqueuse, dans laquelle quelque chose se débattait. La créature émit des piaillements et se mit à ramper. Elle s’éloigna des débris de coquilles, se lova dans un coin et se mit à ronronner.
– Qu’il est mignon, s’exclama Mary.
– Mignon, c’est vite dit, bougonna Riley, qui se rapprocha en braquant son bloc-com médical sur le nouveau-né recroquevillé sur lui-même.
Le corps de l’être était recouvert d’un fin duvet gris clair. Il avait de minuscules mains, nanties de pouces opposables. A l’extrémité de ses doigts comme de ses orteils, les Terriens distinguèrent des ongles pointus, peut-être des griffes. Le long de ses avant-bras couraient des excroissances, sans pelage, tournées vers l’extérieur et dépassant de ses coudes.
La créature, qui aurait pu tenir dans une paire de mains présentée en coupe, avait un aspect humanoïde assez troublant, y compris deux grands yeux innocents, un nez fin et une petite bouche édentée. Pas d’oreilles, en revanche, mais de simples trous.

– Alors, ça donne quoi ? demanda Otto.
– Ce truc n’a jamais été rencontré avant, répondit Riley. Tu as découvert une nouvelle forme de vie.
– Yahou ! s’exclama Otto en levant les bras au ciel. Je vais devenir riche !
– C’est ça, bougonna Riley. Et n’oublie pas les copains, surtout.
Otto se mit à danser dans l’infirmerie, avant de se faire rabrouer par Seldon.
– Comment va-t-on l’appeler ? demanda soudain Otto, redevenant instantanément sérieux.
– L’app… ? Ce n’est pas possible, Otto, tu as du miel dans le cerveau ! dit Seldon. Tu crois vraiment que c’est le moment ?
– Mary, reprit Riley, nettoie Otto junior, et mets-le dans un lit médical du secteur de quarantaine. Et fais-le taire, il m’énerve avec ses piaillements.
Elle se précipita et ouvrit l’incubateur, avant de s’emparer délicatement de la créature, un air d’extase maternel dans les yeux.
– Il a faim, docteur, dit-elle.
Riley ravala de justesse un « tu n’as qu’à lui donner le sein » rageur et fit :
– Difficile de dire ce qu’il lui faut, même avec notre fourbi de scanners à l’appui. Il va falloir faire des essais. En commençant par du lait, sait-on jamais.
Riley se rendit compte qu’il n’était pas prêt de retrouver sa tranquillité. Il allait devoir surveiller l’évolution de la bestiole, jusqu’à ce que la Compagnie n’envoie une équipe spécialisée la prendre en charge. Ce qui risquait de prendre des semaines au minimum.
Seldon ne tarda pas à prendre congé, après avoir demandé à Riley de le tenir informé régulièrement de l’état de santé du nouveau-né. Il emmena un Otto surexcité avec lui.

Dès qu’ils furent sortis, Riley avala deux pilules d’oxyalcool et recalibra ses instruments. Dix minutes plus tard, Mary sortait de la zone de quarantaine, l’air émerveillé. Riley la trouva stupide. Il trouva un moyen de la rabrouer et aboya :
– Mary ! Il y a une tache sur ta blouse ! dit-il en lui montrant son bras. Nous sommes des professionnels, bon sang, je veux que tout soit impeccable dans cette infirmerie de malheur.
Elle ne s’offusqua pas de la mauvaise foi de son supérieur, qui était le plus laxiste des médecins qu’elle connaissait. Elle baissa les yeux vers son bras, étonnée. Elle avait sorti cette blouse de son étui stérile à son arrivée dans l’infirmerie, une demi-heure plus tôt. Riley avait raison. Quand Mary vit que la tache était rougeâtre, un mauvais pressentiment s’empara d’elle. Le tissu était déchiré sur dix centimètres. Une coupe franche et nette, comme faite au cutter.
Elle jeta la blouse dans le vide-ordures, et passa dix minutes à nettoyer consciencieusement la plaie peu profonde. Un peu troublée, elle eut beau réfléchir, elle ne parvint pas à se souvenir à quel moment elle s’était coupée, ni comment.

Dans son lit médical, la minuscule créature se léchait le pouce griffu avec délectation…

Jour 10

Mary fut soulagée quand le cycle de jour démarra, car elle avait passé une très mauvaise nuit, entre insomnies et cauchemars. Nauséeuse, elle se contenta d’un café suivi d’une douche, avant de se rendre à l’infirmerie. Elle était supposée ne commencer le travail qu’une heure plus tard, mais il était évident qu’elle couvait quelque chose.
À cette heure matinale, Riley n’était comme de juste pas à son poste. Mary salua Everett, l’infirmier de nuit. Elle lui parla de son état de faiblesse. Il fit un prélèvement sanguin, qu’il analysa sur-le-champ. Les résultats qui s’affichèrent sur un écran de contrôle leur firent froncer les sourcils, et ils appelèrent aussitôt Riley. Ils durent insister longuement avant que celui-ci ne réponde sur son unité com.
– Docteur, ici Mary. J’ai chopé quelque chose, mais on ne sait pas quoi.
– Humph… vous avez des ordis pour les diagnostics, il me semble ?
– Oui, docteur, mais ce qu’ils ont trouvé n’est pas répertorié.
– Pas… ? Vous en êtes sûre ?
– Nan, ça m’amuse de vous faire croire que j’ai un truc inconnu, rétorqua-t-elle, revêche. Bien entendu que j’en suis sûre ! Everett est aussi perplexe que moi.
– J’arrive, soupira Riley avant de couper la communication.

– Heureusement, ce n’est sûrement pas un truc inconnu, fit Everett d’un ton rassurant. Plutôt un bug dans la mise à jour du logiciel des diagnostics, comme d’habitude.
– C’est certain, répondit Mary. Ce maudit matériel antédiluvien n’est pas digne de confiance. Je l’ai toujours dit, un jour il nous lâchera au mauvais moment. C’est la troisième fois ce mois-ci que des données se perdent.
– Oui, il faut vraiment que Riley range une bonne fois pour toute les logiciels médicaux, qu’on puisse s’y retrouver en cas de problème.
Mary ne répondit pas, et comme son collègue, se contenta de balayer du regard cette partie de l’infirmerie : gobelets de café vides, plaques de données abandonnées de manière anarchique sur des consoles, sur le bureau du docteur, sur des lits médicaux et même par terre.
En attendant l’arrivée de leur supérieur, et autant par curiosité que pour se changer les idées, Mary prit des nouvelles du seul autre occupant de l’infirmerie. Otto Junior. Mary trouvait que ce nom lui allait bien, aussi incongru soit-il. Selon Everett, la créature avait passé une excellente nuit. Elle s’était contentée de dormir sagement, roulée en boule.

Riley arriva, maussade, un gobelet de café à la main. Il se mit à farfouiller dans l’ordinateur. En tant que docteur en chef de la colonie, il était le seul membre de l’équipe médicale a avoir accès aux zones sécurisées des ordinateurs de diagnostic.
Aucune donnée n’avait l’air de manquer. Il fit à son tour un prélèvement de sang à Mary. Quand il lui toucha le bras, il s’aperçut que son infirmière était brûlante, et qu’une fine couche de transpiration recouvrait son visage. Vaguement inquiet, il lui ordonna de s’allonger, ce qu’elle fit sans rechigner. L’inquiétude de Riley grandit : voilà qui ne ressemblait guère à la Mary qu’il connaissait, dure au mal et toujours en excellente santé.
Il tressaillit après avoir regardé les résultats de l’analyse de sang sur son écran. Les globules rouges étaient attaqués, ils étaient rongés, comme s’ils avaient subi une sorte d’érosion. Il n’avait jamais rien vu de pareil. Et si l’ordinateur de diagnostic n ‘était pas capable d’identifier le problème, Riley doutait fort de le pouvoir. Il appela Rashvilu, le responsable informatique de la colonie, lui enjoignant de rappliquer le plus vite possible.
– Docteur, elle s’est évanoui ! s’exclama Everett, au chevet de sa collègue.
– Nom de… mets le fourbi en route et pose-lui les capteurs, que ses signes vitaux apparaissent à l’écran.
Everett obéit promptement.
Les deux hommes scrutèrent avec attention les données affichées, avant de se regarder. Ni l’un ni l’autre ne trouvait de logique dans les courbes et les taux censés représenter l’état de santé de Mary.
– Ce n’est pas possible, nos machines se sont décalibrées, murmura Riley. C’est la seule explication plausible.

*
**

– Gloire et honneur, commandant ! lança Derkek de sa console scientifique, les antennes frétillant d’excitation. J’ai quelque chose !
– Je vous écoute.
– Signes de technologie terrienne sur la quatrième planète du système.
– Ces saloperies de parasites sont décidément partout, bougonna le commandant Livred en lissant ses élytres. Quand est-ce qu’ils vont comprendre que cette partie de l’espace appartient au glorieux et honorable Empire Coroyan ?
– Je crains qu’ils ne le comprennent jamais, commandant, soupira l’officier scientifique.
– Ou seulement par la force, rétorqua Livred avant d’appuyer sur un bouton intégré à l’accoudoir de son fauteuil de commandement. Annonce à l’équipage : nous venons de localiser un avant-poste terrien. Tout le monde à son poste, procédure d’annihilation de ces stupides bipèdes bornés.
– Gloire et honneur ! lancèrent les membres d’équipage présents sur la passerelle.

Livred était content : éliminer des Terriens était un plaisir simple, toujours renouvelé, surtout que ces imbéciles disposaient d’une technologie archaïque vis-à-vis des standards coroyans.

Dès que le Supertanker-Coléo des Coroyans arriva en orbite de Betty Larium IV, Livred donna ses ordres pour préparer le bombardement en règle de la colonie humaine. Ses antennes frétillèrent de plaisir anticipé. Écraser des Terriens était un devoir presque sacré.
– Commandant, j’ai un écho ! fit Derkek.
– De quel genre ?
– Ô grand Garilvu, nous sommes morts ! Quatre vaisseaux xolesh viennent d’apparaître du transespace !
Les ailes de tous les Coroyans présents se mirent à vibrer de panique.
– Levez les boucliers ! hurla Livred. Manœuvres d’évitement ! Navigateur, un cap de fuite pour le transespace, vite !
Livred eut à peine le temps de donner ses instructions, que des tirs s’abattirent sur son navire. Il gémit de désespoir, sachant très bien que son vaisseau ne tiendrait que quelques secondes, face au pilonnage en règle que lui et les siens subissaient. Lui qui avait rêvé d’une glorieuse carrière militaire sut qu’il allait mourir, et ses dernières pensées s’arrêtèrent sur l’ironie de la situation : les Terriens qu’il s’était apprêté à anéantir étaient faibles et impuissants face aux Coroyans… tout comme ces derniers face aux Xolesh qui venaient d’arriver. Au moins, il put se réjouir d’une chose : les Xolesh seraient encore plus prompts à détruire les Terriens si haïs par les Coroyans.

Si Otto Ranmeyer avait pu assister à ce combat spatial, il aurait eu la possibilité d’identifier les quatre vaisseaux xolesh, car ils ressemblaient à s’y méprendre à celui qu’il avait découvert neuf jours auparavant.

