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 A l'aube du changement

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Notsil
Candy
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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Jeu 22 Mai - 22:26

Un bon mois après, vlà la conclusion de l'histoire de Lias !

EDIT : bien long, j'ai du le couper pour que ça rentre dans le post ^^

Sarah et Erod terminaient leur quatrième bol de thé, et la bougie placée sur la petite table n’était qu’à moitié consumée.
–Je vais remettre de l’eau à chauffer, dit-elle en se levant.
Erod en profita pour jeter un coup d’œil à travers l’ouverture de la tente, mais le ciel nuageux rendait impossible la vision des étoiles et du temps qui passait. Il s’inquiétait pour Lias. Leur jeune fils n’était toujours pas rentré, et il commençait à se demander s’ils avaient eu raison de le laisser partir seul à la rencontre d’un inconnu. Il n’avait que treize ans, après tout…
–Nous avons pris la bonne décision, dit Sarah en revenant s’asseoir sur les coussins aux teintes chamarrées.
Elle arrangea son châle avant de continuer.
–Nous savions que Lias était différent quand nous l’avons trouvé dans cette forêt…
–Justement, la coupa Erod, il a été abandonné. Aucune trace de lutte ni de corps n’était visible….Et si nous avions fait une erreur ? Et si ils avaient eu une raison pour l’abandonner ?
–Allons Erod, les coutumes des peuples qui nous entourent ont beau être différentes, si Lias avait représenté un véritable danger, il aurait été tué et non abandonné…
Elle se détourna, et crispant ses mains sur sa jupe ample, continua d’une voix brisée par les larmes :
–Le Dieu nous soit témoin, comment pouvons-nous parler de notre fils ainsi ?
–Allons, tout va bien, lui murmura Erod en l’entourant de ses bras.
–J’ai envie qu’il revienne…J’ai besoin de le serrer contre moi, ce n’est encore qu’un enfant…
–Il est presque un jeune homme, Sarah…d’autres avaient déjà passé la cérémonie à son âge.
Son épouse n’eut pas le temps de répondre, car Lias rentra enfin, essoufflé et tout excité. Les deux parents furent aussitôt soulagés de le voir sain et sauf.
–Maman, papa, commença-t-il les yeux brillants de joie.
–J’étais folle d’inquiétude ! l’interrompit Sarah en l’enlaçant.
–J’ai réussi ! dit-il enfin en se libérant de l’étreinte de sa mère.
Elle ne se démonta pas pour autant et entreprit de vérifier qu’il était bien en un seul morceau.
–Réussi quoi ? demanda Erod.
–A me transformer complètement en panthère ! fit-il avec une fierté non dissimulée. Lyderis a promis de tout m’apprendre. C’est tellement…
–Qui est Lyderis ? coupa sa mère.
–C’est le Svetlanien, voyons, dit Lias en s’agaçant de ces interruptions permanentes. Je vous en ai déjà parlé.
–Pourrais-tu dans ce cas l’inviter à venir dîner un de ces jours ? J’aimerai le remercier personnellement, ajouta-t-elle.
–Oui, je lui dirai…Bon, c’est fini vos questions, je peux vous raconter maintenant ?
Sarah et Erod échangèrent un sourire, avant de se concentrer sur le récit détaillé de leur jeune fils.


