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 Un peu de SF...

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Uttini



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MessageSujet: Un peu de SF...   Lun 30 Juin - 20:23

Salut à tous ! Voici comme l'indique le titre un peu de SF, un truc que j'ai écrit voici pas mal de temps mais que je n'ai pas trop eu l'occasion de publier. Faut dire que je ne me suis pas donné la peine non plus. Voici donc la première partie, et vous aurez la suite si ça vous plait. Je garantis une chute vraiment pas banale !

-------------------------


C'est vers la fin du trente-septième siècle de l'ère de Lenmar que l'âge d'or galactique prit véritablement fin, lorsque le premier empereur Kholor du Grand Bras Galactique acheva la conquête des territoires stellaires de Kreelôn. On a ainsi coutume de dire que le “Temps des Tyrans”, l'époque de déclin et de barbarie qui suivit l'âge d'or débuta lorsque Kholor I accéda au trône, et s'acheva avec la chute de Maghor Missaviv, le dernier Tyran, lui-même détrôné par les Libertaires huit cents ans après la chute de Kreelôn. De tous les Tyrans qui dominèrent à cette époque, seul Maghor Missaviv se distingua, tant par sa cruauté que par l'étendue des territoires qu'il dirigeait, et si, à cette époque, il y eut un sursaut des partisans de la Liberté et de la démocratie, c'est essentiellement dû au caractère on ne peut plus oppressif du règne de Missaviv. Toutefois, d'étranges récits tournent autour de ce dernier Tyran, œuvres énigmatiques, anonymes, que l'on doit à d'un subalterne quelconque, des légendes sur une fin de règne particulièrement étrange…

(Histoire générale des dirigeants galactiques — 5ème édition, par Gilboan Chlorto)


A peine eut-il poussé la lourde porte vitrée qu'une bouffée d'air glacé s'engouffra dans la pièce. Il sortit sur le balcon et repoussa le battant transparent derrière lui. Inutile de laisser la chaleur bienfaisante sortir, les chambres aux épais murs de basalte noir étaient déjà assez difficiles à chauffer. Dehors, la température atteignait tant bien que mal les deux ou trois degrés, et à cette altitude, un vent violent battait en permanence les murailles de la forteresse impériale de Sydnel V. Il frissonna, malgré son uniforme fermé au ras du cou, moins à cause du froid, certainement, qu'à cause du décor grandiose. Il avait été élevé sur un monde agricole où le gel et les frimas font partie du rythme de l'existence, aussi la morsure du vent ne l'effrayait pas. Mais sur son monde, point de montagnes abruptes et rocailleuses, pas plus que de forteresse.
Personne sur le balcon, bien entendu. L'heure était par trop matinale, trop fraîche. Il fit quelques pas sur les pierres millénaires et s'approcha du parapet. La paume de sa main effleura le rebord. La pierre était polie, lisse comme un miroir, sombre, veinée de lignes grisâtres. Toute la forteresse était construite dans ce matériau noble, insensible aux outrages du temps qui passe, et elle se dressait, silhouette massive, tout en haut de cette montagne escarpée, depuis des siècles. Depuis bien trop longtemps, songea Itaâdo. Il était temps qu'on détruise ce monceau de pierraille bâti à la gloire des Tyrans. Dans quelques jours, les croiseurs lourds des Libertaires montreraient le bout de leurs nez au large du système de Praelôn et les jours de la forteresse impériale seraient alors comptés. Les quelque vingt-deux vaisseaux du Tyran, derniers survivants de la bataille de Trigon IV n'avaient aucune chance face à la flotte des Libertaires; plus de deux cents croiseurs lourdement armés se ruaient en ce moment même à travers l'hyperespace, et rien ne les arrêterait.
Pourtant, là, sur ce balcon, tout était si paisible… Au loin, à travers la brume matinale, se profilaient les crêtes successives de la longue chaîne de montagnes, en un dégradé de gris se fondant dans l'incolore du ciel. Quelques flaques de neige subsistaient encore dans les creux, là où le soleil ne dardait jamais ses rayons, mais l'essentiel de la montagne n'était que roche noire, si bien que même la forteresse semblait taillée dans la masse, et la maigre végétation qui troublait parfois ce décor lugubre ne daignait se montrer que durant les plus beaux jours de l'été. Quand cette forteresse avait-elle été bâtie ? songea Itaâdo. Dans la large salle de banquet, une stèle à la gloire de Kolhor Mirtim, septième empereur du Grand bras, laissait penser qu'elle avait été édifiée durant les premiers jours de l'Empire. Mais Mirtim s'était contenté de la rénover, de l'agrandir, d'y ajouter un astroport et un complexe souterrain pouvant abriter tout l'état-major de guerre impérial en cas de crise. Sous les pierres vénérables se cachait encore le puissant arsenal des premiers Tyrans, attendant patiemment qu'on l'active à nouveau.
Cependant, même cet attirail d'un autre âge ne ferait pas le poids contre les croiseurs des Libertaires. Les vaisseaux resteraient en orbite et se contenteraient de jeter leurs cargaisons de bombes plutoniques, sans craindre les armes conçues pour repousser un assaut terrestre d'envergure. A moins que…
Itaâdo se pencha légèrement au bord du parapet. Le balcon courait tout autour de la tour principale qui se dressait presque au centre de la forteresse, et sur lui s'ouvraient toutes les chambres à coucher et les diverses salles réservées aux réunions militaires. Bien sûr, il était possible d'y accéder par un dédale de couloirs, à l'intérieur, pour les victimes du vertige que l'à-pic sous le balcon ne manquait pas de provoquer. Mais tout le monde passait par l'extérieur. Par tradition. Et par tous les temps. Deux kilomètres de pierre, de terrasses, d'escaliers et de colonnades, greffés sur les flancs noirs du donjon par les architectes de Mirtim, protégés des pluies glaciales par un avant-toit charpenté de bois noir, un balcon d'où on dominait tout, les cours de la forteresse, cinquante mètres plus bas, la montagne, au loin, la vallée, en bas. Toute la planète. L'antique palais des Tyrans était bâti sur le plus haut pic de cette chaîne montagneuse déchiquetée, isolée loin de toute concentration de population, en admettant que ce monde perdu soit encore vraiment peuplé. Mais peu importait. Le pouvoir du Tyran s'exerçait à une autre échelle; De ce nid d'aigle, des générations d'empereurs avaient régné sans partage sur dix millions de mondes habités, avant que cette vieille forteresse ne devienne qu'une résidence d'été, pour finir quasiment oublié par tout le monde. Dans sa débâcle désespérée, Maghor Missaviv s'était souvenu de l'existence de ces vénérables murs, et en dernier recours, il s'était réfugié là. Pauvre refuge, en vérité. Dernier havre d’un dirigeant en déroute.
Maghor n’avait pourtant pas été un mauvais empereur, dans le fond. Lorsqu’il s’engagea dans la milice spatiale, la galaxie était plongée dans le chaos. Certaines seigneuries du Petit Bras extérieur avaient même oublié l’existence d’un pouvoir central, trois cents ans après avoir perdu le contact avec Oruséa, et les Barons dirigeaient d’une main de fer ce qui subsistait de l’empire. Maghor avait mené la révolte de la milice, conquit la planète impériale et destitué la marionnette qui siégeait sur le trône. Puis, après une campagne militaire de sept ans, il avait réussi à réunifier les baronnies du Grand Bras en une seule entité politique. Un empire renaissait de ses cendres, dernier sursaut d’une civilisation sur le déclin. Oublié, cependant, l’âge d’or de l’humanité, les quarante millions de mondes habités, le temps où rien n’était impossible aux hommes, où ils déplaçaient des planètes entières grâce à leur technologie. Maghor ne régnait plus que sur quelques centaines de milliers de mondes attardés, disséminés comme des grains de sable dans le grand désert galactique. Certes, les méthodes de Maghor n’étaient pas des plus tendres, loin de là. Son règne fut marqué par une cruauté sans nom. Mais il avait offert une alternative à l’humanité, autre chose que la décadence outrée des Barons et la chute inévitable vers une barbarie abyssale. Sans lui et ses troupes de choc, les Libertaires n’auraient jamais eu de raison d’être, jamais le meilleur des forces de l’humanité, les partisans de la Liberté, aiguillonnés par la cruauté de Maghor, ne se seraient ainsi réveillés de leur torpeur millénaire pour combattre le Tyran. En somme, tout Tyran qu'il fût, il avait rendu un fier service à la race humaine.
Mais la fin approchait, à présent. Les Libertaires, soutenus militairement par les Barons et les seigneurs de la périphérie, menaient bon train la révolution, les districts juridictionnels de l’empire de Maghor étaient tombés les uns après les autres, pour certains sans la moindre résistance, et la vieille armée impériale encore fidèle à Maghor, lassée des campagnes galactiques sans fin, avait finalement jeté les armes. Aujourd'hui, seule la légion de la Vieille Garde lui restait encore fidèle, deux mille hommes de pieds, à peine. Le vieux Tyran n’avait trouvé son salut que dans la fuite vers cette planète perdue, et les dernières nouvelles s’annonçaient désastreuses. Y songeant, Itaâdo frissonna et referma ses bras sur ses flancs maigres. Ce n’était pas le froid pourtant piquant, non. Mais l’angoisse qui le tenaillait.
Il se mit en marche le long du balcon en direction de la salle de conférence, où l’attendait l’émissaire de la cinquième flotte. Ses pas produisaient un bruit mat sur la pierre, étouffé par le sifflement du vent glacé. Alors qu’il passait devant une porte vitrée, il devina, à travers le panneau de verre polarisé, une silhouette dévêtue étendue sur un large lit. C’était l’une des chambres des concubines du Tyran. Même dans la débâcle, le vieux pacha n’oubliait pas le plaisir, jamais, et le vaisseau à bord duquel il avait fui débordait de mets délicieux, de vins fins, de jolies jeunes filles et d’enregistrements triscope. Il avait lui-même affecté une chambre particulière à chaque concubine, à proximité de la sienne. Peut-être avait-il passé la nuit dans celle-ci, qui sait ? Le souvenir furtif des nuits folles d’autrefois passa dans sa mémoire, et le frisson se fit plus intense. Ne pas se souvenir, oublier ces heures sombres, prix exorbitant payé pour en arriver là où il était.
Il se détourna et reprit sa marche le long du balcon. Bien qu’il ait les idées larges, le Tyran n’appréciait certainement pas qu’on l’espionne dans son nid d’amour. Il prenait du bon temps, comme il l’avait toujours fait… Peut-être serait-il encore en train d'en prendre lorsque les premières bombes plutoniques tomberaient en pluie sur la forteresse. C’était un épicurien, un hédoniste que seule la guerre savait détourner des plaisirs de la chair. Et lorsque la guerre était perdue, seuls survivaient les plaisirs.
Itaâdo arriva à l’angle de la large tour centrale et suivit le balcon qui tournait, s'élargissant en une vaste terrasse, puis se retrouva devant une enfilade de baies vitrées. La salle de conférence. Il poussa le battant et entra.

(à suivre... )
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Minos
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 30 Juin - 20:39

Bienvenue à bord, Uttini ! cheers
C'est un plaisir d'accueillir ici un dessinateur si pétri de talent...et en plus tu écris ! Shocked

Bon, j'ai lu. Je ne vois rien de particulier à dire pour l'instant, après cette mise en bouche. Bien écrit...y'a plus qu'à attendre la suite. Wink

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Notsil
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 30 Juin - 22:30

Yep cette petite intro est bien sympa ^^ Ca donne envie de connaitre la suite...