*
**


Quand Rashvilu arriva, sa mallette de maintenance à la main, Riley lui sauta dessus, fébrile. Il avait procédé à diverses injections de stimulants, toutes inefficaces selon le panneau de contrôle. Les courbes vitales jouaient au yoyo, avec une tendance certaine à se rapprocher du bas des graphiques… synonymes de mort.
Riley pria pour que Rashvilu trouve une anomalie informatique dans le système. Il en fut pour ses frais. Les ordinateurs médicaux fonctionnaient à merveille, annonça le technicien de maintenance. Comme en réponse à cette mauvaise nouvelle, l’état de Mary empira et plusieurs alarmes se mirent à sonner sur le panneau de contrôle.
– C’est pas vrai, cria Riley.
Il ouvrit l’un des yeux de Mary, qui ne réagit pas à la lumière qu’il y porta avec sa mini-lampe. En revanche, il vit que sa sclérotique était devenue rouge.
– Bon sang ! Everett, on la transfuse ! Vite !
L’infirmier courut vers l’armoire réfrigérante qui contenait des poches de sang d’avance et en revint tout aussi vite, avant de se figer en voyant sa collègue.
Du sang s’écoulait désormais de ses yeux, de son nez, de sa bouche et de ses oreilles. Riley arracha la perfusion des mains tremblantes de son aide et l’installa en un clin d’œil. Il ne leva même pas les yeux sur le panneau de contrôle médical. Le bourdonnement continu qui s’en échappait suffit à lui apprendre que Mary venait de mourir.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 18:18

Tueries

Jour 10

Une secousse impressionnante ébranla l’infirmerie, et les trois hommes se retrouvèrent à terre. Avant qu’ils ne puissent se relever, tout l’équipement électronique rendit l’âme. Au bout de quelques secondes, le générateur de secours prit le relais.
– Mais qu’est-ce qui se passe, bon dieu ? s’exclama Riley, tout en préparant son matériel de défibrillation.
Personne ne put lui répondre.

L’alarme principale retentit à travers tout le complexe. Les portes étanches prévues pour éviter une décompression se fermèrent.
Rashvilu se précipita sur l’intercom général, mais ne put prendre la parole, le réseau étant déjà saturé par des dizaines de plaintes visant à demander des explications. Pire, des hurlements se firent entendre. Ce qui ressemblait à des détonations retentit également, avant que des parasites ne viennent s’abattre sur toutes les fréquences.

– Qu’est-ce qui se passe, bon sang ? hurla Riley, presque heureux d’avoir un prétexte pour se détourner du cadavre de Mary.
Rashvilu se contenta de hausser les épaules d’ignorance. Il ne tarda pas à se précipiter sur le panneau de commande adjacent à la porte, et entreprit de dévisser la plaque qui recouvrait les circuits.
– Qu’est-ce que tu fiches ? demanda Everett.
– Si je peux bidouiller le système de fermeture, on pourra sortir et aller voir ce qui se passe.
– Non, mais tu es malade ? Si les portes se sont fermées, il doit bien y avoir une raison, non ? On perd sûrement de l’air quelque part !
– Ça me semble vraiment improbable, répondit Rashvilu en terminant d’ôter la plaque. Il doit y avoir un dysfonctionnement quelque part, voilà tout.
Riley l’attrapa par le bras.
– Tu n’en sais rien, bougre d’imbécile. Laisse cette porte tranquille ! Je ne tiens pas à mourir asphyxié.
Rashvilu allait répondre sèchement quand quelque chose de lourd percuta la porte. Les trois hommes sursautèrent et se regardèrent. Mais que se passait-il donc ?
Un deuxième choc, puis un troisième, furent suivis d’un rugissement qui les fit déglutir nerveusement. Everett blêmit.
– C’était quoi, ça ?
Ni Rashvilu ni Riley ne répondirent. Le médecin se retourna vers le fond de l’infirmerie. Des couinements presque hystériques se firent entendre, provenant de la chambre stérile dans laquelle le nouveau-né extra-terrestre était confiné. De nouveaux rugissements y répondirent, mélange d’appel et de défi.
– Bon, les gars, aidez-moi à remettre la plaque, fit Rashvilu. Je crois que finalement, c’est une mauvaise idée d’essayer de sortir.

Une pluie de coups s’abattit sur la porte. Elle était conçue pour résister à des conditions extrêmes, mais ne tarda à trembler, de plus en plus fort, au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient.
– Il faut absolument qu’on sorte de là ! cria Everett.
– Sans blague ? Et comment tu comptes t’y prendre ? rétorqua Rashvilu.
– Je n’en sais rien ! C’est toi le technicien, trouve une solution !
– Il n’y en a pas, justement ! L’infirmerie et ses annexes sont reliées au reste de la base par cette unique porte !
– On pourrait peut-être s’enfuir par le système de ventilation ? hasarda Riley.
– Bien sûr, pourquoi n’y ai-je pas pensé ? persifla Rashvilu. Mais comme il ne fait que trente centimètres de diamètre, on va juste devoir maigrir un grand coup ! Tu as des pilules amaigrissantes dans ton gourbi ?
– Bon sang, il doit bien y avoir une solution, hurla Riley en secouant Rashvilu.
Celui-ci grogna et repoussa violemment le médecin, qui alla s’écraser contre une cloison. Il se releva et se jeta sur le technicien. Rashvilu le cueillit d’un direct au menton, qui l’envoya au sol.
– Arrête, tu deviens fou ! lança le technicien.
Riley s’assit, se massa le menton… et se mit à pleurer, la tête cachée derrière ses mains. Everett tomba à genoux, joignit ses mains et se mit à marmonner des prières, les yeux fermés. Rashvilu secoua la tête de dépit, essayant fébrilement de trouver une solution qu’il savait ne pas exister. En désespoir de cause, il activa à nouveau l’intercom. Mais le réseau de communications était toujours saturé de friture. Il se mit à faire les cent pas.

Au bout de deux heures, la porte commença à se déformer sous la force des impacts. Dix minutes plus tard, la jonction entre les deux battants ne se faisait plus, sur vingt centimètres. Plusieurs paires de doigts effilés, bien plus longs que des doigts humains, parvinrent à s’insinuer dans l’interstice, et se mirent à tirer.
Tétanisés, les trois humains se serrèrent les uns contre les autres, sans dire un mot. Les deux battants de la porte cédèrent sous la pression, dévoilant un jour d’une cinquantaine de centimètres. Ce qui fut suffisant pour que l’être qui se trouvait derrière puisse entrer.

*
**

La créature, humanoïde longiligne, n’était pas très grande, pas plus d’un mètre soixante. Elle était engoncée dans une armure grise et son visage se cachait derrière un casque intégral effilé. Ses yeux invisibles se cachaient derrière l’ombre projetée par une avancée du casque à la naissance du front.
Rashvilu trouva le courage de faire un pas en direction de l’arrivant. Il leva les bras à mi-hauteur en présentant ses paumes vides en signe de paix. Il tenta d’accentuer cet effet pacifique en grimaçant un large sourire. Intérieurement, il avait envie de hurler. Ses intestins avaient une envie furieuse de se vider.
La créature porta la main gauche à son poignet droit, couvert d’une sorte de bracelet massif qui se prolongeait presque jusqu’au coude, puis elle pointa son bras sur l’ingénieur. Un sifflement se fit entendre en même temps qu’un projectile jaillissait du bracelet.
Rashvilu crut qu’il allait mourir sur le coup quand le projectile se ficha dans son torse. Surpris de n’éprouver qu’une sensation de piqûre, il baissa les yeux vers sa poitrine.
Et son corps explosa.

Riley n’avait pas cessé de pleurer, les yeux fixés sur la scène. Rien ne semblait pouvoir le faire réagir. Ni l’explosion du corps de Rashvilu, ni les restes sanguinolents de l’ingénieur qui les maculèrent, lui et l’infirmerie. Ni le fait que la créature se mit en branle et courut sur lui. Hypnotisé, Riley vit deux lames d’une vingtaine de centimètres surgir de l’avant-bras métallique du tueur, dans le prolongement de son poing. Entendit-il le gémissement plaintif qui sortit de ses propres lèvres quand les griffes métalliques transpercèrent son crâne de part en part ? Rien n’est moins sûr.

Au bord de la panique, l’infirmier Everett cessa ses prières et se remit sur ses jambes, comme mû par un ressort. Il se jeta sur le panneau de contrôle de la chambre stérile, en ouvrit la porte et se jeta sur la minuscule créature qui ne cessait de piailler de surexcitation.
Il s’en empara et la serra contre sa poitrine, tout en se retournant vers le tueur. Celui-ci l’avait suivi tranquillement et le toisa.
– N’approchez pas ou je le tue ! cria Everett en agrippant fermement le bébé dans ses bras, qui ne cessait de se tortiller.
L’être en armure cracha quelques mots durs et s’immobilisa, au grand soulagement d’Everett. Même la petite créature dans ses bras arrêta de se débattre. Le statu quo dura un certain temps, au bout duquel Everett, qui commençait à perdre patience, sentit une drôle d’odeur atteindre ses narines. De l’ammoniaque ? De la cannelle ? Un mélange des deux ?

Les mains d’Everett se mirent à trembler, des picotements lui parcoururent le corps. Ses jambes se mirent à flageoler et il tomba à genoux. Ses forces l’abandonnèrent, comme si un puissant anesthésique lui avait été administré. Ses bras devenus flasques lâchèrent l’extra-terrestre nouveau-né et il s’écroula sur le dos.
L’adulte en armure s’approcha après avoir appuyé sur des boutons de son bracelet. Il se pencha sur Everett, prit son poignet presque délicatement, avant de l’entailler à l’aide d’une de ses lames. Du sang s’écoula. L’adulte parla au bébé d’une voix douce, et ce dernier rampa maladroitement vers l’humain paralysé et au bord de la panique.
Everett n’eut bientôt plus conscience que de deux choses : le bruit de succion émanant du bébé, et le casque de l’extra-terrestre qui semblait le scruter, incarnation de la mort. L’humain eut la sensation que ce moment durait une éternité, pendant qu’il sentait la vie le quitter peu à peu.

Jour 11

Sarah Friedman tenta de déglutir. Mais sa bouche était sèche, tellement sèche.

Vingt-quatre heures qu’elle n’avait pas quitté le tunnel de maintenance dans lequel elle se terrait depuis l’arrivée des créatures. Membre de l’équipe technique, elle appliquait une couche d’anti-oxydant à la jonction de deux conduits d’évacuation quand le premier hurlement avait retenti, suivi d’un choc sourd. Elle avait immédiatement pensé à un accident survenu quelque part au-dessus de sa tête. Elle avait attrapé son communicateur, pour prévenir la section médicale qu’un incident s’était probablement produit, mais dès qu’elle l’avait allumé, des cris, vociférations et autres invectives en avaient jailli dans une cacophonie sans nom. En toile de fond, elle avait entendu des détonations et des explosions.
Quand des parasites étaient soudainement venus noyer ce chaos sonore, Sarah Friedman était restée immobile, osant à peine respirer. Et sa longue attente avait commencé…
Attendre et espérer… mais quoi ? De temps à autre, elle avait entendu des bruits d’escarmouches, sons étouffés qui pouvaient provenir de n’importe où. D’autres fois, elle avait entendu des gens marcher ou courir au-dessus de sa tête, dans les couloirs de la base.
Elle avait attendu en vain que les communications redeviennent normales. En vain que quelqu’un vienne la chercher et la rassurer sur la situation. Elle finit par comprendre, après ces vingt-quatre heures interminables, qu’elle ne devrait compter que sur elle-même pour être mise au fait des événements. Et surtout, une faim et une soif terribles la tenaillaient. Il fallait qu’elle sorte de sa cachette pour se sustenter, malgré le danger qu’elle sentait planer autour d’elle.

