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 Pérégrinations

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aj crime
Croquemitaine
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Mer 1 Sep - 18:44

allé, rattrapons un peu de retard.... le croquemitaine va encore frapper.

Citation :
La plaine qu'il avait sous les yeux
au vu de la première phrase, et puisque tu prends le parti de ce personnage, est-il utile de dire qu'il a la plaine sous les yeux... proposition : "Cette plaine conviendrait à la perfection..."

Citation :
Le mince coulis d'eau
ça fait un peu sauce dit comme cela... en général, on utilise "filet" dans ce cas.

Citation :
Son esprit dériva vers l'évaluation de l'argent
pourquoi ne pas faire simple... "évalua" ou "estima"

Citation :
avait un effet relaxant sur lui
j'aurais mis cela entre virgule et entre "avait" et "un effet".

Citation :
il ne s'en lassait pas
pourquoi ne pas mettre une information de profit dans cette phrase... "il ne se lassait pas des profits qu'il engendrerait."

Citation :
le cheptel qui se dévoila bientôt à ses yeux : les esclaves
fais gaffe minos, on m'a dit encore récemment qu'il fallait éviter de trop s'appuyer sur les yeux et la puissance des regards.... Very Happy

Je constate avec plaisir que tes ", et" sont employés à meilleur escient et passent mieux maintenant que dans USS Baltimore.

Citation :
les cinq chariots qui contenait le
je me demande si un participe présent n'aurait pas été mieux dans ce cas.
Citation :

Il montra les dents, dans un rictus de satisfaction
on sait déjà qu'il est satisfait, pourquoi ne pas utiliser un autre mot qui irait mieux avec "rictus"... "d'avarice"

Citation :
deux d'entre eux s'installèrent pour bivouaquer
ne serait-il pas plus réaliste de dire... "installèrent le bivouac" ?

Citation :
dans lequel les chevaux seraient installés pour la nuit
"où ils parqueraient les chevaux pour la nuit" sans discussion, ça sera plus joli... ??? Twisted Evil

Citation :
les groupes de trois esclaves à s'installer dans la plaine
pis en plus, là, il y avait une honteuse répétition.

Citation :
Plusieurs mètres séparait chaque groupe
j'aurais mis le verbe au pluriel parce qu'il y en a plusieurs des mètres.

Citation :
groupe, et l'un des
cette fois ci, j'aurais mis un "point" parce qu'il n'y a pas de lien direct et établi entre les deux phrases. Si tu veux en créer un, il va falloir l'argumenter dans ton texte.

Citation :
de retrouver les siens à la ferme
répétition avec la première phrase du paragraphe... pourquoi ne pas parler de "sa famille" ????

Citation :
des groupes d'esclaves, et une moue
celui-ci ne me semble pas très bien employé, surtout que le nombre de structures identiques dans le paragraphe précédent lasse un peu.

À
Citation :
côté du rouquin avançait tant bien
J'aurais mis une virgule entre ces deux mots.

Citation :
Si ce type n'était pas encore mort, il s'en occuperait lui-même
j'aurais préféré un discours direct rapporté... " "Si ce type n'est pas encore mort, je m'en occuperais moi-même." "


J'aime bien ce passage, tu te rapproches du marchant d'esclave et nous délivre avec beaucoup de tact une présentation profonde et détailler de sa psychologie.


scène suivante :


Citation :
à se relever, et essayait
la virgule n'est pas essentiel, voir même inutile dans ce cas à mon avis.

Citation :
Le rouquin les ignorait tous deux et s'était contenté
j'aurais mis du passé simple pour rendre l'action plus vivante : "Le rouquin les ignora et se contenta..."

Citation :
sur le crâne de l'être effondré, qui éclata comme
c'est le crâne ou l'être effondré qui éclate ? cette phrase peut faire planer le doute et cette virgule me gêne aux entournures.

Citation :
de tirer le corps jusqu'à la rivière.
une rivière là où tu parlais d'un filet d'eau ???? ce serait plutôt un ruisseau à moins qu'il y ait eu un brusque orage.... parles-en au gens du sud-est... ils s'y connaissent...

Citation :
Jemril, le rouquin, avait daigné ouvrir les yeux
passé simple, peut-être ???? Very Happy

Citation :
songea-t-il. Il portait des cheveux blonds
Qui ça, "Il" le nouveau venu ???? ça peu prêter à confusion.

Citation :
innocents, et
virgule inutile, juxtaposition d'éléments de description.

Citation :
̶ Ne pleurez plus, gente damoiselle. Certes, la mort est toujours une chose triste pour ceux qu'elle laisse derrière, condamnés à pleurer les défunts, mais nous ne devons pas être égoïstes vis-à-vis de celui qui nous a été enlevé. Au contraire, nous devons nous réjouir qu'une nouvelle vie, éternelle celle-ci, démarre pour le défunt, ressuscité par les dieux.
̶ Vous avez raison, répondit la jeune femme sans parvenir à lui rendre son sourire, mais ça n'en reste pas moins dur.
̶ Vous connaissiez le défunt depuis longtemps ?
̶ Non, seulement deux jours. Mais la mort est toujours quelque chose de triste.
̶ Oui-da, gente damoiselle. Si je peux faire quoi que ce soit pour vous aider, n'hésitez pas.
beaucoup de mais, que et qui pour un dialogue de gens simples. D'ailleurs, le reste du discours n'est-il pas un peu trop élevé... Seronn, le père, ne se sortait pas du lot par son intelligence.

Citation :
Nous voilà pourtant tous les trois à partager le même espace vital,
"la même chaine" dans la même vaine que la remarque précédente... ou alors, il faut prévenir tout de suite que ce sont des gens cultivés... parce que je trouve ce discours de salon un peu déplacé dans un camp d'esclave.

