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 Un peu de SF...

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aj crime
Croquemitaine


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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 16:56

Raaaahh lovely, le chronomètre égrènne les secondes, les minutes, les heures, avant le dénoument qui nous révèlera bien des surprises, on le sait déjà mais des coups de théatre devraient pointer le bout de leur nez...

C'est du très bon ! Je me trompe ou cela à le goût du livre ancien, du vieux livre de SF des années 60 (l'âge d'or quoi) ??? En tous les cas c'est super agréable à lire, bien écrit et bien pensé.

Juste une petite répétition de "à travers" qui m'a sauté aux yeux avant que je ne m'enfonce dans cette histoire captivante...
uttini a écrit:
alors que les premiers rayons du soleil perçaient à travers les nuages pour venir mourir à travers les vitres de sa chambre.

J'ai trouvé le terme "abstruse" un peu déplacé, il m'a fallut mon dictionnaire parce que j'aurais plutôt placé absconse... Mais c'est juste une histoire de sensibilité et j'ai appris un mot aujourd'hui... Tout est donc au mieux dans le meilleur des mondes, pour faire référence à Voltaire, Aldux Huxlez, et faire juste penser à Orwel dont l'ambiance de ton texte me rappelle 1984. Que des chefs d'oeuvres quoi !!!!
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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 19:03

Ha oui, j'ai fais cette répétition, je suis passé à côté. Pourtant, j'ai relu le texte un grand nombre de fois, et à chaque relecture je change quelque chose. Il faut que j'arrête.
La SF des années 50/60, c'est celle que je préfère. Tout était possible, tout était imaginable. Mes maîtres sont Asimov, Van Vogt, Clarke, Kuttner & Moore, et j'en passe. J'ai écrit beaucoup de nouvelles à la Asimov. Même une histoire des Veufs Noirs, pour ceux qui connaissent.
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Notsil
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 19:05

Je plussoie AJ, on sent que le dénouement approche mais avec les petites infos placées ça et là on se doute qu'il ne sera pas aussi parfait que celui auquel s'attendent les protagonistes...^^

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"What do you want ? Answer or leave. By the door or the window ; your choice."
"What cannot be changed, must be endured."

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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 19:15

Il se pourrait que ce soit encore pire que vous ne l'imaginez...
On en est à un peu plus de la moitié.
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aj crime
Croquemitaine


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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mer 30 Juil - 0:18

tes références sont très bonnes, voir même excellentes.

Tu auras beau relire autant de fois tes textes, ton œil péchera parce qu'il n'a pas un regard neuf sur ton écrit. Mais il n'y a vraiment pas grand chose à y reprocher et on a tous besoin de relecteurs, parfois nombreux pour certains dont tu ne sembles pas faire partie.
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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Jeu 31 Juil - 15:19

Voilà la suite, donc. Nouveau rebondissement, nouvelles questions.