Sarah rampa laborieusement dans le tunnel de maintenance. Chaque mouvement était une torture. Elle serra les dents et avança, centimètre après centimètre. Elle arriva finalement au plus proche panneau qui séparait le tunnel d’un des couloirs de la base. Elle hésita longuement. Et si la mort l’attendait derrière ? Elle finit par se décider et activa le code d’ouverture d’une main légèrement tremblante.
Le panneau s’entrebâilla après avoir émis un cliquètement. La peur au ventre, Sarah attendit anxieusement que quelque chose se passe. Comme tout semblait calme, elle s’extirpa du tunnel et referma le panneau derrière elle, tout en s’attendant à une agression à chaque seconde. Elle ne vit rien de spécial dans le couloir : sol et parois métalliques vert foncé, très épuré à l’exception des tubes d’éclairage au plafond, tous les trois mètres. Bien que la lumière ambiante ne laissât pas de coin d’ombre, elle avança en longeant l’un des murs.
Deux embranchements plus loin, elle savait qu’elle trouverait une salle de douche commune. Et donc de l’eau. Son esprit embrumé de fatigue avait du mal à fonctionner. Devait-elle simplement boire longuement et retourner se cacher, tout en surveillant attentivement les communications radio ? Ou allait-elle prendre le risque de chercher à comprendre ce qui se passait ? Cette seconde option ne la tentait guère : peut-être devenait-elle folle, mais elle avait une peur bleue.
Si l’Hégémonie Corayanne était passée à l’attaque, ce qui était possible au vu de la guerre farouche qu’elle menait contre l’espèce humaine, il lui faudrait rester cachée le temps que les Corayans tuent tous ceux qu’ils trouveraient et quittent les lieux. Ils procédaient ainsi vis-à-vis de colonies humaines, elle l’avait vu aux informations. Ne restait plus qu’à espérer qu’ils ne détruiraient pas les systèmes de survie de la base…

Sarah continua sa progression lentement, la peur au ventre. Elle pria pour que ses jambes tremblantes ne se dérobent pas sous ses pieds. À l’embranchement suivant, il lui fallut de longues minutes avant d’oser bouger. Elle rassembla son courage et passa la tête dans le couloir, juste une seconde. Ouf, toujours personne. Elle soupira de soulagement et chassa les larmes contre lesquelles elle n’arrivait pas à lutter.
Alors qu’elle s’apprêtait à repartir, elle entendit un bruit dans son dos.

Elle se retint de hurler en se mordant les lèvres jusqu’au sang, et se retourna lentement.
Elle fut soulagée de voir que l’être, vêtu d’une combinaison métallique intégrale, n’était pas un Coroyan. Mais elle ne bougea pas, anxieuse. Qu’était cette créature ? Qu’allait-elle lui faire ?
Sarah se décida brusquement pour la fuite. Elle amorça un demi-tour et leva le pied… mais se retrouva incapable de le poser à terre. Une pression considérable venait de s’abattre sur son esprit, lui enjoignant de ne pas bouger. Elle crut d’abord que sa panique était la plus forte, qu’elle la tétanisait, avant de se rendre compte que la pression mentale ne venait pas d’elle.
Elle entendit un ricanement venant de l’être en armure. Ce dernier avança vers elle. Le ricanement se fit également dans sa tête, rejoignant l’ordre de ne pas bouger qui la taraudait.
Sarah fut surprise de voir que l’inconnu était plus petit qu’elle d’une bonne tête. Il ne devait pas mesurer plus d’un mètre soixante. Ses mains gantées de métal se portèrent à son visage : l’une d’elle agrippa ses cheveux, l’autre lui enserra la nuque. Quand la créature exerça une brusque torsion de ses mains, Sarah entendit un craquement sourd. Et s’écroula raide morte, la nuque brisée.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 18:20

– Pas question de bouger de là ! affirma Otto Ranmeyer.
– Il va bien falloir, pourtant ! Nous devons savoir ce qui s’est passé ! rétorqua Benedict Van Der Sin.
– On s’en fout, l’essentiel est de rester en vie ! Et ici, dans la cantine, nous sommes en sécurité ! Nous avons des vivres, de quoi tenir des semaines ! Pas question de sortir tant qu’on n’en aura pas reçu l’ordre par l’intercom. N’est-ce pas, les gars ?
Les six hommes et femmes qui assistaient à la énième prise de bec entre Ranmeyer et Van Der Sin étaient indécis. Qui croire ? Qui suivre ?
Lorsque les alarmes s’étaient mises en route, vingt-quatre heures plus tôt, ils étaient en train de déjeuner. Les hurlements et bruits de bataille entendus par l’intercom les avaient fortement inquiétés. La porte de la cantine étant restée obstinément close, ils s’étaient retrouvés bloqués là.
Pour Ranmeyer, c’était une bénédiction. Quoi qu’il se passât en-dehors de la pièce, ils étaient clairement en sécurité dans la cantine, de son point de vue. En revanche, pour Van Der Sin, membre de la sécurité, la situation devait être grave et nécessitait sûrement leur aide.
De toute manière, ils avaient été incapables d’ouvrir la porte, même en bidouillant le panneau électronique qui la contrôlait. Van Der Sin s’y était attelé de longues heures, avec l’aide d’un technicien enfermé avec eux. Au préalable, il avait dû en venir aux mains avec Ranmeyer, qui s’était formellement opposé à toute tentative de quitter les lieux.
– Notre devoir est clair, reprit Van Der Sin. Nous devons sortir, coûte que coûte.
– Je refuse de…
– Ferme-là, Otto ! s’irrita l’officier de sécurité. Je t’ai déjà cassé le nez hier pour que tu te taises, et si tu continues, ça va être le bras ou la jambe, sale lâche !
Otto marmonna une réponse indistincte sur la barbarie de Van Der Sin. Son nez lui faisait un mal de chien et comme de juste, ils n’avaient rien sous la main pour traiter la blessure. Il allait revenir à l’attaque quand la porte de la cantine s’ouvrit sans un bruit.

Passé le premier moment de stupéfaction, tous s’égaillèrent. Ranmeyer et plusieurs autres se cachèrent sous des tables, Van Der Sin s’empara d’une chaise et la tint devant lui en protection, face à la porte. Un autre, plus courageux que la moyenne, s’arma d’un plateau métallique et s’en fit un bouclier avant de rejoindre Van Der Sin.
Ils se consultèrent du regard et avancèrent de concert… avant de s’arrêter brusquement. Un humanoïde recouvert d’une armure brillante venait de faire son apparition sur le seuil de la porte.
L’être ricana. L’espèce qui lui faisait face, quelle qu’elle soit, était vraiment pathétique. Il se demandait s’il ne s’agissait pas des humains, une race dont il avait entendu parler, à la technologique archaïque mais néanmoins suffisante pour s’opposer aux faibles Coroyans.
Quoi qu’il en soit, peu importait. Humains ou autres, ils allaient tous disparaître. Il fit jaillir les griffes métalliques de ses avant-bras et se jeta sur ses proies. En moins d’une minute, leur mort fut consommée.

*
**

Loof Seldon et Gabriel Chenel, respectivement chef de la base et responsable de la sécurité, procédaient à l’inventaire mensuel de l’armurerie quand les événements s’étaient déchaînés. Ils s’étaient vite rendu compte que la porte refusait obstinément de s’ouvrir, malgré leurs efforts. Même leurs codes de commandement ne purent faire entendre raison aux systèmes de sécurité.
Quand ils entendirent les cris d’agonie, les détonations et autres déflagrations, ils passèrent à l’action. Ils ne pouvaient rester enfermés pendant que ce qui ressemblait à l’enfer se déchaînait de l’autre côté de la porte. L’armurerie leur fournissant tout ce dont ils avaient besoin, ils s’équipèrent en silence après avoir échangé un regard de connivence. Ils se connaissaient depuis des années, avaient servi ensemble lors de la 7ème Guerre Corayanne. Quand une crise survenait, ils ne paniquaient jamais. La détermination prenait invariablement le dessus.
Sans un mot, ils enfilèrent des gilets pare-balles magnétiques, capables d’arrêter aussi bien les projectiles à poudre que les tirs énergétiques des lasers, se coiffèrent de casque anti-émeutes, également conçus pour résister à toute attaque sonique. Ils se ceinturèrent de holsters à pistolets mitrailleurs, de bandoulières à grenades soniques, et s’armèrent de mitrailleuses-laser.
Quand ils furent prêts, ils se dirigèrent vers un coffre sécurisé incrusté dans le mur de l’armurerie. Ils se regardèrent et hochèrent la tête. Seldon entra son code de sécurité sur le panneau de contrôle, et Chenel acheva d’entériner l’ouverture du coffre avec son propre code.
Ce coffre contenait les armes les plus puissantes des colonies humaines. Une grenade nucléaire pour les cas extrêmes, à utiliser s’il fallait faire disparaître la colonie et ses membres. Les deux hommes s’en désintéressèrent et s’emparèrent des dix autres objets du coffre : les bâtonnets déflagrateurs.
Ils se collèrent contre le mur le plus éloigné de la porte, et Seldon brandit l’un des bâtonnets, avant de dire :
– Prêt à retourner au front, caporal ?
– Oui, sergent ! À vos ordres !
Seldon activa le bâtonnet et le lança contre la porte, sur laquelle il resta collé. Trois secondes plus tard, il explosa et déchiqueta l’ouverture.
Seldon et Chenel jaillirent dans le couloir, armes au poing.

Au bout du couloir, un humanoïde en armure intégrale brillante leur faisait face, semblant attendre qu’ils passent à l’action. Les deux humains ne sachant pas à qui ils avaient à faire, ils ne se posèrent pas beaucoup de question. La seule chose de certaine était que l’être était un intrus, et qu’il se trouvait dans la base dont ils avaient la charge. Ils passèrent à l’assaut.

Leurs mitrailleuses-laser crépitèrent, envoyant salve sur salve vers l’inconnu. Celui resta parfaitement immobile pendant que son armure absorbait sans broncher les tirs. Les humains se rendirent vite compte de l’inutilité de leur action, aussi jetèrent-ils les mitrailleuses avant de dégainer leurs pistolets mitrailleurs. Il était déjà arrivé par le passé que les humains soient confrontés à des extra-terrestres dont les armures de combat, trop sophistiquées, ne soient conçues que pour repousser les lasers, et pas les tirs à projectiles. Ils tirèrent sans discontinuer jusqu’à vider leurs chargeurs. L’humanoïde resta stoïque face à l’avalanche de tirs, qui provoquèrent des étincelles à chaque impact. Rien de plus. Une fois la salve achevée, son armure n’avait pas la moindre éraflure.
La peur s’infiltra en Seldon et Chenel, mais pas suffisamment pour les paralyser. Leur dernier atout était le plus puissant : les bâtonnets déflagrateurs. Chacun en prit un et le lança sur l’intrus. Les bâtonnets se collèrent sur l’armure de la créature, qui se contenta de baisser les yeux sur eux. La double explosion fut assourdissante et le couloir se remplit d’une épaisse fumée.
Quand celle-ci se dissipa, l’humanoïde n’avait toujours pas esquissé un geste. Son armure, bien que noircie par endroits, était toujours intacte.

Seldon et Chenel sentirent leurs cheveux se hérisser sur leur tête. Ils avaient utilisé en vain leur arsenal ! Ils n’y survivraient pas !
Seldon repoussa sa peur. Il ne lui restait qu’une seule chose à faire.
– La grenade nucléaire, murmura-t-il.
Chenel grogna. Il se remit à tirer sur l’humanoïde afin de donner à Seldon le temps d’activer la grenade. Le chef de la base se jeta dans l’armurerie toute proche.
Pour la première fois, l’être en armure bougea : il avança vers Chenel d’un pas décidé. D’une main, le chef de la sécurité tira sans discontinuer. De l’autre, il lança tour à tour tous ses bâtonnets, dans le but de retarder l’ennemi. En vain. Celui-ci ne tressaillit même pas.
L’humanoïde leva enfin le bras : un projectile jaillit et se ficha dans le gilet pare-balles. Quand l’explosion eut lieu, le corps de Chenel fut déchiqueté et ses restes maculèrent les murs du couloir. Seul son torse résista, protégé par le gilet pare-balles intact.

Quand la silhouette de l’humanoïde apparut dans l’encadrement de la porte de l’armurerie, Seldon l’attendait les bras croisés. Il savait que sa route s’arrêtait là, et pourtant, il n’était que calme olympien. Étonnant, songea-t-il simplement…
Il eut une pointe de déception, de tristesse, à l’idée que tous les membres de la base allaient mourir. Et une joie sauvage l’envahit soudain en songeant que l’envahisseur allait lui aussi y rester.
Sur le poignet de l’inconnu, le boîtier de commande émit quelques sons cristallins, qui ne furent pas sans rappeler à Seldon une alarme. L’être se pencha quelques secondes sur le boîtier, avant d’empoigner un long tube attaché dans son dos. Il le pointa vers le coffre, où la grenade nucléaire n’allait pas tarder à vaporiser l’endroit sur plusieurs kilomètres carrés.
– Ça ne sert à rien, ricana un Seldon triomphant. En fin de compte, ça nous fera un match nul, saloperie !