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Den
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 1 Juil - 19:49

Bienvenue chez nous Uttini! C'est un plaisir de t'accueillir parmi nous! cheers
C'est assez bien écrit, je trouve. Vraiment plaisant à lire et assez fluide.
Une bonne intro!
Et en plus, tu nous promets une chute pas banale!? que demander de plus?
Heu...la suite, peut-être^^

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aj crime
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Ven 4 Juil - 17:10

C'est en effet très plaisant à lire, et sa donne l'eau à la bouche.

Un rien mollasson ce huit clos mais cela est compensé par la somme des informations founies. Il faut bien commencer par un bout.


J'attends la suite avec patience, moi aussi...
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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 15 Juil - 12:59

— — — — — — —


L’amiral Storkmîn faisait grise mine. Vieux jeu de mot qui courrait dans l’équipage du vaisseau de commandement Vainqueur. Mais qui traduisait parfaitement la réalité du moment. Il n’avait pas fière allure, l’amiral; en temps normal, il semblait naturellement fatigué, usé par des décennies de combat spatial, arborant un visage buriné de vieux bourlingueur à qui on ne la fait pas. A présent, il semblait au bout du rouleau, sa peau devenait presque transparente à force de pâlir, et les cernes autour de ses yeux myopes creusaient de larges dépressions grises. Même son uniforme avait l’air trop grand, flottant autour de sa silhouette décharnée. Il était l’image même de la défaite. A côté de lui se tenait son homologue de la défunte deuxième flotte, un grand gaillard à l’air un peu benêt, visiblement très fatigué lui aussi. Il n'assistait plus à cette réunion de commandement que par principe, puisqu’il n’avait plus rien à commander.
Ils saluèrent Itaâdo lorsqu’il entra. Rien de protocolaire. Maghor détestait le protocole.
— Bonjour, Intendant, dit Storkmîn. Bien dormi ?
— Bien, merci, répondit machinalement Itaâdo. Quelles sont les nouvelles ?
Storkmîn secoua la tête, les lèvres déformées par un rictus révélateur. La septième flotte, au sujet de laquelle des doutes demeuraient encore hier, devait donc avoir disparu à son tour.
— Comment est-ce arrivé ?
— Ils ont de nouvelles armes, des armes de la Vieille Science, dont ils ont trouvé les plans dans la Mémoire, certainement. Dès la chute de Trigon IV, nous savions qu’ils réussiraient à s’emparer des archives et qu’ils localiseraient Arpal. Construire de nouvelles armes n’a été ensuite qu’un jeu d’enfant pour leurs ingénieurs. Je maintiens qu'il aurait fallu détruire la cité d’Ekhâl dès que les Libertaires ont prit Trigon.
— Et si la situation évolue en notre faveur ? Tout peut encore arriver.
Storkmîn éclata de rire. Un rire sans joie, juste moqueur devant l'apparent manque de réalisme de l’Intendant Itaâdo. Mais était-ce vraiment un manque de réalisme ? Aucun des amiraux n’aimait l’Intendant. Celui-ci n’était rien lorsque Maghor l’avait tiré de ses champs de levure, vingt ans auparavant. Un simple gamin, fils de paysan, rescapé de la destruction de son village. Un beau gamin toutefois, fort, un visage d'ange, des muscles puissants recouverts d'une peau laiteuse et fraîche, comme les aimait le Tyran. Ce qui lui avait valu les faveurs de Maghor, des études à l’université de Trigon, encore florissante à l’époque, et ce poste d’intendant, sorte d’aide de camp, de confident, de porte-parole parfois, de domestique le plus souvent, bref de larbin, toujours dans l’ombre du grand homme, sachant tout mais ne révélant rien. Un poste méprisé mais secrètement envié par beaucoup. Personne n’était plus proche de Maghor que lui, à part, bien sûr, ceux et celles qui partageaient sa couche le soir venu.
— Mintaka ne viendra pas, messieurs, dit une voix, alors que résonnait le grincement de la porte de la salle.
L’amiral Benhigh entra d’un pas traînant et claqua le battant derrière lui.
— Nous sommes donc au complet, messieurs, dit Itaâdo.
Trois seulement. Trois rescapés parmi des douzaines d’amiraux. Cela signifiait la perte des meilleurs éléments de la flotte impériale, ainsi que la mort de dizaine de milliers d’hommes et de femmes d’équipage. Et la destruction de centaines de vaisseaux cuirassés. Inutile d’en dire plus, songea l’Intendant. Voilà encore une réunion de travail qui va s’achever le nez dans un verre d’alcool, et le corps dans les bras d’une jeune et belle fille. L’Intendant s’assit tout de même, et, conscience professionnelle oblige, il ouvrit la serviette en cuir qu’il emportait partout avec lui. Il en tira son mémoriseur, une plaque de métal noirci qui s’illumina au contact de ses empreintes digitales. Du bout des doigts sur la surface lisse, il frappa selon un ordre savant et un texte apparut en suspension dans l’air, à cinquante centimètres au-dessus de la plaque. Le récapitulatif des pertes journalières.
— Que reste-t-il de la septième flotte ?
— Pas assez pour remplir un hangar de réfection. Ils nous ont tendu une embuscade au large de Malki, et leurs armes ont fait fondre la coque de nos navires. Je n'ai pu m’en tirer que de justesse.
— Mintaka n’a pas eu cette chance, dit l’Intendant. Et vous, Benhigh ?
— Je viens à peine de recevoir ces rapports, répondit-il en jetant une feuille de papier sur la large table autour de laquelle ils étaient tous assis. Le plus gros de ce qui restait de nos troupes s’est rendu sans combattre. La dernière ligne de défense au large de Stallargôn n’existe plus.
— Ce qui signifie qu’ils seront là dans… Quoi ? Cinq jours ?
— Peut-être quatre, dit Benhigh en secouant la tête, s’ils ne s’arrêtent pas en route. C’est la fin.
Ils se turent. Il n’y avait rien à ajouter. Seul le léger tapotement des doigts de l’Intendant sur sa plaque troublait le lourd silence de la salle. Des lignes de caractères galactiques apparaissaient dans les airs au fur et à mesure qu’il tapait, et personne ne s’y intéressait. Chacun regardait ailleurs, le plus loin possible. Il conclut son rapport en recopiant l’essentiel des papiers de Benhigh, puis il éteignit son mémoriseur.
— Qui va le lui dire ? hasarda Shad.
— C’est à moi de le faire, cette fois, trancha Storkmîn. Avec un peu de chance, il me liquidera sur-le-champ d’un coup de foudroyeur.
— N’y comptez pas trop, amiral, murmura l’Intendant. Le temps n’est plus à ce genre de mesure. Inutile. Vous tuer n’enlèvera rien à la défaite absolue, cela ne le soulagera même pas.
Il replaça le mémoriseur dans sa serviette. C’est à ce moment que la porte de la salle s’ouvrit à nouveau.

— — — — — — —


Note: il est fait référence dans cette partie à d'autres textes constituant une grande série. Ne pas les connaitre ne nuit pas à la compréhension de l'histoire. Ça peut paraître un rien mollasson, en effet, mais c'est une histoire assez longue (21500 mots) qui, au départ, devait être une pièce de théâtre. Le théâtre de SF n'étant pas encore un genre très reconnu, j'ai converti l'histoire en nouvelle. Laissez l'histoire se mettre en place, et attendez-vous à quelque chose d'assez cérébral.
Quelqu'un pourrait-il me dire combien de caractères maximum peut contenir un post ? Et comment on peut insérer des tabulations ? Quelques espaces avant chaque début de nouveau paragraphe ne seraient pas de trop, mais je ne sais pas comment faire.
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Minos
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 15 Juil - 14:35

Pas le temps de lire ce midi. Sad

Pour ce qui est de la limite du nombre de caractères par post, elle est de 15 999...impossible à augmenter sur ce type de forum.

Pour les tabulations, à moins de les faire à la main, je crains que ce ne soit pas possible. Si Notsil passe par là et qu'elle a un peu de temps pour vérifier...

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Ven 18 Juil - 16:08

Enfin lu. Effectivement, ça continue à se mettre lentement en place. Mais bon, toujours bien écrit donc j'attends la suite.

Pour les tabulations, j'ai vérifié : pas moyen d'en faire autrement que manuellement. Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Ven 18 Juil - 16:58

Lu aussi Wink

J'ai cherché sur le net pour les tab mais pas de solution apparemment.

Et même si le nombre de caractères est limité tu peux nous servir une plus grosse portion Razz ^^

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Sam 19 Juil - 13:25

Pour les tabulation, moi j'ai trouvé une solution pour aérer le texte et le rendre plus lisible. Un retour chariot (enter) avant chaque paragraphe qui en contien un. C'est un peu long comme mise en forme mais pas plus que de rajouter des espaces en début de paragraphe qui risquent d'ailleurs de disparaître d'eux même en fonction de l'expérience que j'en ai sur d'autres forum... Soluce perso, le retour chariot, très éfficace.... maintenant les lecteurs présents sur ce forum pourront donner leur opinion perso sur cette dernière.

En attendant jadore ton texte très cérébral, mon avis précédent ce trouve renforcé et cela fait bien une semaine que je n'ai rien lu d'autre !!!!

Sur "notre petit monde", le passage à la dernière version, nous permet 65535 caractères par postes, il y a moyen d'en mettre. Mes 6 derniers chapitres de Dispergerum antecessor n'ont pas passé d'un seul tenant...
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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 21 Juil - 17:05

(Suite)