*****
Les jours passèrent….Le changement d’humeur de Lias fut radical pour ses proches et amis. Après quelques jours où il avait broyé du noir face à un nouvel aspect de lui qui le terrifiait, il affichait maintenant une joie de vivre qui ravissait ses parents. Tous les soirs, il rejoignait Lyderis qui lui dévoilait patiemment toutes les subtilités de ses capacités de métamorphose. L’adolescent savait désormais changer uniquement ce qu’il désirait, pour modifier sa perception des couleurs, écouter des bruits imperceptibles – très pratique pour espionner des conversations, décida-t-il. Il affina aussi son contrôle, pour éviter que sous le coup de la colère un coup de poing se transforme en coup de griffe bien plus dangereux.
Lias avait aussi réussi à convaincre le Svetlanien de venir au Camp. D’abord réticent, Lyderis avait fini par céder face à l’insistance du Sharazien. Il était resté poli mais distant lors du dîner organisé par Sarah et Erod, peu désireux de s’étendre sur l’histoire et les capacités spéciales de ceux de sa race. Avoir en face de lui les personnes qui avaient recueilli Lias le mettait mal à l’aise. Plusieurs enfants étaient abandonnés à leur premier anniversaire, lorsque leur Révélation se passait mal. Comment pouvait-il expliquer ce principe à des Sharaziens dont la réputation d’accueil n’était plus à faire ?
Il ne pouvait pas non plus leur dire que tous les Svetlaniens naissaient asexués, jusqu’à leur première métamorphose le jour de leur Révélation, avec ce passage sous forme animale qui les marquait définitivement comme homme ou femme…Mais il y avait toujours des exceptions, des bébés qui naissaient en présentant déjà ces caractéristiques, et dont généralement la Révélation se passait mal….dans ce cas, ils n’avaient qu’une règle : confier l’enfant aux Esprits de la Forêt qui l’avaient réclamé.
Lyderis avait appris par la suite que ces enfants étaient parfois sauvés par d’autres peuples, mais ils ne développaient que très rarement leurs dons naturels : les Chamanes se trompaient rarement dans leur sélection.
Pourrait-il réussir à convaincre Lias de revenir vivre parmi eux ? Il en doutait, l’adolescent avait trop d’attaches avec les Sharaziens, et il avait tout ce dont un garçon pouvait rêver : une famille aimante, des amis proches, une vie simple, calme et bien remplie.
Une existence bien à l’opposée de celle menée par les Svetlaniens, grands chasseurs qui protégeaient jalousement leur territoire. Lyderis avait bien essayé de lui inculquer quelques notions de chasse, mais après le pistage il avait obstinément refusé d’aller trouver de la viande fraîche – un mets nettement plus goûtu que les légumes et racines qu’on lui avait servi.
Il se souvenait encore de la pâleur subite de l’adolescent, qui s’était brusquement détourné pour vomir, alors qu’il tenait un lièvre entre ses crocs. Il avait failli se moquer de son estomac sensible, mais il s’était abstenu, sans qu’il ne sache trop pourquoi.
Quelques jours plus tard, Lias s’était présenté en retard, et avant qu’il ne puisse lui faire une remarque acide, il avait débité tout d’un trait qu’Ifan’Sharaz, le Grand Prêtre du Clan, avait décidé qu’il était prêt pour sa cérémonie. Devant l’air perplexe du Svetlanien, il expliqua avec des yeux brillants de joie qu’il allait devenir un homme pour les siens. Enfin, il ne serait plus traité comme un enfant !
–Viendras-tu ?
La question prit Lyderis par surprise.
–Lias…je ne peux pas. Je t’ai appris tout ce que tu devais savoir pour ta sécurité. Il est temps que je te laisse.
–Mais…pourquoi…et s’il me reste des questions ?
–Tu seras bientôt un homme, non ? Alors cesse de dépendre des autres, et cherche toi-même tes réponses. Adieu, Lias, j’ai été heureux de te connaître.
–Attends !
Le Sharazien fit quelques pas dans la direction où Lyderis avait disparu, avant de laisser retomber son bras. Il serait impossible de le rattraper…mais il aurait tellement voulu qu’il soit là pour sa cérémonie. Après tout, il lui avait appris à ne plus craindre son côté « animal », mais au contraire en avait fait un don utile.
Ses parents remarquèrent son air morose dès son retour, plus tôt qu’à l’accoutumée.
Ils le questionnèrent, et il finit par avouer que Lyderis était parti. Si Sarah comprenait le chagrin de son fils, intérieurement elle se réjouit. Le Svetlanien ne lui avait pas laissé une bonne impression : trop froid, trop distant. Elle était heureuse qu’il ait pu aider Lias mais elle l’était tout autant qu’il s’éloigne.
L’adolescent leur souhaita bonne nuit d’un air maussade ; mais ses parents ne lui en tinrent pas rigueur : il serait bientôt suffisamment accaparé par la préparation de sa Cérémonie pour ne plus y penser.