— — — — — — —


Maghor fit la grimace. Il venait d'entendre la légère sonnerie signalant un visiteur. Bien décidé à tuer de la meilleure manière possible les quelques heures qui le séparaient de son ultime triomphe, il s'était enfermé dans sa suite avec une concubine, la petite nouvelle à qui il devait encore enseigner pas mal de choses. Il détestait être dérangé, particulièrement lorsqu'il enseignait. Rejetant le drap en grognassant, il quitta l'immense lit royal qui avait vu les ébats de si nombreux empereurs, enfila à la hâte une longue sortie de bain et se planta devant la porte de la chambre. A peine venait-il de finir le nœud compliqué qui fermait le vêtement que la porte s'ouvrit.
— Seigneur, dit un homme, je sais que je vous dérange, mais…
C'était Dekster, l'un des assistants de Moonqwist, un docteur d'âge mûr, au crâne dégarni mais possédant un regard vif et un œil pétillant d'intelligence. Il semblait inquiet. Plus que cela: terrifié.
— Que voulez-vous ? ronchonna le Tyran. Vous deviez simplement surveiller les opérations et ne m'avertir que lorsque le moment serait venu de brancher le champ protecteur.
— Je… J'ai remarqué quelque chose d'anormal, seigneur. C'est très inquiétant.
Maghor saisit le savant par la manche et l'attira avec vigueur dans la pièce, puis, après un rapide coup d'œil dans le couloir, il claqua la porte.
— Dites ce que vous avez à dire, vite, aboya Maghor, et ensuite je jugerai si cela valait la peine de me déranger.
Le savant fit quelques pas dans la chambre et remarqua la jeune personne au regard effaré, drapée dans le drap fripé du grand lit. Maghor avait la réputation d'être insatiable et particulièrement cruel avec ses concubines. Encore une qui ne tiendrait pas bien longtemps, songea Dekster. Il fit face au Tyran et dit:
— Je n'ai pas cessé de vérifier la programmation du dispositif durant les deux dernières heures. Tout est parfaitement au point mais j'ai découvert un… Un code de verrouillage sur le programme de stabilisation temporelle.
Maghor, peu enclin à la patience, saisit l'intrus par le col de sa blouse et grogna:
— Pas de cours magistral ! Des explications claires. Qu'est-ce que ce programme de stabilisation ?
— C'est la partie du programme qui permet à la bombe de se bloquer à une époque précise, donc de faire ce pour quoi elle est programmée. En clair, elle ne pourra pas exploser au moment voulu tant que ce verrouillage n'aura pas été désactivé.
— Comment ? gronda Maghor. Mais qu'attendez-vous donc pour le désactiver ?
Il lâcha le savant et se mit à marcher de long en large dans la chambre. Ses poings se serraient et s'ouvraient convulsivement. Au comble de l'énervement, il frappa du revers de sa grosse main la jeune fille qui tremblait entre les draps. Un cri retentit et se répercuta sur les hauts murs de basalte alors que la concubine s'effondrait.
— Seigneur ! dit Dekster, je vous en prie !
Maghor fit à nouveau face au savant qui se mettait lui aussi à flageoler, voyant s'approcher de lui la colossale silhouette du Tyran furieux. Levant les mains devant son visage, piètre protection contre les griffes de Maghor, Dekster chevrota:
— Nous ne pouvons pas désactiver ce verrouillage, du moins pas si nous n'avons pas le bon code. Faire des tentatives infructueuses risque de bloquer définitivement le mécanisme et…
— Qui a placé ce code ? hurla Maghor.
— Ça ne peut être que le docteur Moonqwist. Il a conçu toute la programmation…
— Moonqwist ! gronda Maghor.
Le Tyran dénoua la tunique de bain et se saisit de ses vêtements de cérémonie qui traînaient encore en vrac au pied du lit. Il sentait une fureur incroyable s'emparer de lui, ce genre de fureur heureusement fort rare qui le faisait voir rouge, et tuer pour se soulager. Alors qu'il bouclait ses bottes, pourtant, il se décida à se calmer, pour une fois, et à affronter le problème la tête froide. Il ne s'agissait pas d'une de ces contrariétés habituelles, qu'il pouvait régler d'un coup de foudroyeur ou d'un revers de sa grosse patte, mais un vrai problème. Un souci à la mesure de sa puissance et de son arrogance. La tête froide, cependant, ne signifiait pas pour autant la douceur, aussi prit-il soin de glisser son arme habituelle dans le pan de sa tunique.
— Faites venir Itaâdo, brailla-t-il dans le micro de son communicateur. Quant à vous, reprit-il, regardant Dekster, conduisez-moi à Moonqwist.
L'autre s'inclina et se pressa vers la porte de la chambre. Quelques minutes de cavalcade à travers les corridors mal éclairés et les deux hommes entrèrent en trombe dans la salle de conférence. Là, assis sur l'un des larges fauteuils, le docteur Moonqwist attendait, les deux mains croisées soutenant son menton. Une détermination farouche pouvait se lire aisément sur son visage, le genre de regard auquel un Tyran est rarement habitué face à ses subalternes.
— Moonqwist, dit Maghor avec une douceur parfaitement contrôlée. J'ai des explications à vous demander.
Le docteur sourit. Mais pas de joie. Simplement une certaine satisfaction, celle de pouvoir damer le pion à ce grand gaillard qui se prenait encore pour un empereur galactique alors qu'il n'était plus rien.
— Je n'ai rien à expliquer, seigneur Maghor. Je fais ce que je dois faire.
Le Tyran laissa éclater sa rage. En paroles, tout d'abord, crachant des ordres, des insultes blessantes, des menaces formidables, les poings serrés, les veines saillantes. Mais en vain. Moonqwist ne paraissait pas le moins du monde impressionné. Il se contenta de sourire un peu tristement, probablement sur le sort qui l'attendait. Puis Maghor passa au stade suivant. Il fondit sur le vieux savant et le saisit à la gorge.
— Seigneur ! s'écria Dekster. Attendez ! Il est le seul à posséder le code de déverrouillage.
Tenant fermement Moonqwist par le cou, Maghor arrêta son geste alors qu'il s'apprêtait à enfoncer le crâne du vieillard. Un instant, le Tyran se tourna vers Dekster, presque interrogatif, mais sa fureur prit le dessus. Sa vision se voilà de rouge.
Quelques secondes plus tard la porte de la salle de conférence s'ouvrit à nouveau et Itaâdo entra, en nage, épouvanté. Il avait fait aussi vite qu'il avait pu. Pourtant ce qu'il vit lui glaça les os. Sentant que les événements allaient trop loin, il se jeta sur le Tyran et retint son bras. Ce n'était pas la première fois qu'il faisait cela, car Maghor, dans ses crises de fureur, pouvait tuer à main nue. L'Intendant connaissait les mots qui calmaient le colosse, les gestes qui l'apaisait, les caresses doucereuses qui le tranquillisait.
