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 L'interview de Christophe Lambert

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Minos
Lapinou Imperator
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MessageSujet: L'interview de Christophe Lambert   Dim 15 Juin - 13:54

Voici les réponses de Christophe Lambert à nos questions, reçues tout à l'heure ! cheers

Un énorme merci à lui de s'être prêté au jeu. Very Happy

1- Quel est ton parcours en tant qu'auteur professionnel ? Qu'est-ce qui t'as poussé à écrire ?
C .L. : J’ai publié mon premier roman en 1996. Une amie m’avait informé que les gens de Hachette recherchaient des polars pour la jeunesse ; j’ai tenté ma chance et ça marché du premier coup… Je ne peux pas dire, comme bon nombre d’auteurs, que j’ai ramé des années avant d’être publié. Ensuite les romans se sont enchaînés au rythme de trois ou quatre par an. Depuis quelques temps, j’ai levé le pied et essaie de produire un roman « adulte » + un « jeunesse » par an. Les rencontres avec les lecteurs, en salons, festivals ou dans les classes, m’aident à joindre les deux bouts. J’écris également de temps en temps pour la télé (dessin animé ou bibles de séries « live »), ce qui est nettement plus rémunérateur que la littérature. Ma motivation : raconter des histoires. C’est ma passion depuis l’enfance, mon oxygène.

2- As-tu d'autres conseils sur la méthodologie (pour nommer des persos ou des lieux, développer des caractères...) ?
C.L. : J’en donne plein sur mon blog (http://fr.blog.360.yahoo.com/blog-phY3T2krc6CBvLIygA--?cq=1), dans la rubrique « making of » (voir les tags), où je décrypte l’élaboration de certains de mes romans (LA BRECHE, LE SOUFFLE MARS, SOUVIENS-TOI d’ALAMO…)

3- Ecris-tu tout le temps sur des sujets que tu as toi-même choisi ou reçois-tu des commandes ?
C.L. : Pour les romans, c’est moi qui amène le sujet neuf fois sur dix. pour les nouvelles, c’est l’éditeur qui amène le thème neuf fois sur dix (du genre « fais moi quelque chose pour mon anthologie sur la pollution, coco »)

4- Parle-nous un peu de tes galères de jeune auteur. Tes difficultés à être lu, et pourquoi pas à être édité.
C.L. : J’ai galéré en temps que jeune réalisateur, quand je faisais des courts-métrages et essayais (sans succès) de passer aux longs. En littérature, comme je l’ai dit plus haut, ça a « marché » tout de suite.

5- Es-tu satisfait ou non lorsque tu poses tes yeux sur tes propres textes au moment de la relecture ?
C.L. : Je suis plutôt satisfait. Je dis bien plutôt car il y a toujours des moments où je gémis « Mon Dieu, ça ressemble à du roman de gare ». Parfois, j’arrive à améliorer les choses. Parfois non. Ce dont je suis souvent content, c’est le rythme. Je pense que j’ai un bon sens du tempo, de la structure, même si je confonds des fois vitesse et précipitation, sur la fin. Pour le style et les personnages, j’ai encore des progrès à faire. Mon écriture est certes « cinématographique » (c’est le terme qui revient le plus souvent dans les critiques) mais je trouve qu’elle manque d’élégance littéraire, d’inventivité. Et certains de mes persos gagneraient à être plus fouillés, je le concède. Simenon disait « jusqu’à 40 ans, on gâche du plâtre ». J’en ai 39, donc selon ses critères, je n’ai pas encore fini mes années d’apprentissage.

6- Sur la page de ton site consacrée aux "Secrets de fabrication", dans le paragraphe intitulé "La petite musique ; le style", tu parles du fond qui dicte la forme, et de l'écriture selon des styles familiers, fleuris, secs ou baroques. Existe-il de grandes catégories de styles différents et si oui, lesquels ? N'est-il pas difficile voire hasardeux de faire cohabiter plusieurs styles différents pour le même écrit, selon les messages et les ambiances véhiculés par le texte ?
C.L. : Il existe une infinité de styles littéraires, de même qu’il existe une infinité de styles graphiques, musicaux, etc. Il n’y a qu’à lire quelques lignes de Tolkien, Modiano, Proust, Céline, King, etc, etc, pour s’en persuader. Après, on peut délimiter des grandes familles, des courants, mais ça serait un peu long à développer ici, tout ça. Quant à la seconde question : faire cohabiter des styles différents dans une même histoire, c’est possible, quoique risqué car il faut que cette hétérogénéité ait du sens et une fonction narrative. Par exemple, on peut revivre une même scène avec différents points de vue et adopter successivement des styles distincts ou encore avoir un montage alterné avec différents persos, chacun de ces segments étant écrit dans un style qui lui est propre. Mais bon, c’est assez voyant, pas forcément très fin. Je dirais qu’il faut être déjà bien rôdé pour réussir cet exercice périlleux.