Le lendemain, Lias retrouva Malm et Dogger. Les deux garçons étaient très excités, et leur joie se propagea vite à Lias, heureux de passer sa Cérémonie avec ses meilleurs amis. Ils étaient une dizaine à se préparer en vue de la conjonction prochaine des deux lunes, Lurten et Ronys.
Ils se présentèrent devant le Grand Prêtre Ifan, qui leur donna la même consigne aux autres : tresser chacun un panier pour la Cérémonie.
Malm grommela dès qu’ils furent hors de vue : quelle idée stupide ! Il s’attendait à quelque chose de beaucoup plus excitant…Dogger se moqua de lui, après tout, si c’était si facile, il terminerait en premier non ?
Mis au défi, Malm grogna quelques jurons grappillés auprès des adultes, avant de se taire pour mieux se concentrer. Assis autour d’un tas de branches d’osier, silencieux et appliqués, les doigts souples et le geste précis, ils terminèrent rapidement, Dogger en tête comme toujours, bientôt suivi par ses deux amis.
Contemplant leurs œuvres, ils éclatèrent de rire. Lias était parti sur un simple panier rond, tandis que Malm en avait confectionné un à base ovale, et Dogger avait réussi une base rectangulaire, la plus difficile de toutes.
–Vous pensez qu’Ifan va nous sortir que c’est pour nous prouver qu’il existe différents moyens pour parvenir au même but ? fit Malm.
–Fort possible…je crois bien qu’il fait cette réflexion assez systématiquement, ajouta Dogger.
Les trois compères s’esclaffèrent.
–Nous ferions mieux de ramener nos œuvres au Grand Prêtre, décida Lias, impatient de connaître la suite des évènements.
Mais même si Ifan les félicita pour leur rapidité, et commenta leur travail de la façon dont ils s’y attendaient, il ne leur permit pas d’en savoir plus que les autres enfants. Il leur faudrait attendre qu’ils finissent également.
Les trois garçons furent finalement chassés du campement par Ifan, excédé de les voir tourner en rond comme les mouches autour d’un cadavre.

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Notsil
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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Jeu 22 Mai - 22:26

Ils avaient donc décidé de tromper leur ennui en lançant des galets dans les eaux calmes de la rivière. La pierre de Malm ricocha quatre fois avant de s’enfoncer dans les flots.
–Franchement, ça servait à rien de se presser autant, maugréa-t-il.
–Tu préfèrerais qu’on soit allé trouver nos parents ? rétorqua Lias. Ils nous auraient trouvé une nouvelle corvée…Là au moins on a le reste de la journée pour nous, puisqu’Ifan ne veut pas nous revoir « avant le coucher du soleil ! » termina-t-il en imitant la voix du vieil homme.
Les trois amis savourèrent leurs instants de liberté. Assis dans les herbes qui bordaient la rive Est, ils faisaient tournoyer les pierres plates dans leurs mains avant de les envoyer ricocher sur la surface de la rivière.
Un vent doux agitait mollement les branches des saules en un froufrou de feuilles, et de temps à autre le trille d’un oiseau résonnait.
–Alors, que va nous demander le Grand Prêtre d’après vous ?
Lias et Dogger échangèrent un regard amusé. La nature impatiente de Malm n’avait pas tardé à prendre le dessus. Cependant ils avaient eu eux aussi le temps d’y réfléchir.
–A mon avis, il suit une certaine logique, commença Dogger. Des étapes successives à franchir pour nous, je suppose. La première tâche était relativement simple, mais peut-être avait-elle un sens caché ?
–A quoi servent les paniers alors à votre avis ? demanda Lias.
–D’une manière générale ou dans ce cas précis ? commenta Malm en fronçant les sourcils.
–Dans les deux cas, la réponse est la même, fit Dogger en haussant les épaules. Un panier, n’est qu’un contenant. La vrai question, c’est plutôt, avec quoi va-t-on le remplir ?
–Pas bête ton raisonnement, observa Lias.
–Je le trouve trop simple, grogna Malm, c’est quand même notre Cérémonie, ça n’arrive qu’une fois dans une vie, et on devrait juste remplir un vulgaire panier ? Non, je n’y crois pas.