Maghor Missaviv entra dans la salle de conférence. Il n’était pas seul, toutefois. Deux personnes l’accompagnaient ; une jeune fille vêtue d’un déshabillé vaporeux, que le Tyran tenait fermement par la taille et, en retrait derrière la lourde silhouette de Maghor, un petit homme chauve portant une blouse blanche crasseuse. Itaâdo se souvint de les avoir vu auparavant. Une concubine, une nouvelle, toute jeune, récupérée par le dernier vaisseau ravitailleur et vite devenue la favorite du Tyran, et un savant. Lorsque l’Intendant s’était enquit de son importance, Maghor l’avait éconduit avec rudesse. Ce n’était pas dans ses habitudes de faire dans le secret, surtout envers son intendant, mais la situation était loin d’être habituelle.
Les amiraux s’étaient levés à l’entrée du Tyran et, comme d’habitude, celui-ci leur lança :
— Inutile de rester plantés là comme des piquets ! Asseyez-vous.
Pourtant, cette fois, il se figea. La salle était pratiquement vide. Après une ou deux secondes d’hésitation, il sourit et s’approcha de son siège. Il fit asseoir la jeune fille à côté de lui, dans un siège en principe réservé à l’amiral de la Grande Flotte, et, comme si de rien n’était, il dit :
— Est-ce moi qui suis en avance ou tous les autres qui sont en retard ?
— Nous sommes tous présent, monsieur, dit Benhigh, il n'y en a plus d'autres.
Maghor ne s’était jamais encombré de titres ronflants ni de termes hypocritement polis. Il détestait ça ! Cela lui rappelait la cour de ce vieux fou de Kholor XXXII.
— Tous ? Le karhân sera plus facile à partager, dit le Tyran. Je suppose que vous pensez que c’est la fin, n’est-ce pas ? Que dans quelques jours nous n’aurons d’autre choix que nous rendre où périr dans les flammes plutoniques ?
Personne n’osa ni approuver ni nier. Inutile ! Le Tyran savait parfaitement où en étaient leurs forces, il suivait de près les rapports que Itaâdo lui faisait parvenir heure par heure. Pourquoi était-il si jovial ?
— Je suis heureux de vous voir prendre les choses avec tant de philosophie, monsieur, dit Storkmîn.
— La philosophie n’a rien à voir là-dedans, vieille baderne. Je m’amuse de vos visages d’enterrement, tout simplement. Et je suis en train de me demander combien de temps je vais encore m’amuser avec vous-autres.
Il fit un signe en direction de l’Intendant. Celui-ci s’approcha et s’inclina discrètement devant le Tyran.
— Mon bon Gûp, asseyez-vous, vous aussi. J’ai une bonne nouvelle à partager avec ceux qui restent d’entre tous mes fidèles guerriers.
Ce n’était pas habituel. Pas du tout. Jamais l'Intendant ne s’asseyait en présence du Tyran. Légèrement hésitant, il s’assit toutefois du bout des fesses sur l’une des chaises réservées aux amiraux. Maghor était du genre capricieux, parfois, et il fallait obtempérer même si ses exigences semblaient déraisonnables.
Une bonne nouvelle ? songea Itaâdo. Quelle bonne nouvelle pouvait-il donc bien leur annoncer ? La meilleure nouvelle que l’Intendant aurait pu entendre était qu’ils allaient tous se rendre lorsque les croiseurs des Libertaires seraient à portée de tir. Les Libertaires offraient toujours une possible reddition avant de frapper, c’était dans leurs fichus principes miséricordieux. Ils allaient même jusqu’à… Le mot semblait à lui seul une insulte, songea Itaâdo, ils allaient même jusqu’à pardonner et renvoyer libres les troupes qui se rendaient, après les avoir soigneusement désarmées. Seuls les officiers finissaient dans les geôles des Libertaires, tenus pour responsables des actions de leurs hommes, et encore étaient-ils traités avec humanité. Mais l’Intendant savait que le Tyran ne se rendrait pas. Il était capable de bien des choses incongrues et surprenantes, mais pas de se rendre à un ennemi. Jamais ! Quelle pouvait bien être cette bonne nouvelle ?
— Ce qui serait bien, dit sombrement Shad, ce serait de se saouler un bon coup, de tirer une dernière salve avec une jeune fille et d’avaler une pastille de poison.
— Ne dites pas n’importe quoi, Shad, grogna Maghor. Vous n’avez pas besoin de moi pour avoir une telle idée, et encore moins de mon accord pour la mettre à exécution. Si le cœur vous en dit, toutefois, choisissez-vous une fille et Itaâdo vous donnera des pastilles. Mais attendez au moins que je vous expose mon nouveau projet, celui qui changera toutes nos destinées. Si ensuite vous avez toujours envie d’en finir, je vous donnerai ma bénédiction et ma meilleure concubine.
L’amiral Shad n’avait plus l’habitude d’être ainsi rudoyé, même par son seigneur et maître. Cela cachait quelque chose, quelque chose de terrible, songeait-il, et toute idée de suicide disparut lorsqu’il vit cette flamme singulière briller dans les yeux du Tyran. Sous ses airs faussement lyriques et grandiloquents, il préparait quelque chose… A moins qu’il n’ait définitivement sombré dans la folie.
— Si vous nous en disiez plus, monsieur ? Je sais que vous aimez ménager vos effets, toutefois… Je crois que nous sommes tous très, très las.
— J’y viens, Benhigh. Mais d’abord quelques questions… Vous souvenez-vous quand et comment a commencé notre déroute ?
L’Intendant ne put s’empêcher de sourire légèrement. Il les associait tous à sa déroute personnelle, à présent, comme s’ils en étaient en partie responsables. Pourtant, jamais il n’avait associé qui que ce fut à ses victoires. Cela ne présageait rien de bon. Ce fut Shad qui répondit gravement :
— Lorsque les Libertaires prirent Dargân, c’était déjà le commencement de la fin, je crois.
Le Tyran approuva d’un mouvement de tête. Mais il n’était pas satisfait. Il dit :
— Cherchez encore. Plus loin que cela.
Pas de réponse. Maghor les examina tous chacun leur tour de son regard noir. Devant le manque évident d’idées de ses amiraux, il se leva et fit quelques pas dans la salle de conférence, en proie à une intense réflexion. Le Tyran était un colosse, un personnage taillé comme un bûcheron kiatite, issu d’un monde à forte gravité. Mais ce qui impressionnait, outre sa stature presque effrayante, c’était le regard. Ses petits yeux noirs en boutons de bottine pouvaient lancer des éclairs, et trahissaient une intelligence bien au-dessus de la moyenne. Maghor était un génie militaire, et comme tous les génies, il était aussi un peu fou. Habituellement, il était d’un abord calme, voire froid, et rarement il entrait en fureur. Il n’en avait pas besoin ; son regard seul suffisait à trahir la colère noire qui pouvait l’habiter par moments. De son pas lourd, il longea le mur de pierre habillé de tentures bariolées et vint se planter au bout de la grande table. Ses mains s’abattirent alors sur le bois avec une violence qui fit sursauter tout le monde.
— Je vais vous le dire, moi, dit-il, quand a commencé la défaite : c’est lorsque le parti Libertaire s’est allié avec les Seigneuries du Petit Bras galactique.
— La réunion secrète de Krillka IV ? dit soudain Benhigh d’une voix pâteuse, comme s’il sortait du sommeil.
— Exactement, approuva Maghor. La réunion de Krillka IV. C’est lors de cette rencontre qu’est née l’alliance des Libertaires, fusion d’un obscur mouvement contestataire et des puissances du Petit Bras qui, à l'époque, résistaient encore à notre poussée. Eux et leurs maudits principes égalitaires, le pouvoir au peuple, leur liberté chérie et tout le tremblement… Ils n’ont eu ensuite aucun mal à rallier les mécontents de tous bords qui pullulaient dans l’empire, ainsi que les barons, ces vieux scélérats que nous avions destitué, trop heureux qu'ils étaient d’avoir là l’occasion de récupérer quelque chose de leur gloire passée. La réunion de Krillka IV…
Il se tut. Cette fameuse réunion, douze ans plus tôt, était restée secrète longtemps après les faits. Mais les Libertaires s’étaient empressé de refaire l’histoire, alors que la dépouille de l’empire de Maghor vivait encore, et on enseignait déjà aux jeunes générations de petits élèves comment s’était formée la coalition qui avait détruit le dernier Tyran galactique. Les mensonges et les calomnies avaient déjà rempli les manuels d’histoire de Trigon.
— Bon, dit Storkmîn. Voilà la réponse que vous cherchiez. Et à présent ?
Le Tyran vint se rasseoir non loin d’Itaâdo. L’Intendant n’était jamais très loin de lui, d’ailleurs.
— Maintenant, reprit Maghor d’une voix inhabituellement posée, imaginez… Comment les choses auraient-elles tourné si cette réunion n’avait jamais eu lieu ? Mieux, si Krillka IV avait été détruite, tout simplement, alors que tous ces traîtres s’y trouvaient réunis, emportant dans sa fin tous les dirigeant Libertaires ainsi que les barons du Petit Bras ? Il ne se trouverait aujourd'hui plus personne pour s’opposer à moi et pour détruire tout ce que j’ai bâti. Tous mes ennemis réduits à néant avant même d’avoir existé !
La haine se sentait dans sa voix. Il avait prononcé ces dernières phrases avec une telle fougue, une telle vibration dans l’expression… Son poing s’était levé, comme pour détruire entre ses doigts la planète même qui avait vu naître l’alliance de ses ennemis.
— Qu’en dites-vous, amiraux ?
Shad, les yeux plissés, hocha la tête dans un mouvement désabusé.
— Je vous le concède, monsieur. Mais, sauf votre respect, j’aimerais vous citer cette parole proverbiale de mon pays : “inutile de pleurer sur le lait renversé”.
Le Tyran éclata de rire. Les bons mots lui faisaient toujours cet effet, et un peu d’insolence chez ses hommes de confiance ne lui déplaisait pas, tant qu’elle ne dépassait pas certaines limites. Toutefois, il n’aimait pas particulièrement qu’on le prenne pour un imbécile.
— Excellent, Shad. Les paysans ont toujours eu un faible pour les proverbes, c’est même chez eux une véritable culture, n’est-ce pas mon bon Gûp ? Mais c’est vrai, je vous le concède, Shad, nous avons la sagesse populaire contre nous. Mais j’ai un projet, messieurs, un projet qui vous paraîtra sans doute complètement fou, mais en lequel j’ai une foi complète.
Il tendit la main vers le petit homme chauve, le savant. Celui-ci n’avait encore rien dit depuis qu’il était entré dans la salle et s’était assis dans un coin, sur une chaise réservée aux aides de camps. A l’invitation de Maghor, il se leva et s’approcha de la table.
— Je voudrais vous présenter le docteur Moonqwist, un physicien qui travaille ici, dans cette forteresse, depuis bientôt trois ans. Trois longues années enfermé ici pour mettre au point une nouvelle arme, révolutionnaire, une arme qui va changer le cours de l’histoire.
Alors que le savant s’asseyait sur le siège que le Tyran lui indiquait, Maghor se leva à nouveau et se lança enfin dans les explications qui lui brûlaient les lèvres depuis qu’il était entré tout à l’heure.
— Messieurs, mes fidèles amiraux, voici quelle est cette arme : une bombe temporelle. Une bombe qui, une fois lancée, remontera le temps et sera capable de détruire Krillka IV dans le passé, au moment même de la fameuse réunion qui scella l’alliance de mes ennemis. Qu’en dites-vous ?
Depuis qu’ils servaient le Tyran, ses amiraux avaient entendu bien des choses dépassant leur entendement. Ils savaient Maghor un peu fou, voire franchement dérangé par instants, mais la déclaration qu’ils venaient d’entendre dépassait tout ce qu’ils avaient connu, et de loin. Malheureusement, les amiraux étaient avant tout des guerriers, des stratèges militaires de premier plan certes, tout sauf des férus de physique. Le seul qui possédait assez de notions dans ce domaine pour simplement entrevoir le sens de la déclaration du Tyran était l’Intendant. Il avait étudié la physique théorique à l’université où Maghor l’avait envoyé autrefois, et il avait eu l’occasion de discuter largement sur le temps et sur la nature de celui-ci. Il fut le seul à réagir, presque brutalement. Il tressaillit et dit :
— Vous voulez envoyer une bombe dans le passé ? Mais… C’est tout simplement inimaginable !
Le sourcil gauche du Tyran se releva légèrement alors qu’il écoutait son secrétaire. Jamais il ne l’aurait cru capable de prendre part à la discussion avec autant d’aplomb. A la fois curieux et amusé, il poursuivit :
— Tient donc, mon bon Gûp, vous retrouvez votre langue. Dites-m’en plus, mon ami. Pourquoi est-ce si inimaginable, à votre idée ?
— On ne peut pas faire une chose pareille ! dit Itaâdo avec un peu plus de véhémence qu’il ne le fallait. Je veux dire, pas voyager dans le temps, mais en changer le cours ! Mesurez-vous les conséquences d’une telle action ?
La voix de l'Intendant tremblait légèrement, comme saisie par une peur sourde. Maghor tendit la main vers Moonqwist et baissa la tête pour l’inviter à répondre au jeune homme. Le vieux savant se leva, toussota comme pour s’éclaircir la gorge et dit d’une voix un rien chevrotante :
— Puisque mon seigneur me le permet, je vais répondre à toutes les questions qui peuvent vous venir à l’esprit, tant qu’elles ne requièrent pas d’explication trop technique.
Se tournant ostensiblement vers l’Intendant, il reprit :
— Vous l’avez dit, jeune homme, on peut voyager dans le temps, du moins en théorie. Ce fait est connu depuis des millénaires au moins, avant même la fondation de la Mémoire de Galahad. Mais le dispositif que j‘ai inventé fonctionne selon de nouveaux principes que j’ai moi-même découverts en étudiant le temps sous d’autres aspects.
Itaâdo détestait qu’on lui parle comme à un jeune universitaire niaiseux. Peut-être le Tyran avait-il déteint sur lui, après toutes ces années, mais ce ton condescendant et professoral le faisait sortir de ses gonds. Il dit :
— Quels que soient les principes selon lesquels elle fonctionne, votre bombe change le cours du temps. Et si on modifie en quoi que ce soit le passé, le présent s’en trouvera lui aussi modifié par extension. Et vous vous proposez de modifier le passé de manière significative. On ne peut pas mesurer ni même imaginer les conséquences d’une telle intervention sur le cours du temps, et donc ses répercussions sur le présent que nous connaissons.
Le vieux savant s’approcha d’Itaâdo et le regarda droit dans les yeux. Il commençait à le trouver sympathique, ce jeune intendant, beaucoup plus intelligent qu’il ne le laissait envisager. Un sourire presque malicieux au coin des lèvres, Moonqwist reprit :
— Vous êtes perspicace, jeune homme. C’est une grande qualité. Laissez-moi vous décrire le principe de base de mon dispositif : il s’agit d’un système à accumulation d’énergie. Avant d’être lancé, il est inoffensif, il ne contient aucune espèce d’explosif, voilà pourquoi je ne l’appelle pas “bombe”. Comment vous représentez-vous le temps, jeune homme ?
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 21 Juil - 17:06