Une bille bleue, à la texture d’une bulle de savon, sortit du tube de la créature et avança lentement vers le coffre. Seldon n’avait jamais vu ce type de… de quoi, au juste ? Projectile ? Pris d’un doute face à cette technologie inconnue, il s’empara de son pistolet et le jeta sur la bille. Peut-être celle-ci allait éclater ?
Elle n’éclata pas. Par contre, le pistolet s’arrêta dans les airs, tout près de la bille, et des morceaux s’en détachèrent peu à peu, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.
Seldon en resta bouche bée. La créature utilisait-elle une technologie de type A.D.M. – Associateur-Dissociateur de Molécules – ? Depuis des décennies, les humains tentaient en vain de domestiquer cette technologie aux débouchés très prometteurs, d’un point de vue civil comme militaire.
La rage submergea le commandant de la base. La grenade nucléaire n’exploserait pas si la bille la déstructurait au niveau atomique. Sans réfléchir, il se jeta sur l’être en armure, les mains en avant. Ce dernier serra le poing et décocha un coup à la tempe de l’humain.
Seldon s’écroula, casque défoncé et crâne fracturé.
Un gémissement franchit ses lèvres, et la dernière vision qu’il eut fut celle du coffre qui disparaissait peu à peu, au fur et à mesure que la bille y progressait.
J’ai échoué. Lamentablement échoué. Si ces types s’en prennent à l’humanité, elle sera balayée sans pouvoir rien faire…

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 18:25

Doc et Mirlo

Jour 12

– Mirlo ? Où es-tu ? Mir…
Doc s’arrêta brusquement, devant l’évier. Une paire de jambes en dépassait, tournée vers le ciel. Il se rapprocha et contempla l’étrange spectacle : au-delà des jambes, les hanches allaient en rétrécissant, en direction de la bonde, dans laquelle le reste du corps, étiré au maximum, avait disparu. Doc se gratta le menton, puis l’arrière du crâne, marmonna « D’accord, d’accord », avant de reprendre :
– Euh, Mirlo, tu m’entends ? Ou tu n’as plus d’oreilles, peut-être ?
– Si, si, je t’entends, lui répondit une voix étouffée. Attends un peu, je…
Le corps de Mirlo ressortit lentement par la bonde, amas de chair informe et rosâtre. Peu à peu, il reprit son apparence habituelle, visage poupin, cheveux couleur de paille et franc sourire aux lèvres.
– À quoi tu joues ? demanda Doc.
– J’ai perdu mon alliance en me lavant les mains, dit Mirlo en jouant avec un anneau d’or. Il fallait absolument que je la récupère. Tu sais comment est Akeydana…
– Hum, oui. Il est certain que tu aurais entendu parler du pays si tu l’avais effectivement égarée. Ta femme peut être si… euh… ombrageuse, par moments.
– Oui, bref, coupa Mirlo, qu’est-ce que tu voulais ?
– Euh… d’accord, d’accord. J’ai capté un signal de détresse, écoute ça.
Il tapota sur une petit boîtier qu’il avait à la main, et une voix entrecoupée de parasites se fit entendre.
« Ici… L… Seld… col… ie… Bet… rium… soin… aid… der… surv… ant… mor… onstr… ».
– On ne comprend pas grand-chose, dit Mirlo. C’est de l’espéranto, non ?
– Exact.
– Donc, des Terriens. Doc, tu sais très bien que les Terriens détestent qu’on mette notre nez dans leurs affaires. Je te rappelle qu’ils nous l’ont fait comprendre plus d’une fois.
– Je sais, fit Doc en riant, je me souviens encore de la bombe nucléaire portative qu’ils nous ont envoyé la dernière fois. C’était…
– … pas très drôle, coupa Mirlo. Je te rappelle que j’ai dû attendre deux mois que ton corps se reconstitue. En tout cas, ton message est tout pourri. Tu n’as pas réussi à mieux le filtrer ?
– Si, le séquenceur de langage a fait du bon boulot, une fois de plus. Écoute la version reconstituée selon les intonations et après filtrage des parasites :
« Ici Loof Seldon de la colonie Betty Larium IV, nous avons besoin d’aide, je vous en prie ! Je suis l’un des derniers survivants, tous les autres sont morts ou ne vont pas tarder à l’être. Les monstres les ont tués ! »
– Alors, Mirlo, qu’est-ce que tu en dis ? s’enthousiasma Doc. L’occasion est belle, non ?
– L’occasion pour quoi ? Tu as entendu ce pauvre gars. Comme d’habitude, ces imbéciles de Terriens ont fait n’importe quoi et visiblement, ils en ont payé le prix. Je ne vois pas ce qu’on a à voir là-dedans. Surtout qu’ils ont demandé des renforts. Personnellement, je n’ai pas envie de me retrouver nez à nez avec des Terriens.
– D’accord, d’accord, mais tu ne sais pas tout, mon ami. Leur signal n’est jamais arrivé à bon port. La comète Doc145876 était sur la trajectoire de leur message, et elle en a dispersé les ondes. Ils n’auront pas de renforts, on peut donc y aller sans risque. Ça va être l’occasion de rencontrer une nouvelle espèce, celle qui a décimé cette colonie. Ça ne te réjouit pas un peu ? Nous allons faire reculer les limites de l’ignorance ! Et puis on va pouvoir étudier en détail les dernières technologies spatiales des Terriens, histoire de voir s’ils font des progrès.
– Ça ne m’enchante pas plus que ça, à vrai dire. Pourquoi tu ne demandes pas à Minos de t’y accompagner ? Je suis sûr que ça lui plairait plus qu’à moi.
– Il était mon premier choix, mais a refusé : il prépare sa fête d’anniversaire sur Lanco Beach II.
– Encore une orgie en perspective, soupira Mirlo.
– Alors, tu viens avec moi ?
– Tu y tiens vraiment, n’est-ce pas ?
– Oui !
– C’est bon, allons-y. Le translateur est prêt, je suppose ?
– À vrai dire, je préférerais que nous y allions avec la navette. Comme ça, on pourra s’arrêter aux alentours de la comète Doc145876, pour en savoir plus à son sujet.
Mirlo leva les yeux au ciel.
– Tu ne crois pas que cette manie d’affubler les comètes que tu découvres d’un chiffre précédé par ton nom est un signe d’ego un peu trop développé ?
– Euh, non, pourquoi ?


Jour 16

Quatre jours en navette. Mirlo avait beau être immortel, il avait trouvé ce laps de temps interminable. Doc était plongé dans des recherches dont Mirlo, avec le recul de centaines d’années, savait qu’il ne valait mieux pas le sortir. S’en suivraient de longs discours d’explication de la part du savant, auxquels Mirlo ne comprendrait rien. Doc lui avait pourtant fait la leçon plus d’une fois : avec l’éternité d’espérance de vie dont il disposait, il aurait pu apprendre tous les secrets de l’univers. À chaque fois, Mirlo avait éludé. Sa priorité allait à ses perceptions, d’autant plus depuis le jour déjà lointain qu’il pouvait adapter sa forme physique à ce qu’il voulait.

Ce fut un grand soulagement pour Mirlo quand ils atterrirent sur l’une des plates-formes de la base humaine baptisée par les humains Betty Larium. Il ignora consciencieusement les marmonnements de Doc, qui avait découvert cette planète des millénaires plus tôt et pestant contre le fait qu’elle ne portait pas son nom. Mirlo faillit rappeler à Doc qu’il ne revendiquait jamais auprès des autorités galactiques la paternité de la découverte des nombreux corps spatiaux sur lesquels il avait été le premier à mettre la main. Idée par ailleurs ridicule : comment avouer aux espèces peuplant la galaxie sans les vexer que le plus grand découvreur de corps célestes de tous les temps était immortel ? Ça aurait été leur faire comprendre que tous leurs efforts en la matière étaient vains, qu’ils seraient toujours devancés.

À Doc penché sur les senseurs, il demanda :
– Alors, ça donne quoi ?
– J’ai détecté des vaisseaux lorsque nous étions en approche, mais à l’opposé de notre trajectoire.
– Ah.
– Tu comprends ce que cela implique ?
– Euh, à vrai dire non, pourquoi ? Je devrais ?
– Ils se cachaient ! Heureusement, nos senseurs sont sans nul doute les plus puissants et les plus précis de la galaxie. Tu te souviens quand j’ai soutenu à Akeydana que nous pouvions démultiplier notre puissance si je mettais en pratique les…
– Je m’en souviens, mon vieux, je m’en souviens. S’ils se cachent, c’est qu’ils savent que nous arrivons, non ?
– Bah, nous sommes immortels, rétorqua Doc dans un sourire.
– Oui, c’est tellement agréable de mourir des centaines de fois, marmonna Mirlo. Et dans la base, il y a des signes de vie de ces types ?
– Hum… non, mais c’est étrange, je crois que nous sommes brouillés, au moins partiellement. Il y a des humains, ça c’est sûr, mais il y a peut-être autre chose… je n’en suis pas certain.
– Tu me déçois, asséna perfidement Mirlo, content de voir que son compagnon rencontrait déjà des limites au niveau de la technologie, lui qui se targuait d’être le meilleur ingénieur de la galaxie… depuis trop de siècles !
Il regretta d’avoir fait montre de méchanceté gratuite quand il vit l’air malheureux sur le visage de son ami. Doc pouvait être si sensible par moments.
– Je suis désolé, Mirlo, mais pour savoir ce qui se passe sur la base, il va falloir y entrer.

Doc enfila laborieusement un scaphandre, aidé par Mirlo. Ce dernier se pencha sur les senseurs, analysa les gaz et la pression ambiante afin de savoir comment il pourrait adapter son corps à l’environnement. Par la pensée, il modifia les interactions et les limites de son corps afin qu’ils puissent résister aux contraintes définies par les analyses des senseurs.
Après s’être consultés pour s’assurer que chacun était prêt, ils actionnèrent la commande d’ouverture de la navette.

Ils rallièrent l’entrée sans le moindre problème. Ils n’eurent pas à se poser la question de pirater les codes d’ouverture de la base : le sas était défoncé, sans nul doute suite à l’effet d’un explosif sur la porte. Les humains, comme beaucoup d’autres espèces, érigeaient des sas pressurisés pour faire le lien entre l’atmosphère des planètes et l’intérieur des bases. Dès lors, il serait peut-être impossible pour Mirlo et Doc de rentrer dans la base car la sécurité automatique serait certainement branchée.
Doc actionna les commandes, qui refusèrent de coopérer. Il sortit un petit appareil de sa poche en grommelant et l’appliquant près du cadran permettant de rentrer un code valide. Il pianota un bon moment sur son appareil et enfin, un voyant vert s’alluma sur la porte.
– Nous n’aurons que deux secondes avant que les systèmes de secours prennent le relais et referment automatiquement la porte. Mirlo, viens à côté de moi et prépare-toi à entrer.
– OK, rétorqua son ami sans enthousiasme.
Tout se passa bien et ils se retrouvèrent dans la coursive d’entrée du complexe. La porte se referma derrière eux, assurant ainsi que l’atmosphère reste respirable pour les humains de l’intérieur de la base.

– Alors ? demanda Mirlo à Doc, déjà penché sur son boîtier universel.
– Il y a de drôles de signaux, je dois dire…
– Ils veulent dire quoi ?
– Et bien… je n’en suis pas sûr…
– Quoi ? Tu veux dire que ton super scanneur développé depuis plus de neuf cents ans connaît des limites ? persifla Mirlo.
– Je… dois bien reconnaître que oui. Apparemment…
– Quoi ?
– Du monde va arriver, mais ne me demande pas ce que c’est, je n’en sais rien ! Le scanneur est affolé.
Ils entendirent un halètement et braquèrent leurs yeux sur le bout de couloir, qui se terminait en T. Une humaine jaillit de l’un des corridors et hurla dès qu’elle les vit :
– Dieu soit loué, des humains ! Aidez-moi, par pitié, aidez-moi !
– Tu crois que c’est un piège ? murmura Mirlo à son compagnon.
– À cette distance, difficile à dire, avoua Doc. Le scanner indique que…
Un rugissement de prédateur déchira les couloirs, et la femme humaine accéléra sa course en criant de peur.