— S'il vous plait, Maghor, dit-il. Frappez-moi, plutôt.
Le Tyran, croisant le regard de son Intendant, sentit son calme revenir un peu. Il laissa tomber à terre le corps désarticulé de Moonqwist et alla s'asseoir à l'autre bout de la grande table, un rien hébété, comme s'il s'éveillait d'un cauchemar. Aussitôt, Dekster se précipita vers le vieux savant, afin de s'assurer qu'il vivait encore. Il saisit le poignet maigre du vieillard et poussa un soupir soulagé.
— Il vit, souffla-t-il. Quelques coups encore et il y restait.
Dekster jeta un regard reconnaissant à Itaâdo, et reporta son attention sur Moonqwist. L'Intendant, lui, ne pouvait faire un geste, plongé dans l'épouvante de la situation. Il se faisait horreur, en même temps, d'avoir eu une fois de plus recours à ses vieux trucs pour calmer Maghor. Combien de fois l'avait-il déjà fait, évitant la mort d'un fonctionnaire, d'un amiral, d'une femme de chambre, d'un concubin, évitant parfois sa propre mort à lui. Il se mit à se détester presque autant qu'il détestait Maghor.
— Que se passe-t-il donc ? dit l'Intendant.
Dekster résuma la situation en quelques mots. Moonqwist les avait joué en bloquant le programme de détonation du dispositif. Et il était le seul à savoir le débloquer. Itaâdo avait donc vu juste: le vieux cachait quelque chose. Et pourtant, une fois de plus, tout cela ne semblait pas concorder.
— Un instant, dit l'Intendant en fronçant les sourcils. Ça n'a pas de sens, docteur. Pourquoi tant d'efforts pour lancer ce dispositif si c'est pour en bloquer le fonctionnement ?
Dekster ouvrit de grands yeux incrédules. Tout s'était passé très vite. Il n'avait pas encore pris le temps de réfléchir à la question.
— Voyons, Dekster, vous êtes certain de ne pas vous tromper ?
— Certain, affirma l'autre en hochant la tête. Lorsque j'ai compris que la bombe n'exploserait pas comme prévu, j'ai posé la question au docteur Moonqwist et il a confirmé ma découverte lui-même. Il a bel et bien bloqué la machine. Elle se déplace dans le temps selon son programme mais elle ne s'arrêtera pas au moment où nous le désirons.
— Quand s'arrêtera-t-elle ? interrogea Maghor d'une voix blanche, craignant soudain pour sa vie même.
Pourquoi le vieux savant ne l'aurait-il pas en programmée pour qu'elle explose en emportant avec elle la planète natale de Maghor alors que celui-ci n'était qu'un marmot, ou même le palais impérial ? Ce qui valait pour les Libertaires valait aussi pour les Tyrans.
— Elle ne pourra jamais exploser, seigneur. C'est là le problème. Le système bloquant la bombe à une époque précise et permettant le dégagement de l'énergie accumulée ne pourra jamais fonctionner s'il ne reçoit pas le code d'activation inclus dans le programme par Moonqwist.
— Ça n'a pas de sens, répéta Itaâdo d'un ton irrité. Il travaille depuis des années à cette machine. Pourquoi en bloquer le fonctionnement ? Pourquoi ne pas tout simplement empêcher le lancement ?
S'approchant de Moonqwist inconscient, il dit:
— Comment va-t-il ?
— Il vivra, dit Dekster. Il a quelques os fracturés, de sévères contusions mais rien de mortel.
— Il faut qu'il parle, se mit à aboyer Maghor depuis le bout de la table, qu'il donne ce code !
— Je ne crois pas qu'il le fera de son plein gré, seigneur, dit Dekster en secouant la tête avec incrédulité. Et nous n'en tirerons rien non plus par la torture.
Le Tyran se dressa sur son siège et frappa du poing sur la table de conférence.
— Il nous faut ce code. Combien de temps reste-t-il ?
Dekster consulta sa montre. Il fit la moue.
— Moins de quatre heures. Je ne vois pas comment…
Maghor bondit sur ses pieds. Sa voix se fit presque sifflante:
— Et moi je vois… Itaâdo: appelez d'urgence Storkmîn. Il est retourné à bord de son vaisseau de commandement. Et demandez-lui de nous apporter immédiatement le siphon psychique.
Itaâdo frémit. Le siphon psychique sondait le cerveau à la recherche d'informations précises et les trouvait immanquablement, même si le sujet était inconscient ou même dans un coma profond. Tout ce qu'un individu savait, le siphon pouvait l'obtenir. Mais généralement, ceux qui expérimentaient le siphon n'étaient plus là ensuite pour décrire ce qu'on ressent lorsqu'on siphonne la mémoire. C'était l'instrument barbare d'une époque barbare, dérivé d'un appareil créé par la Vieille Science et qui avait autrefois servi à stocker les connaissances de nombreux individus dans la Mémoire de Galahad.
— J'ignorais qu'on avait des siphons à bord des croiseurs de combat.
— Une précaution, dit Maghor. Toujours utile. Allez !
Itaâdo exécuta les ordres du Tyran alors que Dekster faisait conduire Moonqwist dans une cellule du quartier pénitentiaire, dans l'aile sud de la forteresse. Storkmîn maugréa bien un peu lorsqu'on lui réclama son siphon, mais obéît néanmoins. Maghor le voulait et il l'aurait.
— Il nous le faut immédiatement, Amiral, appuya Itaâdo. Immédiatement !
— Je ne sais pas encore faire de miracle, Intendant. Donnez-moi une heure pour démonter l'équipement et l'apporter à la forteresse.
— Nous n'avons pas cette heure. C'est une question de minutes. Combien de temps faut-il pour mettre le siphon en œuvre ?
Storkmîn hocha la tête.
— Comptons une heure pour vous l'amener, puis une demi-heure pour la mise en place.
Itaâdo examina sa montre. Cela concédait deux heures à peine pour intervenir sur la programmation du dispositif. Plus que suffisant. Il lui resterait même assez de temps pour tenter d'y voir clair dans toute cette énigme.
— Faites ainsi, amiral. Sans faute.
Sans même saluer, l'Intendant coupa la communication. Une heure et demie. Aurait-il assez de temps pour comprendre ?
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Den
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Ven 1 Aoû - 17:51

J'ai lu une petite partie de l'histoire et j'avoue être agréablement surpris. J'aime bien la façon dont tu écris et surtout ta vision des choses.
que du bon donc.
Vivement que je puisse lire la suite Very Happy

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Ne regardez jamais la nuit en face. Ses ténèbres nous haïssent.
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Minos
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Ven 1 Aoû - 19:44

Ouf, j'ai eu le temps de lire. Tout cela est bien intriguant, y'a pas à dire. Wink

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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Ven 1 Aoû - 20:26

On progresse, on progresse. Bientôt la révélation finale.