(suite)

Itaâdo rassembla quelques souvenirs universitaires. C’était loin, toutefois, et passer de longues années au service rapproché de Maghor avait étouffé une bonne partie de sa mémoire scolaire. Le Tyran ne lui avait jamais donné l'occasion de discuter physique. Pas plus que de discuter tout court, d'ailleurs. Itaâdo jeta un coup d’œil en direction du Tyran. Celui-ci écoutait d’un air amusé, le menton dans le creux de la main. Reprends-toi, Gûp, semblait-il lui souffler, du calme. L’Intendant se raidit sur son siège et dit :
— La théorie généralement acceptée par mes anciens professeurs exprimait le temps sous forme de probabilités, expliquaient sa structure par des équations à six dimensions et…
Il se tut. Non pas qu’il ait oublié les bases scientifiques, mais à cause du sourire amusé du docteur Moonqwist, qui l’intimidait beaucoup plus qu’il ne l’aurait cru. Après tout, l'Intendant n’était pas un savant, juste un vieux gigolo devenu secrétaire particulier du Tyran lorsque ses charmes cessèrent de l’amuser. Moonqwist, visiblement, était lui, bien plus qu’un simple savant. L’éclair du génie se lisait dans son regard.
— Oui, poursuivit celui-ci. Je vois. Les idées habituelles, les Lois de Hasslein. Pour ma part, j’ai appris à considérer le temps d’une autre manière ; le présent est un état de champ, une onde, si vous préférez, un point de concentration particulier de ce que j’ai appelé le champ de chronoénergie. Ce champ possède neuf dimensions, et il se condense, se concentre en un point précis, point qui se déplace à travers le champ. C’est ce que nous appelons le présent.
— Le temps aurait une nature ondulatoire ?
— En quelque sorte, jeune homme. C’est l’analogie la plus approchante dont nous disposions pour exprimer les choses. Mon dispositif va donc voyager à travers ce champ, se créer son propre présent. Pour fonctionner, il va entreprendre un mouvement pendulaire, c’est-à-dire qu’il va se propulser une fraction de seconde dans l’avenir et y accumuler une certaine quantité d’énergie. Utilisant cette énergie, il va revenir vers le passé, une fraction de seconde avant son point de départ, puis de nouveau vers le futur. Ce mouvement ira en s’amplifiant, si bien que chaque saut entre le passé et le futur augmentera en amplitude, augmentant en conséquence la quantité d’énergie dont le dispositif se chargera. L’énergie ne se trouvera d’ailleurs pas “dans” la bombe elle-même, mais elle s’accumulera dans le pseudo-continuum, dans le “présent” propre au dispositif, le seul rôle de celui-ci étant de générer ce pseudo-continuum.
— Ensuite ? dit l’Intendant alors que le savant marquait une pause stratégique.
— Le dispositif est programmé pour cesser de générer son pseudo-continuum à un moment bien précis, en fait lorsqu’il se trouve au point voulu du passé. Alors toute la puissance accumulée par les mouvements temporels pendulaires se trouvera libérée… Imaginez la suite.
Itaâdo était en effet capable de l’imaginer. La quantité d’énergie accumulée serait colossale, incalculable, et sa libération soudaine provoquerait une explosion semblable à celle d’une nova, vaporisant tout ce qui se trouve à proximité dans un rayon d’au moins un million de kilomètres…
— Je crois que vois, oui, dit l’Intendant en secouant la tête. C’est une arme terrifiante. Si vous parveniez à la faire exploser à proximité de Krillka IV, il ne resterait rien de la planète en une fraction de seconde.
— Ce n’est qu’un monde minier à peu près inhabité, objecta Benhigh, si c’est cela qui vous dérange.
— Nullement, grinça Itaâdo. Mais je vois une faille à votre beau projet.
Il se retourna vers le savant et dit :
— Votre dispositif, il voyage dans le temps, n’est-ce pas ? Mais les corps célestes, les planètes, les étoiles, se sont déplacées depuis douze ans. Krillka ne se trouve plus à l’endroit où elle se situait à l’époque.
— Une fois de plus, vous me surprenez par votre perspicacité, jeune homme, dit Moonqwist. Oui vous avez encore raison. Mais c’est un problème facile à résoudre. Le dispositif sera activé depuis un vaisseau spatial se trouvant à l’endroit précis où se situait Krillka IV il y a douze ans. Ainsi l’explosion se produira à l’endroit adéquat malgré le déplacement temporel. Et même si nous nous trompons de quelques centaines de milliers de kilomètres, c’est simplement négligeable.
Il se tut. Tous méditaient sur ce qu’ils venaient d’entendre. Le vieux savant semblait avoir réponse à tout, songeait Itaâdo. Pourtant, il sentait une coulée glacée descendre le long de son échine. Jouer avec le temps, c’était jouer avec des forces qui dépassaient tous les scientifiques, qui les avait toujours dépassées depuis des époques bien au-delà de ce que la Mémoire avait enregistré, bien avant l’âge d’or, même, et on devait bien reconnaître que les chercheurs de l’âge d’or étaient pratiquement allé au bout de ce qui était humainement possible en matière de recherche scientifique. Mais malgré toute leur science, le temps leur échappait toujours.
Après quelques longues minutes de lourd silence durant lequel les amiraux avaient vainement tenté de comprendre ce qu’impliquait la découverte de Moonqwist, ce fut l’Intendant qui reprit la parole :
— Veuillez m’excuser, une fois de plus, mon seigneur, dit-il en se tournant vers Maghor, mais j’ai encore d’autres objections. Sans doute mon esprit n’est-il plus aussi vif qu’autrefois, cependant…
Le Tyran, tout sourire, fit un geste large autorisant son secrétaire à poursuivre la discussion. Itaâdo fixa donc à nouveau le vieux savant et reprit :
— Alors si je vous suis bien, lorsque votre “bombe” explosera, elle changera le cours du temps. Mais comment est-ce possible ?
Benhigh sembla sortir d’une profonde stupeur et ajouta :
— Ce jeune homme à raison, docteur. Si vous envoyez cette bombe et qu’elle change l’avenir, alors l’avenir où existait la nécessité de l’envoyer cessera d'être. Dès lors, comment aura-t-elle été envoyé ?
Maghor haussa les sourcils une fois de plus. Ses subordonnés étaient bien plus intelligents qu’il ne le pensait, finalement. Lui-même n’entendait rien en physique et il s’était contenté des explications simplistes de Moonqwist. La seule perspective de voir disparaître les Libertaires avant qu’ils n’aient existé lui suffisait, et il n’avait pas cherché à comprendre plus avant.
— Oui, dit Moonqwist, je vois où vous voulez en venir. C’est ce qu’on appelle un paradoxe, et celui-ci est connu comme le “paradoxe du voyageur imprudent”. C’est le schéma classique de celui qui se rend dans le passé et qui tue son ancêtre. Il cesse donc d’exister, puisque son ancêtre n’a pu l’engendrer. Mais s’il n’existe plus, il n’a pas eu la capacité de se rendre dans le passé pour tuer son ancêtre.
— Exactement, dit Itaâdo en hochant la tête. Puis, en se tournant vers le Tyran : aviez-vous vu les choses sous cet aspect ?
Maghor ne répondit pas. Jamais il n’aurait fait un tel aveu d’ignorance devant ses amiraux.
— Poursuivez, murmura-t-il, le déroulement de la conversation m’amuse.
— Cette conception du temps est le fruit des théories habituellement enseignées, reprit Moonqwist. Pour ma part, j’ai une nouvelle théorie radicalement différente. D’après la nouvelle physique temporelle que j’ai mise au point, la chronophysique, lorsqu’on voyage vers le passé, on s’intègre dans celui-ci, on en devient partie intégrante au niveau du champ de chronoénergie. Alors, même si on tue son ancêtre, on ne cesse pas d’exister pour autant. Simplement, le futur d’où nous venons cesse d’exister, et on ne peut donc pas y retourner. Le paradoxe n’a pas lieu.
Les amiraux se regardaient, vaguement ennuyés. Storkmîn se tortilla sur son siège et finit par dire d’une voix agacée :
— Toutes ces considérations sur le temps, ces belles théories scientifiques, ces discours vides… Pour en arriver où, je vous le demande ? Si nous pouvons éliminer les Libertaires, alors faisons-le, immédiatement. Je ne vois pas où est le problème. Seigneur, dit-il en s’adressant à Maghor, à quoi bon discuter ainsi ?
Le Tyran eut un léger sourire. La discussion commençait à l’ennuyer également. Tout était prêt, de toute façon, et la bombe temporelle n’attendait que les derniers réglages pour être lancée. Maghor fronça les sourcils et se redressa sur son fauteuil.
— Comme vous le dites si bien, Storkmîn, nous perdons du temps. Messieurs, j’ai décidé d'utiliser cette bombe quelles que soient vos objections. Voilà deux ans déjà que le docteur Moonqwist travaille sur ce projet en secret, ici, dans les souterrains de cette citadelle. Je savais bien qu’une telle arme me serait utile un jour ou l’autre. Dans quelques jours, le présent aura changé, messieurs, et dans ce nouveau présent, les Libertaires n’existerons pas, n’aurons jamais existé…
Itaâdo tressaillit et se tourna vers le Tyran.
— Mais, seigneur, comment…
— Vous m’ennuyez, mon cher Gûp, dit Maghor en se penchant légèrement vers son secrétaire. Je me doutais bien que vous trouveriez à redire à propos de ce projet. Je vous connais bien. Mais il n’est plus temps.
Itaâdo blêmit. Il n’était rien d’autre que l’intendant, l’homme qui gérait les broutilles matérielles et les affaires courantes. Il n’était pas un conseiller. Pourtant, cette fois, il sentait qu’il devait aller plus loin. Ses connaissances en physique étaient certes assez anciennes, et sa mémoire n’avait guère travaillé sur ces sujets depuis des années, mais quelque chose de terrible se préparait et il semblait être le seul à en saisir la portée. Il lui fallait encore insister, au péril de sa vie, car Maghor n’hésiterait pas à l’éliminer sans remords.
Il se leva, baissa respectueusement les yeux et dit :
— Seigneur Maghor, pardonnez à votre serviteur. Toutefois, et même s'il ne fait aucun doute que dans votre grande sagesse vous avez pris la bonne décision, j’aimerais encore poser une question au docteur Moonqwist.
Le Tyran, vaguement choqué de la résistance de l’Intendant mais ravi par son ton mielleux, répondit :
— Une dernière question. Pas une de plus.
Itaâdo se retourna vers le savant qui attendait, toujours souriant.
— Si le présent change, admettons, commença Itaâdo, nous serons englobés dans le nouveau présent, dans la nouvelle trame temporelle. Comment saurons-nous ce qui s’est… Ou ne s’est pas passé ? L’effet de vague temporelle nous balayera et nous serons changés au même titre que le reste de l’univers !
Moonqwist, pour la première fois depuis le début de la discussion, perdit un rien son sourire ridé. Il sembla soudain très fatigué. Trop pour répondre ? Non. Mais certes il ne s’attendait pas à une telle question. Pourtant, il tenait une réponse en grande partie fondée sur les spéculations de sa théorie chronophysique, mais n’avait pas eu assez de temps pour tout vérifier. Il se tortilla quelques secondes sur son siège, grimaça sous la piqûre de vieilles douleurs, soupira et répondit d’une voix plus faible :
— Cela nécessite bien des explications compliquées.
— Faites simple, docteur, insista Itaâdo.
— Pour simplifier, alors, tout ce qui se trouve à deux cents kilomètres autour de cette forteresse sera protégé de ce que vous nommez si bien l’effet de vague temporelle. J’ai mis au point un dispositif, un projecteur de champ achronique, qui créera un pseudo-continuum autour de nous. Lorsque le présent changera, tout ce qui se trouve dans ce champ ne sera pas affecté par le changement.
Ce fut un choc pour Itaâdo. En bloc, il perçut aussitôt toutes les implications: rien ne pouvait permettre de savoir ce que deviendrait le présent si les Libertaires ne s’étaient jamais alliés aux Seigneurs du Petit Bras. Tout était possible. Mais une chose était certaine, les chances que Maghor se trouve dans cette forteresse au même moment étaient fort réduites. Aussi, dans ce nouveau présent, il pourrait bien y avoir deux Maghor : le rescapé de l’ancienne réalité et celui de la nouvelle, à deux endroits différents. Comment la nature pourrait-elle s’accommoder d’une telle incohérence ? Evidemment, le Maghor de l’ancien présent pouvait toujours prétendre être le vrai. Quoique… les deux Tyrans seraient vrais tous les deux. Il pouvait toujours manœuvrer pour remplacer son alter ego de l’autre réalité…
— Réjouissez-vous, mon bon Gûp, dit Maghor en lui tapotant amicalement l’épaule, vous serez vous aussi épargné par ce changement. Vous serez l’un des privilégiés qui verront comment moi, Maghor Missaviv, j’ai modifié la réalité.
— Mais quelle réalité prendra la place de celle-ci ? aboya Itaâdo, terrorisé. Qu’est-ce qui nous dit qu’elle sera meilleure que celle que nous effacerons ? Peut-être sera-t-elle pire. Nous n’avons aucun moyen de le savoir !
— Les probabilités disent que les chances sont de notre côté, mon bon Gûp. Et si nous n'en sommes pas satisfaits, nous avons toujours la possibilité de modifier le présent à nouveau.
Le Tyran s’approcha de l’Intendant et son poing massif se referma sur le col de sa tunique. Leurs visages se rapprochèrent et, un éclair de rage dans les yeux, Maghor gronda :
— D’ailleurs, mon bon Gûp, il n’y a pas trois solutions. Soit nous laissons les Libertaires débarquer ici, et nous ne nous laisserons jamais prendre sans combattre vaillamment, et, accessoirement, sans périr, soit nous utilisons cette bombe. Même si la nouvelle réalité n’est pas vraiment celle que nous voulions, peu importe ! Au moins serons-nous sauf de la menace d’une mort imminente. Voyez-vous, nous n’avons pas le choix.
Ce fut Shad qui brisa le silence qui s’ensuivit. Peu amateur de spéculations, il n’avait pas beaucoup parlé, presque pas écouté non plus, d’ailleurs. Il était vraiment las, et au fur et à mesure que se déroulait la joute verbale, il se rendait compte peu à peu qu’il ne supportait plus ni le Tyran ni la situation dans laquelle il les avait plongé. Brutalement, tout ceci se mit à lui faire horreur.
— Il y a une troisième solution, murmura-t-il. Les Libertaires offrent toujours une chance de reddition à leurs adversaires.
Maghor se raidit. Il vit rouge. Jamais il n’avait laissé place dans son esprit à l’idée de se rendre, pas même au commencement de l’embryon de cette idée. Certainement pas. Peut-être avait-il perdu cette guerre, oui, du moins conservait-il sa dignité. Les Libertaires offraient toujours à leurs adversaires la possibilité de se rendre avant une bataille, et généralement, ils traitaient fort bien leurs prisonniers. S’il se rendait maintenant, Maghor aurait certainement la vie sauve, un jugement en bonne et due forme, et un exil sur un monde quelconque jusqu’à sa mort. Inacceptable ! Le Tyran lâcha le col de l’Intendant et, dans un même geste vif, tira le foudroyeur qui ne quittait jamais sa poche, à portée de sa main. La seconde suivante, Shad avait péri. A la place de sa tête et du haut dossier de son fauteuil, il n’y avait plus rien, que le vide surmontant un torse carbonisé par l’éclair d’énergie plutonique du foudroyeur. Durant quelques secondes, Maghor resta figé, l’arme à bout de bras, le canon légèrement tremblant pointé sur ce qui avait été l’un de ses derniers amiraux, comme si de la silhouette brûlée pouvait encore surgir quelque créature repoussante issue de son cerveau malade.
Il finit par ranger l’arme et par se rasseoir.
— Gûp ! Apportez-moi à boire !
Itaâdo resta pétrifié. Il avait pourtant déjà assisté à cette scène, le Tyran n’hésitant jamais à liquider froidement et sur-le-champ ceux qu’il considérait comme des traîtres, il en avait presque l’habitude. Mais cette fois, l'Intendant se sentit empli d’horreur, un écœurement sans borne. Il ne fallait pas que ce monstre survive.
Pourtant, après quelques secondes qui semblèrent durer une éternité, il quitta servilement sa chaise et alla chercher un plateau dans la pièce à côté, puis il servit au Tyran un grand verre de karhân.