Les deux immortels virent une ombre surgir derrière l’humaine et lui sauter sur le dos. Des lames courbes la transpercèrent au niveau de la poitrine et elle tomba, morte avant d’avoir touché le sol. L’humanoïde bondit sur Doc et Mirlo. Les longues lames sortant de l’armure qui recouvrait ses avant-bras étaient dirigées droit vers eux.
– Attention, Doc ! cria Mirlo… trop tard.
Son compagnon eut la gorge transpercée par une double lame. Instinctivement, Mirlo mit sa main devant son visage pour se protéger. Une douleur cuisante plus tard, son avant-bras se détacha du reste de son corps et tomba par terre, tranché par les lames du guerrier impitoyable.
– Euh, nous venons en paix, l’ami, fit Mirlo, penaud et en ignorant la douleur, qu’il avait vécu tant de fois auparavant.
L’être le décapita proprement et s’acharna sur les restes de ses trois victimes, jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un tas informe de morceaux de chairs sanguinolentes.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 18:34

Le tueur ne s’attarda auprès des dépouilles de ses victimes. Il s’éloigna tout en faisant son rapport à son chef.
Un peu bourrin, le garçon… bougonna l’image éthérée de Mirlo. L’immortel contempla les restes de son corps et soupira. Le tueur n’avait pas fait les choses à moitié…
Mirlo existait sous deux formes : un corps, qui se pliait aux desidesatas de son essence, sa deuxième composante, celle qui faisait de lui un être qui ne pouvait pas mourir. À chaque fois que son corps était mutilé ou mis en pièces, comme présentement, son enveloppe psychique restait intacte.
D’une simple pichenette mentale, Mirlo donna l’ordre à son corps de se reconstituer. Ses restes se transformèrent en boules de chair qui commencèrent à s’agglomérer entre elles. En moins de deux minutes, il avait repris l’apparence humaine de trentenaire blond aux yeux bleus qu’Akeydana affectionnait tant.

Il réintégra son corps, s’assit et grimaça en voyant le bain de sang dans lequel il baignait. L’odeur étant aussi infecte qu’écœurante, il boucha ses capacités olfactives par un simple effort de volonté. Ne restait au sol que les morceaux du corps de Doc.
L’immortalité de Doc ne se manifestait pas de la même manière que celle de Mirlo. Quand on tuait le scientifique, celui-ci mourait réellement. Mais dès que la dernière étincelle de vie avait quitté son corps, le processus de résurrection s’enclenchait. Les parties abîmées de son corps se recouvraient d’une sorte de mousse cotonneuse blanchâtre. Si plusieurs morceaux s’étaient désolidarisés, des filaments se créaient pour les lier avant que, centimètre après centimètre, les morceaux se rapprochent jusqu’à se rejoindre enfin. La mousse finissait par fondre quand les organes touchés étaient réparés.
Avec les restes sanguinolents éparpillés un peu partout, Mirlo craignit de devoir attendre des heures la reconstitution du corps de son compagnon. Aussi transforma-t-il sa main en raclette et entreprit-il de rassembler les morceaux en un tas informe. Il savait d’expérience que la résurrection se ferait ainsi plus vite.
Une demi-heure fut nécessaire pour voir enfin Doc inspirer bruyamment, demi-heure durant laquelle Mirlo alla et vint dans le couloir, après avoir profité de ce laps de temps pour augmenter le plus possible la résistance de son corps. Parvenu au point désiré, à savoir une dureté qui le préserverait de n’importe quel coup à l’arme blanche, aussi aiguisée soit-elle, il s’estima satisfait et attendit que son compagnon reprenne conscience.
– Ouch, j’ai un de ces maux de crâne, fit Doc en redressant le buste.
– Routine, Doc, routine.
– Quoi de neuf ?
– Pas grand-chose. Je n’ai vu personne, j’ai entendu des cris, genre torture, de temps à autre. Et quelques explosions et tirs, aussi.
– C’était qui, ce type ?
– Aucune idée, je n’avais jamais vu ce type d’armure avant.
– Moi non plus… ce qui veut dire peut-être dire que nous sommes en train d’établir le contact avec une nouvelle civilisation ! C’est génial ! On y retourne ?
Si Mirlo ne partageait pas l’enthousiasme de son compagnon, il acquiesça tout de même :
– Puisqu’on est là, autant rester jusqu’à ce qu’on comprenne ce qui se passe.
Ce n’est qu’à ce moment que Doc se rendit compte que Mirlo et lui-même étaient nus.
– Ce barbare s’est vraiment acharné sur nous. Dommage que notre immortalité ne s’étende pas à nos vêtements…
– Parle pour toi, ricana Mirlo en transformant une bonne partie de son épiderme en combinaison intégrale.
Doc soupira et chercha des yeux le petit appareil qui leur avait permis d’entrer dans la base. Son boîtier universel, comme il l’appelait. Comme de juste, celui-ci n’avait pas échappé à la furie de leur adversaire et gisait en pièces. Doc tria les pièces et en trouva le « cœur », petit carré d’un centimètre de côté. Il souffla dessus, ce qui enclencha la mise en route des nano-robots ouvriers qui en constellaient la surface. Quelques minutes plus tard, ils eurent fini de reconstruire le boîtier.
Doc l’enclencha, appuya sur une ligne de commande et colla l’appareil contre le mur du couloir. Les nano-robots partirent à l’assaut de la paroi, déstructurant et réassemblant les molécules qui la composait. Ils ne regagnèrent le boîtier qu’une fois leur mission accomplie, à savoir créer de nouveaux vêtements pour Doc.
– Est-ce qu’il existe quelque chose que tu ne peux pas faire avec ce truc ? demanda Mirlo.
– Oh oui, je crois qu’il ne sera jamais au point, répondit Doc en s’habillant. Mais je réfléchis à toute une nouvelle gamme de fonctionnalités qui…
– Je te crois sur parole, coupa Mirlo. On y va ?

Doc n’eut aucun mal à s’orienter dans la base. Les colonies humaines étant préfabriquées, leurs plans étaient les mêmes de planète en planète. Et Doc, féru de connaissances en toutes sortes, avait ces plans dans ses données personnelles depuis des années.
Mirlo marchait devant car il était plus à même de se défendre que son comparse, mais ils ne rencontrèrent personne dans les couloirs. Du moins personne de vivant, car les vestiges d’un assaut se voyaient de temps à autre. Les murs étaient parfois noircis par des impacts et ils virent des restes humains, projetés au plafond ou formant des flaques glissantes au sol.
La salle de commandement était dévastée et vide. Doc n’eut aucun mal à extirper des informations des ordinateurs et des senseurs. Ces derniers lui apprirent qu’il y avait encore quelques êtres vivants dans la base, mais impossible de préciser s’ils étaient Terriens ou non.
– Bon, on fait quoi, maintenant ? demanda Mirlo en étouffant un bâillement.
– J’ai toutes les données concernant les Terriens, j’étudierai ça à tête reposée, une fois qu’on sera rentrés. Par contre, le mystérieux tueur m’intéresse au plus haut point. Et si on allait le capturer ?
– Le capturer ? Bon sang, t’es vraiment pénible avec tes idées saugrenues !
– Saugrenues ? s’offusqua Doc. N’oublie pas la mission suprême que je me suis confié il y a des millénaires de cela : repousser les limites de la connaissance ! À ce titre, il faut que j’en sache plus, que dis-je, que je sache tout sur cet être !
Mirlo soupira.
– OK, allons-y. Mais reste derrière moi. Et n’oublie pas qu’on parle d’un seul être, mais que si ça se trouve, ils sont plusieurs. Tu as détecté combien de formes de vie ?
– Sept.
– Attendons-nous à ce que ces sept-là soient dangereux.
– D’accord. Sois prudent et ne me laisse pas mourir. Je déteste ça…
– Tu n’as qu’à inventer une machine qui te rendrait ta mortalité, si tu veux cesser de ressusciter à tout bout de champ, rétorqua Mirlo.
– Sûrement pas, répondit Doc en souriant. Ça a déjà été très compliqué de mettre au point mon immortalité. Heureusement que Leo était là pour m’aider. Je n’y serais jamais arrivé seul.
– Ça fait longtemps qu’on ne l’a pas vu, celui-là. Je me demande ce qu’il devient.
– Aux dernières nouvelles, il était entré en guerre contre les Colonisateurs. Ils ont eu la mauvaise idée de débarquer dans son secteur galactique.
Ses nouvelles laissèrent Mirlo pensif. Les Colonisateurs disposaient de facultés physiques et psychiques relativement développées, et s’appuyaient sur une technologie aussi puissante qu’éprouvée. Mirlo se demanda de quelle manière ils pourraient s’attaquer à Leo, le droïde immortel aux ramifications insoupçonnables. Heureusement pour les Colonisateurs, Leo avait un bon fond… Il y avait beaucoup de chances pour qu’il les épargne.

*
**

– Bon, d’après les capteurs, si on prend ce couloir on devrait rencontrer quelqu’un, dit Doc en montrant du doigt une direction.
– J’espère, je commence sérieusement à m’ennuyer, répondit Mirlo.
Son ennui se dissipa dès qu’ils eurent franchi un nouveau coude. Au bout du couloir, à cinquante mètres devant eux, l’un des êtres en armure argentée et brillante leur faisait face. Dès qu’il les vit, il marcha sur eux d’un pas décidé. Quand il fit jaillir les lames rétractiles de ses poignets et qu’il les fit crisser contre les murs, Mirlo et Doc se regardèrent, avant d’éclater de rire.
– Ce n’est pas sérieux ! dit Mirlo. J’ai vu ce type de comportement dans des milliers de mauvais films !
– Il est vrai que c’est un beau poncif que voilà ! Il va falloir recommander à ce garçon la lecture de mon ouvrage La coolitude : décryptage du savoir-être.
Peut-être vexée, la créature se mit à courir avant de bondir sur eux. Il fut cueilli par un coup de poing de Mirlo, qui l’envoya valdinguer plusieurs mètres en arrière.
– Aïe, dit Mirlo, je n’ai pas assez renforcé la résistance de mon corps. Arrangeons-ça…
Attention, il… commença Doc.
Il ne put en dire plus : l’être en armure s’était déjà relevé et les arrosait de tirs de laser. Mirlo en encaissa quelques-uns avant que son corps ne devienne assez solide pour y résister. Il se tourna vers son comparse et dit :
– Fais gaffe, Doc, ça fait mal et…
Mirlo se tut en voyant son ami au sol, criblé d’impacts, dont un au milieu du front. Mort. Il se sentit vaguement coupable, car c’était à lui de les protéger tous deux.
Bah, je ferai mieux la prochaine fois… pensa-t-il, avant de reporter son attention vers l’humanoïde en armure. À nous deux, mon gars
L’immortel ne put faire que deux pas vers son ennemi, car celui-ci lui tira à nouveau dessus. Un projectile, et non plus un laser. L’objet rebondit sur le torse de Mirlo et tomba à ses pieds.
– Raté ! cria joyeusement Mirlo, avant d’être déchiqueté par l’explosion de l’objet, micro-bombe de son état.
L’image éthérée de Mirlo fronça les sourcils. Ça commence à devenir vexant, quand même… Il contempla le désastre : son corps était en miettes, et celui de Doc avait subi de nouveaux dommages. L’être en armure se tenait immobile, aux aguets. Prêt à tirer. Bon, va falloir le prendre au sérieux un minimum, conclut Mirlo.
Il lança un ordre mental aux morceaux de son corps, et ils se transformèrent en boules rosâtres qui roulèrent les unes vers les autres. L’ennemi n’hésita pas et tira dessus à tout-va. En vain, car cette fois-ci Mirlo les auto-renforça suffisamment. Sans doute trop, même. À sa connaissance, rien dans cette galaxie n’aurait pu les détruire. En tout cas, la nouvelle série de micro-bombes lancée par l’assaillant ne leur fit aucun dégât, contrairement au couloir dont les murs furent défoncés et éventrés. Bientôt, le corps de Mirlo fut à nouveau opérationnel, aussi le réintégra-t-il.