Citation :
je vois à ton chemise tachée
"ta".
Citation :

Drôle de garçon, pensa-t-il, mais je suis sûr qu'il n'a pas un mauvais fond.
c'est qui ce "il", seronn ou jemtril, le doute m'habite sur cette dernière.




Voilà... pleins de remarque pour un texte qui, je pense, vient de trouver son rythme de gagne en intérêt par le temps passé sur les personnages. L'action y est bien distillée. J'espère que mes remarques ne sont pas trop frustrantes pour toi qui n'a eu que des avis super positifs et sans tâches depuis quelques jours. Mais je suis le croquemitaine et me doit d'être absolument impartial... ceci est mon avis et n'engage que moi, j'espère simplement qu'il te posera là les questions qui me semblerait juste que tu te poses et fasse avancer ce texte qui est globalement bon et attrayant.

J'attends la suite pour la décortiquer dès que j'aurai le temps de le faire.
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Notsil
Candy
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Mer 1 Sep - 18:48

Pour ta remarque sur le niveau du discours, je dirais plutôt que c'est "le simplet" qui parle ainsi (les autres n'ont pas ce tic de langage), et ça me parait bien cadrer avec un perso naïf et idéaliste qui n'a parcouru le monde que dans les livres (ou les contes et histoires), et qui tente de parler comme les preux chevaliers de ces mêmes histoires.

C'est en tout cas comme ça que je l'ai vu :)

(comme toi le coulis m'a fait penser à une sauce ^^)

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aj crime
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Mer 1 Sep - 19:00

Un simplet ne reste pas un "simplet" s'il a parcouru maintes livres et a réussi à en apprendre le langage, cela devient alors un érudit... sans expérience certes, mais ce n'est pas ce que l'on demande à un érudit. Et à contrario, j'ai eu la sensation que la femme s'exprimait presque comme une noble... et les marchants d'esclaves prendraient bien des risques à traiter ce genre de marchandise. Mais bon, laissons à minos le privilège de se justifier et nous trouver une belle pirouette, n'est ce pas ? j'en rigole d'avance sous cape... Twisted Evil
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Minos
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 0:28

Y'aura pas de pirouette, juste une explication rationnelle. (oui, mes temps de réponse aux posts ne sont plus ce qu'ils étaient).

En attendant, voici la suite :



Jusend, en tant que chef des esclavagistes, avait ses privilèges. Ainsi, il ne prenait pas part aux tours de garde auxquels ses hommes étaient astreints toutes les nuits. Comme, de plus, il avait ordonné que les esclaves bénéficient d’une heure de repos supplémentaire, il en bénéficia par ricochet et se réveilla en pleine forme.
Tandis qu’il partait en quête de nourriture dans les chariots, son esprit vagabonda autour des chiffres que lui rapporterait la vente des esclaves. Quelques milliers de durzars viendraient bientôt l’enrichir. Quoique… ses acheteurs seraient les Seigneurs des plaines de Narvilonn et de Cionor, et ceux-ci payaient en élémyrs. Jusend doutait fortement que les banques de la Cité-État de Griend aient suffisamment de fonds pour convertir la monnaie locale en durzars, qui avaient cours dans son propre pays, plus au nord. Mais bon, il s’en accommoderait, même s’il se verrait contraint de multiplier les arrêts dans les grandes villes entre Griend et chez lui afin d’échanger les élémyrs en durzars.
Pendant qu’il déjeunait, il laissa ses hommes se charger des prisonniers, se contentant de laisser traîner ses yeux un peu partout. L’un de ses hommes, Gerlic, vint au rapport :
– Apparemment, y’en a cinq qui n’ont pas assez de forces pour marcher. Et y’en a plusieurs qui toussent et éternuent. Faut croire qu’ils ont attrapé un truc.
– Les cinq en question sont vraiment fatigués, ou ils font semblants ? questionna Jusend.
– Difficile à dire, fit Gerlic en haussant les épaules.
– Pour les malades, tu peux faire quelque chose ?
– Non. Je ne suis pas archiatre.
– Peut-être, mais tu es tout de même ce qui se rapproche le plus d’un médecin parmi nous. Tu es sûr que tu ne peux pas les aider ?
– Oui, j’en suis sûr, chef. Et je vous ai dit cent fois que ce n’est parce que quand j’étais gamin j’aimais bien accompagner le vétérinaire de mon village dans sa tournée, que j’ai pour autant des connaissances médicales.
– Certes, Gerlic, certes, fit pensivement Jusend.
Des malades. Il ne manquait plus que cela ! La maladie et la fatigue dépréciaient la marchandise, et donc les profits escomptés. Ce n’était pas bon pour les affaires. Une autre solution aurait été d’embaucher un archiatre, mais ils prenaient tellement cher… Il était plus rentable de continuer comme cela, quitte à ce que quelques esclaves n’arrivent pas à destination.
Après tout, Griend n’était plus qu’à trois jours de marche. Le voyage allait bientôt prendre fin, et Jusend et ses compagnons pourraient ensuite regagner leurs fermes pour superviser les travaux des champs. Le trafic d’esclaves était indispensable à leur prospérité économique, ils ne le pratiquaient pas par vocation. D’autant qu’il y avait toujours des dangers dans de telles expéditions, comme des révoltes d’esclaves ou des attaques sur la route. Même si Jusend avait déjà entendu parler de ce genre d’événements auprès d’autres collègues, il avait eu la chance de ne jamais y avoir été confronté jusque-là. Et il priait le Duo tous les jours pour que rien ne change.
– Gerlic, fais libérer les cinq qui sont « fatigués », ajoutes-y les deux qui voyageaient dans les chariots hier et amène-les moi tous.
Gerlic opina du chef et, épaulé de trois autres gardes, escorta les sept prisonniers devant Jusend.
Celui-ci cracha par terre avant de scruter attentivement les esclaves, une expression de mépris sur le visage.
– Alors comme ça on veut tirer au flanc, les gars ?
– Mais, m’sieur, je… hasarda l’un d’eux, vite réduit au silence par un revers de main gantée de Jusend.
– Silence, vermine, tu parleras quand je t’en donnerai l’autorisation ! Écoutez-moi attentivement. Je ne suis pas là pour plaisanter. J’ai rendez-vous dans trois jours à Griend pour vous vendre en tant qu’esclaves, et je n’ai pas de temps à perdre avec des indigents et autres fainéants. Soit vous êtes capables de marcher encore trois jours, auquel cas vous resterez en vie jusque-là. Soit vous n’en êtes pas capables et vous me retarderez trop, auquel cas je dois me débarrasser de vous dès maintenant… et d’une manière définitive. Vous voyez la rivière derrière moi, à deux cent mètres ? Vous allez courir jusque-là. Celui qui tombe, je le tue. Celui qui l’atteint aura la vie sauve.
Jusend dégaina un sabre impressionnant de sa ceinture.
– Petite difficulté supplémentaire : je cours derrière vous et je taille en pièce les retardataires, conclut-il avec un sourire carnassier de circonstance.
Le Duo savait que Jusend détestait ce genre de mise en scène, mais il devait montrer l’exemple. Tout le monde – ses esclaves comme ses hommes – devait savoir qu’il était le chef, et qu’il était inflexible.
– Vous attendez quoi pour y aller ? rugit-il.
Plus d’un esclave sursauta mais tous se mirent à s’enfuir, Jusend sur leurs talons. L’un d’eux prit rapidement de l’avance, galopant comme s’il avait les diables noirs aux trousses. Un sale fainéant, un comédien, pensa Jusend qui trottinait derrière eux. Les deux suivants, bien que moins rapides, avaient assez de force pour maintenir un rythme correct. L’un des trois derniers s’affala lourdement et resta à terre, haletant. Jusend l’ignora et continua à trottiner après les autres. Les deux qu’il talonnait auraient bien du mal à tenir encore trois jours, estima-t-il. Il aurait facilement pu les rattraper mais il décida de leur laisser leur chance. Après tout, s’il leur permettait de se reposer dans les chariots pour la journée, ils auraient plus de chances d’arriver vivants.
Il mit un terme à la poursuite et fit demi-tour. Après avoir ordonné à ses hommes de récupérer les prisonniers à la rivière, il s’approcha de l’esclave qui était tombé. Celui-ci n’avait toujours pas récupéré son souffle. Sa respiration était sifflante et ses yeux vitreux semblaient ne plus rien voir. Il n’aurait pas la force de faire un pas de plus, c’était évident. Aussi Jusend mit-il fin à ses souffrances en lui fendant le crâne d’un coup de sabre.
C’était triste, l’esclavagiste en était le premier conscient, mais nécessaire. Il donna le signal de lever le camp.