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Jeu 24 Juil - 23:04

Ah, l'intrigue est véritablement lancée, cette fois-ci !

L'idée de voyage temporel est toujours fascinante, et inspire toujours les auteurs. Reste à savoir à quelle sauce temporelle l'empereur en déclin, ou les Libertaires, vont être mangés. Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Sam 26 Juil - 20:21

Alors, voilà la suite...

Il n'était pas facile d'éclairer correctement un édifice bâti de pierre noire, surtout si on prend le parti de l'illumination à l'ancienne, à base de luxis radioactifs. De fait, la plupart des corridors secondaires et des nombreux couloirs qui parcouraient les entrailles de la forteresse était plongés en permanence dans une pénombre désagréable, presque inquiétante. D'autant qu'Itaâdo ne connaissait pas vraiment les lieux, habitué qu'il était à emprunter le large balcon de pierre. Il s'arrêta pour consulter le plan qu'il avait mémorisé dans son bloc électronique; c'était le bon chemin. Quelques marches sur la gauche, un autre couloir qui aboutirait à une centrale d'énergie et il serait à destination: le laboratoire souterrain de Moonqwist. Le vieux savant s'était installé au plus profond du complexe de défense, sous les épais murs d'enceinte de la forteresse, juste à côté des générateurs qui fournissaient l'énergie aux bâtiments. Une retraite pratiquement introuvable pour quiconque ne possédait aucun plan.
Bientôt, l'Intendant fut à la porte du laboratoire. Un rai de lumière sous le battant indiquait la présence certaine du savant dans son saint des saints. Qu'était-il venu faire là ? Qu'espérait-il ? Moonqwist était bien plus intelligent qu'il n'y paraissait, et il avait le Tyran dans sa poche. S'il demandait une centaine d'esclaves pour l'aider, ils les auraient séance tenante. Maghor ne lui refuserait rien tant qu'il resterait persuadé que le savant pourrait lui épargner l'humiliation suprême: la défaite, et la mort certaine. Pis encore, la perspective de voir son nom à jamais sali, si ce n'est oublié parmi ceux des vieux dictateurs galactiques, et son œuvre de conquête perdue pour l'éternité. A choisir, Maghor prendrait toujours le parti du savant, quoi qu'il arrive, à moins que…
D'une main un peu tremblante, Itaâdo frappa doucement à la porte du laboratoire. Il attendit. Un raclement se fit entendre à l'intérieur, un bruit sourd, puis une voix chevrotante retentit:
— Qui est là ?
— C'est l'Intendant. J'aimerais vous voir, docteur.
Il y eut presque une minute de silence total. Peut-être le vieux docteur réfléchissait-il ou alors il se glissait vers un communicateur pour informer le Tyran de la présence de l'Intendant. Mais la lourde porte finit par s'ouvrir.
— Entrez, jeune homme, dit Moonqwist, toujours vêtu de sa blouse blanche qu'il ne semblait jamais quitter.
Il entra. La pièce qui servait de laboratoire n'était q'une ancienne salle de maintenance des générateurs, réaménagée pour permettre l'installation d'appareils complexes dont l'Intendant n'avait aucune idée de l'utilisation. Dans un coin, une paillasse, quelques bidons d'eau et une petite table encombrée de rations à moitié grignotées indiquaient que quelqu'un vivait bien ici. Misérablement.
— Qu'est-ce qui vous amène jusqu'ici, jeune homme ? Souhaiteriez-vous poursuivre notre conversation au sujet de la nature du temps ?
Itaâdo ne répondit pas immédiatement. Il prit quelques minutes pour inspecter l'endroit où il se trouvait. Au fond de la pièce, plusieurs portes donnaient sur d'autres locaux, mais le savant ne semblait pas disposé à faire visiter son antre. Au milieu du laboratoire trônait, posé sur un socle de plusieurs mètres de côté, un gros objet oblong, gris métal, couvert de câbles et de tuyauteries de cuivre. Indiquant l'objet d'un doigt tremblant, Itaâdo dit:
— La bombe ?
— Son prototype, confirma le savant. Il est activé afin de permettre les réglages de dernière minute sur son homologue chargé à bord d'un navire spatial. C'est une sorte de jumeau de celle qui va faire le vrai travail.
Itaâdo examina le mécanisme compliqué, relié à une batterie d'ordinateurs par des écheveaux de câbles. Il reconnaissait vaguement certains éléments secondaires: des motivateurs hyperspatiaux, des bobines d'induction… Mais l'essentiel de l'appareil demeurait hors de vue à l'intérieur d'une sorte de capsule métallique. Il se sentit soudain envahi par une sorte d'horreur en songeant que cette machine était capable de changer le cours du temps, de surgir quelque part dans le passé et de faucher des vies avant même qu'elles ne comprennent pourquoi. Quelle serait la réaction de la galaxie, des puissances survivantes, si l'alliance des Libertaires et des Barons avortait alors qu'elle n'était qu'un simple projet ? La mort de tous les dirigeants et autres dignitaires qui s'étaient retrouvés à cette réunion secrète sur Krillka IV ferait certainement grand bruit lorsqu'on la révèlerait, mais il n'y aurait alors plus personne pour opposer la moindre résistance à Maghor. Et personne non plus pour soupçonner le Tyran d'avoir provoqué cet attentat. Qui le pourrait, d'ailleurs ? Le Maghor du passé en serait le premier surprit, et sans doute songerait-il à quelque obscure force surnaturelle agissant en sa faveur, mais jamais il ne serait en mesure d'imaginer qui est vraiment à l'origine de ce coup de théâtre. L'arme absolue. Celle qui vient de nulle part.
— Quelque chose vous effraye, jeune homme, dit le savant. Vous n'êtes nullement convaincu par ma démonstration. Peut-être puis-je vous donner plus de détails, afin de clarifier certaines… zones d'ombre.
Mais Itaâdo n'était pas venu pour écouter un cours magistral. Il avait passé l'âge. Faisant face au vieillard, il glissa la main dans le pan de sa tunique et en retira une arme: un fusil à aiguille. Il pointa le canon vers le savant.
Sans se démonter, Moonqwist sourit aimablement. La menace du canon ne semblait pas le troubler.
— Vous allez me tuer ? Pourquoi donc ? Qu'ais-je fait qui mérite un tel sort ?
— Assez plaisanté, aboya Itaâdo. J'ai très bien compris le principe de fonctionnement de votre “dispositif”. Je ne suis peut-être pas aussi calé que vous l'êtes mais j'ai assez étudié la physique pour comprendre les risques que fait courir votre bombe. Faites-la exploser et c'est l'univers entier qui est menacé. Il n'existe aucun moyen de calculer les modifications temporelles qui suivront l'explosion, et la trame même de l'espace-temps risque de se déchirer.
Le vieux savant émit un petit rire, et se retourna vers sa création, la machine infernale la plus puissante que l'homme aie construit.
— Vous parlez de ce que vous ne connaissez pas, jeune homme. D'accord, vous avez étudié la physique, autrefois, sur les bancs de cette antique institution qu'est Trigon IV. De la physique archaïque, enfantine, sclérosée par la Mémoire. Aucune recherche d'aucune sorte n'a eu lieu depuis des millénaires, et pourquoi faire, d'ailleurs, puisque les Anciens ont déjà tout découvert, tout étudié et tout répertorié dans la sacro-sainte Mémoire de Galahad. Votre physique n'est qu'un artéfact d'une autre époque, une relique poussiéreuse que l'on enseigne, que l'on manipule, mais que personne ne comprend vraiment, une science n'apportant rien, aucun progrès, aucune perspective depuis des siècles. Mais mes théories à moi sont le fruit de vraies recherches, de véritables expériences, d'une démarche scientifique oubliée à laquelle même le meilleur des soi-disant savants d'aujourd'hui ne peuvent rien entendre.
Il s'approchait lentement de l'Intendant en parlant. Et plus il s'approchait, plus son ton se faisait acide, plus ses traits se crispaient. Il n'avait plus rien du modeste petit docteur souriant dont il jouait le rôle devant le Tyran. En quelques secondes, il fut à quelques dizaines de centimètres de Itaâdo, pratiquement la poitrine collée au canon de l'arme. Il sourit de nouveau, mais ce n'était plus qu'une grimace hideuse.
— Alors, jeune homme, allez-vous tirer, oui ou non ? Pensez-vous que votre cervelle de primate est à même de comprendre l'importance de ce que j'accomplis ici ? Vous n'étiez pas encore né lorsque j'ai découvert les fondements de cette théorie.
Choqué, Itaâdo encaissa les insultes sans broncher. Sans doute avait-il raison. Il ne comprenait pas. Mais ce dont il était certain, c'était des conséquences incalculables de l'utilisation de la bombe temporelle. Et du changement qu'elle induirait dans le cours du temps.
— Je ne vous laisserais pas faire ça, docteur, dit-il d'une voix blanche. Les risques sont trop grands. Nous pourrions tous disparaître… L'univers tout entier peut cesser d'exister si vous déclenchez un tel processus.
— Et que ferez-vous pour m'en empêcher ? Vous allez me tuer ? Pauvre ami ! La signification de tout cela vous échappe, je le crains.
Itaâdo se mit à trembler légèrement. Il ne savait pas s'il aurait le cran de tirer. Même s'il avait souvent vu faire le Tyran, jamais il n'avait abattu quelqu'un de sang froid, jamais il n'avait même prit part à un combat quelconque, et l'arme semblait soudain peser une tonne au creux de sa main. Le regard du savant le transperçait, un regard clair, pénétrant, mais pourtant marqué par une espèce de terreur contenue, masquée, comme si le vieillard craignait pour autre chose que sa misérable vie.
— Vous ne pouvez pas faire ça, répéta Itaâdo. Je ne sais pas, moi, arrangez-vous pour que cela ne fonctionne pas. Sabotez le mécanisme, par exemple.
— Nous avons déjà procédé à des essais, et tout fonctionne parfaitement. Il est hors de question que je joue votre jeu, jeune homme.
Itaâdo devait se résoudre à l'inévitable: détruire et le savant et son arme de fin du monde. Un fusil à aiguille suffirait à tuer Moonqwist, mais pas à démolir le cylindre métallique. Il tremblait de plus belle et des gouttes de sueur troublaient sa vision. D'un geste convulsif, il poussa le canon de l'arme dans les côtes du vieux savant.
— Tant pis. Je vais devoir vous tuer.
— Vous ne tuerez personne, dit une voix grave émanant d'une des pièces adjacentes.
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Sam 26 Juil - 20:22