Trois jours plus tard, les trois garçons se retrouvèrent à quatre pattes dans l’herbe humide, pestant contre la nouvelle « mission » qu’Ifan leur avait donnée.
Ramasser des vers de terre et autres limaces ! Lias contempla sa prise avec dégoût avant de l’envoyer rejoindre la masse grouillante dans son panier. Luttant contre la répulsion que cette tâche lui inspirait, il se tourna pour apercevoir le visage livide de Malm. Une vision qui le rassura : au moins, il n’était pas le seul !
–Je déteste quand Dogger a raison, bougonna-t-il.
–Regardez-moi la taille de celui-ci ! s’exclama justement Dogger.
Lias eut un mouvement de recul comme il brandissait un énorme vers du diamètre de son pouce.
–Très beau, mais je t’en prie, tu peux le garder pour toi…
Comment Dogger pouvait-il s’amuser follement avec ces…choses gluantes et répugnantes ? Leur simple contact lui donnait des frissons.
Et comment le Grand Prêtre avait-il su qu’il allait pleuvoir cette nuit ? La veille à peine de la Cérémonie….il devait vraiment avoir l’oreille du Dieu.
Les genoux verts, les mains et la figure couvertes de traces terreuses, les neuf jeunes gens qui passeraient leur Cérémonie sous peu ramenèrent avec plus ou moins d’enthousiasme leurs « prises » à Ifan.

Ils n’avaient plus qu’à se laver pour se débarrasser de toute cette crasse. Ils devraient aussi jeûner jusqu’au lendemain, une perspective qui ne les gênait pas, la plupart ayant déjà une boule dans le ventre qui ne leur donnait nulle envie d’avaler quoi que ce soit. Quant aux autres, avoir passé une après-midi à attraper des vers leur avait ôté tout appétit.
C’est avec une certaine impatience teintée d’appréhension que Lias finit par aller se coucher. Que se passerait-il demain ? Se sentirait-il vraiment différent ? Et en quoi consisterait finalement la Cérémonie ? Que devraient-ils faire ?
Mille questions tourbillonnaient dans son esprit, et il se tournait et retournait sous ses couvertures sans parvenir à trouver le repos. Son estomac commençait à protester de ne pas avoir été correctement rempli. Comment dormir dans ces conditions ? Il se le demandait encore lorsqu’il sombra dans un sommeil sans rêves.