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Den
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 10:43

Ah! Voici la suite tant attendue de "Pérégrinations"! Very Happy

L'aventure se poursuit avec plaisir! Jusend est décidément un personnage peu conventionnel... comme la plupart des héros de ce récit d'ailleurs. Je ne sais pas si je me trompe, mais je pense que tu l'aimes bien, ce perso^^ En tout cas, moi, je l'apprécie!

En plus, tu as le mérite de donner envie de toujours en savoir plus, de toujours vouloir avancer dans l'histoire! C'est excellent, n'est-ce pas? Wink

Vivement la suite donc et bravo!

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Minos
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 10:49

Den a écrit:
Ah! Voici la suite tant attendue de "Pérégrinations"! Very Happy
Oué... y compris par moi !
Den a écrit:
L'aventure se poursuit avec plaisir! Jusend est décidément un personnage peu conventionnel... comme la plupart des héros de ce récit d'ailleurs. Je ne sais pas si je me trompe, mais je pense que tu l'aimes bien, ce perso^^ En tout cas, moi, je l'apprécie!
J'adore développer des persos. Et puis les bons vieux méchants qui ne sont que des méchants psychopathes, bof. C'est un peu trop poncif à mon goût. Les "méchants" ne le sont parfois que par circonstance.
Den a écrit:
En plus, tu as le mérite de donner envie de toujours en savoir plus, de toujours vouloir avancer dans l'histoire! C'est excellent, n'est-ce pas? Wink
Vu que je ponds 1 à 1,5 page par scène ou bribe de l'histoire, j'essaie de faire quelque chose qui va en crescendo, donc je distille lentement les infos, en tâchant d'en intégrer de nouvelles (mais pas trop) à chaque fois.
Den a écrit:
Vivement la suite donc et bravo!
Merci Den ! Suite dans la journée, j'ai du retard dans mon rythme prévu à l'origine.