*
**

Le Xoresh, engoncé dans son armure, était perplexe. Il aurait été cloué de peur s’il avait été capable de ressentir cette émotion. Au lieu de cela, il se permit de se réjouir. Quel incroyable défi lui était offert, à la mesure de ses talents de guerrier !
Il ouvrit tous les canaux de puissance de son armure de combat et courut sur son adversaire. L’exo-squelette de son armure multipliait sa force physique, mais aussi sa vitesse. Il attaqua de tous côtés, si vite que l’œil ne pouvait pas le suivre. Du moins un œil normal. Celui de Mirlo s’émerveilla de voir un être humain doté de telles capacités physiques, mais il n’eut aucun mal à parer tous les coups. Son corps supporta tout : les griffes métalliques du Xoresh glissaient sur sa peau, ses coups ne lui faisaient aucun mal, même quelques projectiles explosifs lancés presque à bout portant ne lui firent que l’effet de courants d’air.
Le Xoresh refusa d’en démordre. Mirlo sentit comme une sonde pénétrer son esprit. Il la repoussa d’une simple pichenette mentale, qui fit vaciller le Xoresh. Celui-ci se tourna à nouveau vers Mirlo et lança un nouveau projectile, fumant celui-ci. L’immortel sentit son corps ralentir, s’engourdir… avant de disperser aussitôt le poison paralysant.
Mirlo n’était pas inquiet. Il était plus que jamais certain que rien ne pourrait lui arriver. Mais il ne put s’empêcher d’éprouver une certaine admiration pour l’être qui lui faisait face. Mortel comme immortel, l’issue du combat ne faisait aucun doute, et pourtant, l’autre insistait. Belle démonstration de volonté farouche, se dit Mirlo. Mais ça ne suffira pas.
Mirlo sentit tout de même ses propres forces décliner. Remodeler, renforcer son corps en permanence était épuisant. Heureusement pour lui, sa résistance s’était particulièrement accrue avec les siècles.
Quand le Xoresh rompit l’engagement et effectua un roulé-boulé pour se mettre hors de portée de Mirlo, celui-ci pensa avoir gagné la partie. Pas longtemps. Le Xoresh attrapa le tube attaché dans son dos, fit quelques réglages en moins d’une seconde et tira.
Mirlo ne bougea pas. Il s’était attendu à recevoir instantanément un projectile, or l’espèce de bille bleue expulsée par le tube, et qui ressemblait à une bulle de savon, voleta paresseusement dans sa direction. Nouvelle bombe destinée à exploser en arrivant près de lui ? Mirlo haussa les épaules et marcha vers le Xolesh. Il passa juste à côté de la bille, mais la vit du coin de l’œil incurver sa trajectoire et accélérer jusqu’à se jeter sur lui.
– Bon sang, une technologie de dissociation moléculaire ! s’écria la forme éthérée de Mirlo, dont le corps venait d’être désintégré.
Sous cette forme, nul ne pouvait le voir ni l’entendre, aussi le Xoresh ne réagit-il pas. Tout au plus poussa-t-il un long rugissement. Sans doute de défi et de joie, de l’avis de Mirlo. Puis l’être fit demi-tour et quitta les lieux. Il ne chancelait presque pas.
Cette fois-ci, on arrête les gentillesses… pensa l’immortel en ordonnant une nouvelle fois à son corps de se reconstituer.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 22:52

Même s’il était impatient d’en découdre, Mirlo dut attendre la résurrection de Doc. Heureusement, elle ne prit pas trop de temps. La patience de Mirlo n’était pas aussi infinie que sa longévité.
– Deux fois dans la même journée, bougonna Doc, ça faisait longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Je croyais que tu me protégeais ?
– Désolé, j’ai été surpris.
– Où est-il ?
– Il est parti. J’attendais que tu récupères avant d’aller à sa poursuite.
– Il t’a échappé ? J’ai du mal à le croire !
– Et pourtant… Il a utilisé une technologie de dissociation moléculaire. Ce qui est très gênant : je ne suis pas certain de pouvoir consolider mon corps au point de pouvoir résister à ce type d’arme. L’option numéro deux consisterait à me faire tuer, encore et encore, jusqu’à ce que son arme soit vide.
– Et si elle a une durée de vie de plusieurs milliers de coups ?
– J’y ai pensé aussi.
– Quelle est ta conclusion ?
– Je n’en ai pas. Tout ce que je sais, c’est que ce type commence à me courir sur le haricot, et que je ne vais pas en rester là. De ton côté, que comptes-tu faire ? M’accompagner, au risque de mourir une troisième fois aujourd’hui ? Ou préfères-tu m’attendre à la navette ?
– Je viens avec toi, bien sûr ! Par contre, ce serait bien qu’on ait un moyen de défense contre cette technologie de dissociation de molécules. Et je crois que j’ai une idée… il faut juste que je procède à quelques calculs et autres projections, dit-il en commençant à pianoter sur son boîtier.
– J’espère que tu n’en as pas pour des heures ? s’enquit un Mirlo qui tenait de moins en moins en place.
– N’avons-nous pas une éternité devant nous ?
– Nous, oui, mais ce type en armure, j’en doute. Si tu penses que ça va te prendre plus de quelques minutes, laisse tomber. Je l’aurais en confrontation directe.
– C’est jouable, mais c’est assez compliqué tout de même. Il s’agit de mettre en place une sorte de champ de force qui…
– Stop ! Tu sais bien que tes explications ne m’intéressent pas ! Allons-y, tu feras tes bidouilles sur en chemin, assez perdu de temps !
– Bidouilles, bidouilles, grommela Doc en se mettant en route sans lâcher son boîtier. Ce genre de bidouilles, comme tu dis, me vaudrait les plus grand prix de physique appliquée sur plus d’une planète, y compris parmi les civilisations soi-disant les plus évoluées.

Mirlo était déterminé à remporter la victoire sur l’inconnu en armure. D’un côté, il était ulcéré de constater qu’un simple mortel fut capable de lui résister. D’un autre côté, cette résistance ne manquait pas de faire monter l’adrénaline en lui, ce qui lui arrivait trop rarement ces temps-ci. C’était pourtant dans ces moments-là qu’il se sentait le plus vivant.
Ils traversèrent trois couloirs sans rencontrer âme qui vive, et Mirlo sentit la moutarde lui monter au nez. Les lieux auraient-ils été abandonnés depuis leur dernière escarmouche ? Cette éventualité augmenta sa mauvaise humeur. Si elle s’avérait, il n’aurait pas droit à sa revanche…
– Ohé ! Y’a quelqu’un ? cria-t-il.
– Mais enfin, qu’est-ce que tu fais, Mirlo ? chuchota Doc. On va t’entendre !
Mirlo fusilla du regard le scientifique, qui n’insista pas :
– Oui, bon. D’accord. Fais comme tu veux…
Le coude suivant franchi, Mirlo fut soulagé : l’être en armure lui faisait face… ainsi que son clone ou son jumeau. Son assurance baissa d’un cran. Déjà qu’il s’était fait vaporiser à un contre un…
– Euh, Doc ? Ton champ de force machin, il est prêt ?
– Non, répondit sèchement l’interpellé en levant les yeux de son boîtier. Si tu crois que… Mais… mais… mais… ils sont deux, maintenant ?
Mirlo grogna une réponse indistincte. Il consolida son corps, en transmettant tout particulièrement de la résistance à ses bras et ses mains. Jamais il ne les avait autant renforcés.
Quand les deux Xoresh firent feu de leurs lasers, il courut à leur rencontre. Doc, lui, alla se cacher dans le couloir précédent pour continuer ses calculs. Un mauvais coup était si vite arrivé…
Pour évaluer sa nouvelle force, Mirlo frappa l’un des Xoresh à la tête : le casque intégral de la créature vola en éclats et son crâne explosa comme une citrouille trop mûre. Il fut lui-même surpris par un tel pouvoir destructeur, et ce laps de temps fut mis à profit par l’autre Xoresh pour se mettre hors de portée.
Quand le non-humain empoigna le tube dans son dos, Mirlo n’en eut cure et marcha droit sur lui. La bille bleue vola vers lui. Il tendit la main pour l’attraper et referma son poing dessus. Un picotement, parti de sa main, lui remonta jusqu’à l’épaule, mais ses molécules ne disparurent pas. Il sourit à l’être en armure. Il avait trouvé le bon dosage pour sa force. La suite allait être du gâteau.

– Doc ? demanda Mirlo en surgissant brutalement devant son comparse, qui sursauta pour le coup.
– Ne recommence jamais ça, tu m’as fait une peur bleue ! Et non, je n’ai encore fini. Il y a des paramètres très subtils à calculer à la décimale près, et…
– Je m’en moque, Doc, je m’en moque, dit Mirlo d’un ton badin. Tiens, regarde ce que j’ai là.
Mirlo leva le bras, au bout duquel il exhiba la dépouille du deuxième Xoresh. L’être pendait comme un pantin désarticulé, et son armure était défoncée en plusieurs endroits.
– Je te le laisse si tu veux l’étudier, je vais voir s’il y en a d’autres, lança joyeusement Mirlo.
Doc secoua la tête, désabusé par l’infantilisme de son compagnon. Mais il reporta vite son attention sur ses activités. Ses yeux allèrent plusieurs fois de son boîtier à l’être en armure, comme s’il hésitait à privilégier l’un ou l’autre. En fin de compte, il choisit de terminer son programme sur le boîtier : si jamais l’un des êtres échappait à Mirlo, il aurait au moins le moyen de survivre à la confrontation. Sauf qu’il se rendit compte que la protection qu’il cherchait à mettre en place était destinée à Mirlo qui, contrairement à lui, disposait d’autres moyens de se défendre. En quoi la protection anti-dissociation moléculaire servirait-elle à Doc s’il se faisait étriper ou tirer dessus ? Il soupira et continua tout de même : le programme était un concept très intéressant à développer, et le mort ne risquait pas de bouger.

*
**

Pouvoir se défouler fit du bien à Mirlo. Il eut tout de même un éclair de conscience qui le laissait quelque peu penaud : s’acharner ainsi sur de pauvres mortels pouvait sembler indigne pour un être aussi puissant que lui. Il étouffa ce remords passager. Après tout, il avait affaire à des tueurs impitoyables, et c’étaient eux qui l’avaient cherché !
Sa traque se passait bien. Doc avait parlé de sept êtres vivants. Après sa première victime, Mirlo avait croisé le chemin de cinq autres des êtres en armure. N’en restait donc logiquement plus qu’un, à moins qu’un des Terriens ait réussi à échapper à la curée, caché quelque part.
Il eut vite la réponse quand il fut attaqué par le dernier des Xoresh. Tirs laser, micro-bombes et billes dissociatrices de molécules, tout y passa en vain. Contrairement à ses prédécesseurs, celui-ci ne chargea pas une fois qu’il se fut rendu compte que ses armes étaient obsolètes. Au contraire, il fit demi-tour et Mirlo l’entendit courir.
L’immortel trouva cela suffisamment louche pour se lancer à sa poursuite. À tous les coups, l’humanoïde avait un autre atout dans sa manche. Mirlo ne l’imagina pas une seconde pas fuir. Les autres avaient démontré que ce n’était pas le genre de la maison.
Le bougre courait vite, malgré son armure, et Mirlo eut du mal à suivre. Il le retrouva coincé au bout d’un couloir, face à un sas pressurisé. Il se tourna vers Mirlo et l’attendit, impassible. Si l’immortel se demanda si l’autre ne lui avait pas préparé une embuscade, cela ne l’empêcha pas d’avancer calmement vers lui.
Quand seulement deux mètres les sépara, le Xoresh appuya sur une série de touches sur le panneau de contrôle du sas. Ah, c’était donc ça ! se dit Mirlo. Le sas s’ouvrit et l’air contenu dans le couloir fila vers l’extérieur en sifflant. Mirlo avait déjà adapté son corps pour que celui-ci puisse se passer d’oxygène. Il gratifia le Xoresh d’un sourire dédaigneux.
L’être dut comprendre qu’il n’était pas au bout de ses peines car il tourna les talons et s’enfuit derechef, en franchissant le sas. Mirlo lui emboîta le pas, et accéléra quand il vit l’humanoïde entrer dans la soute d’un vaisseau stationné non loin de là. Pas question de le laisser s’enfuir ! Abandonnant toute prudence, il franchit la rampe de la soute en courant et s’engouffra dans une coursive étroite. Un bruit sur sa droite le guida dans un corridor adjacent, qui déboucha sur une salle encombré d’équipements électroniques. En son centre, un cylindre transparent courait du sol au plafond, et à l’intérieur duquel jaillit une fumée noire. Sur la droite, le Xoresh pianotait sur une console.
Mirlo ne savait pas ce que l’autre lui préparait, mais il s’en moquait : il était trop tard. Comme ses congénères, il ne survivrait pas à sa rencontre avec Mirlo.
C’est alors que les yeux de l’immortel tombèrent sur le cylindre. Même à travers l’épaisse fumée, il distingua une silhouette… qui n’était pas là quelques secondes auparavant ! Téléportation ? s’interrogea Mirlo.
Le cylindre s’ouvrit par le bas et disparut au-delà du plafond. Un rictus de haine déforma le visage de Mirlo quand il reconnut l’être qui lui faisait face et dardait ses yeux ardents dans les siens.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Lun 1 Nov - 22:53

Voilà, ainsi s'achève la troisième partie de cette histoire. Plus qu'une et ce sera fini. Mais pour ça, il faudra attendre un peu, sans doute une paire de jours. Wink

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 12:42

Mais, c'est pas sympa de nous laisser comme ça en plein suspens :'(

Quelques remarques en vrac.