— — — — — — —


Moonqwist reposait sur un bas-flanc crasseux, dans une cellule qui n'avait pas dû servir depuis près d'un siècle et demi. Il gémissait doucement à chaque inspiration, ses côtes brisées manquant de peu de perforer ses poumons. Mais il se sentait satisfait, heureux d'avoir accompli ce qu'il avait à faire. La mort approchait, maintenant, songeait-il, mais au moins, il mourrait heureux, confiant que les efforts de toute sa vie avaient abouti. Ce n'était plus qu'une question d'heures, à moins que ses blessures ne l'achèvent auparavant. Il se retourna douloureusement et cracha un peu de sang sur le sol. Il fallait tenir encore un peu, toutefois, assez pour voir la déchéance de cette vieille carne de Maghor. Assez pour le voir exploser de rage devant son ultime défaite. Même s'il ne vivait pas assez longtemps pour les accueillir, il savait que bientôt les Libertaires seraient là avec leur flotte et qu'il ne resterait rien de la forteresse, pas pierre sur pierre. Il se laissa même aller, malgré la douleur qui le tenaillait, à rire doucement. Il tenait une grande victoire.
Un bruit de clés se fit entendre: on ouvrait. La porte de la cellule pivota et un homme entra. Depuis que le savant avait encaissé les coups du Tyran, sa vue se trouvait brouillée. Et la lumière n'était pas ce qu'il y avait de mieux dans ce cul de basse fosse.
— Qui est là ? Qui consent à venir me parler un peu ? Ou bien est-ce encore pour me tirer mes secrets par la force ?
— C'est moi, l'Intendant.
Moonqwist se redressa sur les coudes et sourit à Itaâdo.
— Vous êtes bien le dernier que je m'attendais à voir, jeune homme. Faites comme chez vous, asseyez-vous où vous pouvez, et désolé pour la saleté. Je m'excuse de ne pas me lever mais j'ai perdu pas mal de ma vigueur ces dernières heures. Soyez compréhensif.
Itaâdo s'assit à côté du vieillard. On avait à peine soigné ses fractures, encore moins épongé le sang qui coulait de ses plaies. L'Intendant tira une étoffe de sa large poche ventrale et nettoya un peu le visage du savant. Il n'en avait plus pour longtemps.
— J'aimerais comprendre, docteur. Je ne suis pas là pour vous extorquer votre code, mais pour comprendre. Expliquez-moi !
— Vous expliquer quoi, jeune homme ?
— Pourquoi lancer cette… bombe tout en bloquant son fonctionnement ?
— Cela ne devait pas être découvert si vite. J'ai sous-estimé la perspicacité de mes assistants.
L'Intendant, secouant la tête, fit un geste d'impuissance. Il ne dirait rien, rien de rien. Et pourtant, il fallait qu'il parle. Dans quelques dizaines de minutes, Storkmîn serait là avec le siphon. Peut-être était-il temps de le mettre au courant.
— Ils vont vous passer au siphon psychique, docteur. Vous livrerez votre code, que vous le vouliez ou non.
Soudain comme électrisé, Moonqwist se raidit, les yeux emplis d'épouvante.
— Ils n'ont pas de siphon, murmura-t-il sans conviction. Je me suis assuré qu'il n'y en ait pas dans toute la forteresse.
— Storkmîn en possède un à bord du Vainqueur. Il est en train de l'apporter ici, et dans quelques dizaines de minutes, il sera opérationnel.
Moonqwist n'avait pas prévu cela. Il se mit à trembler, tout à coup, regrettant de ne pas être déjà mort. Le siphon leur dirait tout ce qu'ils voulaient savoir, sans coup férir. Tout était donc perdu, finalement. Presque sanglotant, Moonqwist reprit:
— Laissez-moi, Itaâdo. Allez-vous en et laissez-moi mourir en paix. Je ne veux pas être témoin de ce qui se passera lorsque…
Perdant son calme, l'Intendant saisit le vieil homme par le bras et le secoua, ajoutant à ses douleurs.
— Expliquez-moi pourquoi vous avez bloqué le mécanisme ! Peut-être que si je comprends, je pourrais… Qui sait, je serais peut-être capable de vous aider.
Moonqwist ne répondit pas. Des larmes coulaient sur ses joues parcheminées. Il avait tout prévu, tout organisé, tout calculé, sauf l'improbable présence d'un siphon à bord d'un croiseur de commandement. On ne traînait pas ce genre d'appareils avec soi dans l'espace, d'ordinaire. Tant la place que l'énergie étaient vitaux à bord d'un navire de l'espace, et dans ces domaines, un siphon psychique s'avérait particulièrement gourmand. Seul un maniaque comme Storkmîn pouvait avoir une idée aussi ridicule. Il dit encore une fois:
— Laissez-moi, Itaâdo… Vous ne pouvez pas comprendre.
— J'ai étudié…
— Oui, coupa Moonqwist d'une voix cassante, je sais, la physique. Et quoi d'autre encore ? La psychologie ? La cuisine ? Laissez-moi !
Il se retourna tant bien que mal sur sa couche en gémissant. Itaâdo était près de renoncer. Durant quelques minutes, quelques précieuses minutes, il resta encore là, en silence, cherchant une fois de plus un argument, une idée, quelque chose. Levant les yeux, il fit le tour de la cellule crasseuse et sombre. Combien d'opposants aux empereurs étaient morts entre ces murs ? Combien d'entre eux avaient hurlé sous la torture, avouant tout ce qui était possible pour être enfin délivré de l'atroce souffrance qu'on leur infligeait ? Comme étourdi, Itaâdo laissa retomber sa tête entre ses mains.
— Vous êtes encore là ?
— Oui, dit doucement Itaâdo. Je ne peux pas partir. Pas tant que je ne sais pas.
— Vous êtes têtu !
Le vieux savant se tourna vers l'Intendant. Après tout, à quoi bon cacher quoi que ce fût ? S'il vivait encore assez longtemps, le siphon pomperait tout ce qu'il savait et le transcrirait sur des écrans. Pourquoi ne pas satisfaire la curiosité du jeune homme ?
— J'ai menti, Intendant. Concernant ma théorie sur le temps et sa structure. Les choses sont un peu différentes, voyez-vous. Les liens de cause et d'effet dans le champ de chronoénergie fonctionnent selon des lois différentes de celles que j'ai énoncé. Tout est question de lignes de probabilités absolues: l'effet peut précéder la cause s'il est intégré dans un autre continuum. Autrement dit, le présent dans lequel nous vivons reflète déjà toutes les modifications que nous pourrions apporter au passé. Si elles se sont produites, alors elles se produiront, nous les effectuerons immanquablement.
Itaâdo mit quelques secondes pour intégrer le concept. Difficile ! Une nouvelle question s'imposa:
— Et si nous ne les effectuons pas ?
— C'est là que le temps se modifie. Pour l'essai sur l'astéroïde, j'ai triché pour faire accepter mon principe. Voilà, vous savez tout, jeune homme. Si vous voulez en savoir plus, j'ai caché mes notes dans le double fond du tiroir de mon chevet.
— Non, je ne sais pas tout, docteur. Vous n'avez pas expliqué pourquoi la bombe…
Trouvant on ne sais où assez d'énergie pour s'énerver et bouger, Moonqwist s'accrocha au pan de la tunique de l'Intendant. Serrant les dents, il dit:
— Ecoutez-moi bien, Itaâdo: si la bombe explose comme prévu, si on l'utilise pour anéantir les Libertaires, c'est l'univers tout entier qui cessera d'exister ! Vous aviez raison, à l'envers, certes, mais vous aviez raison: cette bombe est bien une menace pour l'existence même de la réalité. Simplement, il fallait qu'elle soit lancée…
Ses yeux se révulsèrent. Il avait épuisé les quelques forces qui lui restaient et sombra dans l'inconscience. Itaâdo le secoua un peu mais ne parvint pas à le ramener à lui. Qu'avait-il dit ? L'univers entier qui cesse d'exister. Le jeu des causes et effets qui fonctionnent à l'envers. Comment ? Pourquoi ? Et surtout, comment, à présent, empêcher Maghor d'arracher l'information qu'il voulait à la mémoire du vieillard mourrant ?
Il serait charitable de le tuer, là, maintenant. S'en serait fait de lui, du code, de la bombe… Et de l'Intendant. Maghor ne le lui pardonnerait pas. Il fallait trouver autre chose. Tout cela faisait certainement partie d'un plan, d'un schéma parfaitement au point mais qui lui échappait encore complètement. A moins que…
Laissant là le vieux savant inconscient, Itaâdo se rendit à la chambre de Moonqwist. On était déjà passé avant lui, remarqua-t-il, tout se trouvait sens dessus-dessous. Des classeurs, des livres, des papiers divers traînaient un peu partout, les tiroirs avaient été visités à fond et vidés de leur contenu, sans doute par les assistants de Moonqwist à la recherche d'éventuelles notes à propos du fameux code. Il fallait s'y attendre. Pourtant Itaâdo constata que personne ne s'était intéressé au chevet du savant. Il se mit à fouiller là où le vieux avait indiqué. Dans un astucieux double fond de la table de chevet, il trouva un carnet aux pages couvertes d'une écriture fine et nerveuse, de graphiques, de formules, d'équations illisibles et absconses. Des pages et des pages. Il faudrait des heures entières rien que pour déchiffrer les pattes de mouche, des jours pour étudier tout cela. Et encore fallait-il être capable de comprendre ce que ce vieux fou voulait exprimer à travers tout ce fatras ésotérique. Au détour d'une page, il trouva des notes sur la structure du temps, des schémas compliqués exprimant l'univers à neuf dimensions. Tournant encore des pages, il poussa un cri de rage impuissante.
— Que cherchez-vous ?
L'Intendant sursauta. Dekster venait d'entrer dans la chambre.
— Je ne sais pas, avoua Itaâdo. Le vieux m'a révélé l'existence de ce carnet où il a réuni ses notes, mais je ne pense pas pouvoir y trouver quoi que ce soit d'utile. Ce n'est qu'une accumulation d'équations, de théories… Pas de code, en tout cas.
— Je m'en doutais. Vous êtes passé le voir ? Comment va-t-il ?
— Mal, très mal. Mais il tiendra assez longtemps pour passer au siphon.
Dekster hocha la tête. Lui non plus ne comprenait pas le sens de ce qui se passait. Modifier le cours du temps était certes une entreprise périlleuse mais qui, techniquement, fonctionnait. Pourquoi le vieux avait-il bloqué la bombe ? Débarquer dans un futur modifié, quel qu'il soit, valait toujours mieux que se retrouver pulvérisé par les bombes plutoniques des Libertaires. Au moins, on vivrait un peu plus longtemps, et ce serait l'occasion d'observer les effets d'une formidable expérience scientifique.
Dekster fit un geste désabusé et quitta la chambre, laissant Itaâdo seul avec ses réflexions métaphysiques. Tant bien que mal, depuis des heures, l'Intendant s'efforçait de mettre bout à bout les éléments du puzzle, mais les pièces s'obstinaient à ne pas s'accorder, les jonctions lui échappaient, les liens s'effilochaient petit à petit à mesure qu'il les tissait. Il tourna une nouvelle page du carnet de notes. Sur la page de droite était griffonné un curieux schéma en forme de cône tridimensionnel, assorti d'une série d'équations soulignées rageusement à l'encre rouge. Ça avait certainement une grande importance mais l'Intendant n'avait pas les capacités nécessaires pour comprendre. Sur la page de gauche, un texte gribouillé spasmodiquement, illisible, et un mot inscrit en lettres capitales: origine !
— Origine ! répéta Itaâdo dans un murmure. Origine !
Et soudain, l'idée. Folle. Démente ! Aussi folle que celle de vouloir modifier le cours du temps, plus encore ! En tout cas l'idée qui pouvait peut-être tous les sauver. A condition de la faire entendre, par la force s'il le fallait. A présent, les pièces se mettaient en place dans son esprit. Timidement, il testa mentalement de nouvelles connexions, prêt à voir tout son édifice branlant s'effondrer, mais non, tout tenait debout. Itaâdo resta plusieurs minutes planté au milieu de la chambre, assommé par ses propres idées, terrifié par la portée de ce qu'il s'apprêtait à formuler. Il fallait que cela fonctionne ainsi, impérativement. Mais il fallait faire vite. A l'heure qu'il était, le siphon devait déjà être installé dans la grande salle du générateur. Trop tard, cependant, pour sauver Moonqwist.
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 4 Aoû - 15:53