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Minos
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 11:23

Seronn fut tiré de son sommeil sans rêve par un violent coup de pied dans le ventre. Il se redressa en alerte, les yeux paniqués, et dans son mouvement brusque, il s’ouvrit à nouveau la lèvre tuméfiée. Il croisa le regard incisif de Jemril. Celui-ci était pâle, tremblant légèrement, et une fine couche de sueur faisait luire son visage.
– Tu ne te sens pas bien, mon ami ? s’enquit Seronn.
– Si tu arrêtais de ronfler comme un dragon, j’irais beaucoup mieux, ça m’aurait permis de dormir cette nuit, cracha Jemril.
– J’en suis désolé, je ne voulais pas te déranger.
– Prépare-toi, on ne va pas tarder à y aller.
– Mais… on ne mange rien avant ? Nos ravisseurs auraient-ils décidé de nous affamer ?
– Ça fait plus d’une demi-heure que nous avons été réveillés, intervint Vhondé. Et notre cher compagnon de chaîne a décidé de te laisser dormir pendant qu’il mangeait ta part de repas.
Elle n’ajouta pas qu’elle avait manifesté l’envie de réveiller Seronn et que cela lui avait valu une gifle retentissante de la part de Jemril. Celui-ci n’avait jamais vu quelqu’un – en l’occurrence Seronn – dormir d’un sommeil aussi profond, aussi en avait-il profité. De son point de vue, il avait plus besoin de refaire ses forces que Seronn : il était fiévreux et en l’absence de soins, il ne pouvait que se gaver pour préserver ses forces.
Jemril souffrait le martyre. Sa blessure s’était infectée, aucun doute là-dessus. D’après les conversations surprises entre les gardes, ils allaient encore marcher trois jours avant d’arriver à la cité-État de Griend pour y être vendus en tant qu’esclaves. Il se demandait s’il tiendrait le coup jusque-là. Quoi qu’il en soit, hors de question pour lui de se plaindre. Aucun cri, aucun gémissement ne franchirait ses lèvres. Jemril était dur au mal et suivait la même ligne de conduite depuis toujours : serrer les dents et avancer, pas à pas.
– On a eu un jambonneau famélique à manger, reprit Jemril. Tiens, tu peux prendre ce qu’il reste, ajouta-t-il en jetant l’os rongé à Seronn.
– Grand merci, mon ami, sourit Seronn avant de se mettre à grignoter... non sans avoir proposé à Vhondé de partager son maigre repas.
Elle secoua la tête pour décliner l’offre. Elle portait toute la honte de Galéir sur son dos et, de ce fait, préférait se faire toute petite. Un mois auparavant, elle était la princesse de Lacteng, centre des attentions à la cour de son père. Sa parole faisait presque loi, les serviteurs s’agitaient autour d’elle pour satisfaire ses besoins. Toute sa vie, on lui avait appris qu’elle appartenait à une élite, et que cela allait de soi. Si elle n’en avait jamais tiré gloire ni morgue, elle avait toujours considéré une telle situation comme allant de soi.
Comme elle s’était trompée ! Comme elle tombait de haut aujourd’hui ! Les événements qui s’étaient enchaînés depuis le mois précédent lui avaient fait prendre conscience qu’elle n’était rien. Rien du tout. Que son autorité, qu’elle avait crue naturelle voire universelle, avait disparu peu après qu’elle eut franchi les portes du château de son père.
Qu’était-elle aujourd’hui ? Une esclave. Moins qu’une esclave, même, car ceux qui vivaient au service de sa famille possédaient toujours leur dignité et un certain nombre de droits. Quand le garde avait lancé le jambon vers eux, Jemril l’avait attrapé et arraché un petit morceau qu’il avait jeté à ses pieds. Elle avait été extrêmement choquée. Et que dire de la gifle qu’elle avait reçue quand elle avait annoncée qu’elle réveillait Seronn, occupé à ronfler gaillardement malgré l’agitation qui s’emparait du campement ?
Sa parole n’avait plus aucune valeur. Elle n’était même plus une femme enceinte, juste une marchandise bientôt échangée contre de l’argent. Sa sérénité d’antan était morte. Ne restait que de la résignation et de la colère envers les siens : pourquoi personne ne lui avait jamais parlé de ce genre de choses ? Pourquoi personne ne lui avait jamais dit que ses privilèges, qu’elle avait crus immuables et gravés dans du marbre perléméanais, n’étaient que du vent au dehors de son pays ?
L’ancienne Vhondé n’existait plus. Et la nouvelle s’angoissait à l’idée de ce qu’elle allait devenir, de qui elle était désormais.
Les gardes revinrent et aboyèrent sur les prisonniers. Ceux-ci se mirent maladroitement en file de trois. Seronn jeta les restes de l’os de jambon et dit :
– Je reste sur ma faim, ce n’était pas très goûtu. J’espère que le prochain repas sera plus nourrissant.
Jemril se retint de le frapper. Quant à Vhondé, elle ne savait que penser de ce nouvel et étrange compagnon : était-il irrémédiablement stupide ou d’une sérénité à toute épreuve ?

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Den
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 13:33

Minos a écrit:
Oué... y compris par moi !
Ah! Ca fait plaisir à lire! Il est vrai qu'on sent bien que tu prends du plaisir à écrire cette histoire! :)

Citation :
J'adore développer des persos. Et puis les bons vieux méchants qui ne sont que des méchants psychopathes, bof. C'est un peu trop poncif à mon goût. Les "méchants" ne le sont parfois que par circonstance.
Tu as bien raison! Les meilleurs méchants sont toujours ceux qui le sont par circonstance! Ca les rend plus attachants, surprenants et bien plus humains!

Citation :
Vu que je ponds 1 à 1,5 page par scène ou bribe de l'histoire, j'essaie de faire quelque chose qui va en crescendo, donc je distille lentement les infos, en tâchant d'en intégrer de nouvelles (mais pas trop) à chaque fois.
Ce n'est pas trop dur de devoir se "limiter" à un seule page par perso?