7- Toujours sur ton site, tu dis que « Dans les fictions classiques, chaque personnage important est doté d’une PROBLEMATIQUE interne. Il s’agit souvent d’une faille, d’une fêlure qu’il n’a pas encore réussi à surmonter. En effet, les gens totalement bien dans leur peau (est-ce que ça existe d’ailleurs ?) fournisse rarement un matériau très riche, dramatiquement parlant. »
La problématique interne en question me paraît bien galvaudée de nos jours, et surtout suremployée. Considères-tu que ce soit toujours une chose essentielle dans le background d'un personnage ?

C.L. : Tu as peut-être raison, mais je crois quand même que nous regardons des films et lisons des livres pour y voir des personnages confrontés à des problèmes, comme nous (enfin, en plus exacerbés), et qui vont les résoudre (souvent mieux que nous). Leurs actions ont valeur d’exemplarité : ne pas abandonner, être plus tolérant, prendre confiance en soi, apprendre à pardonner, etc. Un personnage intéressant apprend toujours quelque chose sur lui-même au cours d’une aventure. Si son but, c’est juste survivre, tu obtiens des héros monolithiques… Regardez les personnages dans les (bonnes) séries télé. Ils sont très soignés, car ils doivent « exister » durant une longue période. L’arc de transformation est vraiment essentiel. Ou alors, le héros peut être quelqu’un de déjà « accompli » qui aide les autres à se découvrir : Eddy Murphy dans « Le flic de Beverly Hills » ou Marty McFly dans le premier « Retour vers le futur ». Notez que, pour les deux opus suivants, les scénaristes ont inclus un arc de transformation concernant Marty : il doit apprendre à ne plus péter les plombs quand on le traite de « mauviette ». En trois films, le Han Solo de la trilogie originale passe du stade « cynique individualiste » à celui « d’amoureux dévoué à la cause ». Ou alors rappelez-vous le héros de « Un jour sans fin » (sublime film). S’il n’apprend pas à s’améliorer, il n’y a plus de film ! Si D’Artagnan et Luke Skywalker restent des chiens fous naïfs toute leur vie, ce n’est pas très intéressant.

8- Encore sur ton site, tu dis que « L’après- midi est consacrée aux relectures, aux corrections stylistiques, aux recherches pour un prochain livre. »
A part épurer ses phrases pour, en le moins de mots possibles, véhiculer une idée, que sous-tend ce terme pour un auteur ? Après avoir viré les adverbes, les verbes « être », utilisé à bon escient les participes présents, évité les mots qui se ressemblent, et varié les structures de phrases, manque-t-il encore des types de corrections qui te paraissent évidentes ?

C.L. : C’est le minimum syndical. Après, il y a plein de micro-corrections qui varient selon la sensibilité, les ambitions littéraires et le degré de perfectionnisme de l’auteur. Mais les corrections ne sont pas QUE stylistiques. Exemples : ce passage est confus, on n’arrive pas à spatialiser l’action… Tel personnage ne devrait pas s’exprimer de cette manière… Ce renseignement arrive trop tôt ou de manière trop grossière… Ce passage est trop bavard, verbeux… Cette fin de chapitre ne contient pas assez de suspense… Il faut inverser ces deux séquences pour donner plus de rythme… La réaction du personnage n’est pas cohérente avec ce que l’on sait de lui, etc, etc.

9- Enfin, tu dis « Je crois qu’il est bon de connaître les règles de Syd Field »
Je dois avouer que je n’avais jamais entendu parler de ces règles avant que tu n’en fasses état…et que connaître leur existence me gâche un peu la vie d’auteur-improvisateur-à-outrance. Les tiens-tu toujours en si haute estime et te semblent-elles vraiment importantes voire primordiales dans l’élaboration d’un texte ?