Tout ça donne vraiment envie de tout savoir sur l'intrigue! C'est vraiment très bon et prenant!
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 4 Aoû - 18:05

En effet, tout se précise encore un peu plus Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 4 Aoû - 18:37

— — — — — — —


— Nous avons le code, monsieur, dit Dekster. Que doit-on faire du corps ?
— Je m'en moque ! aboya Maghor. Combien de temps reste-t-il ?
— Moins d'une demi-heure. Je vais immédiatement faire le nécessaire pour que le code soit intégré au programme.
Dekster tourna les talons et courut vers le laboratoire. Ils avaient finalement réussi à siphonner ce fichu code de la mémoire de Moonqwist. Le vieux était mort dans l'opération, bien entendu, mais il avait livré son secret, du moins celui du verrouillage de la bombe, et c'était ce qui importait. Maghor lui emboîta le pas, courant presque dans les corridors mal éclairés et les escaliers raides. Il n'avait plus l'habitude; un Tyran n'a pas souvent l'occasion de faire de la course d'endurance, ni d'exercices de ce genre. Toutefois, il trouva l'énergie nécessaire pour descendre quatre à quatre les quelques dizaines de marches qui conduisaient au souterrain. L'énergie du désespoir, sans doute. Combien de temps fallait-il pour déverrouiller le système ? Et si le vieux fou avait placé d'autres verrous ? Pour la première fois depuis son accession à l'autorité suprême, il se sentit véritablement en danger. Même alors que la guerre faisait rage autour de lui, lors de la rébellion de la cité impériale, il n'avait jamais craint pour sa vie, pas plus lors de la bataille de Kronus, alors que les rayons néantiseurs sillonnaient l'espace autour de son vaisseau de commandement. Toujours persuadé que quelque puissance supérieure prenait soin de lui, assurait sa protection, il était resté ferme, confiant. Mais à présent, c'était différent. Son assurance l'avait abandonné alors que les derniers vaisseaux de la troisième flotte explosaient au large de Stallargôn. Et maintenant, son dernier espoir, sa vie même était suspendue à un simple code informatique. Il voyait presque déjà les croiseurs des Libertaires au large de la planète, lâchant leur mortelle cargaison sur la forteresse.
Lorsqu'il franchit le seuil du laboratoire, Dekster était déjà penché sur les claviers de programmation. Transpirant à grosses gouttes, il tapait rageusement sur les boutons de commande.
— Quelque chose ne va pas ?
— Tout va bien, monsieur, dit Dekster. Mais il faut plusieurs minutes pour que le programme s'initialise. De plus, il faut attendre une certaine fenêtre bien précise pour télécharger le code. Le dispositif, pendant son mouvement pendulaire, revient chaque fois dans le présent durant une fraction de seconde. C'est à ce moment précis qu'il faut lancer l'opération.
Maghor s'essuya le front du revers de sa manche. Il vint se placer derrière Dekster, examinant par-dessus son épaule chaque geste du savant.
— Vous réussirez ?
— Il ne reste que très peu de temps, et c'est délicat, mais je pense pouvoir réussir sans difficulté.
Maghor hocha la tête. Il réussirait sûrement. Il s'essuya de nouveau le front. Jamais il n'avait transpiré de cette manière. Dekster lança le programme et le mit en attente. Quelques minutes de patience, le temps que le dispositif repasse dans le présent. En attendant, il mit en marche le générateur de champ chronoénergétique qui devait les protéger des modifications temporelles. Les puissants générateurs, dans la salle jouxtant le laboratoire, se mirent à vrombir, emplissant l'air d'une vibration désagréable Tout fonctionnait parfaitement, cependant. Satisfait, Dekster souffla, s'assit sur un siège à roulette devant l'écran de contrôle et se frotta fébrilement les mains.
— Voilà, dit-il. Nous pourrons entrer le code dans quelques minutes et la bombe sera déverrouillée.
Sur l'un des écrans de contrôle, le champ de saisie apparut avec son curseur clignotant, prêt à recevoir les chiffres du code. Maghor laissa échapper un grognement. Ses poings se serraient et se desserraient spasmodiquement. Les yeux rivés sur les écrans bien qu'il ne comprenne rien aux informations qui s'y affichaient, le Tyran n'entendit pas entrer l'Intendant.
— Eloignez-vous de ce tableau de contrôle ! hurla Gûp Itaâdo d'une voix tremblante, tendant à bout de bras un foudroyeur.
Paralysés de stupeur, ni Dekster ni Maghor ne réagirent. Ils regardaient avec incrédulité la silhouette frêle de l'Intendant, serrant entre ses doigts si fort la crosse de l'arme que ses articulations blanchissaient. Lui aussi transpirait à grosses gouttes, et ses bras tendus tremblaient un peu.
— Eloignez-vous, j'ai dis ! hurla l'Intendant.
Il joignit le geste à la parole et fit feu avec le foudroyeur, juste au-dessus de la tête des deux autres. Il ne plaisantait pas. Le rayon plutonique fit un énorme trou dans le mur, au fond du laboratoire, et une terrible odeur d'ozone emplit l'atmosphère. Voyant qu'aucun des deux hommes ne bougeait, Itaâdo baissa le canon à hauteur des yeux, avec Maghor au centre de sa ligne de mire. Cette fois, le Tyran ne pourrait pas lui sauter dessus comme la première fois, songeât l'Intendant. Il était à l'autre bout de la pièce et même en utilisant sa remarquable détente, Itaâdo aurait le temps de faire feu avant que le Tyran ne l'atteigne.
Pourtant, à la simple pensée de tirer sur son maître, il eut un haut-le-cœur. S'il transpirait, c'était surtout à cause de l'angoisse qu'il ressentait à l'idée de devoir tuer Maghor, malgré toute la haine qu'il ressentait pour lui. Ils s'étaient aimés, autrefois, dans la mesure où Maghor put aimer quelqu'un, et il subsistait encore quelque chose de profondément enfoui en lui, un sentiment puissant qui l'attachait toujours à ce monstre, qui lui avait permit de le servir fidèlement toutes ces années. Avec une horrible répugnance, l'Intendant devait bien se l'avouer: il aimait cet abominable personnage. Pas comme un amant, bien sûr, ce n'était plus le cas depuis longtemps, mais comme un esclave peut aimer son maître pour tout ce qu'il lui a apporté sa vie durant, pour la protection, l'assurance d'une certaine sécurité, d'une bonne nourriture chaque jour, d'un toit confortable au-dessus de la tête et d'un bon lit pour la reposer. Comme on aime un dieu ! Que faire, cependant, lorsque son dieu se propose de bouleverser les fondations mêmes de la réalité ?
— Faites ce que je dis ! gronda-t-il avec toute l'autorité dont il était capable.
Maghor s'écarta du panneau, tirant doucement Dekster devant lui. Un bouclier, si inefficace soit-il, est toujours le bienvenu, bien que, face à un foudroyeur… La gueule du canon les suivit doucement.
— Êtes-vous devenu fou, Gûp ? Qu'est-ce que cela signifie ?
Itaâdo avala sa salive. Il s'était préparé en vue des explications qu'il aurait à fournir. Mais s'entraîner devant sa glace et faire face au Tyran en chair et en os étaient deux choses bien différentes.
— J'ai enfin compris, dit l'Intendant. J'ai compris ce que Moonqwist voulait dire, pourquoi il a lancé la bombe mais en a bloqué le fonctionnement.
— Vous êtes vraiment devenu fou, Gûp, grommela le Tyran en hochant la tête. A moins que vous ne soyez à la solde des Libertaires ?
— Je ne suis pas fou. Simplement, je ne vous laisserais pas faire exploser cette bombe. Nous allons attendre là tranquillement quelques minutes que le délai soit écoulé.
— Mais pourquoi ? Que voulez-vous dire ? Qu'avez-vous compris ? hurla Dekster. Dites-le-moi !
Itaâdo leur fit signe de s'éloigner un peu plus en agitant son arme, le doigt sur la détente. Il préférait les voir le plus loin possible des claviers alors qu'il exposait son raisonnement.