Maghor Missaviv entra dans le laboratoire, sa silhouette colossale éclipsant les appareillages compliqués. Lorsqu'il l'aperçut, Itaâdo étouffa un cri mais ne se démonta pas. Il était allé trop loin, de toute façon. Trop loin pour renoncer maintenant. Curieusement, la présence incongrue du Tyran dans le laboratoire eut un effet calmant sur l'Intendant qui retrouva son sang-froid. Saisissant le savant par le bras, il le plaça entre lui et le Tyran, bien piètre bouclier en vérité, illusoire mais efficace pendant au moins quelques minutes. Moonqwist, l'Intendant l'avait compris, était précieux aux yeux de Maghor, et celui-ci ne risquerait pas inutilement la vie du savant.
— Depuis quand êtes-vous là ? demanda Itaâdo.
— Assez longtemps pour vous avoir entendu proférer vos menaces ridicules, mon bon Gûp.
Le Tyran entra plus avant dans la pièce, examinant d'un œil distrait les machines entassées là. Itaâdo savait pourtant que son calme était feint. Contrairement à son intendant, Maghor était un guerrier, adepte du corps à corps, capable de tuer un ennemi de ses propres mains nues. Il ressemblait à un prédateur tournant autour de sa proie, l'air de rien, mais rassemblant son énergie pour bondir. Alors, il ne resterait pas grand-chose de l'Intendant. Oubliées les années passées à satisfaire les moindres désirs du Tyran.
— N'avancez pas plus, seigneur, dit Itaâdo. Je ne voudrais pas…
Il ne put poursuivre. Dans une détente formidable, le Tyran se jeta sur l'Intendant, avec une souplesse que sa corpulence ne laissait pas supposer, et lui décocha un formidable coup de poing. Le souffle coupé, pantelant, Itaâdo laissa tomber son fusil et s'effondra sur le sol du laboratoire, entraînant le vieux savant avec lui. D'un revers de la main, Maghor écarta le corps de Moonqwist comme un paquet de chiffons et saisit l'Intendant par le col de sa tunique. D'une seule main, il le leva bien haut, les pieds pendants dans le vide. Déjà, Itaâdo vit sa dernière heure venue. Les dents serrées, une veine saillante sur la tempe, le Tyran saisit la gorge de l'Intendant de son autre main.
Une seconde seulement avant que le Tyran ne broie le larynx d'Itaâdo, Moonqwist s'écria:
— Arrêtez, seigneur ! S'il vous plaît, j'aimerais prendre la défense de ce jeune homme.
Le vieux savant venait de se relever péniblement et avait arrêté le bras du Tyran en tirant sur sa manche. Maghor suspendit son mouvement et se figea, les yeux toujours fixés sur ceux de l'Intendant. Bien qu'il ait arrêté son geste meurtrier, Itaâdo n'était pas tiré d'affaire pour autant. Considérant cela comme une invitation à parler, Moonqwist s'éclaircit la gorge et dit:
— Ce jeune homme ne mérite pas un tel sort, seigneur. Laissez-le aller, s'il vous plaît. Je vais vous expliquer ce qui le motive: uniquement votre sécurité à vous.
Maghor haussa les sourcils, sans pour autant desserrer son étreinte autour de la gorge de l'Intendant.
— Ma sécurité, hein ? En vous tuant ?
— Me tuer n'était que la solution extrême, seigneur. En vérité, il s'est laissé emporter par sa fougue, pensant que mon dispositif représentait une menace pour votre vie. Il vous est loyal.
Maghor fronça les sourcils et se mit à secouer l'Intendant, toujours pendu par le col au bout du bras du Tyran. Maghor aboya:
— Sa fougue ? Quelle blague ! Il n'a pas l'air bien fougueux, à présent.
— Personne dans sa situation présente ne le serait, je le crains. S'il vous plaît, reposez-le, je vous assure qu'il ne représente aucun danger pour qui que ce soit.
Curieusement, Maghor se laissa attendrir. Finalement, il devenait mou avec l'âge. Jamais il n'aurait consentit à laisser tomber aussi facilement quelques années plus tôt. Il desserra son poing et Itaâdo s'effondra en gémissant sur le sol dur du laboratoire
— Voyez-vous, seigneur, reprit le savant, ce jeune homme est le produit d'un enseignement classique, comme je me plaisais à le lui expliquer voici quelques minutes. Il craignait que mon invention ne détruise l'univers tout entier, et vous avec lui. Ce n'est pas faux.
Alors qu'Itaâdo rampait se mettre à l'abri dans un coin de la pièce, Maghor s'assit sur un vieux fauteuil défraîchi et se mit à grignoter une ration de survie qui traînait par-là.
— Allons-y pour un nouveau cours, professeur, dit le Tyran.
— Selon la physique classique, celle qu'on enseigne sur Trigon IV, la science de l'âge d'or, ce que nous projetons de faire est lourd de conséquences, fatal pour le tissu même de l'espace temps, et sur ce point, monsieur Itaâdo a parfaitement raison. Ses craintes sont justifiées. Prenant conscience de ce risque terrible pour vous, il m'a demandé de ne pas exécuter mon projet, me menaçant de mort si je ne renonçais pas.
Maghor éclata de rire.
— Le risque pour moi ? Je n'en crois pas un mot. Mais c'est bien essayé.
— Ce n'est pas un essai, seigneur, dit Moonqwist d'une voix soudain extrêmement sérieuse. C'est la vérité, même si je l'enjolive un peu. Il craint réellement que nous ne détruisions l'univers, il craint pour lui, et peut-être un peu pour vous aussi, qui sait.
Maghor jeta un regard à la pitoyable silhouette de l'Intendant qui reprenait son souffle. Devant un danger mortel, on craint d'abord pour soi, sûrement pas en priorité pour son maître. Me laisserais-je convaincre par un discours aussi farfelu ? songea Maghor. Peut-être Moonqwist avait-il raison, après tout. Jamais l'Intendant ne lui avait fait défaut en plusieurs dizaines d'années. Itaâdo lui était resté fidèle, parfaitement loyal même lorsque le Tyran s'était désintéressé de lui, lui préférant les jolies et très jeunes esclaves malkites. Un intendant fidèle. Jusqu'à quel point ?
— Je me fais vieux, sans doute, avoua Maghor, et j'ai encore un peu de tendresse pour ce bon Gûp si fidèle. Je veux bien croire à votre histoire, Moonqwist, et oublier l'incident. Toutefois…
Il se leva et s'approcha de l'Intendant, toujours assis dans un coin du laboratoire.
— Debout, Itaâdo !
Il joignit le geste à la parole en saisissant l'Intendant par le bras et en le relevant sans ménagement. Humilié, Itaâdo ne pouvait plus croiser le regard de son seigneur. Jamais. Ou du moins le pensait-il sur le moment. Ce maudit vieillard qu'il menaçait de tuer lui avait sauvé la vie, avait prit sa défense, retournant à son avantage les arguments de l'Intendant. Soit il était redoutablement habile, soit il était fou à lier.
— Rentrez dans vos quartiers et ne les quittez plus tant que je ne vous convoque pas, dit Maghor sur un ton sans réplique. Vous avez beaucoup de chance, mon bon Gûp, vraiment beaucoup. Allez !
Itaâdo, sans le moindre regard pour son sauveur, quitta piteusement le laboratoire et regagna ses quartiers. Le Tyran demeura seul avec Moonqwist. Après quelques minutes de silence, il dit:
— Quand le dispositif sera-t-il prêt ?
— Il est déjà prêt, seigneur. Nous pourrons l'activer quand vous le jugerez nécessaire.
Le Tyran caressa d'une main hésitante la surface du cylindre métallique. Ce n'était pas cette bombe-là qui allait exploser, seulement sa jumelle installée à bord d'un croiseur. Celle-là ne servait qu'aux réglages. Mais elle semblait déjà vibrer, menaçante, sinistre, tout aussi dangereuse. Une bombe capable de changer le cours du temps ! La bombe qui le sauverait, réduisant à néant ses ennemis avant même qu'ils ne s'unissent. Soudain, un doute surgit en lui; et si Itaâdo avait raison ? Si Moonqwist n'était rien d'autre qu'un vieux fou, si sa bombe provoquait la plus grande catastrophe de l'univers ? Il chassa cette idée. Il avait vu l'action de la Bombe de Moonqwist. On avait procédé à un essai en détruisant un petit astéroïde quelques heures dans le passé. Il s'était effacé de la réalité dans le présent, alors que la forteresse était protégée d'un champ chronoénergétique. Cela fonctionnait, c'était imparable. Toutefois, jamais Itaâdo n'avait failli, ni dans ses intuitions, ni dans ses responsabilités d'intendant.
— Demain, finit-il par lâcher, un très léger tremblement dans la voix. Cela vous convient-il ?
— Parfaitement, dit Moonqwist. Je vais procéder aux configurations nécessaires pour une activation demain matin à la neuvième heure précise.
Le Tyran hocha la tête d'un mouvement approbateur. Demain, à neuf heures. Sans plus de cérémonie, Maghor quitta à son tour le laboratoire. Durant quelques minutes, Moonqwist resta planté là, dans le bourdonnement incessant des appareils électroniques. Demain. Il fourra ses mains maigres dans les poches distendues de sa vieille blouse et hocha la tête: demain serait le grand jour, Le Jour redoutable, celui qui changerait le cours de l'histoire. Et en songeant à cela, il se sentit rempli d'une indicible terreur.