Citation :
Merci Den ! Suite dans la journée, j'ai du retard dans mon rythme prévu à l'origine.
Yeah! La classe! Comme j'ai un peu de temps devant moi, je vais en profiter pour te donner mon avis sur cette suite! Very Happy


Pauvre Seronn! La vie est dure pour un ronfleur^^
Il est décidément bien gentil, ce Seronn XD Un peu con sur les bords, je sens que je vais bien m'amuser avec lui! Autant qu'avec son ancêtre, je présume Very Happy
Jemril, quant à elle, me fait un peu de peine! La pauvre! Elle ne s'attendait vraiment pas à un tel changement de vie, visiblement! Sad

Encore une partie bien amusante donc, qui approfondit un peu la personnalité de la dame! Vivement la suite, un fois de plus^^

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Minos
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 14:09

Den a écrit:
Citation :
Vu que je ponds 1 à 1,5 page par scène ou bribe de l'histoire, j'essaie de faire quelque chose qui va en crescendo, donc je distille lentement les infos, en tâchant d'en intégrer de nouvelles (mais pas trop) à chaque fois.
Ce n'est pas trop dur de devoir se "limiter" à un seule page par perso?
Nan, ça va, je commence à maîtriser mon découpage. Ça oblige juste à ne parler que de peu de choses, mais ça permet de les développer tranquillement.
Den a écrit:
Pauvre Seronn! La vie est dure pour un ronfleur^^
Il est décidément bien gentil, ce Seronn XD Un peu con sur les bords, je sens que je vais bien m'amuser avec lui! Autant qu'avec son ancêtre, je présume Very Happy
J'aime beaucoup ce perso ingénu. Twisted Evil
Den a écrit:
Jemril, quant à elle, me fait un peu de peine! La pauvre! Elle ne s'attendait vraiment pas à un tel changement de vie, visiblement! Sad
Vhondé ! Jemril, c'est l'autre gars ! C'est aussi pour ça que je distille les infos petit à petit, pour éviter de noyer tout le monde sous un fatras de noms.
Den a écrit:
Encore une partie bien amusante donc, qui approfondit un peu la personnalité de la dame! Vivement la suite, un fois de plus^^
La suite ne tardera pas. J'ai toujours du retard à rattraper...

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Dim 3 Oct - 16:00

Bien, voilà de la lecture pour dans quelques jours, parce qu'aujourd'hui, je n'aurai pas le temps.
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Lun 4 Oct - 11:34

Oh la suite :)

Ca fait trop plaisir ^^

Au contraire de Den, j'ai eu plus de mal avec le retournement de l'esclavagiste ^^ Jusque-là c'était un méchant, sadique, qui se payait la tête de ses victimes, et soudain, il pratique par obligation ^^ Pourquoi il n'aurait pas pitié de un ou 2 alors, pourquoi il trucide l'autre au lieu de le laisser "libre" puisque de toute façon il a quasi 80% de chance d'y rester ? ^^

Valà, donc y'a ça qui m'a un peu gêné j'avoue, et après je me demande comment Seronn se re-ouvre la lèvre en se levant ? Ou y'a un détail qui m'a échappé ? ^^

Bon sinon j'aime bien les compagnons de Seronn, la princesse qui perd ses illusions (d'ailleurs on ne sait pas comment elle s'est retrouvée enceinte et sur les routes ? ^^) et l'autre gars courageux en train de mourir à petit feu ^^ bon courage pour la suite Wink

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Lun 4 Oct - 12:27

allé, je m'y colle, ça va faire mal...

Citation :
il en bénéficia par ricochet
ah oui, j'avais oublié qu'ils se trouvaient au bord d'une rivière... En revanche, cela sert-il à quelque chose de dire que le chef ne fait pas de tour de garde si ce n'est pour définir avec précision ses responsabilités ?

Citation :
Tandis qu’il partait en quête de nourriture dans les chariots,
y a pas un ou deux esclave particulièrement joli.... pour faire cela à sa place et le servir ?

Citation :
Jusend doutait fortement que les banques de la
il connait pas sur le bout des doigts les systèmes bancaires ? il doute fortement mais n'a pas de certitudes ?
Citation :

Et y’en a plusieurs qui toussent et éternuent. Faut croire qu’ils ont attrapé un truc.
ouais, la crève, il faut pas être médecin...

Citation :
prendre fin, et Jusend et ses compagnons pourraient ensuite regagner leurs fermes pour supervis
point pour le premier... "regagneraient" pour le second.

Citation :
Je ne suis pas là pour plaisanter.
Très logique, il vient d'en coller une.

Citation :
Jusend dégaina un sabre impressionnant de sa ceinture.
un sabre est toujours "impressionnant".

Citation :
L’un d’eux prit rapidement de l’avance,
logique, ils courent... mais de combien de longueurs... "L'un d'eux prit une longueur d'avance."

Citation :
bien que moins rapides,
ben en plus, il y avait une répétition. pis y a un peu beaucoup de mots en -ment et -ant pour faire joli.

Citation :
en lui fendant
"et lui fendit" ?

Citation :
et dans son mouvement brusque, il s’ouvrit à nouveau la lèvre tuméfiée.
ouais, à part ce "virgule et" qui gagnerait à être remplacé par un point... on se demande comment il se réouvre la lèvre... il a dû sourire inconsciemment notsil...
Citation :

tremblant légèrement
mouais, boffff

Citation :
il avait plus besoin de refaire ses forces que Seronn : il était fiévreux et en l’absence de soins, il ne pouvait que se gaver pour préserver ses forces.
répétition honteuse.

Citation :
ils allaient encore marcher trois jours avant d’arriver
trois jours ????? la vache, tu insistes beaucoup sur cette durée, je trouve.

Bon, ben on ne sait toujours pas pourquoi et comment la petite princesse se trouve dans cette situation sans même garder l'espoir que sa famille ou ceux de sa caste se soit mis à la recherche... je suppose que tu en parleras plus tard. En tout cas, l'introspection de la jeune femme est le meilleur passage de ces deux morceaux.