— Lorsque je suis allé le voir, le vieux m'a dit qu'il avait menti quant à sa théorie sur le temps. Je n'ai pas compris ce que cela impliquait, tout d'abord, mais après avoir feuilleté son carnet de notes, j'ai saisi ! Les lois des causes et effets ne s'appliquent pas dans sa théorie. L'effet peut venir avant la cause. Le temps tient déjà compte des modifications que l'on va y apporter, comprenez-vous ?
Alors qu'il parlait, Maghor commença à se rapprocher insensiblement de son Intendant. Centimètres par centimètres. Que Dekster continue à l'occuper en lui posant ses questions. Qu'il se concentre sur ce qu'il disait encore une minute, et Maghor serait assez près pour fondre sur lui comme la misère sur le monde. Dekster n'en avait pas conscience cependant. Tout ce qui l'intéressait, c'était les éventuelles explications qu'Itaâdo pouvait fournir.
— Ecoutez-moi bien, reprit l'Intendant. Si vous faites exploser cette bombe, c'est tout l'univers qui cessera d'exister.
— Vous divaguez, dit Dekster. Cette bombe ne peut pas détruire l'univers entier.
— Je n'ai pas dis que la bombe le détruirait, j'ai dis qu'il cesserait d'exister.
— Qu'en savez-vous ? Etes-vous physicien ?
— Je ne suis pas physicien, mais je sais interpréter les informations que je reçois.
Encore un peu, Itaâdo, encore quelques courts instants, et Maghor serait en bonne position. Il bandait déjà tous ses muscles pour se jeter sur l'Intendant. Celui-ci aurait peut-être le temps de tirer, toutefois. Une bonne distance les séparait tout de même, et malgré sa puissance d'impulsion, Maghor se mit à douter. Peut-être se surestimait-il mais malgré tout, le Tyran se refusait à rester inactif. Jamais de la vie ! Laisser ainsi ses projets anéantis par ce maudit esclave ! Plutôt mourir sur place. Il avança encore de quelques centimètres.
— Je vais donc vous expliquer, dit Itaâdo. Ensuite à vous de voir si vous acceptez de prendre un tel risque.
Comme un carnassier de Trikliôn, Maghor se lança vers l'Intendant en poussant un hurlement terrifiant, bousculant au passage quelques appareils. Itaâdo, soudain glacé, hésita une seconde. Il allait devoir tirer sur son maître, maintenant, sur celui à qui il devait tout, celui qu'il avait servit toute sa vie d'adulte, celui… Celui qui avait été aussi son tortionnaire, qui lui avait volé ce qu'il possédait de plus précieux. Un monstre qui allait détruire l'univers. Il pressa la détente.
Trop tard, toutefois. Maghor était déjà sur lui. D'un revers de main il fit sauter l'arme d'entre les doigts de l'Intendant. D'un autre revers, il frappa Itaâdo au visage, l'envoyant heurter une console informatique au fond du laboratoire. Puis il fondit sur Itaâdo, hors de lui, bien décidé à en finir avec ce traître. Alors qu'il le saisissait de ses grosses mains, prêt à l'écarteler vivant, il faillit ne pas entendre le cri de Dekster.
— Seigneur ! Attendez ! Ne le tuez pas !
Maghor, tenant toujours l'Intendant étourdi à bout de bras, se retourna vers le savant.
— Que voulez-vous ? hurla-t-il. Faites votre travail, entrez ce code ! Ou bien ce sera votre tour.
— Je crains que non, seigneur, dit Dekster avec un aplomb dont personne ne l'aurait cru capable. Je suis le seul à connaître le code en question, et vous n'aurez plus le temps de me l'extirper avec le siphon. Lâchez-le !
Maghor fut saisi de stupeur. Jamais depuis les premières émeutes de Stravîk IIX personne ne s'était plus risqué à lui donner des ordres. Personne ne s'était opposé à lui aussi ouvertement. Surtout pas les gens de sa propre maisonnée, ses esclaves. Dekster reprit:
— Je voudrais écouter ce que l'Intendant a à dire. Il nous reste assez de temps pour qu'il nous explique ce qu'il croit avoir compris. Vous aurez tout loisir de le tuer ensuite.
— Qui êtes-vous pour dicter à Maghor Missaviv ce qu'il doit faire ? rugit le Tyran.
— Je suis celui qui connaît le code de déverrouillage de la bombe.
Maghor beugla, un long hululement rauque, inhumain, sortant du plus profond de sa gorge. Il était totalement crispé, le visage cramoisi, les veines des tempes saillantes, dans un état de rage folle comme jamais il n'avait été. Rage bien vaine, pourtant. Il n'avait plus le pouvoir, cette fois. Même s'il se jetait sur le savant pour l'éventrer, comme il brûlait de le faire, tout était perdu. A moins qu'il ne laisse parler l'Intendant. Il restait encore quelques minutes.
— Parlez, brailla le Tyran en secouant Itaâdo au bout de ses bras, les dents serrés à les briser.
— Reposez-moi ! souffla L'Intendant.
Maghor le laissa retomber à terre et s'éloigna, dans un coin du laboratoire.
— Nous n'avons plus beaucoup de temps, Itaâdo, reprit Dekster, s'approchant à nouveau du clavier de commande. Dites-moi tout, et je verrais si je vous crois.
L'Intendant se frotta la gorge et toussa un peu. Il sentait le goût du sang dans sa bouche et tout son corps lui faisait mal. L'assaut qu'il avait subi avait dû lui briser plusieurs côtes. Il trouva pourtant la force de reprendre la parole.
— Qu'arrivera-t-il si cette bombe n'explose pas ?
— Simple, dit Dekster. Elle poursuivra indéfiniment son mouvement pendulaire dans le temps.
— Mais l'univers à une origine, Dekster, le savez-vous ?
L'autre prit un instant pour réfléchir. Il avait apprit cela, autrefois, à l'université. Fronçant les sourcils, il se replongea mentalement dans ses souvenirs.
— En effet, avoua-t-il. L'univers est né voilà quinze ou vingt milliards d'années, à ce qu'il semble.
— Et le temps avec lui, Dekster ! Tout comme les lois physiques que nous connaissons, le temps lui-même a un commencement. Voyez-vous où je veux en venir ?
Le savant hocha la tête.
— Le temps a commencé avec la formation de l'univers et des lois physiques. Qu'arrivera-t-il lorsque votre dispositif se heurtera à cette limite inférieure, le commencement du temps, limite au-delà de laquelle il ne pourra pas reculer ?
— Je ne suis, balbutia Dekster, pas certain de saisir…
— Grande galaxie ! Vouloir aller au-delà du commencement du temps, c'est comme chercher un point au nord du pôle nord ! Ça n'a aucun sens ! Qu'arrivera-t-il lorsque la bombe atteindra ce pôle temporel ?
— Elle n'a pas été programmé en ce sens, répondit Dekster. Il est probable qu'elle…
Il ne poursuivit pas. Une minute durant, il sembla à mille lieues de là, perdu dans ses réflexions. Rapidement, de tête, il fit quelques calculs savants et conclut:
— Je pense que la bombe se bloquera lorsqu'elle heurtera le… Pôle, le point zéro, comme un véhicule heurte un mur à pleine vitesse.
— Oui, dit Itaâdo. Elle se bloquera et libérera brutalement toute l'énergie qu'elle aura accumulée. En remontant une douzaine d'années, elle a emmagasiné assez d'énergie pour détruire une planète entière. Qu'en sera-t-il si elle remonte quinze ou vingt milliards d'années ? Quelle quantité d'énergie contiendra-t-elle ?
Dekster haussa les épaules. Il ne comprenait pas encore où l'Intendant voulait le mener. Mais alors qu'il tentait de calculer la puissance du dispositif s'il poursuivait son voyage pendant des milliards d'années, il se sentit comme frappé par la foudre.
— C'est incalculable, Itaâdo. L'accumulation est exponentielle, et il n'existe aucune unité assez gigantesque pour… Grande galaxie ! Je crois comprendre !
Il devint blême, ses yeux s'enfoncèrent dans leurs orbites. C'était si dément, et si terriblement évident que cela ne l'avait jamais effleuré. Il tenta de reprendre la parole mais les mots ne purent franchir ses lèvres.
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 4 Aoû - 18:39