Et enfin le jour tant attendu arriva. Les jeunes gens quittèrent de bonne heure le campement avec Ifan. Le Grand Prêtre les fit marcher à bonne allure jusqu’à ce que le soleil soit bien haut dans le ciel. Le paysage était toujours le même ; l’herbe verdoyante et ondulante de la prairie, la forêt d’Arfirod qui se devinait vaguement sur leur gauche, et l’horizon dégagé droit devant….
Ils finirent par découvrir un grand arbre, plusieurs fois centenaire au vu de la circonférence de son tronc. Il avait été régulièrement frappé par la foudre, et l’épais tronc était fendu en plusieurs endroits. Malgré tout, des branches continuaient à pousser, signe que le cœur de l’arbre était bien vivant, lui donnant une apparence de verdure des racines jusqu’à la cime.
Une partie rocheuse saillait entre les racines noueuses, comme si l’arbre s’était fermement ancré dans un support solide ; la roche affleurait, formant une grande plaque, polie par les intempéries.
Ils y déposèrent leurs paniers débordants de vers, et s’assirent en demi-cercle autour d’Ifan’Sharaz, qui s’apprêta à leur conter l’histoire du Dieu des Far’Sharaziens.
« Lorsque le Grand Cataclysme frappa, des milliers de gens périrent, et des milliers d’autres furent précipités sur les routes, sans toit, sans eau ni nourriture, sans lieu où aller.
Mais les terres étaient elles aussi dévastées, et rapidement la famine fit son apparition.
Une centaine d’hommes et de femmes s’étaient rassemblés, marchant dans la direction du soleil levant dans l’espoir de s’en sortir. Affamés, chaque jour qui passait laissait un ou deux cadavres ; mais chaque matin, les survivants enterraient les morts, et reprenaient la route.
Le jour où un oiseau argenté descendit des cieux à leur rencontre, ils crurent au miracle. De la nourriture !
Ceux qui en avaient encore la force s’empressèrent de ramasser cailloux et bâtons sur la route, pour tenter d’abattre le volatile. Mais il déjoua facilement toutes leurs tentatives, se contentant de s’éloigner chaque fois hors de portée de ces armes rudimentaires.
Un homme, plus sage que les autres et qui avait pour nom Faraz, leur enjoignit de cesser leur attaque. Ils devaient suivre cet oiseau.
Certains prétendirent qu’il était fou de gâcher une telle opportunité de se procurer de la nourriture ; mais il rétorqua qu’ils n’avaient rien à perdre à le suivre, les animaux sachant trouver les points d’eau. Un autre ajouta qu’ils auraient aussi la possibilité de tomber ainsi sur tout un ensemble de ces créatures.
La perspective de manger tout leur saoul leur fit accepter la proposition de Faraz. Ils marchèrent longtemps, car le volatile n’était pas disposé à avancer bien vite, mais lorsqu’ils arrivèrent en bordure d’une forêt, ils virent les buissons qui ployaient sous les fruits mûrs, les oiseaux qui s’envolèrent à leur approche ; ils entendirent les flots impétueux d’une rivière, les cris de la vie…Un lieu miraculeusement épargné par le Grand Cataclysme.
Après la dévastation qu’ils avaient traversé, ils avaient du mal à croire leurs sens. L’oiseau était resté près du groupe, et Faraz s’approcha avant de déclarer :
« Tu nous as sauvé d’une mort lente en nous indiquant ce refuge ; nous n’oublierons pas ta générosité. En remerciements, nous accueillerons à notre tour nos frères perdus pour leur redonner le goût de vivre. »
L’un des chasseurs s’avança à son tour.
« Je m’excuse d’avoir osé la main sur toi, venu en paix pour nous aider. A compter de ce jour, jamais plus nous ne lèverons la main sur un animal, dussions-nous y laisser la vie. »
Il se tourna vers ses compatriotes et continua :
« Je propose que nous nous installions ici, et que Faraz soit notre guide, car c’est grâce à sa sagesse que nous sommes parvenus jusqu’ici. »
Voilà comment les hommes et les femmes arrivés au terme d’un long voyage finirent par prendre le nom de Far’Sharaz, en hommage à l’homme qui les avait sauvés. L’oiseau-sauveur fut sculpté dans le bois et la pierre, pour que nul n’oublie jamais qu’ils devaient leur salut à l’incarnation du Dieu. »
Un long silence suivit les paroles du Grand Prêtre. Lias, Dogger et Malm s’entre-regardèrent. La description correspondait parfaitement à l’oiseau mort sous leurs yeux. Le Dieu était-il si impuissant, qu’il n’avait pu se sauver d’un simple prédateur ?
Mais Ifan n’avait pas fini. Après leur avoir laissé le temps d’assimiler ces nouvelles connaissances, il leur expliqua qu’à chaque fois que les lunes étaient pleines ensemble dans le ciel, une à deux fois par an, alors les Far’Sharaziens commémoraient ce jour par une offrande au Dieu qui les avait sauvés de la famine. Les lunes déterminaient aussi les dates pour les Cérémonies, mais ça, les jeunes gens n’avaient pas à le savoir.
Ils durent attendre avec le Grand Prêtre, que le Dieu en personne daigne faire son apparition, et leur dévoile une partie de leur futur.