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Minos
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Dim 27 Juil - 1:11

Encore un chouette morceau. L'intuition d'Itaâdo le prendrait-elle en défaut, pour une fois ? Suspense... Wink

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Dim 27 Juil - 10:36

Hummm... On va dire: oui et non. Plusieurs retournements de situation vont changer la donne.
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Notsil
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Dim 27 Juil - 14:19

Très sympa en tout cas cette idée de bombe à exploser dans le temps.
Et très chouettes explications Wink Tu as fait des recherches là dessus ou tu t'es inspiré bouquins de SF qui traitent le temps de façon classique ?

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 28 Juil - 13:19

Vingt dious! J'ai un gros retard à rattraper moi!
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aj crime
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Lun 28 Juil - 17:15

Magnifique, vraiment. Quelques remarques d'ordre général et qui ne surprnedront personne venant de ma part... Beaucoup de verbe être (un peu lassant à mon goût) et il me semble que la première personne du futur de prend pas de "s"...

Hormi cela une lecture très agréable, une histoire passionnante avec beaucoup de réfléxion, comme je les aime.

Passe sur mon forum quand tu veux pour lire quelques uns de mes écrits et me dire ce que tu en penses. Ce sera avec un grand plaisir que je t'accueillerai sur notre petit monde !
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 11:12

aj crime a écrit:
Magnifique, vraiment. Quelques remarques d'ordre général et qui ne surprnedront personne venant de ma part... Beaucoup de verbe être (un peu lassant à mon goût) et il me semble que la première personne du futur de prend pas de "s"...
Oui, il y pas mal d'erreurs, et encore j'en ai corrigé un bon nombre. Surtout ne pas se fier au correcteur de grammaire de Word... Quant au verbe être, bin j'avoue que je ne m'en étais pas trop aperçu. Je vais me pencher sur la question. Merci pour la remarque.
Notsil a écrit:
Et très chouettes explications Wink Tu as fait des recherches là dessus ou tu t'es inspiré bouquins de SF qui traitent le temps de façon classique ?
Oui, j'ai un peu étudié la question à travers Einstein et Hawking, essentiellement. Je suis un fan des histoires de voyage dans le temps (pourvu qu'elles tiennent un peu la route !) et une bonne partie de mes nouvelles traitent plus ou moins de ce thème. Un numéro hors série de Scientific American (celui-là) de 2006, je crois, m'a furieusement passionné et inspiré.
Et j'ai lu un très grand nombre de bouquins de SF parlant du voyage dans le temps, pas toujours traité de la meilleure manière qui soit. Un de mes préféré est "Une porte sur l'été" de Heinlein pour son côté rétro et romantique.
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 12:17

La suite. J'ai fais attention aux verbes être.
--------------------------

Itaâdo passa une très mauvaise nuit. Il ne dormit que par intermittence, et d'un sommeil troublé de cauchemars terrifiants. De vieux souvenirs refont surface alors que l'esprit sombre dans le sommeil; des souvenirs terribles du temps de sa jeunesse, alors qu'il était le favori du Tyran, l'époque où rien ni personne ne pouvait s'opposer à Maghor Missaviv, l'époque où ce simple nom signifiait l'horreur absolue dans une galaxie entière. Maghor Missaviv, frayeurs de toutes parts. Et plus tard, une fois endormi, des rêves de destruction universelle. Plusieurs fois, il se réveilla en nage, tremblant. L'humiliation l'emportait par instants sur la frayeur, mais par chance l'humiliation était une vieille amie. Maghor l'avait humilié plus qu'aucun humain ne l'avait jamais été, autrefois, le tirant de ses champs de levure où il coulait des jours si heureux, pour faire de lui un objet sexuel. Puis il l'avait jeté après quelques mois, l'envoyant dans ces universités de Trigon pour faire de lui un homme cultivé. Pour ne pas dire qu'il se débarrassait simplement de lui, parce qu'il pouvait rester un brin de tendresse dans le cœur de glace du Tyran. Mais Itaâdo s'était reprit, trouvant les ressources nécessaires, la force de résister, d'endurer les moqueries, les insultes, les brimades, toujours moins humiliantes, cependant, que ce que lui avait fait subir le Tyran. Il était devenu l'Intendant, esclave à peine amélioré au service de cet homme haï entre tous. Aujourd'hui, la haine l'emportait sur le reste, sur la loyauté à laquelle il se forçait depuis toutes ces années, sur l'auto-conditionnement qui faisait de lui l'ombre de Maghor. L'inconscient reprenait ses droits alors que l'esprit s'éteignait sur les rivages du sommeil.
Il se leva aux aurores, alors que les premiers rayons du soleil perçaient à travers les nuages pour venir mourir à travers les vitres de sa chambre. Torse nu, il sortit sur le balcon, dans le froid mordant. Un instant, l'idée lui prit d'enjamber le parapet de pierre et de finir sa misérable existence cinquante mètres plus bas, dans la neige qui entourait encore les pieds du donjon. Il retrouverait la paix.
Il fallait du courage pour mettre fin à sa vie. A moins que ce ne fut une lâcheté suprême. Que se passerait-il si les ennemis du Tyran se trouvaient subitement réduits à néant ? Qui pourrait se lever contre Maghor, alors que les seuls qui échappaient à son autorité cesseraient d'exister dans un cataclysme planétaire ? Et quelle explication fournirait-on ? Quel récit les livres d'histoire conserveraient-ils de la mort de tous ces gens, alors même qu'ils s'unissaient pour libérer la galaxie ? Coïncidence ? Attentat cosmique ? Bon nombre de questions restaient sans réponses, mais une chose était certaine: Maghor survivrait aux sept prochains jours, et, qui sait, certainement aussi aux sept prochaines années.
Le froid devenait insupportable, mais Itaâdo n'en avait cure. S'il pouvait geler sur place, cela le soulagerait assurément. Il rentra tout de même à contrecœur, retrouvant la douce chaleur de sa chambre. Les rayons du soleil achevèrent de lui rendre sa vigueur. Il passa près d'une heure dans sa salle de bain, soignant son apparence, sa coiffure impeccable, la raie dans ses cheveux parfaitement centrée, les plis et les pans de sa tunique soigneusement arrangés. Une fois de plus, il redevenait l'Intendant. Il se composa son habituel regard absent, ses yeux vides, son visage inexpressif, celui qu'appréciait Maghor, ce regard servile qui lui avait permit de rester si longtemps au service du Tyran. Ce matin, cependant, pas de réunion avec les amiraux, pas de conférence de travail avec Maghor. Tout l'emploi du temps était annulé. Les formalités administratives n'avaient plus cours, et nul besoin d'un intendant alors qu'il n'y a plus rien à gérer.
Itaâdo s'assit sur son lit, raide, figé dans son personnage habituel. Depuis des années, il n'avait jamais eu une vraie minute à lui, et il ne savait donc quoi faire, ainsi consigné dans ses quartiers. Maghor ne l'avait pas habitué à cette oisiveté forcée, lui qui débordait d'activité du réveil au coucher. Un robot, voilà ce qu'il était devenu.
Il patienta, assis sur son lit, durant près d'une heure, le cerveau vide, sans même plus penser, la main posée sur sa sacoche de cuir, prêt à entrer en action au service du maître. Chassez le naturel… La pendule baroque accrochée au mur de sa chambre sonna la huitième heure, et un signal discret se fit entendre.
— Entrez, dit simplement Itaâdo. Il n'attendait personne.
La porte s'ouvrit dans un frottement feutré et le docteur Moonqwist entra dans la chambre de l'Intendant. Il avait abandonné son horrible blouse pour revêtir une stricte tunique universitaire. Vaguement surprit, mais se contrôlant parfaitement, Itaâdo dit:
— Que venez-vous faire ici, docteur ?
Le savant fit des yeux le tour de la chambre de l'Intendant. Une chambre simple, sans âme, sans rien qui la personnalise même un brin, parfaitement rangée, conforme à la personnalité rigoureuse d'Itaâdo. La fenêtre restée entrouverte laissait l'air froid du matin pénétrer dans la pièce. Moonqwist frémit.
— Je suis venu vous prier d'assister au lancement de mon dispositif chronomodificateur.
Sans montrer la moindre émotion, Itaâdo répondit d'une voix neutre:
— Je n'ai nulle envie de vous accompagner. Seul le seigneur Maghor peut m'autoriser à quitter mes quartiers. De plus, je reste convaincu que l'utilisation de votre “dispositif” met l'univers en grand danger. Certes, je ne suis pas assez calé pour fournir une explication rationnelle à mon intuition, mais elle demeure.
Moonqwist hocha la tête et sourit. Décidément, songeât-il, ce jeune homme se révélait plus perspicace qu'il ne le pensait.
— Vous n'avez pas tort, monsieur, répondit Moonqwist. Un dispositif de ce genre est un danger potentiel pour la structure de l'espace temps, je l'avoue. Il s'agit tout de même de puiser l'énergie qui est à la source de l'existence du temps et de l'utiliser comme moyen de destruction. La moindre erreur de programmation peut avoir des conséquences incalculables, je le reconnais. Mais n'ayez crainte, j'ai tout prévu, rien ne peut aller mal.
— Bien entendu ! dit l'Intendant avec un peu plus de vigueur. Le savant génial a tout prévu ! Modifions simplement le cours de l'histoire, sans en avoir complètement saisi toutes les implications, pour assurer la survie du pire Tyran que l'histoire moderne ait connue. Remarquable, en effet.
Moonqwist vint s'asseoir sur le lit à côté de l'Intendant. Il lui tapa amicalement sur l'épaule.
— Comment pourrais-je vous convaincre ? Je ne sais pas exactement ce qui vous inquiète, mon ami, mais j'ai moi aussi des intuitions. Vous n'en avez pas le monopole. Quelque chose me dit que vous cachez une part de votre jeu. Rassurez-vous, ajouta-t-il en s'écartant légèrement de l'Intendant, je n'en toucherais pas le moindre mot à qui que ce soit, ça reste entre nous.
Il saisit les épaules d'Itaâdo et le regarda droit dans les yeux. Ceux du savant étaient gris comme l'acier de sa bombe temporelle. Ses traits ridés et fripés se firent plus durs, plus incisifs.
— Ne craignez rien, Gûp. Tout ce que je fais doit être fait, c'est nécessaire, une nécessité cosmique !
— Une nécessité cosmique ?
— Je n'en dirai pas plus. J'en ai déjà trop dit.
— Ou pas assez, ajouta l'Intendant.
Le savant se leva et tira sur le pan de sa tunique.
— Venez, Gûp. Avant la fin du jour, vous en saurez certainement plus, je vous l'affirme.
L'Intendant se leva, toujours très raide, et suivit le savant. Ils n'empruntèrent pas le balcon mais s'enfoncèrent dans les couloirs obscurs et descendirent jusqu'au laboratoire de Moonqwist, au cœur de la forteresse. Alors qu'ils entraient, Itaâdo constata qu'ils étaient attendus. Maghor se trouvait déjà là, en grande tenue d'apparat, comme pour une cérémonie officielle. Ce n'était certes pas tous les jours qu'un dictateur modifiait le cours du temps pour s'assurer le pouvoir absolu. Dans un autre coin du laboratoire, penchés sur des cadrans, l'Intendant vit deux personnages qu'il ne connaissait pas, sans doute les assistants de Moonqwist, d'après leur tenue. Non loin de Maghor, lui aussi soigneusement peigné mais le visage défait se trouvait l'amiral Benhigh. Lorsqu'il vit entrer Itaâdo, le Tyran fronça vigoureusement les sourcils et ses babines découvrirent sa dentition luisante. Il ressemblait à un prédateur sur le point de mordre.
— Itaâdo ! aboya-t-il, je ne vous ai pas fait demander.
Moonqwist leva la main et intervint:
— S'il vous plait, seigneur, ne vous formalisez pas. J'ai demandé à Monsieur Itaâdo d'être des nôtres, j'y tiens. Sa loyauté envers vous lui a presque coûté la vie, il ne mérite pas vos reproches.
Le Tyran gronda. Il n'acceptait de leçon de personne et ses dents se mirent à grincer.
— Je suis le seul à décider qui mérite des reproches, finit-il par dire.
— Je suis le seul, pour ma part, à connaître le fonctionnement du dispositif chronomodificateur. De plus, seigneur, je vous assure de la parfaite loyauté de votre intendant.
Moonqwist tenait le Tyran, il le savait. Maghor ressemblait à un enfant gâté qu'un professeur pétri d'autorité ramène à de plus raisonnables points de vue. Il pouvait gronder et grogner, maugréer entre ses dents, serrer les poings et menacer dans toutes les langues connues, mais rien n'y changeait. Moonqwist restait le maître du jeu. Pour l'instant, même le Tyran devait se plier à sa volonté. Pour l'instant.
— Soit, lâcha Maghor dans un ultime élan de magnanimité, le reste faisant défaut. Il peut rester.
Il fit signe à l'Intendant, et celui-ci vint prendre sa place habituelle aux côtés du colosse, dans l'ombre du Tyran galactique. Moonqwist parut satisfait et sourit à l'assistance, certes limitée, mais attentive. Se glissant derrière le cylindre métallique qui trônait toujours au centre du laboratoire, il se lança dans une série d'explications scientifiques abstruses. On aurait pu croire qu'il cherchait à endormir ses auditeurs. L'esprit complètement ailleurs, Itaâdo n'écoutait rien. Il méditait les paroles du savant au sujet de son double jeu. Qu'avait-il voulu dire ? Que savait-il ? Cet homme réservait certainement d'autres surprises encore.
— Nous allons à présent procéder à la mise en service du dispositif chronomodificateur, dit Moonqwist. J'ai passé la nuit à en peaufiner la programmation, et il ne reste qu'à presser le bouton que voici, lorsque le compte à rebours atteindra zéro.
Il indiqua alternativement un gros bouton protégé par un couvercle en plastique transparent et un cadran qui égrainait les secondes. Il restait un peu plus de deux minutes avant l'instant fatidique.
— Je vous laisse l'honneur de procéder, seigneur, dit Moonqwist en levant le couvercle de plastique et en faisant signe au Tyran.
Maghor fit le tour du gros cylindre gris et se plaça devant le tableau de contrôle. Bientôt, le compteur tomberait à zéro. Encore quelques secondes. Itaâdo, pourtant drapé dans sa dignité outrée, sentait une vague de sueur glacée couler le long de son échine. Il allait le faire ! Rien, aucune puissance dans la galaxie ne pouvait plus l'en empêcher ! L'Intendant vit avec une horreur croissante le gros doigt du Tyran s'approcher du bouton de commande alors que les secondes s'écoulaient.
Zéro. Itaâdo ne put réprimer un geste convulsif. Il leva le bras, comme pour empêcher, dans un ultime élan, son maître de commettre l'irréparable. Un souffle s'échappa de sa gorge alors que Maghor enfonçait le bouton. Tout un ensemble de cadrans se mit à clignoter et le cylindre métallique frémit sous l'impulsion électrique qui le parcourut alors que le dispositif se mettait en marche.
Quelque part, à des dizaines d'années lumières de là, à bord d'un vaisseau de guerre, le jumeau du cylindre se trouvant dans le laboratoire se mit à grésiller, à frémir lui aussi. Les quelques personnes qui assistaient à la scène virent, médusés, le dispositif perdre soudain sa substance, se troubler, comme une image tridimensionnelle perturbée par un champ magnétique. Dans un vrombissement, le dispositif disparut tout à fait. Il avait quitté la réalité, le présent, pour son voyage sans retour dans le temps. Plus aucune force dans l'univers ne pouvait à présent arrêter sa course folle.
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Uttini