Citation :
Les règles de la Puissance Terrienne Galactique était claire :
->étaient claires

Citation :
Docteur, elle s’est évanoui !
->évanouie

Citation :
Ni le fait que la créature se mit en branle et courut sur lui.
->j'aurais mieux vu "en mouvement" plutôt que "en branle" qui me parait (trop) familier dans le contexte.

Citation :
Les deux humains ne sachant pas à qui ils avaient à faire, ils ne se posèrent pas beaucoup de question.
-> avoir affaire ici je pense.

Citation :
Sa priorité allait à ses perceptions, d’autant plus depuis le jour déjà lointain qu’il pouvait adapter sa forme physique à ce qu’il voulait.
->lointain qu'il, la transition me parait étrange.

Citation :
Celui de Mirlo s’émerveilla de voir un être humain doté de telles capacités physiques, mais il n’eut aucun mal à parer tous les coups. Son corps supporta tout : les griffes métalliques du Xoresh
->être vivant et pas humain, nan ?

Citation :
À tous les coups, l’humanoïde avait un autre atout dans sa manche. Mirlo ne l’imagina pas une seconde pas fuir.
-> un "pas" en trop je crois

Valà Wink

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 14:26

Merci pour les coquilles, ma chère !

J'attaque la suite et fin ce soir, mais c'est pas certain que ce sera fini, y'a 2-3 trucs qui me posent problème dans la narration.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 14:53

Cool, j'espère que tu trouveras une astuce pour passer outre Wink

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 14:57

Je trouverai, pas de doute là-dessus. Reste juste à espérer que le rendu sera bien...

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 14:57

Compte sur nous pour te le dire Wink

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aj crime
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 20:57

Ouais, je lirai cela dans le WE j'espère... je suis claqué d'avoir repris le boulot, les premières journées, c'est toujours terrible, surtout après deux mois et demi d'abstinence.

Ca fait un sacré morceau à relire tout de même, en espérant que la quatrième partie sera là avant que je ne commence la lecture.
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mar 2 Nov - 21:37

J'espère aussi que la fin sera là. Wink

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mer 3 Nov - 19:28

Comme j'ai peu de temps pour le moment, j'attendrais la fin de ton histoire pour relire le tout! Ca me permettra de me remettre bien dans l'ambiance et de trouver le temps adéquat pour bien m'imprégner de tes personnages! Wink

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Sam 6 Nov - 12:13

Bon, la fin n'est pas encore là, mais je ne désespère pas... J'ai tout copié dans un doc pour mon confort.... lorsque j'aurai tout terminé, je te dirai quoi dans un post ici et te donnerai le détail par pièce jointe via Heilenia.

Bon courage pour la fin.... j'attaque la lecture.
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mer 10 Nov - 0:15

Et ben minos, tu ne nous avais pas dit que c'était un texte d'humour, moi qui pensait que c'était un texte sérieux... j'ai commencé à faire des corrections (RMQ : tu commets en pagaille tout ce que tu me reprochais dans Dispé à tous les détours de paragraphes.... pas bien !!!!) et ben j'aurais pas dû corriger puisque c'était de l'humour... non ? alors j'ai tout enlevé mes commentaires....

Bon, trêve de plaisanteries... je trouve ton histoire sympa... même si je ne vois pas trop où tu veux en venir pour le moment... et la fin, elle arrive quand ???? parce que je ne vais tarder d'arriver à la fin. Shocked
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Mer 10 Nov - 0:32

Euh... dans pas longtemps. Il fallait ma dose de retard habituel, tout de même, j'ai une réputation à tenir !

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Jeu 11 Nov - 17:06

Bon, j'ai fini la lecture de ce qui avait été fait jusqu'ici... Est ce que tu veux mes commentaires maintenant... on je patiente jusqu'à ce que tu aies fini de tout écrire ?
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Jeu 11 Nov - 21:10

Je poste la suite ce soir... ne me reste plus qu'une scène à écrire. Wink

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Ven 9 Sep - 17:42

Tout arrive ! Comme maintenant, où je viens à l'instant de TERMINER (oui, oui, vous avez bien, lu, terminer !) cette novella qui traînait dans mes cartons depuis 2007 !

Par contre, la mise en page n'est pas faite, vu que visiblement, le panneau des posts part en sucette.


Xol


L’être qui venait de s’incarner mesurait près de deux mètres, soit une quarantaine de plus qu’un Guzrun typique. Pour le reste, il était identique à l’espèce à laquelle il appartenait : un corps noueux et musclé, les bras nus et le visage recouverts d’un duvet brun. Un faciès simiesque et antipathique, au milieu duquel des yeux de braise fusillaient Mirlo du regard, complétait le tableau.
Guzrun… Mirlo n’en revenait pas. Il pensait les membres de cette espèce au bord de la disparition. Sur la planète Delimanores, nul n’en avait plus vu depuis tant de siècles qu’ils n’étaient même pas considérés comme éteints mais n’ayant jamais existé ailleurs que dans les légendes folkloriques. Pourtant, ils avaient foulé le sol de cette planète. Pour ça, oui. Mirlo et sa femme Akeydana les avaient suffisamment affrontés, des milliers d’années auparavant, pour le savoir. Ils avaient été leurs ennemis mortels. L’histoire semblait destinée à se répéter.
L’humanoïde en armure se mit au garde-à-vous et émit toute une série de sons sifflants en direction de l’apparition. Celle-ci secoua la tête, fit deux pas en avant et fit un signe négligent de la main, sans même prendre la peine de regarder son interlocuteur. L’être en armure se prosterna, son casque touchant le sol. Le nouvel arrivant lui lança quelques mots et l’autre se releva, avant d’enlever son casque et de reculer jusqu’à ce qu’il sente la paroi de la salle dans son dos. Mirlo ne comprit pas un traître mot de leur échange, mais put constater que l’être en armure était lui aussi un Guzrun. L’immortel se mit en garde, poings serrés. Prêt pour un combat à mort.

Doc entra dans la pièce à ce moment-là, et s’arrêta net en découvrant la scène.
– Mirlo… dit-il.
– Quoi ?
– Je venais t’annoncer que mes recherches préliminaires menées sur le cadavre indiquent que nous avons affaire à des Guzruns, mais je crois que tu viens de le découvrir par toi-même.
– Merci pour tes lumières, Doc, persifla Mirlo. Un conseil : reste en arrière si tu ne veux pas encore prendre un mauvais coup.
Le scientifique ne se le fit pas dire deux fois et recula jusque dans la coursive. Seule sa tête émergeait désormais : hors de question de perdre une miette du spectacle !

Le grand Guzrun tapa dans ses mains en s’inclinant légèrement. Un salut ? se demanda Mirlo. Peu importait. Face à un ennemi séculaire, une seule ligne de conduite à tenir : passer à l’attaque. Ce que fit Mirlo.

Son corps renforcé comme jamais, il bondit sur le Guzrun et le cueillit d’un direct au menton. Du moins tenta-t-il de le faire car le visage du Guzrun laissa place à une brume aussi épaisse que le noir de l’espace. Par contre, le coup de poing que Mirlo reçut au ventre était bien solide, lui. L’immortel le sentit passer.
Mirlo et le Guzrun enchaînèrent frappe sur frappe pour un résultat à chaque fois identique. Chaque partie du corps touchée par Mirlo se transformait en brume, et tous les coups qu’il subissait simultanément ne parvenaient pas à le faire défaillir.

Le Guzrun changea de tactique : un de ses bras s’allongea, jusqu’à devenir un fer de lance de brume qui jaillit vers Mirlo. Le visage de l’humain disparut sous la poigne du Guzrun, qui se solidifia et se mit à enserrer sa proie. Mirlo riposta mais ses poings traversèrent le bras de brume sans que l’étreinte se desserre. Il étira brusquement son cou tout en faisant rapetisser la taille de sa tête. Le Guzrun fut surpris et son emprise glissa jusqu’au cou de Mirlo.