Itaâdo poursuivit:
— Vous avez compris ? Les théoriciens expliquent que l'univers est né dans une formidable, une colossale explosion d'énergie, voilà quinze à vingt milliards d'années. Peu après ce moment, les lois physiques telles que nous les connaissons se sont figées, et une partie de cette fantastique quantité d'énergie s'est transformée en matière, et a donné tout ce que contient l'univers ! Mais personne ne sait d'où venait cette énergie, ni pourquoi cette explosion a eu lieu. Personne n'a jamais pu l'expliquer, même durant l'Âge d'Or. Et si c'était votre dispositif qui l'avait provoqué ?
Dekster ne put répondre. Pas immédiatement, en tout cas. La question de l'origine de l'univers n'intéressait plus personne depuis longtemps. On la pensait réglée. Il était impossible de savoir pourquoi les choses s'étaient produites, pourquoi les lois physiques étaient telles qu'elles étaient, la théorie de l'Unification Universelle n'ayant jamais été formulée sérieusement. Pourquoi l'univers était-il ce qu'il était, si parfait pour abriter la vie humaine ? Beaucoup d'interrogations revinrent dans la mémoire du savant, des questions d'étudiant auxquelles les professeurs ne répondaient pas. Auxquelles personne ne répondait. Mais aujourd'hui, les pièces du puzzle cosmique se mettaient en place avec une précision effroyable. Les lois physiques ne provenaient pas de nul part, le dispositif chronomodificateur lui-même les avait propagées, elles se trouvaient toutes contenues, intégrées dans son pseudo-continuum, et l'énergie avait fait le reste.
— Je… J'ai du mal à croire que… bafouilla Dekster. Qu'arrivera-t-il si nous faisons exploser la bombe avant qu'elle ne…
— L'univers tel que nous le connaissons ne naîtra pas ! dit Itaâdo d'une voix sombre. C'est évident ! Moonqwist le savait, il l'avait comprit longtemps auparavant, dès qu'il a découvert le principe du pendule temporel. Il savait que son dispositif était à l'origine de l'univers et qu'il lui faudrait impérativement le lancer un jour ou l'autre. Mais personne ne voulait financer son programme, alors il s'est tourné vers Maghor, dont les difficultés commençaient sérieusement à entamer la puissance, en ne présentant qu'une facette de sa création et en la décrivant comme une arme.
— Quelle idiotie ! C'est grotesque !
C'était Maghor. Il avait tout écouté sans mot dire. Mais comme la physique et la science en général lui passaient très au-dessus de la tête, il n'y avait rien compris. Tout ce qu'il voyait, c'était s'envoler ses chances de survivre aux trois prochains jours. Bien qu'il fût parvenu à se calmer après son accès de colère, le rouge lui remontait au front au fur et à mesure que l'Intendant parlait.
— Non, seigneur, dit Itaâdo en faisant face au Tyran. L'effet précède la cause, le présent tient déjà compte de ce que nous pouvons modifier dans le passé. Si nous faisons exploser la bombe maintenant, certes nous détruirons vos ennemis, mais aussi sûrement nous empêcherons l'univers tout entier de venir à l'existence. Tout disparaîtra instantanément, planètes, galaxies, énergie, matière ! Ce ne sera même pas une victoire pour vous; ni vos ennemis ni vous-même n'auront jamais existé, pas plus que votre empire. Pas plus que l'humanité.
— Mais le champ d'énergie de Moonqwist nous protègera, objecta le Tyran.
— J'en doute, objecta Dekster. Et même en imaginant qu'il résiste à la non-existence de l'univers physique, il ne pourra rester stable plus de quelques dizaines de minutes faute de puissance suffisante. Je n'ose imaginer le sort qui nous attend, alors.
Maghor eut la vision fugace d'un morceau de planète, vulgaire caillou enfermé dans son champ de protection, suspendu dans… Dans quoi ? Dans le Néant, l'absence totale de toute énergie, de toute matière, du temps lui-même. Inconcevable ! L'Intendant disait vrai, ce ne serait même pas une victoire. Mais il ne s'agissait que d'une simple théorie, rien d'assez concret pour cristalliser le concept dans le cerveau du Tyran. Pour Dekster, cependant, il n'en allait pas de même.
D'un geste lent, lourd de conséquence, il avança sa main vers un gros bouton rouge sur le tableau de commande du dispositif chronomodificateur. L'arrêt d'urgence. Le temps que tout le système se remette en route, le délai programmé avant l'explosion de la bombe serait largement dépassé.
— J'ai un doute, dit Dekster dans un souffle. Mais je ne peux prendre un tel risque. Même s'il n'y a qu'une chance sur des milliers pour que l'Intendant dise vrai.
— Si vous poussez ce bouton, vous êtes mort, dit Maghor, tenant maintenant l'arme de Itaâdo, le canon pointé vers le savant.
— Peu importe. Ma vie n'a pas d'importance si c'est l'existence de l'univers qui est en jeu.
Il poussa le gros bouton. Les écrans s'éteignirent, les systèmes cessèrent de ronronner, les générateurs se turent. Le cylindre métallique mourut. Maghor hésita quelques secondes, les lèvres frémissantes, le canon toujours pointé vers le savant. Plus rien n'avait de sens, à présent, songea-t-il. Il renonça à tirer et laissa choir l'arme à ses pieds. Trop tard, de toute façon, le délai ayant déjà expiré avant que Dekster ne pousse le bouton.
Trop tard.
— Cependant, seigneur, reprit Itaâdo avec une certaine assurance, il n'y a pas que du mauvais dans tout cela.
— Que voulez-vous dire, pauvre pantin ?
— Après tout, c'est bien vous qui avez fait construire la bombe, c'est vous qui l'avez fait lancer, vous avez même activé personnellement le dispositif. C'est grâce à Maghor Missaviv si l'univers existe.
Le Tyran eut alors un hoquet. Il ouvrit de grands yeux, son visage se détendit. Puis il se mit à rire. Un long rire, hystérique, un rire de dément, comme on voudrait ne jamais en entendre, qui se répercuta longuement dans les nombreuses pièces attenantes au laboratoire. Il rit tant et si bien qu'il se laissa tomber à terre et se roula sur le sol. Personne n'avait jamais vu Maghor se tordre de rire, et c'était si effroyable qu'aucun des deux autres ne se risqua à l'imiter. Itaâdo se sentait vide, épuisé physiquement autant que mentalement, l'esprit éteint après avoir formulé cette suprême horreur: Maghor Missaviv a créé l'univers. Quant à Dekster, les yeux perdus dans le vague, son visage semblait soudain avoir prit une dizaine d'années de plus. Ses cheveux ébouriffés avaient blanchi. Il regardait autour de lui, hagard, et finit par d'asseoir lourdement et resta inerte un long moment.
Maghor finit par se reprendre un peu et se releva pesamment. Ebouriffé, lui aussi, il avait le regard fou, les yeux luisants. Il avait craqué, sa raison avait finalement flanché et, riant toujours, il quitta le laboratoire en titubant. Entre deux éclats de rire, il balbutiait en levant un poing vengeur:
— C'est grâce à moi que vous existez tous ! Entendez-vous ? Grâce à moi, Maghor !
Son long rire finit par mourir, et seul son écho sembla errer quelques minutes encore entre les murs de la forteresse.