Comme les autres, Lias était nerveux, mais pas pour les mêmes raisons. Un être aux pouvoirs si incroyables ! Comment pouvait-il avoir fini dans l’estomac d’un fauve ?
La nuit tombait, et la prairie était seulement éclairée par les lunes rouge et verte qui lui conféraient une aura mystérieuse. Un bruissement d’ailes et il était là, l’œil fier sous les plumes brillantes. La clarté de Lurten leur donnait l’apparence d’émeraudes.
Il commença à picorer dans les paniers, et pas un bruit ne s’élevait parmi les jeunes gens qui retenaient leur souffle.
Lias était aussi captivé que les autres, jusqu’à ce qu’il perçoive une odeur familière…Lyderis. Une joie sans bornes l’envahit. Alors finalement, il était venu !
Il le trouva, ombre parmi les ombres, tapis contre le tronc, les yeux d’ambre fixés droit devant lui. L’allégresse fit place à l’horreur lorsque Lias comprit qu’il était en chasse, et que sa proie était le Dieu lui-même !
Il devait faire quelque chose, mais quoi ? Ifan leur avait interdit de prononcer la moindre parole en présence du Dieu, et conseillé de se concentrer plutôt sur leur avenir.
Quand il le vit se ramasser pour bondir, alors que le Dieu festoyait joyeusement sans comprendre le danger qui le menaçait, Lias n’hésita pas, et se transforma pour bondir à son tour. Jamais il n’avait été aussi rapide à se métamorphoser, et il intercepta Lyderis en plein vol, l’envoyant percuter le tronc de l’arbre avant de retomber lourdement sur le sol pierreux.
L’agitation avait fait fuir le volatile, mais Lias était soulagé : au moins, il était vivant. Reprenant forme humaine, il dut affronter les regards horrifiés de ses camarades. Evidemment qu’ils ne comprenaient pas, mais il aurait pensé avoir un peu plus de reconnaissance pour avoir évité la catastrophe !
–Lias…
La voix du Grand Prêtre était sèche et sévère.
–Tu viens de bafouer l’une des règles les plus sacrées de tout Sharazien, en tuant un animal.
–Comment ? ! fit Lias en écarquillant les yeux. Mais, je ne l’ai pas tué, je l’ai juste poussé pour sauver le Dieu, je ne …
–Lias. Un Dieu sait se défendre seul. Et vois par toi-même le résultat de ton acte inconsidéré.
Lentement, Lias s’approcha de la forme noire étendue sur le sol. Il posa la main sur ses côtes sans sentir le souffle qui les animait. Luttant contre la panique qui l’envahissait, il remarqua l’angle étrange que formaient la tête et le corps, sentit l’odeur métallique du sang. Il devint livide. Lyderis était mort. Il l’avait tué.
–C’était un accident, je n’ai pas voulu…
–C’est inutile, Lias. Accident ou pas, le résultat reste le même. Et la sanction, identique.
Lias crut que son cœur s’arrêtait. Non, ce n’était pas possible…Mais inflexible, Ifan continua d’une voix implacable :
–Tu es banni à jamais du Clan. Tu n’es plus un Sharazien, et tu devras quitter notre territoire à l’aube.
Anéanti, Lias tomba à genoux dans la terre meuble. Une seule erreur et sa vie était brisée à jamais. Qu’allait-il devenir ?
Il ne pouvait pas rester là. Les autres évitaient déjà son regard. Seuls Malm et Dogger paraissaient réellement chagrinés par la nouvelle, mais ils ne quitteraient pas le confort et la protection du Clan pour le suivre.
Il était seul, désormais. Se sentant tout à coup indésiré et indésirable, il se releva, et quitta les lieux sans un regard pour ses camarades.
La tristesse lui broyait le cœur, mais une étincelle d’espoir venait de renaître en lui. Il trouverait les Svetlaniens, et une nouvelle famille. Un espoir qui lui fit accélérer le pas en direction des bois. Il fut stoppé net dès qu’il eut franchi les premiers fourrés, la pointe d’une lance visant sa poitrine.
–Tu n’es pas le bienvenu en ces bois, jeune Lias, fit la femme qui lui faisait face.
–Mais je suis…
–Tu es un meurtrier, énonça-t-elle fermement. Tu as tué l’un des nôtres.
Ce fut comme si la foudre s’abattait sur lui. Il ne comprenait pas. C’était un accident, il n’avait pas voulu le tuer, pourquoi personne ne pouvait le comprendre ?
–Nul Svetlanien ne prendra jamais le risque d’attaquer une panthère ou un aigle, par crainte qu’il soit un autre Svetlanien.
–Je voulais juste…
–Ce que tu voulais n’a aucune importance, le coupa-t-elle, impitoyable. Maintenant et pour le restant de tes jours, tu dois demeurer loin de ces bois. Telle est la loi.
Lias se sentit vidé, brisé, anéanti. Jamais il ne fêterait son quatorzième anniversaire avec les gens qu’il aimait. Jamais il ne reverrait ses parents, ni ses amis.
Il avait eu la chance d’appartenir à deux peuples, et maintenant, il était condamné à l’exil loin des siens.
Plus rien n’avait d’importance. Il quitta les sous-bois, regagnant la lisière, la frontière entre deux peuples si différents, et dont les mœurs étaient pourtant si proches.