L’être reprit une apparence normale. Mirlo aussi. Ils se toisèrent de longues secondes. Le Guzrun parla, visiblement dans la même langue utilisée par son séide précédemment. Mirlo n’y comprenant goutte, il resta silencieux.
– Il dit s’appeler Xol, et te demande qui tu es, énonça Doc, dont seule la tête émergeait de la coursive.
– Tu le comprends ? s’étonna Mirlo.
– Je parle un certain nombre de langues. Ne t’ai-je pas conseillé un milliard de fois de lire les multiples traités de linguistique que j’ai écrits au fil des siècles ?
– En effet, et ça fait un milliard de fois que tu me balances mon inculture à la figure, aussi. Dis-lui qui je suis.
– [Mon illettré compagnon se nomme Mirlo. Veuillez lui pardonner, il ne parle que trois langues en tout et pour tout : une forme archaïque de lulien que seuls quelques immortels parlent encore aujourd’hui, l’espéranto des Terriens et le borleashéen commun à un bonne partie des espèces vivant dans cette partie de la galaxie.]
C’est dans cette dernière langue que le Guzrun choisit de répondre :
– Je disais donc que je suis Xol, le dieu-roi des Xoresh. Qui êtes-vous, tous les deux ?
– Mirlo Le Toujours Jeune, Immortel de Delimanores.
– Iksham Glosisky, alias « Doc », immortel aussi.
– Intéressant. Je ne savais pas qu’il existait d’autres dieux à part moi.
– Et pourtant c’est le cas, rétorqua Mirlo.
– Même si techniquement parlant et contrairement à Mirlo, je n’en ai jamais été un, précisa Doc.
– J’ai l’impression que nous pourrions nous battre longtemps avant que l’un de nous ne prenne l’avantage, si tant est que ce soit possible, dit Xol.
– Je suis prêt à relever le défi, répondit Mirlo d’un ton agressif.
Xol ricana avant de reprendre :
– Pourquoi vous en êtes-vous pris à mes hommes ?
– Ce sont eux qui nous ont attaqués, s’insurgea Mirlo. D’ailleurs ils ont exterminé tout le monde avant d’essayer de s’en prendre à nous. On peut savoir pourquoi tu as envoyé tes tueurs ici ?
– Et d’une, ce ne sont pas des tueurs mais des soldats. Et de deux, ils ont répondu à un signal de détresse émis par un de nos vaisseaux disparu. L’équipage était mort, mais il y avait des futurs nouveau-nés à bord.
– Futurs ?
– Oui, sous forme d’œufs.
– Mais pourquoi éradiquer les Terriens ?
– Ils ont volé un œuf et l’ont fait éclore. Oser mettre en esclavage un Xoresh ne mérite que la mort.
– Une mentalité plutôt belliqueuse, commenta Doc.
– Nous sommes une race de fiers guerriers, répondit Xol en haussant les épaules. Nous avons nos principes. Nul ne s’attaque à nous sans en payer le prix fort.
– Il est vrai qu’en tant que soldats, ils ont fait du dégât sur Delimanores dans un passé très lointain, répondit Doc.
Xol parut perplexe.
– Delimanores ? Je ne connais pas cette planète. Cependant, apprendre que des Xoresh y vivent m’intéresse au plus haut point. Au fil des siècles, notre empire a perdu plusieurs de ses vaisseaux-colonies. Je serai curieux de savoir d’où proviennent ceux que vous citez.
– Chez moi, intervint Mirlo, ils étaient connus sous le nom de Guzruns. Ils représentaient le gros de l’armée des Colonisateurs, qui ont tenté de s’emparer de la planète.
– Quoi ? rugit Xol. Des Xoresh au service d’un autre peuple ? Hérésie ! Qui plus est de ces maudits Colonisateurs ! Double crime ! Ces Xoresh sont une honte pour mon peuple, je vais donner l’ordre de les tuer tous jusqu’au dernier ! Ensuite, j’entre en guerre contre les Colonisateurs. Ces types-là cherchent à étendre leur empire depuis trop longtemps à mon goût.
– Tu ne trouveras plus guère de Guzr… Xoresh sur Delimanores, reprit Mirlo. Ils sont une espèce en voie d’extinction, si ce n’est déjà fait.
– Peu importe. Je suis leur dieu-roi. Quand mes sujets s’écartent du droit chemin, je me dois d’intervenir. Donc j’irai. Pourriez-vous me communiquer les coordonnées de cette planète ?
– Bien sûr, répondit Doc. C’est…
– Non, coupa Mirlo. Pas question.
– Et pourquoi cela ? demanda Xol.
– Ma femme n’acceptera jamais que vous mettiez le pied sur sa planète.
– Votre… femme ? fit Xol en plissant les yeux.
– Oui. Quand j’étais un dieu sur Delimonares, elle était ma déesse. Elle se nomme Akeydana, et considère tous les Delimonaresiens comme étant ses enfants. Elle le peut, d’ailleurs : elle a créé la planète, ainsi que ses premiers habitants. Depuis lors, elle considère que tout ce qui touche à Delimonares lui appartient. Si vous touchez à sa chasse gardée, vous allez au-devant de graves problèmes, à côté desquels notre combat de tout à l’heure n’était que saluts amicaux.
– Je serai curieux de rencontrer cette… forte personnalité. Elle m’a l’air très intéressante. À quoi ressemble-t-elle, physiquement parlant ?
– On se calme, prévint Mirlo. Il s’agit de ma femme.
Le sourire carnassier arboré par Xol fit monter la moutarde au nez de Mirlo.
– Doc, demande à Akeydana de venir. J’ai hâte de la voir faire des confettis avec ce type, une fois qu’il lui aura fait part de son projet de poser le pied sur Delimanores.
Doc pianota sur son boîtier universel. Une sphère de lumière verte de deux mètres cinquante de diamètre se matérialisa dans la salle. Elle ne resta que quelques secondes, et quand elle disparut, l’immortelle Akeydana se tenait à sa place.

*
**

Quand une déesse vous fusille du regard, il vaut mieux y être préparé. Doc avait beau le savoir, c’est une leçon qu’il oubliait régulièrement. Dès que les yeux d’un bleu profond d’Akeydana se posèrent sur lui, le malheureux scientifique reçut un coup de boutoir invisible qui l’envoya percuter violemment la paroi.
À travers ses larmes de douleur, il distingua à peine la silhouette élancée de la déesse qui lui tendait la main. Il la prit et elle le releva sans douceur, ce qui lui arracha un grognement de douleur.
– Je t’ai dit un milliard de fois que je ne tolère pas d’être téléportée sans autorisation, dit Akeydana d’un ton tranchant.
– J’avais oublié, bredouilla Doc, confus.
Elle se tourna vers son époux, Mirlo.
– J’aurais dû me douter que tu étais également dans le coup.
Le sourire que Mirlo avait arboré dès l’arrivée de sa femme se figea sur ses lèvres.
– Ce n’est pas ma faute, ma chérie, je t’assure que…
– Quand donc te décideras-tu à grandir ?
– J’ai l’éternité pour ça, bougonna Mirlo. Et moi aussi je suis ravi de te revoir, au fait.
Akeydana haussa les épaules avec dédain et Mirlo se réfugia dans un mutisme prudent. Il connaissait assez sa femme pour savoir qu’il allait devoir attendre qu’elle se calme avant que leurs relations ne se normalisent. Elle avait ses humeurs. Le tout était de ne pas se retrouver au mauvais moment au mauvais endroit.
Elle se crispa en remarquant l’imposante silhouette de Xol.

Ce dernier, à son arrivée, avait bombé le torse et mis ses mains sur ses hanches, en une posture déterminée. Malgré les dires de ce pitre de Mirlo concernant sa femme, il ne sentait pas en danger. Il n’en restait pas moins sur ses gardes, prêt à tout.
Sa vigilance s’était pourtant vite émoussée. Il avait beau être Xoresh, la beauté de l’humaine Akeydana, l’aura charismatique de sa présence le touchaient, perçaient ses défenses.
Akeydana était vêtue d’une simple tunique blanche, ornée de liserés dorés, sans manches et qui descendait sous les genoux. Xol sentit une bouffée de chaleur l’envahir. Comment une humaine pouvait-elle exercer un tel charme sur lui ? Il s’assura que ses défenses mentales étaient dressées, et ne fut paradoxalement pas très rassuré de constater que c’était bien le cas. Comment était-il possible qu’il tombât sous le charme de cette femme ?
L’intérieur du vaisseau, la présence des deux autres immortels semblait presque effacée. Xol ne voyait qu’Akeydana. Comme si elle attirait la lumière…
Il marcha résolument vers elle, ignorant la crispation instinctive de Mirlo. Doc et Akeydana ne bougèrent pas d’un poil, pour des raisons bien différentes : Doc parce qu’il ne voulait pas mourir… encore. S’il avait pu se fondre dans les murs, il ne se serait pas gêné. Akeydana, elle, attendait la suite des événements, circonspecte.
Xol s’arrêta à une longueur de bras d’Akeydana et s’inclina bien bas devant elle, avant de mettre un genou à terre et de la prendre délicatement par la main. Mirlo retint son souffle quand le Xoresh fit un baisemain à sa femme, et il renforça au maximum les défenses de son corps. Si Akeydana le prenait mal, il y allait avoir du grabuge. La planète risquait l’annihilation…
– Ô ma dame, c’est un honneur pour moi de vous rencontrer. Je parcours les cieux depuis des siècles et pourtant, j’ai l’impression qu’avant cet instant, je n’avais fait qu’effleurer la surface du concept qu’on nomme beauté. Désormais, j’en connais pleinement le sens. Les merveilles de l’univers me sembleront bien fades face au doux souvenir de votre perfection. Mon nom est Xol, dieu-roi des Xoresh… que vous connaissez sous le nom de Guzruns, d’après les dires de vos compagnons.
Un sourire discret vint fleurir les lèvres d’Akeydana, et Mirlo fut estomaqué de voir tant de tendresse dans les yeux de sa femme quand elle les baissa sur Xol. Pour qui se prenait-il, celui-là ? Et elle… À quoi jouait-elle donc ?
– Relevez-vous, mon ami, répondit-elle dans un sourire éclatant. Je ne mérite pas tant de considérations.
– Je suis d’ac… intervint un Mirlo aussi remonté que jaloux, avant de s’interrompre brusquement en prenant conscience qu’il ne valait mieux pas finir sa phrase.
Quand Xol et Akeydana posèrent un regard dédaigneux sur lui, il crut qu’il allait exploser, d’autant que Xol tenait toujours sa femme par la main. Et que cela n’avait pas l’air de la déranger, au contraire.
Ignorant délibérément son mari, Akeydana prit Xol par le bras et se mit à faire quelques pas avec lui. Un Mirlo rouge pivoine se contint difficilement face à tant de désinvolture et de complicité, comme si le couple qu’il fusillait du regard se connaissait depuis toujours.
– Vous appartenez au peuple des Xoresh, dites-vous, mon cher ? Voilà qui est très intéressant. J’ignorais cette dénomination pour un peuple que j’ai par ailleurs côtoyé par le passé, même s’il ne m’évoque que des mauvais souvenirs.
– Vous m’en voyez fort marri, ma chère. Pour ma défense, je me dois de reconnaître que j’ignorais l’existence de cette branche de mon peuple. Sinon, soyez certaine que jamais ils ne vous auraient importunés, les vôtres et vous. Je n’aurais pas permis une telle attitude et ils auraient été châtiés comme il se doit.
– Je vous en suis fort reconnaissant, mon ami, et ravie d’apprendre que les Guzruns ne sont pas représentatifs de votre peuple. Me ferez-vous le plaisir de m’en dire plus sur les vôtres ?
– Je suis à votre entière disposition.
– Dans ce cas, souffrez que je vous offre l’hospitalité.
Akeydana lâcha enfin Xol et Mirlo en fut soulagé. Mais pas pour longtemps : la douceur et le sourire de sa femme disparurent par enchantement, remplacés sur-le-champ par une expression autoritaire de mauvais aloi.
– Doc, tu vas téléporter mon invité et moi-même au palais d’Arlegeos.
– Arlegeos, notre palais le plus prestigieux ? demanda un Mirlo boudeur. Tu es sûre que tu n’en fais pas un peu trop ? Tu ne sais rien de ce type, il pourrait être extrêmement dangereux et cacher sa vraie nature ! Il affirme que les Guzruns sont des anomalies, mais et s’ils étaient vraiment représentatifs des Xoresh ? Tu y as songé ?
– Contrairement à toi, je sais jauger les gens, répliqua-t-elle. Et je possède des armes que tu n’as pas, en cas de besoin ! Doc, tu es prêt ?
– Les coordonnées sont entrées, répondit Doc, presque au garde-à-vous.
– Parfait ! Une dernière chose, les enfants : je ne veux évidemment pas vous voir traîner du côté du palais d’Arlegeos dans les prochains mois !
– Prochains… mois ? murmura Mirlo tandis qu’Akeydana retournait auprès de son invité.

– Vous êtes prêt, mon cher ?
– Faites de moi ce que vous voudrez, ô ma dame.

*
**

Un long silence s’abattit sur les lieux après la disparition de Xol et d’Akeydana, finalement rompu par Doc.
– Je pense qu’elle est toujours fâchée après toi.
– Elle exagère, ça fait déjà six mois.
– Bah, elle a fait bien pire !
– Tu peux arrêter de retourner le couteau dans la plaie, s’il-te-plaît ?
– Ah oui, pardon. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Je crois que je vais surseoir à mes recherches sur les Xoresh. Si je disséquais les siens, je pense que Xol le prendrait mal.
– Hum… Tu disais l’autre jour que Minos préparait sa fête d’anniversaire sur Lanco Beach II ?
– En effet. Et apparemment, il a encore eu la folie des grandeurs, sur ce que j’ai pu en voir.
– Parfait ! Une bacchanale, c’est exactement ce qu’il me faut ! Allons-y, Doc !
– Tu es bien sûr que…
– Certain ! Téléporte-nous !
– Akeydana va te tuer.
– Je m’en contrefiche !
– Bon, dans ce cas… c’est parti.

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Ven 9 Sep - 18:20

Il faut que je pense à la récupérer à la suite du document que j'avais commencé... Et il faut que je retrouve le document en question avant... on verra ça ce soir.
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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Sam 10 Sep - 22:35

J'aime bien les "suite ce soir" qui arrive 1 an après ^^

Je relirai tout ça dans la semaine bien calmement :)

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MessageSujet: Re: Betty Larium IV (nouvelle version)   Sam 10 Sep - 22:38

Je termine toujours ce que je commence... faut juste que j'évite de me donner une deadline...

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