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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 12:33

— Voilà, dit Moonqwist.
— Combien de temps avant l'explosion ? dit Maghor.
— Intéressante question, répondit le savant. L'effet n'est certes pas instantané, contrairement à ce à quoi on pourrait s'attendre. Il faudra du temps à la machine pour amplifier son mouvement pendulaire et atteindre l'amplitude temporelle voulue. Puis-je attirer votre attention sur ce compteur ?
Il indiqua du doigt un écran, encastré sur le panneau de contrôle du dispositif. Il avait commencé à compter les secondes dès que le dispositif était entré en fonction.
— Il faudra à la machine environ six heures pour atteindre l'amplitude adéquate. Nous l'avons programmée pour exploser à ce moment précis, alors qu'elle se trouvera pile à l'époque et à l'endroit où a eu lieu la fameuse réunion secrète de Krillka IV. Quelques minutes avant ce moment, nous entourerons la forteresse d'un champ de chronoénergie qui nous protègera du changement temporel induit par le dispositif. Ensuite…
Maghor parut satisfait mais manifesta quelques signes d'impatience. Six heures, c'était plutôt long. Six heures à tuer avant de redevenir le maître incontesté de la galaxie. Il n'allait pas les passer à poireauter debout dans ce laboratoire.
— Alors, dit Maghor, rendez-vous dans cinq heures quarante-cinq.
— Il n'est pas forcément utile de se retrouver ici-même, dit Moonqwist. Toute la forteresse sera protégée, ainsi que l'astroport attenant. Personne ne ressentira rien de particulier lorsque le continuum temporel sera affecté, ni ici ni ailleurs. Nous serons simplement les seuls à nous rendre compte du changement. Je propose que nous nous retrouvions dans la salle de conférence.
Maghor approuva d'un grognement. Il aurait préféré que tout cela avance un peu plus vite, mais même le plus grand tyran galactique devait se plier aux lois de la chronophysique et aux exigences techniques du dispositif. Il fit un geste de la main pour congédier Benhigh et lui-même quitta le laboratoire. Seul Itaâdo resta planté là, paralysé, blême, le front luisant de transpiration. Il n'avait rien pu faire. Dans quelques heures… Qui sait, plus tôt peut-être, quelque chose de terrible allait se produire, il en était convaincu. Moonqwist dissimulait quelque chose, quelque chose de très important. Sur le visage, son sourire semblait trop énigmatique, le sourire de celui qui est parvenu à ses fins, vif, satisfait et en même temps résigné à une issue terrible. Le savant lança un regard à l'Intendant, et ses yeux en dirent long.
— Rentrez chez vous, Gûp, dit-il, et patientez. Je vous promets que très bientôt le changement sera des plus intéressants.
Et il se retourna vers son tableau de commande, suivant du regard les graphiques qui s'affichaient sur ses écrans de contrôle. Tout était dit. Itaâdo, la mort dans l'âme, quitta le laboratoire et se rendit à la salle de conférence encore déserte. Là, il tira son bloc mémoriel et se mit à pianoter sur son clavier. Il remplissait son journal, le récit au jour le jour des événements.
Quelle serait la valeur de ces informations une fois la trame du temps modifiée ? Un ultime témoignage de ce qui a été. Ou aurait pu être. Il se figea, soudain, les doigts suspendus au-dessus du clavier. Une idée terrible le frappa: il n'était pas trop tard encore pour agir, pour entrer en communication radio avec les Libertaires, pour les avertir… Mais les avertir de quoi ? Qu'ils allaient être anéantis dans leur passé ? Qu'ils allaient bientôt cesser purement et simplement d'exister ? Peut-être Maghor lui-même allait-il le faire, d'ailleurs, dans une ultime ironie, concluant son message de son sinistre rire gras, se divertissant de leurs derniers et vains efforts pour balayer les forces du Tyran. Voilà qui serait bien dans son style ! L'Intendant reprit sa frappe. Il consignait tout sans états d'âme, faisait journellement un rapport purement factuel des événements. D'ailleurs on ne lui demandait pas d'avoir des sentiments. Inutile ! Aujourd'hui, Maghor Missaviv, empereur du Grand Bras, souverain d'Imperium, a modifié le cours du temps à son profit.
Qui pourra croire une chose pareille ? Quelle action étrange ! Cela paraissait si ridicule, ainsi inscrit noir sur blanc. Itaâdo fit glisser son doigt sur la surface métallique de son bloc et le texte s'afficha en surbrillance. Après quelques secondes passées à contempler les sinistres mots, il posa son doigt sur le bouton d'effacement. Il pouvait tout aussi bien effacer l'intégralité de son journal, supprimer toute la mémoire du bloc. Quelle importance à présent ? Mais il n'en fit rien. Une fois de plus, son conditionnement, sa conscience professionnelle demeuraient les plus forts. Il concocta un nouveau récit des événements, des faits observés, scrupuleusement, sans mentionner le sens de ce qu'il inscrivait, sans y instiller la moindre réflexion personnelle. Dehors, le soleil était presque au zénith. Une heure déjà était passée depuis l'activation du dispositif…
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 12:51

pas encore fait lecture du dernier chapitre mais moi aussi je me passionne pour ce qui touche au sciences, à l'astrophysique et au temps... tes explications tiennent la route, c'est un bonheur que de lire quelque chose de bien ficelé...
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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Mar 29 Juil - 14:12

Snif, pas le temps de lire avant demain voire jeudi.

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MessageSujet: Re: Un peu de SF...   Aujourd'hui à 18:24

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