FIN Razz

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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Jeu 22 Mai - 22:52

Cool, la fin de l'histoire ! (va faloir que je trouve autre chose pour te harceler, du coup...).

J'ai beaucoup aimé, surtout que tout le psychologique de Lias est très bien retranscrit. Tout va aller bien pour lui, on y croit ! Et là, c'est le drame : plus dure sera la chute. J'aime ces fins à l'opposé des happy end ! Twisted Evil

Sinon, le clin d'oeil aux Piminomos est bien sympa aussi...même s'il a fallu que tu me dises qu'il y en avait un pour que je le remarque ! Rolling Eyes

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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Jeu 22 Mai - 23:21

Allez, une fois n'est pas coutume, commençons par les fautes :

Citation :
Le changement d’humeur de Lias fut radiacal
radical !
Citation :
Lias avait aussi réussi à convaincre le Svetlanien à venir
de venir
Citation :
Le lendemain, Lias retrouve ...
retrouva (concordance des temps, toussa)
Citation :
Ils étaient une dizaine à se préparer en vue de la conjonction prochaine des deux lunes, Lurten et Ronys
Citation :
qui leur donna la même consigne qu’aux autres
Citation :
les animaux sachant trouver les points d’eaux
eau

Sur le fond, je ne dirais pas grand chose de plus que Minos. Une chute bien triste, conséquence des lois ne prenant pas en compte l'avis de l'accusé et l'ignorance de certains (les Svetlaniens qui ne veulent même pas savoir qu'il ne connaît pas leurs lois pour ne pas avoir été élevé par eux).
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Notsil
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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Ven 23 Mai - 11:11

Bizarre, j'avais cru corriger le "retrouve" mais j'ai du me planter de fichier ^^
Merci pour avoir vu tous ces petits détails !

(pourquoi je suis la seule à ne pas trouver la fin triste ?? ^^ )

Et merci pour vos avis aussi ^^ C'est tellement trop subtil que ça que les piafs sont des Piminomos ?

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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Ven 23 Mai - 15:48

J'ai adoré ton texte Notsil, il est plein de sentiments et les descriptions justement rendues. J'attends la suite ??? Heu non comme ça tu auras peut-être un peu de temps à consacrer à Heilénia... Je ne peux que remarquer la marge de progression entre celui-ci et le début des "12 royaumes", c'est flagrant.

Quelques remarques tout de même :


Notsil a écrit:
Il affina aussi son contrôle, pour éviter que sous le coup de la colère un coup de poing se transforme en coup de griffe bien plus dangereux.
"coups de poing ne se transforme". Je ne sais pas si j'ai raison mais dans des phrases comme celle-ci je suis porté à utiliser une négation.