Vàlà, à quand la suite ?
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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Lun 4 Oct - 14:06

Notsil a écrit:
Au contraire de Den, j'ai eu plus de mal avec le retournement de l'esclavagiste ^^ Jusque-là c'était un méchant, sadique, qui se payait la tête de ses victimes, et soudain, il pratique par obligation ^^
J'avais déjà esquisssé le fait qu'il prenait quand même soin de sa "marchandise", j'ai peut-être un problème d'équilibre, du coup.
Notsil a écrit:
Pourquoi il n'aurait pas pitié de un ou 2 alors, pourquoi il trucide l'autre au lieu de le laisser "libre" puisque de toute façon il a quasi 80% de chance d'y rester ? ^^
Parce que s'il l'épargne, d'autres pourraient faire semblant d'être épuisés en espérant être libérés. Non ?
Notsil a écrit:
Valà, donc y'a ça qui m'a un peu gêné j'avoue, et après je me demande comment Seronn se re-ouvre la lèvre en se levant ? Ou y'a un détail qui m'a échappé ? ^^
aj crime a écrit:
ouais, à part ce "virgule et" qui gagnerait à être remplacé par un point... on se demande comment il se réouvre la lèvre... il a dû sourire inconsciemment notsil...
Sourire, peut-être pas, mais ouvrir la bouche pour parler, ou bailler, oui. J'ai dû faire un raccourci un peu trop rapide sur ce coup.
Notsil a écrit:
Bon sinon j'aime bien les compagnons de Seronn, la princesse qui perd ses illusions (d'ailleurs on ne sait pas comment elle s'est retrouvée enceinte et sur les routes ? ^^)
aj crime a écrit:
Bon, ben on ne sait toujours pas pourquoi et comment la petite princesse se trouve dans cette situation sans même garder l'espoir que sa famille ou ceux de sa caste se soit mis à la recherche... je suppose que tu en parleras plus tard. En tout cas, l'introspection de la jeune femme est le meilleur passage de ces deux morceaux.
Patience...
aj crime a écrit:
trois jours ????? la vache, tu insistes beaucoup sur cette durée, je trouve.
C'est l'inconvénient d'écrire de si petits passages. Je me sens parfois obligé de ressasser certaines choses pour ne pas qu'elles soient oubliées. Faut donc que j'arrête d'enfoncer des portes ouvertes...

Par ailleurs, merci pour les remarques de forme, AJ, j'y reviendrai pour une version ultérieure plus mieux.

La suite devrait arriver demain soir.

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Lun 4 Oct - 16:53

Citation :
La suite devrait arriver demain soir.

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 18:12

Ou pas :p

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 18:37

Ça t'étonne ?

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 18:37

Nan ^^

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 20:03

Non mais oh !


Au cours de sa première matinée de marche, Seronn découvrit à quel point se déplacer avec des chaînes au pied était un exercice aussi compliqué qu’épuisant. Il tomba plusieurs fois lors des premières minutes, car le peu de longueur de chaînes reliant ses chevilles ne lui permettait pas de marcher à ses grandes enjambées habituelles. Et comme il était distrait de nature, il oublia régulièrement d’adapter sa démarche à ses entraves et se retrouva souvent à terre. Dans ces cas-là, Jemril l’agonissait d’injures colorées en pestant contre la consanguinité récurrente des aïeux de Seronn, qui avaient fini par produire un simplet en bout de lignée. Vhondé, compatissante, le relevait à chaque fois, tandis qu’il se confondait en excuses et en remerciements.

Quand il eut enfin pris le pli, Seronn avait les jambes ankylosées. Comme il était dur au mal et d’une composition heureuse par nature, il se contenta d’enregistrer la douleur dans un coin de sa tête et s’intéressa au monde qui l’entourait. Il respira profondément, heureux de constater à quel point l’air était vivifiant. Aucun doute, les beaux jours se rapprochaient, et Seronn adorait cette saison. Les rayons du soleil étaient à nouveau porteurs de chaleur salvatrice ; oubliés les rayons blafards qui peinaient à s’extirper des cieux tourmentés de l’hiver pour ne distribuer qu’une maigre lumière exempte de chaleur.
Les collines qui s’étendaient à perte de vue autour du convoi d’esclaves commençaient elles aussi à ressentir les changements climatiques : des bourgeons apparaissaient sur les rares arbres qu’ils croisaient.
Seronn se mit à siffler, comme s’il était en promenade, insouciant de la précarité de sa situation. Un coup de coude rageur dans les côtes, administré par Jemril, l’extirpa de ses pensées sereines, presque cotonneuses. Il parut surpris de voir Jemril, avant de se souvenir où il se trouvait. Confus, il bredouilla :
– Pardonne-moi, mon ami, mon âme errait au loin.
– S’il n’y a que ça pour te contenter, je peux t’aider à arracher ton âme de ton corps… d’une manière définitive, cracha un Jemril ruisselant de sueur et claquant des dents. Sa fièvre empirait.
Seronn sourit, comme si son interlocuteur venait de proférer un bon mot, et reprit :
– Je manque à tous mes devoirs, je suis impardonnable. Tu es blessé et malade pendant que je rêvasse. Appuie-toi sur moi, je vais t’aider.
– Me… ? commença Jemril, outré. Je n’ai besoin de personne, tu m’entends ? De personne !
– Je ne disais cela que pour…
– Silence, animal stupide, silence !
Jemril bouillait de colère, les limites de sa patience atteintes. Des images de crâne éclaté à grands coups de chaînes lui traversèrent l’esprit. Seronn avait l’air peiné. Il tendit le coude vers Jemril et fit :
– Quand tu auras besoin de mon bras pour te soutenir, sache qu’il sera là.
La rage de Jemril s’envola instantanément, remplacée par de l’incrédulité puis de la résignation. Le blondinet était définitivement irrécupérable… Mais en tout cas, hors de question d’accepter son aide. Jemril ne demandait jamais rien à personne et ne voulait rien devoir à quiconque. Il était le centre du monde, plus important que tout et tout le monde. Il était un survivant. Et il survivrait encore aujourd’hui. La fièvre ne le tuerait pas. Sa blessure non plus. Pas plus que l’esclavage.
Quatre nuits auparavant, les esclavagistes avaient monté le camp près d’une petite rivière. Pendant qu’il buvait à même le coulis d’eau, Jemril avait réussi à s’emparer d’une petite pierre effilée, invisible dans sa main fermée. Les gardes n’avaient rien vu. Le compagnon de chaîne que Vhondé et lui avaient à ce moment était si mal en point qu’il ne cessait de tousser, une toux grasse et interminable. Jemril avait profité de cette couverture sonore pour tenter de rayer un maillon de ses chaînes. Au bout d’une demi-heure de travail ininterrompu, il avait passé le doigt sur le maillon et senti la marque de la pierre. Revigoré par le résultat de son labeur, il avait décidé de continuer le lendemain. Sur la route, pendant la marche, le cliquetis incessant des chaînes masquerait le crissement de sa pierre sur le maillon. Il ne savait pas combien de temps cela prendrait pour couper le maillon, ni même s’il aurait le temps d’en venir à bout avant d’arriver à Griend, mais il n’était pas de la race des moutons. Il ne se laisserait pas mener à l’abattoir sans avoir tout tenté pour s’en sortir.
Ignorant le bras charitable que Seronn lui tendait tout en marchant, il cacha sa main sous ses guenilles, bloqua la chaîne de ses poignets sous son biceps et se remit à faire aller et venir sa pierre. Il ne renoncerait pas. Jamais.