C.L. : Chacun sa « popote ». Retombes-tu sur des schémas classiques, quand tu improvises, où aboutis-tu à des choses déstructurées, décousues, anti-dramatiques (ça peut être intéressant, aussi, je ne dis pas le contraire) ? Je ne cherche pas à imposer ce modèle mais je pense qu’il peut aider les gens qui débutent et veulent écrire du divertissement efficace, de l’aventure. C’est un filet de sécurité. Mais les règles sont aussi faites pour être bousculées. J’aime beaucoup le film INCASSABLE qui n’est rien d’autre qu’un gigantesque acte 1 : il s’arrête là où les autres histoires de super-héros prendraient leur envol. C’est très audacieux, et réussi, dans ce cas précis.

10- Tu écris surtout de la SF jeunesse. Est-ce un choix personnel, concernant le public visé, où est-ce plus simplement qu'en France, il y a des réticences certaines à considérer la SF comme étant un genre pour les adultes ?
C.L. : J’ai fait mon trou en jeunesse, un peu par hasard, quand j’ai débuté. Ceci étant dit, mes romans jeunesse ne différent pas beaucoup de mes romans adultes : ils sont juste plus longs et (parfois) plus violents. Dans les deux cas, l’aventure et l’action sont au premier plan. La SF, en France, est un peu un ghetto littéraire : un noyau dur de fans et très peu d’accès au grand public, aux médias… mais c’est mon genre préféré, que voulez-vous… La fantasy a pris son envol depuis quelques années, grâce au succès de la trilogie de Peter Jackson, relayé par quelques best-sellers littéraires (je pense au LEGENDE de Gemmel, par exemple). Je doute que la SF connaisse un jour le même (heureux) sort car c’est un genre par essence plus complexe, plus « social », donc moins facilement abordable (il y a bien le space opéra, mais là encore, c’est plus dur à mettre en place et à appréhender qu’un monde médiéval classique mâtiné de magie).

11- Par extension, quelles sont les différences dans ta manière d'écrire, selon que tu écrives pour des adultes ou des plus jeunes ?
C.L. : Clarté et rythme sont les deux contraintes majeures en jeunesse… mais je me les impose également en adulte. Pour ce qui est du vocabulaire, je ne me censure guère dans les collections jeunesse ; je m’arrange pour qu’un gamin puisse, par déduction et grâce au contexte, comprendre le sens des mots compliqués. Je n’aime pas les notes de bas de page.

12- Ta personnalité influence-t-elle tes héros ?
C.L. : Oh oui. Les gentils aussi bien que les méchants. Il y a un peu de moi dans tous mes personnages, même quand il s’agit d’un serial killer xénophobe (l’exemple est extrême Wink ).

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Dernière édition par Minos le Mar 1 Juil - 18:59, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: L'interview de Christophe Lambert   Dim 15 Juin - 19:36

Minos, tu as une âme de journaliste, je ne saurais m'y tromper. Tu devrais de reconvertir.

Très bonne interview avec tout ce qu'il faut de malice et d'humour. Félicitation, on y apprend pleins de choses.
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Minos
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MessageSujet: Re: L'interview de Christophe Lambert   Dim 15 Juin - 23:49

Y'a tellement de domaines dans lesquels j'aimerais me reconvertir. Wink

Et entièrement d'accord avec toi sur le fait que les réponses sont très intéressantes.

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MessageSujet: Re: L'interview de Christophe Lambert   Mar 1 Juil - 22:15

Un petit rappel pour ceux que l'oeuvre de Lamb Bear (j'ai du mal à l'appeler autrment, ça doit être l'effet SWU) intéresse :

son site officiel :
http://www.noosfere.org/heberg/auteurstf1/sommaire.asp?site=10

son blog :
http://lambear.canalblog.com/

Pour ma part, je ne vais pas tarder à attaquer un de ses romans, dès que j'en aurais trouvé un (il est à la FNAC de Bruxelles mais pas à celle de Lorient, un scandale ! Razz ).

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MessageSujet: Re: L'interview de Christophe Lambert   Dim 27 Juil - 12:33

Ho! Tu oublie son oeuvre graphique ! A voir sur
SWU et là !
Salut à toi, Chris !
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