— — — — — — —


Itaâdo marchait d'un pas traînant dans le long couloir menant aux escaliers monumentaux qui conduisaient à l'air libre, dans la grande cour que dominait le donjon. Comme étourdi par les événements des dernières minutes, il se sentait pris de vertige. Ses oreilles sifflaient, un sifflement aigu, persistant, qui faisait mal au crâne. Il s'arrêta, s'adossa au mur de pierre noire, et se prit la tête entre les mains. Avait-il vraiment vécu tout cela ? N'était-ce pas une sorte de nouveau cauchemar ? Il aurait préféré.
Des pas derrière lui. Dekster remontait lui aussi le couloir. Il s'arrêta à la hauteur de l'Intendant. Les deux hommes restèrent ainsi quelques secondes, en silence, à se considérer tranquillement.
— Dites-moi, Itaâdo: croyez-vous le moindre mot de ce que vous nous avez expliqué ?
L'Intendant sourit tristement puis reprit sa marche vers l'escalier.
— Répondez ! dit Dekster, incisif.
— Et vous, dit Itaâdo en s'arrêtant mais parlant sans se retourner, vous y avez cru suffisamment pour désobéir à votre maître.
— Parce que je n'ai pas eu le temps d'y réfléchir plus avant, dit Dekster d'une voix un rien irritée. Une telle théorie demande une étude, de la réflexion, des calculs… Mais s'il y avait eu la moindre chance que tout cela soit vrai, je ne voulais pas prendre un tel risque. Avez-vous inventé tout cela, Itaâdo ?
Itaâdo sourit franchement et secoua la tête, ce qui amplifia son mal de crâne.
— Qui sait ? J'ai fait une déduction logique d'après les informations dont je disposais, je l'ai énoncée, et voilà. Quant à savoir si c'est vrai ou faux, c'est vous le savant, non ?
Dekster saisit la manche de l'Intendant et lui lança un regard méchant.
— Je m'en doutais, dit-il dans un grincement de dents. Vous avez tout inventé, toute cette histoire de création de l'univers.
— Qu'en savez-vous ? répliqua Itaâdo en se dégageant violemment de l'emprise du savant. Et puis, ne vous est-il pas venu à l'esprit que je voulais peut-être sauver ma vie ? N'y a-t-il pas encore eu assez de morts, de sang et de destructions depuis ces mille dernières années ? Pas assez de souffrances, d'innocents voués à périr sans que j'y ajoute mon propre nom ? Il fallait en finir, d'une manière ou d'une autre.
Dekster ne répondit rien. Il avait trahi son seigneur, celui qu'il avait juré de servir fidèlement jusqu'à la mort, et ce sur une simple conjecture. Mais quelle conjecture ! Il faudrait des années à une armée de scientifiques pour examiner les tenants et aboutissants de cette théorie, pour estimer les conséquences de ce qu'ils avaient fait, pour présenter simplement une hypothèse concrète.
— Quoi qu'il en soit, reprit Itaâdo, nous serons fixés dans un bon million d'années.
— Pardon ?
Comme s'il s'amusait, Itaâdo se mit à compter sur ses doigts puis fit un geste désabusé.
— Si la bombe met six heures pour remonter douze ans dans le passé, il lui faudra bien un bon million d'années pour remonter jusqu'à l'origine de l'univers. Nous serons donc vraiment fixé sur ses effets à ce moment-là. Un peu de patience, Dekster.
Il reprit sa marche en riant. Dekster le suivit un peu puis se figea, la mort dans l'âme.
— Maghor avait raison. Vous êtes un agent des Libertaires. Tout ce que vous vouliez, c'était empêcher le lancement de la bombe, et puisque vous avez échoué, empêcher ensuite son explosion, afin de sauver vos amis. Tout le reste n'est qu'une fantaisie, une pure et simple fable issue de votre imagination malade et désespérée.
— Qui sait ? Lisez les notes de Moonqwist, dit Itaâdo sans s'arrêter de marcher. Il explique tout cela dans son carnet secret, resté dans sa chambre. A vous de voir si c'est une fable ou autre chose. D'ailleurs, cela n'a guère d'importance.
Itaâdo gravit l'escalier doucement. Chaque pas semblait plus lourd que le précédent, et il se sentait las, très las. Il avait l'impression confuse qu'il entendait encore le rire de Maghor, qu'il l'entendrait longtemps, des années durant, au fond de son esprit, tant qu'il vivrait. Arrivé en haut des marches, il poussa la porte monumentale qui menait à la large cour intérieure de la forteresse. Le soleil était bas dans le ciel et allait bientôt se cacher derrière les chaînes de montagnes déchiquetées. Le jour touchait à sa fin et, sous les bourrasques de vent qui battaient la forteresse, le froid se faisait plus mordant qu'à l'habitude. Il remonta le col de son uniforme, s'avança dans la fine couche de neige vers le centre de la cour et leva les yeux vers le ciel, comme pour l'interroger. Bientôt les Libertaires seraient là, leurs longs vaisseaux se profileraient à l'horizon, mais la suite serait bien différente de ce qu'ils avaient espéré. Maghor était devenu fou à lier. Que ferait-il ? Que déciderait-il ? Il n'était plus en état de combattre et peut-être se rendrait-il volontiers à ses assaillants, ce qui faisait bien l'affaire de ses derniers fidèles et des quelques concubines qui occupaient encore les chambres du donjon. Peu importait, cependant, songea Itaâdo. Le dernier Tyran avait achevé son règne, et c'était la seule chose qui comptait. Aujourd'hui, l'Intendant était libre, pour la première fois de sa vie. Il s'assit au centre de la cour, sur le sol glacé, et, silencieusement, se mit à pleurer.

— — — — — — —


En 817 de l'ère de Kholor, au septième mois, le sixième jour du mois, lorsque les Libertaires furent en vue de Sydnel V où s'était réfugié le Tyran et ses derniers fidèles, ce fut Maghor lui-même, à la grande stupeur de tous, qui les contacta par radio pour leur signifier sa reddition inconditionnelle. Il invita même les officiers libertaires à un banquet préparé en leur honneur. Aucun coup de canon ne fut tiré, pas une goutte de sang versé. (…) Maghor fut jugé moins d'un an plus tard. Durant tout le procès, le Tyran garda le silence. Il refusa l'assistance d'un avocat et ne prononça pas le moindre mot jusqu'à la plaidoirie. Là, il prit la parole et fit une déclaration fracassante: il dit que tout l'univers existait parce qu'il l'avait voulu, qu'il aurait pu les détruire tous mais, dans sa magnanimité, ne l'avait pas fait. Sans doute troublés par cette énigme, les juges ne le condamnèrent pas à l'exécution mais à l'exil. Maghor, considéré comme dément, finit sa vie dans le calme, en résidence surveillée sur Mandell Major où il vécut encore une vingtaine d'années.(…) Le seul qui ne parut pas durant le procès de Maghor et qui échappa à l'exil fut son intendant et aide de camp. Il disparut sans laisser de traces peu après la prise de Sydnel V. Certains prétendirent qu'il était un agent infiltré des Libertaires, mais personne ne put jamais le prouver…

(Histoire générale des dirigeants galactiques — 5ème édition, par Gilboan Chlorto)



Et voilà, c'est fini. J'en reste tout chose...
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Minos
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 4 Aoû - 21:04

Ma foi, c'était très chouette ! Surtout l'improbable retournement de situation comme quoi Maghor a créé l'univers !

Très bonne histoire, bravo Uttini ! Aussi bon au dessin qu'à l'écriture (malgré quelques participes passés se terminant par des "t" au lieu de "s").

Une histoire comme on en redemande !

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Sam 16 Aoû - 19:31

Allé, je recommence la lecture :

uttini chapitre (on progresse) a écrit:
Dekster fit un geste désabusé et quitta la chambre, laissant Itaâdo seul avec ses réflexions métaphysiques. Tant bien que mal, depuis des heures, l'Intendant s'efforçait de mettre bout à bout les éléments du puzzle, mais les pièces s'obstinaient à ne pas s'accorder, les jonctions lui échappaient, les liens s'effilochaient petit à petit à mesure qu'il les tissait.
Un défaut temporel, peut-être... Dans le chapitre précédent il ne leur reste que quatre heures avant l'abomination, lorsque Itaado parle à Moonqwist le siphon est presque prêt donc, il reste deux heures trente environ... Comment fait-il donc alors pour passer "des heures" à lire le livre de chevet du savant ? Sans avoir d'idées sur la suite du récit je dirai que le pauvre intendant a oublié qu'il avait un rendez-vous urgent avec la mort !!!!


Peu pas encore finir mais je comprends que cela créera l'univers lorsque la bombe explosera, forte le la totalité de l'énergie de l'espace temps qui nous sépare d' l'origine, du big bang... je finirai tout à l'heure, mais c'est magnifiquement trouvé, pensé, écrit, et ainsi de suite.

Je t'invite à venir lire et me dire ce que tu penses de ma nouvelle le "Créateur" sur mon forum : http://heilenia.fantastique.free.fr/index.php?p=topic&t_id=4 . C'est beaucoup plus court que ton texte... mais j'espère que tu y prendras plaisir.



PS: et ben voilà, j'en ai fini la lecture à 2241 ce même jour. J'en suis pantois tant c'était bon. Sincères félicitation pour cet écrit de qualité à la force incomparable. J'ai adoré tout simplement.
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 18 Aoû - 15:51

Une histoire fort sympathique avec tous les ingrédients qui font une bonne histoire.
Comme l'a dit Minos, le retournement de situation "Maghorien"^^ est excellent et surprenant.

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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 19 Aoû - 21:46

Merci merci à tous pour vos félicitations.
Je répondrais plus avant d'ici un jour ou deux, je manque de temps en ce moment.
A+.
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Notsil
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mer 20 Aoû - 10:03

Je plussoie mes prédécesseurs, une fin très chouette avec de multiples rebondissements ^^
Bien trouvé Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mer 7 Déc - 14:13

Tiens, ça faisait un bout de temps que je n'étais pas passé par là. Et si je publiait un nouveau truc ?
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mer 7 Déc - 18:56

Bonne idée Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mer 7 Déc - 23:12

Fais-toi plaisir Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Jeu 8 Déc - 13:19

Bonne idée!!^^

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Aujourd'hui à 5:58

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