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 21:10

Qu'il est mignon ce brave petit :)

J'ai largement préféré ce passage aux 2 d'avant ; même si je ne saurais dire pourquoi :p

L'innocence face à la détermination, ça promet ^^

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 23:19

Notsil a écrit:
Qu'il est mignon ce brave petit :)
N'est-ce pas ? Et j'espère que vous n'êtes pas au bout de vos surprises le concernant...
Notsil a écrit:
J'ai largement préféré ce passage aux 2 d'avant ; même si je ne saurais dire pourquoi :p
Parce que j'écris dix fois mieux que la dernière fois ?
Notsil a écrit:
L'innocence face à la détermination, ça promet ^^
Jemril n'est pas que détermination...

Et on y retourne !


Les Plaines de Narvilonn, comme celles de Cionor situées plus au nord, abritaient un nombre conséquent de cités-États, issues de la partition d’antiques royaumes. La position centrale de Griend lui conférait son importance, et la cité s’était vite muée en plate-forme incontournable en ce qui concernait la vente et l’achat d’esclaves. Bien entendu, ses richesses attisaient les convoitises, notamment de la part des cités voisines. Griend avait subi son lot d’assauts et de sièges au fil des années, mais à ce jour, nul n’avait jamais réussi à faire tomber la cité esclavagiste.
Les roitelets du micro-royaume d’Eibor, à l’ouest de Griend et au nord de Bilipossa, haïssaient particulièrement Griend, depuis l’enlèvement d’une reine d’Eibor par le sénéchal de Griend de l’époque, quatre cents ans auparavant. Il en avait fait sa femme et Eibor n’était parvenu à la récupérer malgré des années de guerre incessante. La reine et le sénéchal avaient eu des enfants ensemble. Mais si depuis ce temps les deux lignées cousinaient, la haine tenace qui les hantait ne désarma jamais, au contraire. Les sénéchaux de Griend avaient toujours souverainement méprisé leurs voisins. Tandis que les marchés d’esclaves florissaient à Griend, Eibor survivait tant bien que mal et tentait de nuire par tous les moyens à son illustre, prospère et honni rival. Rien ne marcha jamais.
Depuis quelques années pourtant, Jedar XXVII, roi d’Eibor, avait décidé de se venger une bonne fois pour toutes, d’être l’homme qui ferait chuter Griend. Il avait investi une bonne partie des maigres ressources financières de sa cité dans le développement de l’armée et, contre l’avis de ses propres généraux qui ne s’estimaient pas encore prêts, avait lancé ses troupes à l’assaut de la cité esclavagiste. Les archers de Griend s’étaient régalés. Ça avait été la curée. Les reliques de l’armée eiborienne était rentrée au pays tête basse. Jedar XXVII avait fait exécuter les chefs de l’armée pour faire bonne mesure – le roi qu’il était ne pouvant pas avoir failli, la faute de cet échec ne pouvait retomber que sur ses subordonnés.
Abattre Griend était plus que jamais une obsession pour Jedar. Malgré les finances exsangues de son pays, il recruta des mercenaires à qui il octroya des terres en guise de paiement, ainsi que des titres de noblesse. Si des nobles locaux protestèrent contre la confiscation de leurs terres au profit des nouveaux arrivants, en exécuter quelques-uns calma les ardeurs justicières des autres. Et Jedar en profita pour annexer quelques arpents hors de ses frontières : si les micro-États voisins en prirent ombrage, aucun n’osa se frotter aux mercenaires de Jedar.
Quand il voulut lancer ses nouvelles troupes dans un assaut contre Griend, le chef des mercenaires, Lamal, un vieux guerrier dégarni à la moustache tombante, eut du mal à se retenir de lui rire au nez. Il aurait fallu des dizaines de milliers de soldats pour prendre la forteresse. Les mercenaires étaient cent. En revanche, il lui exposa un plan : frapper le cœur des affaires de Griend, à savoir le trafic des esclaves. Si les convois d’esclaves étaient interceptés en route ou disparaissaient, la prospérité de Griend battrait de l’aile. L’insécurité découragerait vendeurs comme acheteurs.
Jedar, qui n’avait jamais été réputé pour son imagination, trouva l’idée brillante et la valida.