Notsil a écrit:
Il se souvenait encore de la pâleur subite de l’adolescent, qui s’était brusquement détourné pour vomir, alors qu’il tenait un lièvre entre ses crocs. Il avait failli se moquer de son estomac sensible, mais il s’était abstenu, sans qu’il ne sache trop pourquoi.
Quelques jours plus tard, Lias s’était présenté en retard, et avant qu’il ne puisse lui faire une remarque acide, il avait débité tout d’un trait qu’Ifan’Sharaz, le Grand Prêtre du Clan, avait décidé qu’il était prêt pour sa cérémonie. Devant l’air perplexe du Svetlanien, il expliqua avec des yeux brillants de joie qu’il allait devenir un homme pour les siens. Enfin, il ne serait plus traité comme un enfant !
–Viendras-tu ?
Ces deux paragraphes sèment en moi le trouble. Tu sors du contexte du repas en amenant la révulsion pour la viande, ensuite tu remontes encore dans le passé pour le prévenir de la future cérémonie et enfin tu reviens dans un moment présent mais où ils ont déjà fini le repas sans l'amener et soudain le Svetlanien dit adieux. J'ai eu du mal à tout remettre dans l'ordre chronologique, je pense que tu as omis de nous ramener au repas, les faire sortir avant qu'il ne lui dise adieu.



Notsil a écrit:
des deux lunes Lurten et Ronys
ben en voilà au moins deux nommées pour les Sharaziens, c'est celles de quelles couleurs? (PS: cela vient plutard, je le sais maintenant...)



Notsil a écrit:
les animaux sachant trouver les points d’eaux.
j'aurais mi "connaissant", mais cela n'est qu'un avis personnel. silent Ainsi que "les points "d'O"" en référence à une série de film des années 70 je crois. Heuuuuu lol!



Notsil a écrit:
Je m’excuse d’avoir osé la main sur toi, venu en paix pour nous aider
c'est pas "avoir osé lever la main" ???? et en ce cas c'est le lèverons la main de la phrase suivante qu'il faudrait remplacer par un verbe apparenté. "porter" pourrait marcher au moins dans le premier cas.



Je trouve cette plutôt triste aussi. Mais elle ouvre tellement de possibilités que je ne pense pas que cela soit une fin en soit....
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Notsil
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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Ven 23 Mai - 19:06

Bonnes remarques ^^

Pour le paragraphe, le "quelques jours plus tard" amène au moment "présent" où Lias annonce à Lyderis qu'il va passer sa Cérémonie, et où Lyderis lui dit Adieu.
Mais vrai que ça ne semble pas si clair que ça ^^

Triste fin certes, mais ça permet d'avoir un héros au passé sombre sans point d'attache prêt à repartir pour de nouvelles aventures !!!!!!! ^^ Enfin pas pour tout de suite Razz

Sinon, t'avais calculé pour les Piminomos, ou comme pour Minos c'était trop subtil ? ^^


Pour la référence géologique (au passage ^^), je dirai qu'il faut se concentrer sur les noms du trio, je n'ai pas besoin de vous en dire plus, vous êtes trop habitués à utiliser Google facilement Razz

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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Ven 23 Mai - 22:25

Bon certe, j'étais alerté et j'ai tendance à être un public assez candide lorsque je lis ou que je regarde un film j'accepte ce que l'auteur me dit assez facilement. J'ai pas réfléchi plus loin et tu ne les décris pas de la même façon que Minos. Mais un oiseau suffisemment intelligent pour rester juste en limite de portée et poursuivre un objectif de guide, je voyais mal autre chose faire ainsi.

Mais le Pimonos de Minos était habité... Alors....
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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   Mer 28 Mai - 16:58

Une fin comme je les aime!
Décidément cette histoire fait partie de mon top 10 (en même temps, y a pas 10 histoires pour Galéir^^ Razz )
Le point fort de l'histoire: la psychologie du héros qui est vraiment très bien retranscrite!
Du très grand art!

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MessageSujet: Re: A l'aube du changement   

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A l'aube du changement
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