Lamal est adossé à l’encolure de son cheval. Avec un de ses hommes, un éclaireur, il scrute attentivement la colonne d’esclaves qui avance vers leur position. Ils sont dissimulés par l’un des rares bosquets qui parsèment le pays vallonné. La route serpente entre deux collines, derrière laquelle les troupes de Lamal, divisées en deux, attendent patiemment de fondre sur leurs proies.
La saison des plus grosses ventes d’esclaves se rapproche à grands pas, aussi la consigne du jour est-elle de ne faire aucun prisonnier. Tout le monde, esclavagistes comme esclaves, doit mourir. Faire des prisonniers retarderait les mercenaires, aussi la mission est-elle d’anéantir le plus possible de convois d’esclaves.
– Je reconnais ce blason, dit Lamal, les yeux plissés. Cette compagnie d’esclavagistes se compose de paysans aisés de Vanior. Leur chef se nomme Jusend.
– Des paysans ? Cela ne devrait pas nous poser de problème, capitaine.
– En effet, ce sera un jeu d’enfant.
Encore quelques pas et ils seront à nous…

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 23:33

Un peu d'histoire de Galéir, et de nouveaux protagonistes ; charmant :p

Et une méchante fin :'(

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Jeu 7 Oct - 23:36

Cliffhanger powaa. J'ai plus qu'à mettre un deus ex machina dans la suite et j'aurais la totale... Razz

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Ven 8 Oct - 10:29

Waho! Mon cher Minos, vous nous avez pondu deux chouettes parties d'histoire! Very Happy
J'avoue avoir surtout apprécié le passage d'histoire (et pourtant, ce n'était pas ma matière préféré quand j'étais écolier^^).
A là là! Seronn est si naïf qu'il en devient désarmant! Very Happy Tu t'amuses follement avec lui, hein? Wink

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Ven 8 Oct - 10:58

Clair, il a son caractère !

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MessageSujet: Re: Pérégrinations   Ven 8 Oct - 12:37

Et ben minos, tu as trouvé du temps pour écrire, moi, je vais trouver un peu de temps pour te lire alors :
Citation :

car le peu de longueur de chaînes
Y a pas des expressions plus simple pour dire que c'est court ?

Citation :
et se retrouva souvent à terre
répétition, déjà dit dans la phrase précédente.

Citation :
étaient à nouveau porteurs de
"portaient à nouveau la" ? le "être" me semble évitable.

Citation :
qu’une maigre lumière exempte de chaleur
"une blafarde et froide lumière" histoire d'effacer la répétition de chaleur...

Citation :
Il parut surpris de voir Jemril, avant de se souvenir où il se trouvait. Confus, il bredouilla :
peut-être un "Seronn" pour le dernier...
Citation :

de sueur et claquant des dents. Sa fièvre empirait.
ça, je le verrais mieux dans le paragraphe suivant formulé comme une constatation de Seronn.

Citation :
Seronn avait l’air peiné. Il tendit le coude vers Jemril et fit :
"et" "Jemril. Il proposa :"

Citation :
Jemril avait profité de cette couverture sonore pour tenter de rayer un maillon de ses chaînes. Au bout d’une demi-heure de travail ininterrompu, il avait passé le doigt sur le maillon et senti la marque de la pierre. Revigoré par le résultat de son labeur, il avait décidé de continuer le lendemain. Sur la route, pendant la marche, le cliquetis incessant des chaînes masquerait le crissement de sa pierre sur le maillon. Il ne savait pas combien de temps cela prendrait pour couper le maillon, ni même s’il aurait le temps d’en venir à bout avant d’arriver à Griend, mais il n’était pas de la race des moutons. Il ne se laisserait pas mener à l’abattoir sans avoir tout tenté pour s’en sortir.
beaucoup de "il" dans ce passage. L'avancé du labeur n'est pas décrit... il en est où de son maillon à deux jours d'arriver ?

Citation :
Griend avait subi son lot d’assauts et de sièges au fil des années
"décennies" ? histoire de planter un peu plus son importance.

Citation :
et Eibor n’était parvenu
il manque un élément de négation...

Citation :
ne désarma jamais, au contraire. Les sénéchaux de Griend avaient toujours souverainement méprisé leurs voisins. Tandis que les marchés d’esclaves florissaient à Griend, Eibor survivait tant bien que mal et tentait de nuire par tous les moyens à son illustre, prospère et honni rival. Rien ne marcha jamais.
ne jamais dire jamais... et là, il y en a un de trop... le deuxième doit pouvoir être effacé tout simplement.

Citation :
Les mercenaires étaient cent. En revanche, il lui exposa un plan : frapper le cœur des affaires de Griend, à savoir le trafic des esclaves.
C'est gros, surtout si tu fais attaquer le convoie où se trouve Seronn... D'autant que l'explication géopolitique, très bien montée je le reconnais, pourrait venir se placer après l'attaque pour ne pas éventer l'action que je sens poindre.

Citation :
trouva l’idée brillante et la valida
"valida cette idée brillante" trouver est encore un verbe de toutes les sauces qu'il faut utiliser avec parcimonie.

La suite avec le bave guerrier en personnage principal est au présent.... y a-t-il une justification scénaristique ? parce que cela choc... nous vivions ton texte dans le passé et à partir de cette attaque nous entamons une phase de présent... est-ce logique ? Si tu vois ou le bas me blesse.


En tout cas, c'est clair, ces parties sont bien mieux écrites et beaucoup plus fluides. Je ne dirais pas "dix fois" mon bon roi, mais ça se ressent.
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